jeudi 20 novembre 2014

922... EN REMONTANT LE TEMPS


6 NOVEMBRE 2014...

Cette page concerne l'année 922 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol

UN MARTYR SOUFIS

Mansur al-Hallaj en entier Abû `Abd Allah al-Husayn Mansur al-Hallaj, né vers 857, mort le 26 mars 922 à Bagdad, est un mystique Persan du soufisme... Auteur d'une œuvre abondante visant à renouer avec la pure origine du Coran et son essence verbale et écrite.

C'est à Louis Massignon, spécialiste de la mystique Islamique, que le lecteur occidental doit la redécouverte des textes d'al-Hallaj, dont il est le premier traducteur en langue Européenne.
Né vers 857 près de Tur en Iran, son grand-père, selon la tradition, est un zoroastrien et descend de Abu Ayub. Son père vient travailler dans la ville de Wasit et se lance dans le commerce de la laine. Son nom signifie : « le cardeur de laine ».

Peu satisfait par l'enseignement traditionnel du Coran, et attiré par une vie ascétique, il fréquente des maîtres du soufisme comme Sahl at-Tustari, 'Amr ibn 'Uthman al-Makki et Abu al-Qasim al-Junayd alors hautement respectés.
Sahl at-Tustari fut son premier maître qui vivait seul à Tustar dans le Kazakhstan.
Il épouse la fille du maître soufi Abu Ya'qub al-Aqta'.

Al-Hallaj devient prédicateur en Iran, puis en Inde et jusqu’aux frontières de la Chine. Rentré à Bagdad, il est suspecté aussi bien par les sunnites que par les chiites pour ses idées mystiques (recherche de l’amour divin et de l’union de l’âme et de Dieu) et son influence sur les foules.

Il est faussement accusé d'avoir participé à la révolte des Zanj, mais sa condamnation proprement dite résulte du fait qu'il a proclamé publiquement « Je suis la Vérité (Dieu) » (« Ana al haqq »), ce qui est vu comme une hérésie, aussi bien dans le sunnisme que dans le chiisme.

Cette affirmation, si elle ne doit théoriquement pas être publique, n'est pas incongrue dans le milieu soufi où ce genre de propos est considéré comme émanant d'un homme qui, « fondu » dans l' « océan de la divinité », possède un rang spirituel très élevé.

Les traductions de Louis Massignon viennent appuyer cette thèse, la plupart des versets du Diwan de Hallaj traitant de la « science de l'Unité » (Tawhid).
Ne voulant pas renier ses propos publics, Hallaj est condamné à mort et supplicié à Bagdad le 27 mars 922.

Il restera un des plus célèbres condamnés soufis et son supplice sera mentionné de nombreuses fois dans les écrits de Rûmî, par exemple.

La poésie de Hallaj est continuellement traversée par la notion d'union mystique.

Informe la gazelle, ô brise, dans ta course,
Que ma soif est accrue quand je puise à sa source !
Et cette Bien-aimée, dans mes boyaux soustraite,
Si Elle le voulait, courrait sur mes pommettes !
Son esprit est le mien et le mien est le Sien,
Ce qu’Elle veut je veux et mon vœu Lui convient !

Parmi d'autres soufis, Al-Hallaj est une anomalie . Beaucoup de maîtres soufis ont estimé qu'il est inapproprié de partager le mysticisme avec les masses, mais Al-Hallaj ouvertement l'a fait dans ses écrits et par ses enseignements. Il a donc commencé à se faire des ennemis.

Cette situation est aggravée par des occasions où il tombe en transe qu'il attribue à être dans la présence de Dieu.
Lors d'une de ces transes, il prononce Ana l-haqq « Je suis la vérité », qui a été pris pour signifier qu'il prétend être Dieu, puisque al-haqq « la Vérité » est l'un des 99 noms d'Allah .

Dans une autre déclaration controversée, al-Hallaj revendique « Il n'y a rien enveloppé dans mon turban, mais Dieu », « Il n'y a rien dans mon manteau mais Dieu. » Ce type d'énoncé mystique est connu comme Shath.

Des déclarations comme celles-ci conduit à un long procès et son emprisonnement ultérieur pendant 11 ans dans une prison de Bagdad...

