samedi 6 décembre 2014

LA GRANDE GUERRE AU JOUR LE JOUR LE 21 NOVEMBRE 1914

21 NOVEMBRE 1914


I)
Au tout début de la Grande Guerre, des manuchards (manufacturiers) amateurs de foot créent le Club athlétique socialiste châtelleraudais, qui devient quelques années plus tard le SO Châtellerault.

Le 21 novembre 1914, alors que la France est entrée dans la Grande Tourmente, un petit groupe de manuchards se rassemble au café de l'Union, rue Creuzé, dans le quartier de Châteauneuf.
Ils sont précisément 13 à participer à la réunion constitutive de l'ancêtre du SOC, le club mythique de la ville.
A leur tête figure Charles Pageault. Cet ouvrier de la Manufacture, militant socialiste et conseiller municipal de 1908 à 1919, recherche des amateurs de football pour monter une équipe... Le terrain est un champ d'herbes aux Eaux-Bues
L'assemblée du 21 novembre porte sur les fonts baptismaux le Club Athlétique Socialiste Châtelleraudais, le « CASC », qui porte ce nom jusqu'en 1942 lorsqu'il devient le Stade Olympique Châtelleraudais après fusion de plusieurs associations de foot.
Quelques semaines après la création du CASC, survient le premier match. « Le capitaine-président-fondateur Charles Pageault a le choix des couleurs.
Il retient le maillot rouge avec étoile aux couleurs du parti politique (la SFIO) dont il est membre », écrit Stéphane Bideau, ancien correspondant sportif de Centre Presse, auteur de « La Fabuleuse histoire du SO Châtellerault », une Bible sortie en 2000.
Après la Grande Guerre, le CASC abandonnera finalement toute connotation politique et changera de maillot.
Le SOC, alias le CASC, ne jouera dans sa citadelle de la Montée-Rouge, en fait le stade de la Manufacture, qu'à partir d'août 1959.
Au tout début, son premier terrain est un champ d'herbe aux Eaux-Bues, à l'est de la ville. « Les joueurs en sont chassés par le propriétaire des lieux, qui ne voit en eux que de vulgaires « voyous », raconte Stéphane Bideau, toujours lui, dans son ouvrage...

Le club achètera en 1919 le fameux stade de Luna Park, où il réussit ses premiers exploits. Et, le 7 mars 1920, il remporte son premier titre : Le championnat de Touraine de 2e série.
Ils s'appelaient Barbotin, Lirant, Rabillat, Govin, Courtault, Decay, Haensler, Pageault, Doucet, Chérouze ou Audinet. Ils sont les ancêtres des Audinet, Vergerolle, Moriceau, Videira, Blondel ou Makowski d'aujourd'hui.

II)
Ypres Lieutenant Neville Bowers
« Roule, mais roule, bordel ! » Neville baisse instinctivement la tête lorsqu’un obus s’écrase dans la façade d’une maison, à quelques mètres devant le camion. Une gerbe de poussière, de verre brisé, de tuiles et de briques pleut aussitôt sur la chaussée. Une chaise propulsée dans les airs par la déflagration vient s’écraser sur le capot. Robinson, derrière le volant, lâche une volée de jurons.
Alors que le conducteur doit se résoudre à effectuer une violente embardée pour sortir d’une ruelle, Neville se tourne vers l’arrière du véhicule où d’autres soldats Anglais ont pris place lorsque le bombardement de la ville a commencé. Ils s’accrochent aux arceaux où pend une bâche en lambeaux. Neville suit leur regard. Il avise un autre camion vraisemblablement renversé par un obus. Des hommes en flammes s’en extirpent en hurlant.
« Robinson, le beffroi ! Fonce sous le beffroi, grouille ! »
Un nouveau juron et le camion anglais traverse à toute allure une place où soldats et infirmiers courent en désordre vers les abris, terrorisés par l’orage d’acier qui s’abat dans les rues. Des colonnes de fumée noire s’élèvent au-dessus de la cité meurtrie, mais le regard de Neville est attiré par l’apparition d’un cheval effrayé. L’animal se dirige droit vers le véhicule. Il galope à une allure folle il tire une unique roue de canon. C’est tout ce qu’il reste de son attelage.
« Robinson ! hurle Neville
— J’ai vu, j’ai vu ! Merde ! »
Le camion manque de peu de se renverser en évitant le cheval fougueux qui disparaît dans un long hennissement.
À l’arrière, les hommes crient en retenant de justesse l’un d’entre eux qui, dans la panique, est sur le point de basculer de la plate-forme arrière.
« Robinson, fais gaffe ! (Neville s’époumone de plus belle.) Je croyais que tu étais chauffeur de camion dans le civil !...
— Désolé, mon vieux, mais conduire sous les bombes, ça, j’ai jamais fait ! » s’exclame son camarade, visiblement fier de parvenir malgré tout à manœuvrer dans de telles conditions.
L’imposant beffroi de la halle aux draps d’Ypres se rapproche enfin. Le camion fonce pour s’abriter sous les arches au moment où un obus percute le monument dans un raffut terrible. Les cloches, comme réveillées par cet infernal vacarme, se mettent à gémir.
Une cascade de vieilles pierres et de poussière tombe sur le camion qui parvient à poursuivre son chemin sans s’arrêter.

