jeudi 25 décembre 2014

LA GRANDE GUERRE AU JOUR LE JOUR 7 DECEMBRE 1914

7 DÉCEMBRE 1914


I)
le 7 Décembre à l’aube on constate un ralentissent anormal de la fusillade habituelle de la part de nos adversaires, puis c'est le silence complet.
Était-ce un piège qui nous est tendu ?
Des patrouilles s’approchent prudemment des positions Allemandes qu’on trouve vides d’occupants…
A midi sonnant nous quittons le village sans aucun souci d’être vu de l’ennemi qui doit sans doute être loin, bien loin vers Lille…
Tout à coup quelques rafales d’obus s’égrènent sur les première colonnes, sans doute des feux d’artillerie protégeant la retraite, mais bientôt on entendit distinctement le désagréable tic-tac des mitrailleuses…
II)
Faits relatés dans le J.M.O. du 280e R.I au 7 Décembre 1914
Pendant la nuit du 6 au 7, l’ennemi évacue le village de Vermelles et la route au N.E. suivi de prés par les patrouilles au contact et par les 2 Compagnies de 1ère ligne de chacun des 5e et 6e bataillon (17e, 18e, 23e, 24e compagnies) bientôt soutenues par les Compagnies de 2e ligne.

Les Compagnies de 1ère ligne s’établissent sur la voie ferrée à l’E de Vermelles, depuis la jonction des 2 voies ferrées Annequin - La Bassée. Vermelles, jusqu’à la hauteur de la lisière N. de Vermelles.
L’ennemi s’est replié vers l’E. et occupe des tranchées creusées le long du chemin de Haisnes à Loos.

La 131e Brigade s’organise rapidement et le plus vite possible sur les positions conquises.
Sa 1ère ligne à la crête militaire, à environ 1 kil. à l’E. de la voie ferrée de Vermelles.
Sa deuxième ligne à la voie ferrée.
Le front est partagé en 2 secteurs :
Sous secteur Sud sous les ordres du Lieutenant-Colonel Laignelot (281e et 296e). du Rutoire jusqu’à 600m au N. de la route de Vermelles à Notre Dame de la Consolation.
Sous secteur Nord : Sous les ordres du Lieutenant-Colonel Poujal (280e) – de 600m au N. de la route ci-dessus à une ligne passant par la bifurcation des voies ferrées et se dirigeant vers l’Est.
Le Lieutenant-Colonel Laignelot est chargé :
- d’assurer la liaison avec le 109e, à sa droite, vers le Rutoire
-de déterminer sur le terrain avec le Lieutenant-Colonel Poujal, la limite exacte des 2 secteurs.
Le Lieutenant-Colonel Poujal est chargé :
- de se tenir en liaison avec les troupes du Général Gaillot à sa gauche (N).
Surtout le front, les régiments et la Brigade sont accolés ayant chacun :
- 1 Bataillon réparti entre les 1ère et 2e lignes
- 1 Bataillon disponible – 281e au Philosophe – 296e à Noyelles – 280e à Annequin
En principe, ces Bataillon sont à la disposition du Colonel Commandant la Brigade, toutefois les commandants de Régiments peuvent en disposer en cas d’urgence, sous réserve d’en rendre compte.
Des patrouilles au contact cherchent à déterminer le nouveau front occupé par l’ennemie.
Au cours de cette organisation défensive, canonnade intermittente par l’ennemie de la voie ferrée à l’E. de Vermelles et de la lisière E. de cette localité.
Fusillade paraissant venir de la direction d’Auchy-les-La Bassée, et prenant d’enfilade la gauche du 280e.

Prés de ce qui était le Château, se trouve aujourd’hui un cimetière militaire Anglais. 
Ce cimetière a été commencé an août 1915 et durant la bataille de Loos en Gohelle, lorsque le château est utilisé en tant que dispensaire. Ce site comprend plus de 2 000 corps dont près de 200 non identifiés : Des mémoriaux particuliers sont élevés à 6 soldats Britanniques, réputés enterrés parmi ces derniers. Il y a également 7 soldats Français.