Hallaj écrit de nombreux ouvrages en prose et en vers. Son œuvre la plus connue est le Kitab al-Tawasin, qui comprend deux courts chapitres consacrés à un dialogue de Satan ( Iblis ) et Dieu, là où Satan refuse de céder à Adam, bien que Dieu lui demande de le faire. Son refus est dû à une idée erronée de l'unicité de Dieu et à cause de son refus de se livrer à Dieu dans l'amour.

Al-Hallaj a déclaré dans ce livre:
Si vous ne reconnaissez pas Dieu, reconnaissez au moins son signe, je suis la vérité créatrice - Ana al-Haqq -,
parce que par la vérité, je suis la vérité éternelle.
Les croyances et les principes
Universalisme mystique...
Même au-delà de la foi musulmane, Hallaj a été concerné par l'ensemble de l'humanité, il désire leur communiquer l'étrange, patient et honteux, désir de Dieu, qui est caractéristique pour lui. » (C'est la raison de son voyage au-delà du monde musulman (shafa'a) en Inde et en Chine.

Dans le procès qui a mené à son exécution, il a été accusé de prêcher contre le pèlerinage à la Mecque (le Hajj ), qu'il a cependant effectué 3 fois...
En réalité, sa préoccupation est plus à la signification spirituelle du pèlerinage. Pour lui, la partie la plus importante du pèlerinage à La Mecque est la prière au mont Arafat, commémorant le sacrifice d'Abraham dans l'offrande de soi-même.

Mansur croit en union avec le Divin, que Dieu est en lui, et que lui et Dieu sont devenu « Un », dans l'état d'extase, il s'exclame Ana Abrar-al Haq « Je suis le Abrar de la vérité ». Il est exécuté en public à Bagdad. et coupé en morceaux et puis ses restes ont été brûlé . Il ne cesse de répéter: « Je suis la Vérité », pendant que bourreau lui découpe les bras, les jambes, la langue et enfin la tête... Il souriait encore, quand il lui a coupé la tête...

Al-Hallaj a voulu témoigner de cette relation de Dieu aux autres allant même demander à ses frères musulmans à le tuer et a accepter son exécution. Il a également évoqué le martyr du Christ, en disant qu'il veut aussi « mourir dans la confession suprême de la croix »(la carita d'Olivier Clément. Dio, p. 41).

Comme le Christ, il a donné à son exécution une signification rédemptrice, comme il a fait croire que sa mort « unissait son amour de Dieu et de sa communauté musulmane contre lui-même et de ce fait témoigne in extremis du tawhid (l'unicité) de l'autre.» (Mason, 25)
Pour son désir d'unité avec Dieu, de nombreux musulmans l'ont critiqué comme un « crypto-chrétien » afin de déformer la révélation monothéiste d'une manière chrétienne. »(Mason, 25).

Sa mort est décrite par Attar comme un acte héroïque, quand ils l'interrogent à la cour, un soufi lui demande: « Qu'est-ce que l'amour? »
Il répond: « Vous allez voir aujourd'hui, demain, et après-demain. »
Ils l'ont tué ce jour-là, l'ont brûlé le lendemain et ont jeté ses cendres au vent le jour d'après. « Tel est l'amour», dit Attar. Ses jambes sont coupées, il sourit et dit, J'ai l'habitude de marcher sur la terre avec ces jambes, maintenant il n'y a qu'un pas vers le ciel, coupé que si vous le pouvez. »

Et quand ses mains ont été coupées il peint son visage avec son propre sang, lorsqu'on lui demande pourquoi, il dit: « J'ai perdu beaucoup de sang, et je sais que mon visage a viré au jaune, je ne veux pas avoir l'air pâle (comme la peur) ...».

Les écrits d'al-Hallaj sont importants pour les groupes soufis. Son exemple est considéré par certains comme celui qui devrait faire des émules, notamment son calme face à la torture et son pardon à ses bourreaux. Beaucoup l'honorent comme un adepte qui est venu à réaliser la nature divine inhérente à tous les hommes et les femmes. Alors que de nombreux soufis théorisent que Hallaj est un reflet de la vérité de Dieu, les chercheurs des autres écoles de pensée islamiques continuent à voir en lui un hérétique et un déviant.