Mais, au même instant, un bloc de pierre se détache du bâtiment pluriséculaire et traverse avec aisance le capot du camion comme s’il s’était agi de papier, sous les regards horrifiés de Neville et de Robinson.
Le moteur produit une série de petites explosions, puis s’arrête définitivement. Tous les soldats quittent le véhicule en courant.
Neville, Robinson et les autres parviennent à se cacher dans une cave toute proche. L’artillerie allemande continue de ravager la ville...

« On aurait peut-être dû les laisser prendre la ville, dit Robinson en voyant les maisons bombardées. Parce que, maintenant, ils sont partis pour la raser », dit-il tristement.

III)
Courmelles
Sous un froid de glace nos troupiers creusent des tranchées, enchevêtrent des fils de fer sur le plateau de l’Arbre de Bourges.
Sur le plateau, de l’autre côté de l’Aisne, les Allemands en font autant… La guerre peut durer comme ça tout l’hiver, sur l’Aisne.
Nous coupons la journée en déjeunant dans un mastroquet de Septmonts. Nous nous régalons avec du corned beef oublié là par les Anglais et avec du pâté de lièvre, confectionné par la patronne, Madame Potvin.

Vers 3h, après avoir visité une carrière dans laquelle nous nous sommes longuement perdus... jusqu’à la sensation de petite angoisse, nous enfourchons nos bicyclettes, le capitaine Gresser et moi et nous rentrons à Courmelles en passant par Soissons, histoire de varier le terrain.
Le canon tonne violemment de ce côté-là. Nous traversons le faubourg de Reims. Ça tonne tout à coup excessivement.
« Ce sont nos pièces qui tirent, affirme le capitaine. » – « Vous croyez, mon capitaine ? »

Sur la route qui sort au sud de Soissons nous croisons des femmes portant des ballots sous le bras et poussant des voitures d’enfants chargées de linge :
« Où allez-vous, donc ? –
Ouh ! Monsieur, ces cochons-là bombardent à nouveau la ville… Ils envoient des obus sur la rue Saint Martin et sur le faubourg de Reims… Y a monsieur Simon, le faïencier, qui vient d’être tué… Et puis devant la poste il y a deux militaires et un civil de tués… Et puis, vous savez, le fils à Madame Michon, çui qui boîte, il a un bras emporté…»

Très bien ! Voilà que ça recommence, après 15 jours de tranquillité. Mais là-haut, au-dessus de Vauxbuin, nous voyons les langues de feu de nos 75, qui répondent avec rage, tapis au coin d’un petit bois de pins…

IV)
Le journal Le Figaro revient, en première page, sur le problème épineux que pose, pour la presse écrite, la censure. « La commission de la Presse Française, examinant à nouveau la situation faite à la Presse par la censure, reconnaissant, comme elle l'a toujours fait, la nécessité d'imposer aux journaux le silence sur les nouvelles militaires ou diplomatiques dont la divulgation pourrait nuire à la défense nationale, et d'interdire la reproduction de nouvelles reconnues inexactes, demande instamment que la censure limite son action à ce double objet.
La liberté de la presse, la liberté d'opinions ne sont pas moins nécessaires à une nation en état de guerre qu'à une nation en état de paix, ainsi d'ailleurs que l'ont reconnu les ministres de la Guerre et de l'Intérieur, en nous déclarant que nos droits d'informations, de contrôle et de critique devaient être respectés.