III)
Notre offensive heureuse s'accentue
Sur les bords de l'Yser
Paris, 7 décembre, 15h18.
Dans la région de l'Yser, nous continuons à attaquer les quelques tranchées que l'ennemi a conservées sur la rive gauche du canal.
Dans la région d'Armentières et d'Arras, comme dans celles de l'Oise et de l'Aisne et, en Argonne, rien à signaler, sinon, d'une façon générale, la supériorité de notre offensive.
En Champagne, notre artillerie lourde a pris, à diverses reprises, un avantage très marqué sur l'artillerie ennemie.
Rien de nouveau sur le front Est, où les positions des jours précédents ont été maintenues...

Paris, 8 décembre, 0h43.
Voici le communiqué officiel du 7 décembre, 23h :
En Belgique, les Allemands ont bombardé Œstdunkerque, à 4 kilomètres à l'ouest de Nieuport.
Entre Béthune et Lens, nous avons fini par enlever le village de Vermelles et la position du Rutoire, à l'est de laquelle nous bordons la voie ferrée.
Avance assez sensible de nos troupes dans la région de Rouvroye, Parvillers, Le Quesnoy-en-Santerre. Rien d'autre à signaler.

Vermelles, commune du Pas de Calais est occupée par les Allemands dès octobre 1914. Durant deux mois, les troupes Françaises de la 13e division vont livrer bataille au sein même du village jusqu’au 07 décembre, date à laquelle les Allemands se replie de près de 2 kilomètres sur une ligne située entre Haisnes et Loos-en-Gohelle.

IV)
Les premières lignes étant à environ 1 km en avant d’où nous sommes, nous pouvons dormir toute la nuit, entassés tant bien que mal dans nos abris humides. Je vais l’après-midi chercher des cartouches vers le Rendez-vous de Chasse, je rentre à 18h par la nuit noire. Il nous faut marcher à travers bois, dans la boue et souvent dans l’eau.

V)
Vauquois ( Meuse) midi
Chère Eugénie,
J’ai reçu hier soir ta lettre datée du 29 novembre. Je te remercie des nombreuses nouvelles que tu m’apprends et qui, toutes, m’intéressent.
Tu es bien aimable de m’offrir un nouveau colis. Pour l’instant, je viens d’en demander un à Aimée et je pense qu’elle me l’enverra. La prochaine fois, je t’en demanderai si j’en ai besoin. Je n’ai pas besoin de chaussettes en ce moment, j’en ai 4 paires de laine et, comme je ne marche presque pas, je peux les porter longtemps sans les salir et sans les user. Il y en a en effet grand besoin par le temps qu’il fait, et encore ça n’empêche pas d’avoir froid aux pieds. Moi, je n’ai pas eu trop à me plaindre jusqu’à présent. On nous distribue aujourd’hui une sorte de graisse qui doit empêcher d’avoir froid aux pieds. Nous sommes continuellement dans la boue et dans l’eau, c’est dégoûtant. Il pleut tous les jours et l’eau pénètre dans nos tranchées.

Les lettres que je t’envoie doivent sembler sales, mais si tu voyais les conditions dans lesquelles elles sont faites. J’écris sur mon genou avec mon livret comme sous-main, et les mains sales et graisseuses. Tout ce que l’on touche nous salit, et il n’est pas facile de se laver. Pour faire la cuisine, nous employons de l’eau que tu ne donnerais pas à ton cheval, il est impossible d’en boire pure, même bouillie, nous faisons du thé ou du café comme boisson. Enfin, ça n’est pas le rêve.
Bonne santé.
Je termine, je suis pressé.   H. Moisy...

VI)
Un médecin-major du 56e RI est décoré
Après la relève du 6 au soir, les emplacements du 56e sont :
état-major : Vignot, 1er bataillon : 1re Cie : Ménil-aux-Bois, 2e Cie : Dagonville, 3e et 4e Cies, état-major : Sampigny, 2e bataillon : Bois d’Ailly et 3e bataillon : bois de la Vaux-Ferry.

Vignot : Dans la matinée, le général commandant le 8e CA fait savoir qu’il passe dans la soirée la revue du 13e d’infanterie cantonné à Vignot. La revue est fixée à 15h dans un champ situé dans la partie est du village. À 15h30 :
Arrivée du général de Montdésir qui passe la revue en compagnie du lieutenant-colonel et décore un médecin-major du 13e.
Défilé en musique du 13e , accompagné du bruit de nos pièces de marine.
Le 27e régiment remplace provisoirement dans la 32e brigade le 13e régiment qui passe à la réserve armée à sa place. Dans ce but, le 27e vient tout d’abord à Vignot, à la réserve du CA. Il quitte son cantonnement de Cousances-aux-Bois et Dagonville,

lundi 7 décembre à 17h30, après avoir mangé la soupe, et 'être porté à Vignot par Vadonville, Lérouville et Commercy.
Le 13e part également de Vignot, à 17h, après avoir mangé la soupe et se rend par Boncourt, Pont-sur-Meuse, Lérouvile, Vadonville à Cousances-aux-Bois (état-major, 2 bataillons) et Dagonville (un Bataillon).
En exécution de cet ordre, le 13e est parti vers 17h30 et le 27e est arrivé vers 22h.