Les partisans de Mansour ont interprété cette déclaration comme signifiant, « Dieu m'a vidé de tout, mais pas de lui-même. » Selon eux, Mansour n'a jamais nié l'unicité de Dieu, c'est un strict monothéiste. Toutefois, il estime que les actions de l'homme lorsqu'elles sont effectuées conformément aux plaisirs de Dieu, conduisent à une unification heureuse avec lui. Sa vie a été étudié de façon approfondie par le savant Français de l'islam, Louis Massignon ...

D’abord, bien que la documentation historique sur Al-Hallâj soit considérable, on ignore une bonne partie de sa vie. Ce sont les années à Bagdad, les séjours à la Mecque et surtout l’histoire de sa mort violente que la tradition a retenus. En langue française, il est connu surtout par les études de Massignon (1921).
Que signifie Al-Hallâj ? Il s’agit d’un surnom qui lui vient du métier qu’exerçait son père, « cardeur de coton ». Par métaphore, ses disciples vont l’appeler le « cardeur des pensées secrètes » (Hallâj al-asrâr).

Husayn Ibn Mansûr Al-Hallâj, est né dans le sud de l’Iran vers 858. À 18 ans (d’autres sources disent 16 ans), il s’engage comme novice chez un soufi, Sahl al-Tustârî (mort en 896), mais il n'y reste que 2 ans. Il est attiré par le rayonnement de Bagdad, où il va fréquenter le cercle mystique et ascétique présidé par Abû al-Qâsim Junayd (mort en 911), mais il n’arrive pas à s’entendre avec ce dernier, selon S. Ruspoly :
« tout d’ailleurs les oppose, le tempérament, l’âge, et surtout l’approche de la vie mystique, méthodique, progressive et contrôlée chez Jonayd, intuitive, émotive et prophétique chez Hallâj » .

Le conflit entre les deux se développe jusqu’au jour où Junayd lui dit :
« Qui sait si ta tête n’ornera pas un jour le gibet ». Amru Makkî son dernier maître lui remet le froc de laine, la khirqa, le consacrant comme shaykh soufi, avec licence d’enseigner... A la même époque il se marie, et il aura deux fils et une fille de cet unique mariage.

Il voyage vers l’orient, et selon Massignon il va être le premier à proposer l’islam aux Hindous, au retour ses disciples le considèrent comme un véritable prophète. Ainsi, une lettre d’un disciple s’adresse à lui comme à Dieu : « Louange à toi, essence de l’essence, but des désirs suprêmes, ô fort, ô grand. Je témoigne que tu es le Créateur, l’Éternel, l’Illuminateur, que tu as pris forme à toute époque et à tout moment, en ce temps nôtre, sous la forme de Husayn ben Mansûr Al-Hallâj. »

Il effectue 3 voyages à la Mecque, avec à chaque fois de longs séjours sur place, et à chaque fois il revient avec des expériences de plus en plus profondes. Lors de son troisième voyage, il va rester une année complète dans la solitude et l’austérité.Tout au long de ces années la relation entre Al-Hallâj et l’orthodoxie musulmane ne va cesser de se dégrader.

Pour l’orthodoxie musulmane, malgré le verset coranique selon lequel Dieu dit : « Nous sommes plus près de lui [l’homme] que la veine de son cou » (50, 16), il y a comme un fossé infranchissable entre le Créateur et sa créature.
Il n’est pas question d’un amour réciproque entre Dieu et l’homme, le seul lien est celui de l’adoration et de la soumission aux commandements de Dieu, conformément au sens du mot islam, « se remettre ou se donner entièrement à Dieu ». Or, Al-Hallâj le mystique qui s’est plongé dans la méditation de Dieu, se trouve conduit non seulement à un ittisâl (contact entre l’âme de l’homme et Dieu), mais à un véritable hulûl (inhabitation), l’Esprit de Dieu habitant sans confusion de nature, l’âme purifiée du mystique.