Mais la censure, ayant depuis lors supprimé chaque jour de très nombreux articles de journaux qui, ni dans la forme, ni dans le fond, ne rentrent à aucun degré dans le double objet de sa mission, la commission de la Presse Française croit devoir élever une protestation énergique.
Elle est, en effet, responsable de sa propre attitude, à la fois devant l'opinion et devant le droit de l'écrivain.
« Le pays saura désormais que, si ses réclamations auprès des journaux ne trouvent pas un écho légitime, c'est que le silence est imposé à la presse en dehors de toute considération militaire. »
En Belgique le mauvais temps a figé les opérations militaires.
En Pologne, les combats continuent entre la Vistule et la Warta et sur le front Tschenstokhovo- Cracovie.
Dans la campagne Turque, une dépêche signale que le port de Smyrne, est en état de siège.
La ville serait gardée par 80 000 hommes commandés par des officiers Allemands.

Le journal « Le Temps », publie le témoignage de M. Langlois, directeur des Archives Nationales, concernant le bombardement d'Arras.
« Il se dit émerveillé du courage des 2 000 personnes qui sont toujours dans cette malheureuse ville.
Dans la partie d’Arras qui, bien que mutilée, n'a pas encore été réduite à l'état de Pompéi ou de Timgad, les Arrageois circulent paisiblement, des enfants jouent avec des bûches comme canons. (…)
L'ennemi s'amuse ignoblement, le dimanche, à tirer sur les édifices du culte, aux heures qu'il croit être celles des offices.
On en est venu à mesurer exactement, au son, la distance où vont tomber, ou viennent de tomber, les « marmites » de ces messieurs. »

A Lille, l’envoyé spécial à Dunkerque télégraphie, que « la situation à Lille n'est aucunement alarmante. Les habitants sont ravitaillés, Ils n'ont point été molestés. L'épidémie dont on a parlé ne s'est jamais produite. La ville même n'est occupée que par une troupe Allemande peu nombreuse. Mais les avancées nord et nord-ouest sont encore aux mains de l'ennemi. »

Dans la région de la Bassée, le correspondant du « New-York Herald » dans le nord de la France télégraphie ce récit :
« La présente accalmie succède à la lutte désespérée qui commence entre Ypres et la Bassée, et exige le concours des troupes Anglaises, appelées à briser la brusque offensive des Allemands.
La bataille débute en pleine tempête dans le vent et la grêle. Vers 17h, l'infanterie Allemande s'approche en tapinois des tranchées Anglaises, dans la pénombre de la nuit tombante. Il fait un froid terrible, et les pluies submergent les tranchées des alliés. La grosse artillerie Allemande tonne pendant toute l’opération, cherchant à couvrir l'avance de l’infanterie, mais elle fait peu de dégâts.
Les Anglais se sont tirés de ce mauvais pas avec beaucoup d'habileté. Ils évacuent presque toutes leurs tranchées et se cachent dans des bois qui flanquent la marche de l'ennemi.
Celui-ci, trompé, s'avance sur les tranchées, où il est reçu par quelques décharges d'artillerie... Puis les Anglais ouvrent le feu, et quand les Allemands se trouvent sur les tranchées mêmes, ils y sont accueillis par un ouragan de balles et de shrapnells.
Dès que les premières lignes Allemandes ont ainsi été abattues et leur arrière-garde mise en fuite l’infanterie Anglaise s'élance à leur poursuite... Un effroyable corps-à-corps a lieu sur un point d'où un régiment Irlandais a réussi à prendre, les assaillants en enfilade.
Les Allemands survenant en force, la lutte prend le caractère d'une rixe où les crosses de fusil et même les poings jouent le principal rôle.
Jusqu'à minuit, la bataille continue, pour se terminer à l'avantage des Irlandais. »