Le 13e régiment d’infanterie quitte, ce soir à 17h, le cantonnement de Vignot pour être remplacé dans la nuit par le 27e régiment d’infanterie.
Extrait du Journal de Marches et opérations issu du site internet http://www.pourceuxde14-regimentschalonsursaone.fr

VII)
Selon le communiqué officiel publié dans Le Figaro, « dans les régions d'Armentières et d'Arras, comme dans celles de l'Oise et de l'Aisne et en Argonne, rien à signaler, sinon, d'une façon générale, la supériorité de notre offensive. »

En Champagne, l’artillerie lourde Française a pris, à diverses reprises, un avantage très marqué sur l'artillerie ennemie.

Avance assez sensible de nos troupes dans la région Rouvroy, Parvillers, le Quesnoy-en-Santerre.

En Belgique, dans la région de l'Yser, les Alliés continuent à attaquer les quelques tranchées que l'ennemi a conservées sur la rive gauche du canal.
Les Allemands ont bombardé Oost-Dunkerke, à 4 kilomètres à l'ouest de Nieuport.

Dans l'offensive Allemande en Pologne, le front s'étend maintenant de la Vistule, près d'Ilof situé à 58 kilomètres à l'ouest de Varsovie, et à environ 14 kilomètres du confluent de la Bzoura à un point situé à une faible distance à l'ouest de Petrokof.
Ce front a la forme d'un croissant peu accentué, passant légèrement à l'ouest de Sobdta, par Zgierz et Lutomirsk, et venant aboutir entre Lask et Lodz. Les Russes opposent partout une vigoureuse résistance.
Le correspondant du Daily Mail à La Haye télégraphie que, suivant des informations de source digne de foi, les troupes Russes sont arrivées dimanche devant Cracovie et ont commencé le bombardement des faubourgs sud-est de la ville.

Les troupes Autrichiennes se sont repliées au-delà du défilé de Bartfeld, dans les Carpates.
Le bombardement des sections nord et nord-est a commencé. Le feu des canons continue jour et nuit sans interruption.

Le journal « Le Temps publie » un article plus détaillé que le Figaro de la veille concernant l’occupation de Lille par les Allemands, voici les détails non publié dans l’autre journal Parisien. « L'occupation de Lille par les Allemands.
Une Lilloise, Mme C. qui a pu quitter Lille, a donné au Bulletin des réfugiés du département du Nord les renseignements qui suivent sur l'occupation Allemande à Lille. (…) Chez les commerçants, les Allemands payent en argent. Mais dans les manufactures et les fabriques, ils ont réquisitionné des marchandises, du linge surtout, qu'ils font travailler à Tourcoing, dans des fabriques dont le personnel est sous leurs ordres.(…)
Les Allemands ont été pendant quelques jours jusqu'à 120 000 à loger à Lille mais aujourd’hui ils ne sont pas nombreux.
Encore ne sont-ils pas sédentaires. Comme le ravitaillement se fait à Lille, ils ne font que passer, et ce sont presque toujours des troupes fraîches que l'on voit défiler.
1h à 4h du matin, Aussi est-il interdit à la population de sortir dans les rues de 21h du soir à 6h du matin. (…)

Les Allemands ont demandé une contribution de guerre de 5 000 000 de francs, qui ne leur a pas été payée. Défense est donc faite par eux de continuer à payer les allocations aux femmes des mobilisés.
On a alors recours à un subterfuge. Les écoles étant rouvertes, on fait semblant d'aller y chercher des enfants et on se fait payer en cachette par un employé chargé de ce service des allocations.

(…) Les Allemands arrêtent les laitiers aux portes de la ville et confisquent leur cargaison.