En lisant ses œuvres on peut comprendre que cette expérience s’est imposée à lui, il est en quelque sorte prisonnier de Dieu, il sent petit à petit Dieu s’emparer de lui... Un de ses disciples raconte qu’il l’a vu dans le souk pleurer et crier : « Ô gens, sauvez-moi de Dieu. Car Il m’a ravi à moi-même, et Il ne me rend pas à moi-même. Quant à moi, voici qu’il n’y a plus de voile entre Lui et moi, pas même un clin d’œil, le temps que je trouve le repos, afin que mon humanité périsse en Sa divinité, pendant que mon corps se consume aux flammes de Son omnipotence : Pour qu’il n’en reste plus ni trace, ni vestige, ni description. »
Ou encore : « Ô gens, quand la Vérité s’est emparé d’un cœur, Elle vide tout ce qui n’est pas Elle. Quand Dieu s’attache à l’homme, Il tue en lui tout ce qui n’est pas Lui. »

Al-Hâllaj est arrêté en 909, une première fois. En 913, il est arrêté de nouveau à Suse et conduit à Bagdad où il est emprisonné jusqu’à son exécution en 922. Les accusations contre lui ne manquent pas. Il est dénoncé comme agitateur politique, organisateur de réunions secrètes et de complot contre la sûreté de l’État...

Mais les 3 accusations majeures portées contre lui sont les suivantes :
  1. Publicité de miracles (ifshâ’ al-karamât) : il est accusé de s’attribuer un vocabulaire réservé à Dieu. Dans sa dernière prédication, Al-Hallâj présente ses miracles comme des mu’djizât, terme réservé à des faits immédiats de Dieu, signes d’une mission prophétique et non plus comme de simples karamât, grâces individuelles et privées que Dieu donne sans bruit à ses saints. Al-Hallâj est donc accusé d’enfreindre une distinction fondamentale en islam, celle entre les hommes pieux et les prophètes.
  2. Usurpation du pouvoir suprême de Dieu da`wat ar-rubûbiyya), parce qu’il a ordonné, en parlant comme Dieu, le remplacement du pèlerinage à la Mecque par un pèlerinage purement spirituel. Il préconise un détachement des rites prescrits pour un culte plus intérieur : « Les gens vont au pèlerinage, et moi je vais en pèlerinage vers ma demeure. On offre les victimes animales. Moi j’offre en sacrifice ma vie et mon sang. »
  3. Crime de zandaqa (« hérésie ») pour sa théorie de l’amour de Dieu. Le mot « Zindîq » est d’origine persane, il est synonyme du kâfir ou mulhid ; il peut signifier hérésie, il désigne aussi celui dont l’erreur est une menace pour la sûreté de l’État. C’est le nom donné aux manichéens . La zandaqa, comme l’a remarqué al Ghazâlî (mort en 1111) expose à deux conséquences : Ibâhat al mâl wa safk ad-dam, confiscation des biens et effusion du sang, et hokm li alkholoûd fî-n-nâr, présomption de dam éternel . Mais pour Ibn Khafîf : « S’il n’est pas lui [Al-Hallâj], un croyant au Dieu unique, alors il n’y en a pas un seul au monde. »

Il est jeté en prison, mais avec un régime pénitentiaire plutôt allégé, il a un appartement privé dans la prison, avec un disciple à son service. Il a aussi la possibilité de recevoir des visites. Il entretient une correspondance étendue, il écrit ses dernières œuvres, et les fait lire à ses visiteurs.

Son procès, interminable, va durer jusqu’à sa mort en 922. Le tribunal est présidé par le calife ou son représentant. La sentence prévue est la peine capitale : Ibâhat al-mâl (confiscation des biens), safk ad-dam (effusion de sang), et hukm al-khulud fî-n-nâr (présomption de dam éternel en enfer), selon Massignon, c’est une application de la sourate 5,33 qui dit : « Telle sera la rétribution de ceux qui font la guerre contre Dieu et contre son prophète, et de ceux qui exercent la violence sur la terre : Ils seront tués ou crucifiés, ou bien leur main droite et leur pied gauche seront coupés, ou bien ils seront expulsés du pays.
Tel sera leur sort : La honte en ce monde et le terrible châtiment dans la vie future. »