La solidarité avec nos soldats est active jusque dans les vallées de l’Himalaya, dans le journal « Le Temps » nous pouvons lire :
L'Inde Anglaise aux pioupious Français. « On n'oublie pas les pioupious Français dans l'Himalaya. A Srinagar, la capitale du Cachemire, on a donné dernièrement un concert au profit de la Croix-Rouge Française. Le maharadjah prête gracieusement son grand orchestre et paie 6 000 roupies (10 000 francs) son absence. La salle est comble d'une foule mi- Européenne, mi- Indigène, qui a salué la Marseillaise avec grand enthousiasme. On a pu remettre 12 500 francs au consul Français. »

V)
Journal du Rémois Paul Hess (extraits)
« Nuit médiocre. Hier soir à 10h30, un obus est revenu éclater 25, rue  des Capucins et à 4h ce matin des sifflements recommencent à se faire entendre.
Des dégâts causés ces jours derniers se constatent autour du musée, rue Chanzy.  
Au théâtre, un nouveau trou, énorme, a été fait par un gros calibre, qui a dû éclater à l’intérieur.
En face, le Palais de justice, une maison a été fort éprouvée, à l’arrière.

VI)
Dès le matin, les détonations régulières de nos grosses pièces se font entendre, comme la veille et cela donne à penser que les effets de leurs coups, lorsqu’ils portent sur les objectifs, doivent aussi être terribles. ».
Décision au 118 RIT de Verzenay
Les sous lieutenant promus doivent acheter leurs armes ! Et pourvoir à leurs frais et le plus tôt possible des sabres d’officiers, revolvers modèle 1892 et cantines, ils pourront conserver par devers eux, en les remboursant à M. l’officier de détails, les cantines qu’ils ont comme sous-officiers et devront verser les sabres modèle 1854 et revolvers modèle 1873 dès qu’ils seront pourvus de leurs nouvelles armes...

Perception de certaines denrées. Le général en chef a fixé ainsi qu’il suit la perception de certaines denrées.
Huile comestible : Doit être payée sur les fonds des ordinaires.
Pommes de terre, saucisson, gruyère, sardines : Ne doivent pas être délivrés à titre remboursable mais uniquement à titre de supplément ou de substitution. Chocolat : Doit être délivré à titre absolument gratuit ou en remplacement d’une ½ ration forte de café et de sucre ( 30 g. par homme ).
Éclairage et chauffage : Doit être assuré en principe par l’habitant ou la commune à raison de 1 bougie par jour par lanterne d’escouade, du 1er octobre au 31 mars ( 16 bougies au kilo ).
Allumettes : 3 allumettes par jour et par homme.
Pétrole : En remplacement de bougies à raison de 25 g. par lampe d’escouade et par jour, à raison de 6h d’éclairage, du 1er octobre au 31 mars.
Pipes et papier à cigarettes : A titre absolument gratuit.
Savon : Acheté par les corps et payé par la masse générale d’entretien.

Le général commandant la Ve armée a fixé pour son armée les perceptions suivantes : Allumettes : une boîte tous les 7 jours.
Pétrole, en sus de la bougie, 2 kilos pour 1 000 hommes pour les bureaux :
1 lampe pour 100 hommes.

VII)
« L’image de la guerre » est une revue hebdomadaire publiée, à l’origine, à Bellegarde dans l’Ain près de la Suisse ce qui pourrait expliquer le nombre des photos d’origine Allemande. Le premier numéro date de novembre 1914 et la revue est publiée tout au long de la guerre. Cette revue comporte de nombreuses et bonnes photos dont un grand nombre dues au célèbre photographe de l’époque Henri Manuel.
A partir de juin 1916 elle publie à chaque numéro le portrait hors texte d’un général ou d’une personnalité.