L’Allemand de 1914 est menteur ! C’est bien connu, en voici la preuve dans le Figaro.
Ostende ? - Non, Calais !...
« La mauvaise foi des Allemands ne sera jamais assez, louée. Ce doit être quelque notabilité de l'état-major à qui, on le sait, rien n'échappe. S. M. le Kaiser ayant fixé, pour la prise de Calais, la date du 10 décembre, et beaucoup d'excellents citoyens de la docte Germanie s'imaginant, d'après les agences, Wolff et autres, que cette conquête est, d'ores et déjà, chose faite, notre homme s'avise qu'il convient d'épargner aux soldats conduits en Belgique la possibilité d'une désillusion.
S'ils venaient à savoir, ces guerriers Teutons, qu'ils ne sont pas à Calais, et qu'ils en demeurent encore assez loin, ne pourraient-ils être amenés à penser qu'on les a, là-bas, trompés, et que peut-être S. M. le Kaiser ne dit pas à ses fidèles sujets toute la vérité ?

Pour éviter un si grand mal, s'est dit l'état-major, il est un moyen bien simple. Nous sommes à Ostende, c'est un fait. Appelons Ostende Calais et il deviendra clair que nous sommes à Calais.
Ce raisonnement fait, sur de fort belles plaques on fait écrire en grosses lettres « Kales » c'est ainsi que disent les Boches pour Calais. Et ces plaques on les pose partout où l'usage est d'en mettre. Et c'est ainsi qu'Ostende devient Calais.
Désormais il n'est point de soldat de l'armée de S. M. l'Empereur, qui, sachant lire, ne demeure convaincu que ses frères d'armes occupent Calais. Il l'écrit aux siens, bien entendu. Et tous ces bons Allemands souriront avec mépris des mensonges de la presse des Alliés, qui nie l'évidence et, comme on le sait, ment toujours. »...

VIII)
« Les allocations », Le Journal des débats, lundi 7 décembre 1914.
Une loi du 5 août dernier a, comme on sait, accordé une allocation journalière de 1 fr. 25, avec majoration de 50 centimes aux enfant âgé de moins de 16 ans, aux familles des militaire appelés sous les drapeaux quand ces militaires remplissaient les devoirs de soutien indispensable de famille. La même allocation était déjà due en vertu de la loi du 7 août 1913, mais uniquement aux familles des jeunes gens appelés en exécution de cette loi, et seulement en temps de paix.

La loi du 5 août a généralisé la mesure en l'étendant pour la durée de la guerre aux familles de tous les hommes qui sont présents à l'armée et qui ont le caractère de soutiens de famille. Mais comme elle se compose d'un seul article, et comme elle a donné lieu à une foule de difficultés d'application, il a fallu un grand nombre de décrets, d'arrêtés, de règlements et de circulaire pour en préciser la portée. Avant même le vote de la loi, une longue circulaire aux préfets, datée du 4 août, leur a donné des instructions sur la mise en vigueur d'un décret du 2 août qui a établi provisoirement des dispositions analogues.

Une autre circulaire du 23 août a complété et remplacé celle du 4 août. Une autre encore du 13 octobre, est venue trancher diverses questions qui sont posées dans la pratique. (…)
D'après la loi de 1913, les demandes sont adressées au maire de la commune, le Conseil municipal émet sur chacune d'elles un avis motivé, puis le dossier est transmis au préfet qui, après une enquête de la gendarmerie, formule à son tour son avis.
La décision est prise par un Conseil composé du juge de paix, président, du contrôleur des contributions directes et du receveur de l'enregistrement.
Elle est motivée et rendue en séance publique, le demandeur et le préfet, chacun de son côté, peuvent interjeter appel devant le tribunal civil. Cette procédure offre de sérieuses garanties, mais il faut en convenir, elle sont assez compliquée, et deviennent d'une application difficile alors qu'il est question d'étendre le bénéfice de l'allocation à toutes les familles nécessiteuses de mobilisés.