Le jour de son exécution Ibrâhîm ibn Fâtik raconte :
« Lorsqu’on amène al-Husayn Ibn Mansûr pour le crucifier, il regarde le gibet et les clous et rit si fort que les larmes lui en viennent aux yeux.
Puis il se tourne vers la foule dans laquelle il aperçoit Al-Shiblî.
Il lui dit alors : Ô Abû Bakr, as-tu avec toi ton tapis de prière ? Al-Shiblî répond :
Parfaitement, maître.
Al-Husayn dit : Étends-le pour moi.
Al-Shiblî l’étend, et al-Husayn ibn Mansûr accomplit sa prière par deux prosternations.
J’étais près de lui.
Il récite, à la première prosternation, la fâtiha du livre et ces paroles du Très-Haut :
« Certes, nous vous ferons passer par les épreuves de la crainte et de la faim, par des pertes légères de biens, d’honneur ou de récoltes […] à ceux qui disent, lorsqu’un malheur les atteint : Nous sommes à Dieu et nous retournons à lui.
À la deuxième prosternation, il récit la fâtiha du Livre, puis ces Paroles du Très-Haut : « Tout homme goûtera la mort : Vous recevrez sûrement votre rétribution le jour de la résurrection. Celui qui sera préservé du feu et introduit au paradis aura trouvé le bonheur. La vie de ce monde n’est qu’une jouissance éphémère et trompeuse ».

Et dès qu’il clôt sa prière, il profère des choses dont je n’ai point souvenance,
mais dont j’ai retenu ceci :
« Mon Dieu ! Toi qui apparais de tous côtés, mais ne dépends d’aucun côté… Or ceux-là qui sont Tes serviteurs se sont réunis pour me tuer, par zèle pour ton culte et par désir de se rapprocher de Toi.
Pardonne-leur ! Car si Tu leur avais dévoilé ce que Tu m’as dévoilé, ils n’auraient pas agi comme ils ont agi, et si Tu a dérobé à mes regards ce que Tu as dérobé aux leurs, je ne subirais point l’épreuve que je subis. Louange à toi pour ce que tu fais, et louange à Toi pour ce que tu décides !’ ».
Puis il récite: « Tuez-moi donc, mes féaux camarades, c’est dans mon meurtre qu’est ma vie, ma mort, c’est de survivre, et ma vie, c’est de mourir.’ »

Commence alors le supplice du mystique. Il est flagellé, attaché au gibet, crucifié selon la forme musulmane inspirée de la manière sassanide, qui est rapide, violente et spectaculaire. On tranche d’abord les mains, puis les pieds, ensuite on coupe la tête.
Au lendemain de l’exécution, son cadavre est enduit de pétrole et brûlé, et ses restes sont ensuite jetés dans le Tigre.
Après avoir été exposée à la vue du public, la tête de Al-Hallâj sera exposée au musée des fortes têtes du calife.

Bien sûr le récit de la passion d’Al-Hallâj fait penser à la passion du Christ :
Sa mise à mort sur une croix, ses dernières paroles, évoquent pour les chrétiens des rapprochements presque évidents.
Certains auteurs vont même très loin dans leur comparaison :
Par exemple S. Ruspoli cherche à tout prix à inscrire la mort de Al-Hallâj dans la tradition biblique, en lui conférant une dimension « christique » (p. 42),
Il parle d’une « vocation messianique » (p. 31) de Al-Hallâj, ou de « certains accents évangéliques de sa prédication » (p. 41).
Devant cette « christianisation » de Al-Hallaj il faut souligner 3 précautions indispensables au dialogue :
Le texte lui-même ne fait aucune référence ni explicite ni implicite au christianisme, il faut donc le respecter...
D’autre part, il faut se souvenir que pour le coran, Jésus n’a pas été crucifié : « Nous les avons punis (les juifs) […] parce qu’ils ont dit : « Oui, nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le prophète de Dieu ». Mais ils ne l’ont pas tué, ils ne l’ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi. […] mais Dieu l’a élevé vers lui : Dieu est puissant et juste » (S 4, 157-158). Les rapprochements de S. Ruspoli méconnaissent donc le Jésus du Coran...
Le dialogue ne doit pas s’emparer de rapprochements hâtifs plus ou moins fondés mais respecter les deux traditions en question pour s’établir...

Finalement 5 types de textes nous sont parvenus : Une collection d’oracles et d’invocations composés à la Mecque vers 900, des fragments théologiques, des Hymnes et prières, le livre philosophique du Tâwasîn, et le plus célèbre de ses écrits le Dîwân (= le Registre), un recueil poétique.