VIII)
Courrier de Marcel Georges Domine fusilier marin (1894-1915) :
Lettre du 21 novembre 1914 (deux mois à peine après son incorporation !)
« Chers parents, J’ai remis jusqu’ici pour vous écrire. J’attendais… Car vous savez voilà 3 semaines que j’étais à Dixmude, c’est la guerre, j’en ai vu de drôles. Nous sommes débarqués à Furnes (11 km de Dixmude) et aussitôt exposés sur le front, nous avons pris, repris Dixmude aux Boches.
Le 10 novembre quand ils nous ont repris la ville, j’ai été renversé par le déplacement d’air d’un obus qui venait d’éclater à 6m de moi, j’ai eu le côté droit tout sensible pendant 2 jours…Vous parlez d’une drôle de vie dans les tranchées, on y a froid, quand il pleut ça tombe sur vous et pourtant elles sont couvertes, les Boches nous envoient des rafales d’obus (marmites, shrapnells) et on ne les voit pas. Le plus terrible c’est… de Dixmude… j’ai vu dans la tranchée voisine à la mienne 3 copains tués et 5 autres blessés, on retrouvait une jambe par-ci un bras par-là, enfin ils étaient déchiquetés.
En ce moment nous sommes sur la frontière Française au repos, on reforme les deux régiments de marins, il en reste… Les deux tiers de l’effectif du départ, les autres sont morts ou blessés. Nous voudrions bien revoir la France, ici on parle Flamand pas fichu de se faire comprendre, et ils vous écorchent quand on achète du tabac ou des provisions… Je voudrais encore être avec vous, je ne sais pas s’il reviendra ce temps, par moments on a des découragements, on s’ennuie après ses parents, après son pays, puis on reprend courage un peu, c’est comme ça tous les jours… Georges M. Dominé 2e régiment de marins 2e bataillon 5e compagnie 3e section Bureau central militaire Paris »

Mais, bientôt, nous ne pouvons plus avancer, le soleil fait fondre la glace, et nous enfonçons épouvantablement dans une boue qui paraît consistante à la vue. Bientôt, tout le bataillon est embourbé, et il nous faut une matinée entière pour gagner Kopernolock, longue maison basse sur la route de Poperinghe à Westvleteren.

La fin de la nuit est très froide, et il gèle fort. Nous marchons, en tapant les semelles, sur la boue durcie, la route d’Elverdinghe que nous gagnons au petit jour. Le lieu de cantonnement du bataillon doit être dans les fermes qui avoisinent le cabaret de « Kopernolock » près d’Eikhoek où se trouve le reste du régiment. Le commandant, peu méfiant encore des chemins de terre Flamands, pense raccourcir en évitant le crochet que fait la route et s’engage un peu à travers champs sur des sentiers indiqués par la carte comme plus courts.

IX)
Lu dans Le Moniteur en date du samedi 21 novembre :
France.
- L’accalmie subsiste dans la bataille du nord de la France (…)
Russie.
-Les Russes qui avaient reculé devant l’avant-garde Allemande, entre Vistule et Wartha, prennent maintenant l’offensive de ce côté.
Ils ont eu un succès à l’ouest de Lodz, entre Czenstochowa et Cracovie, ils ont progressé, et Przemysl est sur le point de tomber.
Les Russes ont également réalisé une avance dans les Carphates, et la panique serait en Hongrie tandis que les fonctionnaires de la Prusse Orientale tâchent d’organiser l’exode de la population.
Turquie.
-Une armée Turque marche sur l’Égypte, et le khédive est au milieu d’elle, mais le gouvernement Anglais a pris toutes les précautions nécessaires pour défendre le canal de Suez.
Les Serbes se plaignent vivement des atrocités que les troupes Austro-Hongroises commettent sur leur territoire. Ces atrocités sont systématiques, de l’aveu même des journaux de Vienne et de Budapest, qui préconisent le terrorisme comme un moyen de hâter la solution de la lutte.
Allemagne.
-Le général de Voigts-Rhetz, quartier-maître général de la suite de Guillaume II, et qui est devenu le vrai chef d’état-major général Allemand, est mort subitement.
Italie.
-La presse Italienne dément la nomination du prince de Bulow, à l’ambassade Allemande de Rome.