Aussi a-t-elle été mise de côté après le vote de la loi du 5 août 1914. On l'a remplacé par une organisation toute différente dont voici les traits principaux. La demande est, comme précédemment, adressée au maire de la commune, mais celui-ci ne la soumet plus au Conseil municipal. Il la transmet, avec son propre avis, à une commission cantonale de 3 membres, désignés par le préfet, qui n'est tenu de les prendre ni dans telle catégorie de personnes, ni en dehors de telle ou telle catégorie de personnes.
Les décisions de la commission peuvent être attaquées, soit par le demandeur dont la requête a été repoussée, soit par le préfet en cas d'admission de la demande, devant une commission de cinq membres qui siège à la sous-préfecture et qui est, elle aussi, formée par le préfet à sa guise. (…)

C'est là, on le reconnaîtra, une façon de procéder qui témoigne de beaucoup de confiance dans l'impartialité des préfets, mais qui offre bien peu de garanties pour les familles des mobilisés. Confier aux fonctionnaires administratifs la mission de composer, selon leur caprice, des milliers de commissions qui auront le pouvoir d'accorder ou de refuser des subsides à des milliers de familles, c'est mettre entre leurs mains un formidable instrument d'arbitraire, c'est exposer beaucoup d'entre eux à la tentation de servir docilement les intérêts, les amitiés ou les rancunes du député local et des politiciens de chef-lieu d'arrondissement ou de canton qui forment la clientèle du député.

IX)
Journal du Rémois Paul Hess (extraits)
« Détonations formidables des grosses pièces. Bombardement le soir, vers la rue des Romains. »
Décision du 118e RIT de Verzenay
Indiscrétions. Le général commandant le secteur recommande aux militaires de tous grades d’éviter dans leur conversation, soit entre eux, soit avec des particuliers, de parler de choses militaires que des oreilles malveillantes pourraient recueillir. Il rappelle en outre que tous les repas doivent être pris en commun et que nul ne doit accepter d’invitation particulière sans autorisation des chefs de corps ou de service.
http://vieuxpapiers.canalblog.com/archives/2005/12/07/1082760.html
 Prise de la Fontaine du Père Hilarion (Lorraine)...

X)
Courmelles.
De tous les points de la France on envoie aux troupiers des colis abondamment garnis : ils proviennent de l’initiative isolée et chacun d’eux est destiné à un seul et même troupier : on y trouve des chandails, des passe-montagne, des cache-nez, des chaussettes, des gants… On y trouve aussi des ceintures de flanelle où sont brodées de naïves inscriptions : Bonne nuit, Retour, Espoir, Joffre, Amitiés, Courage… On y trouve encore des paquets de tabac, des pastilles de miel « pour si vous êtes enrhumé », des briquets, du chocolat, quelquefois un brin de buis, une feuille de laurier… Toujours une carte postale où sont tracées des lignes naïves et charmantes :
« Petit soldat de France, je t’envoie de tout mon cœur de Française mes vœux de victoire… »,
« Mon cher soldat, ayez patience et courage et répondez-moi si vous avez reçu mon petit colis… »
C’est bien touchant !

XI)
Encourager les Russes à combattre
Dans un courrier qu’il adresse à ses parents le 7 décembre 1914, le lieutenant Charles de Gaulle s’interroge sur la guerre à l’Est et espère que les Russes vont être capables de mener durablement la vie dure aux Allemands pour qu’ils ne puissent pas maintenir la pression à l’Ouest.
Il commente aussi le début de ce conflit et fait cette remarque :
« Qu’est cette guerre sinon une guerre d’extermination?
Le vaincu sera celui qui aura le premier épuisé tous ses moyens moraux et matériels.
Je crois qu’à cet égard nous tenons le bon bout.
J’en suis sûr et vous aussi.
Du reste, même au point de vue du terrain conquis, nous ne sommes pas en désavantage. 
N’oubliez pas que du côté oriental, l’offensive Russe est venue du Niémen et la Vistule. Elle a pris Lemberg, assiégé Przemysl, franchit les Carpathes, et presse Cracovie ».

Charles De Gaulle très vigilant est à l’affût de toutes les informations militaires qu’il peut obtenir et se méfie néanmoins des Allemands qui ont pris l’offensive sur Lodz. Il évoque :
« L’energie, la ténacité et le coup d’œil que nous leur connaissons ».
Il n’est pas inquiet sur l’issue de la bataille et fait preuve d’un optimisme certain sur l’évolution de chaque front.

« Maintenant je dis, soyons résolus et patients. Une guerre pareille qui dépasse en portée et en acharnement tout ce que l’Europe a jamais vu ne se fait pas sans des sacrifices formidables.
Et puis, que l’on soit content ou pas, cela n’a aucune valeur. Il faut vaincre. Le vainqueur est celui qui le veut le plus énergiquement ».