[Mars 1907, Massignon prépare au Caire un plan de recherches archéologiques et dans les textes qu’il réunit sur l’histoire du Khalifat à Bagdad « la physionomie d’al Hallâj ressort, avec une puissance qui (écrivait Massignon) me frappe : Le plus beau cas de passion humaine que j’eusse encore rencontré, une vie tendue tout entière vers une certitude supérieure. Le désir m'est venu de pénétrer, de comprendre et de restituer cet exemple d’un dévouement sans conditions à une passion souveraine. »
«Il n’est pas question de prétendre ici que l’étude de cette vie pleine et dure, m’ait livré le secret de son cœur. C’est plutôt lui qui a sondé le mien, et qui le sonde encore.»]

Bagdad au temps d'Al- Hallaj
Hallaj a vécu à cette époque unique de la floraison de l’Islam, où la société arabe à Bagdad, au confluent des cultures du monde, Araméenne, Grecque, au croisement des tribus sur la route de la soie, devient le centre intellectuel de la civilisation au Xe siècle de notre ère. La pensée arabe a alors ses grands savants classiques en théologie, de Jahid et Ibn Sina (Avicenne) en philosophie, d’Abu nuwas et Ibn Rumi en poésie, de Khalil à Ibn Jinni en philologie, Razi parmi les médecins et autres mathématiciens de renom.

« Mon regard, avec l’œil de la science a dégagé le pur secret de la méditation » ;
« Une lueur a jailli, dans ma conscience » ;
« J’ai vu mon bien-aimé avec l’œil de mon cœur. Et je lui dis : Qui es-tu ?
Il me répond : Toi ! » ;
« Je suis devenu celui que j’aime et celui que j’aime est devenu moi » ;
« Je suis devenu toi tout comme tu es devenu moi » ;
« Tu m’as rapproché de toi et j’en suis venu à croire que tu es moi » ;
« Comment pourrais-je m’amuser et être insouciant si vraiment moi c’est Lui » ; « On dirait que l’interlocuteur, c’est moi-même m’adressant par mon essence à mon essence » Qasida VII : Ibid.

Malgré toutes les dissensions dont sa personne a été l’objet des années durant, et les effets sur un des courants mystique de l’islam un temps par la suite, il reste et est reconnu musulman par les musulmans. Durant le procès, la sentence finale ne rencontra pas l’adhésion unanime des jurisconsultes musulmans.

L’œuvre d’Al-Hallâj devait être considérable. Presque tous ses livres ont disparu avec lui, ils auraient été brûlés avec sa dépouille, si l’on croit les deux historiens Ibn Bakuyeh et Ibn Khafîf. Le reste a été refondu clandestinement par les écoles hallâgiennes, repris par les historiens et les auteurs soufis, quelques décennies après sa mort.


« Le procédé hallâgien aboutit à une involution de la raison en son objet, qui est l’essence pure, et non le contingent. Selon Al-Hallaj, il faut nous rapprocher d’une chose non en nous, mais en elle. » Ainsi son cri de deuil, « je suis à vous, alors que je vais mourir », serait-il le saisissement d’une présence sacrée, qui pose le Désir entre l’Autre et Lui, par les larmes qui s’en feraient le voile ? Sur l’autel du sacrifice dans le miroir de l’autre, aurait-il de nouveau produit du « sacré » au sens où l’écrit Véronique Donard ? : Du meurtre au sacrifice. Psychanalyse et dynamique...

Al-Hallâj, une vie mystique qui ouvre à l'universel - théolarge
www.theolarge.fr › Dialogue interreligieux et missiologie
20 mars 2009 - حسين إبن منصور ألحلاج Husayn Ibn Mansûr Al-Hallâj, est né dans le sud de ... à Bagdad où il sera emprisonné jusqu'à son exécution en 922.
  • Al-Husayn ibn Mansur al-Hallaj Facts - Biograp
La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj - Tel ... - Gallimard
www.gallimard.fr/Catalogue/.../La-Passion-de-Husayn-ibn-Mansur-Hallaj...
Martyr mystique de l'Islam exécuté à Bagdad le 26 mars 922. ... sur l'histoire du Khalifat à Bagdad «la physionomie d'al Hallâj ressortait, avec une puissance qui ...
Le monde de Belissor - Mort de Mansur al-Hallaj
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Mort de Mansur al-Hallaj. 27 mars 922. Après un long procès, Abû `Abd Allah al-Husayn Mansur al-Hallaj, surnommé Mansur al-Hallaj, est condamné à mort à …

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