X)
Le 217e RI dans la Grande Guerre, du Bonhomme au Mont Kemmel :
JMO/Rgt :
« Sergent-major Roux nommé Sous-lieutenant (active) au 217e, aspirant De Chabannes id au 221e »
5e bataillon : Matin, travaux ; soir, exercice d’occupation des positions de défense du point d’appui de Vathiménil.
6e bataillon : Matin et soir, travaux et exercices de combat pour le détachement de Fraimbois.

21e et 23e Cies aux A.P. ont envoyé patrouilles d’observation sur Vého et station d’Emberménil : rien à signaler. »

JMO/SS :
« Demande d’amélioration des cantonnements de Frambois et de Vathiménil
Indisponibles = 48 Evacués sur ambulance n° 1 à Rambervillers :

XI)
21 novembre 1914 : la permission de 22 et 23h
Le gouvernement considère qu’il faut partout où cela est possible reprendre une vie normale.
C’est l’une des raisons qui motive le préfet de police de Paris à demander au ministre de l’Intérieur d’autoriser la réouverture des salles de spectacle de la capitale.
Le ministre Malvy donne son accord jusqu’à 23h à condition qu’une partie de la recette soit reversée aux associations qui viennent en aide à ceux qui sont dans une situation de précarité provoquée par la guerre.
Le préfet de police en profite pour fixer l’heure de fermeture des restaurants à 22h pour des questions de sécurité.

Sur le front en ce 21 novembre 1914, il n’y a rien de particulier à signaler en France en revanche on annonce que des combats se développent à proximité du canal de Suez ce qui confirme bien l’extension des zones d’affrontement dans le conflit.

XII)
Mme de Mac-Mahon a vu aujourd'hui, rue François 1er, une dame de la Croix-Rouge, faite prisonnière à Bapaume, emmenée en Allemagne et revenue en France après quelques semaines d'internement à Hanovre. Cette dame fait le récit suivant :
« L'ambulance avec laquelle j'ai été faite prisonnière étant passée sous la direction du service de santé Allemand, il y a eu quelque temps fusion des deux personnels... Je n'ai pas tardé à remarquer un blessé (très légèrement atteint d'un éclat d'obus à la cuisse) à qui l'on témoignait une déférence particulière.

Voyant ma curiosité, un des médecins Allemands finit par me révéler que cet auguste blessé était un des fils de l'Empereur, le prince Eitel. Et, cette confidence faite, il ajoute :
- Il est triste, notre cher prince Eitel...
- Et pourquoi est-il triste ? demandai-je.
On traversait à ce moment une de nos provinces qui a particulièrement eu à souffrir de l'invasion.
Parce qu'on abîme la France. Et c'est la France qui est destinée au prince Eitel ; »

Cette dame ajoute :
« Il ne faut pas s'étonner que Guillaume II ait partagé (avant de savoir s'il aurait la victoire) les peuples vaincus entre ses fils, car j'ai vu sur les murs de Hanovre des affiches dont le titre porte en grosses lettres : Guillaume II, Empereur d'Europe. »

XIII)
Des précisions sur la disgrâce de Joseph Caillaux se répandent. D'abord de nombreuses personnes ont été les témoins de scènes désagréables qui se sont produites chez Larue. Un jour, un officier supérieur Anglais et 4 de ses collègues sont partis en déclarant qu'ils ne s'assoiraient pas auprès de l'ancien ministre.
Le propriétaire du restaurant a fini par prier M. et Mme Caillaux de ne plus venir chez lui, sinon il est menacé de perdre sa clientèle.

La Stampa, de Turin, a raconté que la disgrâce de Joseph Caillaux et son éloignement ont été provoqués par le généralissime. Voici le fond de l'histoire. Trésorier-payeur aux armées avec le grade de colonel, Joseph Caillaux, en même temps député, s'est permis d'écrire au général Joffre pour protester contre une punition réglementaire infligée à un officier de réserve, électeur dans la circonscription, désormais célèbre, de Mamers.
Joffre répond par 15 jours d'arrêt à Joseph Caillaux et par une mise en demeure au gouvernement d'avoir à le débarrasser au plus tôt de l'encombrant personnage.
On peut croire que Briand et Millerand n'ont pas demandé mieux que de donner satisfaction au généralissime. Caillaux lui-même, pour qui la situation est intenable à Paris, a sans doute accepté avec plaisir la solution d'une mission à l'étranger.
Cependant il se peut que la série de ses tribulations et de ses avanies ne soit pas achevée.
Le bruit court au Figaro qu'il se peut fort bien que le ménage Caillaux ne puisse même pas débarquer à Rio de Janeiro. 
Mais cette affaire a encore contribué à irriter le commandement, devant qui cèdent de plus en plus les politiciens. 

XIV)
A 4h, bombes sur la Ille. Canonnade. Bombes de temps en temps en ville.
M. le Curé de Saint-André me dit que le samedi (7 ou 14 ?) il a compté 57 bombes tombées en une heure, de 21h à 22h dans le quartier de Saint-André. Il m'apporte des nouvelles de M. Porcau.

Visite de l'abbé Vaucher, nommé sous-lieutenant sur le champ de bataille, avec M. Mandron.
Visite de M. Claude Garnier, neveu de M. le Curé de Saint-Sulpice, est à l’État-major de Jonchery, qui m'offre de faire passer à Paris mes lettres ou envois.

La journée d’hier se serait passée sans fait notoire si dans ses dernières heures une courte, mais vive alerte, ne nous avait révolutionnés.
À 22h10, en effet, 2 bombes passent à une seconde d’intervalle au-dessus de nous pour aller tomber sur le théâtre et devant le Palais de Justice. Je me lève en vitesse pour inspecter nos environs qui n’accusent rien d’alarmant, Père reste donc au lit, et peu après je m’y remets aussi.
À 4h, même vive secousse et les 2 projectiles vont rue des Capucins, devant le Commissariat de police du 1er Canton, et rue Chanzy, devant l’ancien Grand séminaire, nous ne bougeons pas, et nous avons raison puisque tout s’arrête là.

Plusieurs fois dans la journée, le même fait se reproduit, mais dans des directions plus éloignées, et c’est ainsi entraînés qu’à 20h30 nous arrivons à l’obus final, qui vient anéantir les immeubles Bellevoye et Gomet (nos voisins), en brisant la plupart de nos vitres.

Nous étions tranquilles en cuisine, lisant ou écrivant, et n’ayant rien entendu du sifflement précurseur, aussi la formidable détonation nous a-t-elle fortement émus, et c’est en toute hâte que nous nous précipitons au dehors.

La cour est remplie d’une fumée âcre et suffocante qui nous arrête un instant, puis trouvant la loge du concierge sans lumière, j’appelle anxieusement Hénin que je crains blessé.
Heureusement, il n’en est rien et c’est tout placidement que, sortant du sous-sol de l’emballage, où avec les siens il est allé préparer l’installation de nuit, qu'il répond à mes cris : N’ayant perçu qu’une détonation atténuée, il ne se doute pas du désastre d’à côté.

Avec lui, nous sortons enfin, et éclairés de nos seules lampes Pigeon nous aidons 3 voisins, déjà sur les lieux, dans le sauvetage des habitants pris dans les décombres, c’est ainsi qu’en sont tirés indemnes Mr et Mme Bellevoye et les gardiens de chez Gomet avec un bébé qui ne s’est même pas réveillé.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Fondé un 21 novembre 1914 - La Nouvelle République
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21 nov. 2014 - Le 21 novembre 1914, alors que la France est entrée dans la Grande tourmente, un petit groupe de manuchards se rassemble au café de ...
21 novembre 1914 | À la vie, à la guerre
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Ypres. Lieutenant Neville Bowers. « Roule, mais roule, bordel ! » Neville baisse instinctivement la tête lorsqu'un obus s'écrase dans la façade d'une maison, ...
Samedi 21 novembre 1914 Arras mutilée - Il y a 100 ans
www.il-y-a-100-ans.fr/.../samedi-21-novembre-1914-arras-mutilee-n2060
Samedi 21 novembre 1914 Arras mutilée ! Par la rédaction pour Il y a 100 ans - La Grande Guerre, Publié le 20/11/2014. Il y a 100 ans - La Grande Guerre ...











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