Avant d’ajouter : « Ceci posé, je vous accorde que tout le monde souhaite la reprise de l’offensive sur tout le front. Je ne crois pas que nos adversaires le désirent autant ».

XII)
Pluie douce, chaude... Il fait chaud, temps fort bon pour les pauvres gens privés de bois, mais très défavorable pour la terre qui est lavée par ces quantités d’eau, au lieu d’être gelée, puis couverte de neige.
En 1913, 1ère neige sur le Raimeux froid.
En 1912 il fait un beau soleil... Voilà plus de 20 ans qu’on ne connaît plus d’hiver dans notre pays.

On a des mois de novembre, décembre chauds, à tel point que des fleurs s’épanouissent dans les jardins, mais alors on a des printemps froids, neigeux, tristes et des étés qui n’en sont pas, pas d’hiver, pas de printemps, pas d’été. De la pluie froide, de la boue, des maladies, de mauvaises récoltes, etc. voilà le bilan de nos saisons depuis plus de 20 ans.
On ne sait plus ce que c’est qu’un traîneau. Autrefois on voyait des neiges dépasser 80cm à 1m, des rues pleines de neige, de la glace, des arbres qui se fendaient par un froid de -20 à -22 degrés, comme en 70, année de la 1ère guerre... Aujourd’hui tout a changé.

Nos étés sont si froids qu’on s’habille chaudement, qu’on ne voit plus d’ombrelles, qu’on chauffe parfois en juillet, comme cela a été le cas cette année. Il y a un bouleversement dans le ciel comme sur la terre.

Dans les couches populaires, « le temps qu’il fait » constitue un sujet inépuisable de discussions. Contrairement aux thèmes familiaux ou politiques, « le temps », beau ou mauvais, sale ou magnifique, est un thème qui permet de cimenter à bon compte la convivialité publique. Les complaintes sur « les saisons qui ne sont plus ce qu’elles étaient » ne datent pas d’aujourd’hui. A écouter le vieux Daucourt, qui a vécu « la 1ère guerre » – celle de 1870-1871, bien sûr – on constate que les lamentos actuels sur le « réchauffement climatique » reprennent presque mot pour mot les constatations de notre vieux chroniqueur en 1914…

XIII)

Le roi Albert est décoré de l’ordre de la Jarretière.
Dans la région d’Arras, les Français s’emparent de Vermelles et Rutoir ; l’ennemi recule de 3 kilomètres.

En Pologne Russe, les Allemands entrent dans Lodz évacué par les Russes. L’ennemi occupe maintenant une partie de la province de Kielce.

Les Serbes, au terme d’une bataille de 4 jours ont battu les Autrichiens à Valjevo et Pojeda. Ils s’emparent de 22 000 prisonniers, 68 canons, 42 mitrailleuses...

XIV)
Décembre 1914 : La démission de Pierre Monatte
Contre L'Union sacrée, des voix s'élèvent enfin, au sein de la CGT.
Pierre Monatte, éditorialiste au journal « La Vie ouvrière » ( fondée en 1909) adresse aux camarades  le 6 décembre 1914 une lettre de démission du Comité Confédéral de la C.G.T. qui fera date.
Camarades,

Après le vote émis dans sa séance du 6 décembre par le Comité Confédéral, je considère comme un devoir de renoncer au mandat que vous m’aviez confié.

Voici les raisons qui ont dicté ma détermination : Au cours de ces 5 derniers mois, c’est avec stupeur, avec douleur, que j’avais vu le Comité Confédéral enregistrer purement et simplement l’acceptation par son secrétaire général d’une mission officielle de commissaire de la nation.

Quelques semaines plus tard, la Commission Confédérale envoyée à Bordeaux consentir à faire une tournée de conférences pour le compte du gouvernement.

Des militants syndicalistes, des fonctionnaires d’organisations, tenir un langage digne de purs nationalistes. Aujourd’hui, le Comité Confédéral vient de refuser sa sympathie aux efforts tentés eu vue de la paix par les socialistes des pays neutres. Pour le Comité Confédéral, parler en ce moment de paix constituerait une faute, presque une trahison, une sorte de complicité dans une manœuvre Allemande, tout comme pour Le Temps et pour le gouvernement. Dans ces conditions, il m’est impossible de rester plus longtemps dans son sein, car je crois, au contraire, que parler de paix est le devoir qui incombe, en ces heures tragiques, aux organisations ouvrières conscientes de leur rôle.

Le 22 novembre, le secrétaire confédéral donnait connaissance au Comité d’une invitation à la Conférence des socialistes des pays neutres organisée à Copenhague, pour les 6 et 7 décembre par les partis socialistes Scandinaves. M’opposant au passage à l’ordre du jour, je faisais la proposition suivante : Que la C.G.T. Réponde en assurant les socialistes Scandinaves que, s’il nous était impossible d’envoyer un délégué, nous suivrions cependant leur efforts en faveur de la paix avec la plus grande sympathie et que nous faisions des vœux pour le succès de Copenhague. A la séance du 29 novembre, la fédération des Métaux déposait une résolution motivée, inspirée du même esprit, à laquelle je me ralliai avec empressement.

Comment et par qui elle fut combattue ? Par quels arguments ?
Il serait trop long de le dire ici ; mais les procès-verbaux du Comité Confédéral 22 novembre, 29 novembre et 6 décembre vous fixeront sans doute un jour prochain.
Le 6 décembre, le Comité Confédéral se trouvait devant trois propositions : Une première, de la Fédération du Bâtiment, tendant à ne faire aucune réponse, une seconde, de Luquet, comportant des restrictions importantes et l’accord de la C.G.T. et du Parti sur un texte commun de réponse, enfin celle des Métaux.
Le Comité se prononça d’abord sur la proposition à caractère préjudiciel du Bâtiment, l’adoptant par 22 voix contre 20 et 2 abstentions. Il est hors de doute que la proposition des Métaux aurait été écrasée, le 6 décembre, par une forte majorité.

Ainsi, une nouvelle fois, des appels socialistes en faveur de la paix n’auront trouvé aucun écho dans les organisations centrales Françaises, ni dans la presse ouvrière de ce pays, celle-ci allant même jusqu’à refuser de les reproduire. Appels et initiatives conformes cependant à la résolution des congrès socialistes internationaux de Stuttgart, de Copenhague et de Bâle, qui déclarent :

«  Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, c’est le devoir (aux classes ouvrières) de s’entremettre pour faire cesser promptement et d’utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste ».
 
Ce devoir, Keir Hardie et l’indépendant Labour Party, en Angleterre, se sont efforcés, dès le premier jour, de le remplir, ainsi que les deux partis socialistes Russe. De même que les socialistes Italiens et Suisses dans leur Conférence de Lugano et le parti socialiste Américain par son initiative d’un Congrès socialiste international extraordinaire.
C’est le devoir que vient de remplir Karl Liebknecht et avec lui une minorité du parti socialiste Allemand par sa protestation au Reichstag, le 2 décembre :
 
« Une paix rapide qui n’humilie personne, pour une paix sans conquêtes, voilà, déclare-t-il, ce qu’il faut exiger. Tous les efforts dirigés dans ce sens doivent être bien accueillis ».
 
Seule, l’affirmation continue et simultanée de cette volonté, dans tous les pays belligérants, pourra arrêter le sanglant massacre avant l’épuisement complet de tous les peuples intéressés. « Seule, une paix basée sur la solidarité internationale de la classe ouvrière et sur la liberté de tous les peuples peut être une paix durable. C’est dans ce sens que les prolétariats de tous les pays doivent fournir, même au cours de cette guerre, un effort socialiste pour la paix ».
 
Il est incompréhensible, dans une certaine mesure, que les masses du peuple, trompées et excitées journellement par la presse, par toute la presse, aient accepté comme articles de foi toutes les déclarations gouvernementales. Mais que les militants du syndicalisme n’aient pas montré plus de clairvoyance, qu’ils n’aient pas apporté plus de sens critique à l’examen des allégations gouvernementales, qu’ils se soient laissé gagner par la fièvre de la vanité nationale, qu’ils aient perdu le souvenir des principes qui guidaient jusqu’à maintenant leur action, voilà le plus attristant spectacle.
 
Quand Poincaré, il y aura deux ans le mois prochain, monte à la présidence de la République, certains d’entre nous se dirent : « Nous aurons la guerre avant la fin de son septennat ».
 
Nous l’avons eue moins de 2 ans après. Cette guerre prévue, redoutée par nous, cette guerre voulue, préparée par nos politiciens de l’esprit national, c’est elle que la majorité du Comité Confédéral envisage maintenant comme une guerre de libération pour l’Europe, comme une guerre capable de porter la liberté et la République à l’Allemagne et de ruiner le militarisme universel.
 
Quelle illusion !
 
Cette guerre, dont l’attentat de Sarajevo ne fut que le prétexte, a ses sources réelles dans le duel économique Anglo-Allemand et dans la rivalité Germano-Slave.
 
L’alliance Russe, déjà la honte de la République Française, a précipité notre pays dans le gouffre. L’alliance Russe et les ambitions Marocaines de nos coloniaux. Le Kaiser n’a fait qu’avancer l’heure de la conflagration Européenne. Sa responsabilité en est plus lourde que celle d’aucun gouvernement, mais celle des gouvernements Français, Russe et Anglais n’est pas légère.
 
Encore n’est-il pas établi que le gouvernement F rançais ait tout fait pour sauvegarder la paix dans la dernière semaine de juillet. Nul ne doute que la diplomatie secrète – aux méfaits tant de fois dénoncés – ait joué un rôle considérable dans la déclaration de la guerre.
 
Les travailleurs conscients des nations belligérantes ne peuvent accepter dans cette guerre la moindre responsabilité, elle pèse, entière, sur les épaules des dirigeants de leurs pays. Et loin d’y découvrir des raisons de se rapprocher d’eux, ils ne peuvent qu’y retremper leur haine du capitalisme et des États. Il faut aujourd’hui, il faudrait plus que jamais conserver jalousement notre indépendance, tenir résolument aux conceptions qui sont les nôtres, qui sont notre raison d’être.
 
Si on les croit fausses, qu’on le dise !
 
Alors seulement on aura le droit de faire du nationalisme sous toutes ses formes, nationalisme politique et nationalisme économique. Mais je crains fort que nos organisations centrales, en France comme en Allemagne, C.G.T. comme Parti socialiste, Union Syndicale internationale comme Internationale socialiste, n’aient signé leur faillite. Elles venaient de se révéler trop faibles pour empêcher la guerre, après tant d’années de propagande organisatrice. Mais on pouvait encore se dire que la faute en incombait peut-être aux masses restées à l’écart et qui n’avaient pas compris les devoirs de l’internationalisme. Cette dernière lueur d’espoir vacille sous les paroles des militants d’un pays à l’autre. C’est au centre que le feu, c’est-à-dire la foi, a manqué.
 
PIERRE MONATTE
Si l’humanité doit connaître un jour la paix et la liberté, au sein des États-Unis du monde, seul un socialisme plus réel et plus ardent, surgissant des désillusions présentes, trempé dans les fleuves de sang d’aujourd’hui, peut l’y mener. Ce n’est pas, en tout cas, les armées des alliés, non plus que les vieilles organisations déshonorées qui le peuvent. C’est parce que je crois, chers camarades du Gard et du Rhône que la C.G.T. s’est déshonorée par son vote du 6 décembre, que je renonce, non sans tristesse, au mandat que vous m’aviez confié.
 
Pierre Monatte

Le 7 décembre 1914, un médecin-major du 56e RI est décoré
www.lejsl.com/.../le-7-decembre-1914-un-medecin-major-du-56e-ri-est-...
7 déc. 2014 - Après la relève du 6 au soir, les emplacements du 56e sont :

Lundi 7 décembre 1914 - Il y a 100 ans
www.il-y-a-100-ans.fr/.../lundi-7-decembre-1914-un-etat-des-lieux-des-de...
7 déc. 2014 - Lundi 7 décembre 1914 : un état des lieux des dégâts dans les rues de Lille. Par la rédaction pour Il y a 100 ans - La Grande Guerre, Publié le …

125/journal de la grande guerre/7décembre 1914 | 1914 ...
reims1418.wordpress.com/.../125journal-de-la-grande-guerre7decembre...
7 déc. 2014 - Journal du rémois Paul Hess (extraits) "Détonations formidables des grosses pièces. Bombardement le soir, vers la rue des Romains.

Décembre 1914: La démission de Pierre Monatte - Le blog ...
www.lechodelul.com/article-decembre-1914-la-demission-de-pierre-mon...
6 déc. 2014 - Décembre 1914: La démission de Pierre Monatte ... organisée à Copenhague, pour les 6 et 7 décembre par les partis socialistes scandinaves.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire