jeudi 23 octobre 2014

LA GRANDE GUERRE AU JOUR LE JOUR 15 OCTOBRE 1914

 15 OCTOBRE 1914


I)
l'Humanité Ce journal a toujours demandé des réformes sociales profondes, hardies et, dans le cadre national, l'organisation du travail, l'incorporation du prolétariat à la vie sociale dont l'anarchie révolutionnaire l'a éloigné et presque banni. Nous avons été attaqués dans tout ce monde pour de prétendues complicités avec la C. G. T., de prétendues complaisances proudhoniennes ou de prétendues concessions à un syndicalisme de subversion ou de guerre sociale...

Ces averses de calomnies subies la tête haute ne nous ont pas empêché d'approuver publiquement M. Édouard Vaillant, vétéran de la Commune, dans ses campagnes pour dégager son parti et préserver ses lecteurs de l'embûche Allemande. Avec la même liberté d'appréciation, nous regretterons que, dans le courrier d'hier, les deux organes parisiens du socialisme, L'Humanité et La Bataille Syndicaliste, aient pris sur eux de ressembler à de simples succédanés de La Lanterne ou du Radical et publié en tête de leurs colonnes les plus inutiles des sorties anticléricales. Les organes de l'intérêt ouvrier ont leur raison d'être en guerre comme en paix, les organes de division religieuse n'en ont pas...
J'ai lu attentivement les plaintes de ces deux journaux. Les unes et les autres apparaissent bien faibles et portant sur des faits bien inconsistants si on les compare à l'interprétation, au jugement que l'on en tire ! M. Vaillant s'écrie que l'on « doit le respect » aux blessés de sa religion ou de son irréligion, croit-il donc qu'on ait pu leur manquer de « respect » ?
Il veut les défendre « contre toute injure à leur dignité », suppose-t-il que, cette injure, on ait pu la leur faire ? Oui, il le croit.
Il le suppose sur le simple rapport de quelques cas, dans lesquels des ecclésiastiques auraient « insisté » pour offrir aux blessés les secours de leur ministère. J'ai beau lire et relire, c'est l'insistance qui aurait fait l'injure, c'est l'insistance seule qui aurait constitué le manque de respect… Si l'on voulait jeter les Français les uns contre les autres, on ne chercherait pas une interprétation plus irritante, ni je dois le dire, plus folle.
Est-ce injurier un malade, ou un blessé, est-ce le moins du monde manquer de respect à la dignité d'aucun homme que de lui proposer, même avec insistance, et même avec indiscrétion, une doctrine dont celui-ci ne veut pas ?
On peut l'agacer, lui déplaire. Aucun élément injurieux ni même irrespectueux ne peut être relevé là-dedans.
C'est d'ailleurs une grave question que de savoir jusqu'à quel point peut aller d'une part le déplaisir et d'autre part l'obsession ou l'indiscrétion ! Des esprits mieux placés que M. Édouard Vaillant pour juger de tout cet ordre-là pourraient lui affirmer qu'il se trompe beaucoup.
Quelle que soit l'impatience que peut causer l'excès de zèle, il est bien rare qu'il ne s'y mêle point un sentiment de reconnaissance attendrie, car le zèle religieux s'accompagne normalement de marques d'intérêt et de signes de sympathie dont les corps souffrants et les âmes inquiètes sont remués avec une égale douceur.
Le point serait à calculer par qui n'aurait en vue que le bien-être et la paix physique ou morale de nos blessés. En vérité, y songe-t-on ?
Vœux de paix religieuse ou campagne de division ?

Admettons cependant ! Et faisons la supposition que les plus horribles excès de prosélytisme aient été commis, sous forme d'insistance désagréable, sous forme même d'obsession irritante par quelque ecclésiastique ou par quelque femme pieuse. M. Vaillant est prévenu que je n'en crois rien... Mais admettons-le.
Veut-il faire cesser le mal ?
Je le lui demande tout net : le veut-il ?
Si oui, rien de plus simple, ces prêtres ont des supérieurs, ces femmes ont des directeurs et des pasteurs, pasteurs, directeurs, supérieurs merveilleusement écoutés.
M. Vaillant qui, par ses amis et anciens amis Guesde, Sembat, Millerand, Briand, Viviani est un peu du gouvernement, M. Vaillant n'a qu'à prier ces messieurs de faire une démarche aussi pressante que discrète, aussi discrète que pressante, auprès des autorités religieuses.
Elles seules sont compétentes.
Elles seules sauront agir efficacement si c'est vraiment l'efficacité que l'on cherche.
Les journaux viennent de crier contre « les chaînes de prière ». Eh bien ! il a suffi d'une personne compétente, le chanoine Goubé, pour établir qu'on a affaire à une superstition réprouvée.
Dans tous les autres cas de plainte juste, on peut affirmer à M. Vaillant que l'ordre serait rétabli, sans traîner, Il suffit au pouvoir civil de demander à l'Église, dans les formes et le ton qui conviennent, de vouloir bien collaborer avec lui pour la paix publique, je doute qu'il rencontre des auxiliaires plus sûrs et des alliés plus actifs.
Le gouvernement Français a l'extrême chance d'avoir devant lui une organisation puissamment hiérarchisée qui suit, comme un seul homme, ou plutôt comme une seule âme, les instructions spirituelles de son chef.
Qu'il s'adresse donc au pape tout droit !
Pour établir « l'union sacrée », on n'a pas craint de s'adresser aux chefs socialistes au point de leur ouvrir le ministère.
Il ne s'agit pas de nommer un cardinal ministre sans portefeuille, mais de prier l'autorité catholique d'intervenir en faveur de l'ordre, troublé, à ce que l'on assure, par tel ou tel élément de l'organisation catholique.
Pourquoi hésiter ?
Ce détour par en haut, d'une efficacité certaine, présenterait, avec le grand avantage d'être prompt, celui de ménager l'intérêt de l'union devant l'ennemi. Le bien qu'on paraît désirer s'obtiendrait sans agitations dangereuses. On ne tourmenterait pas les nerfs du public avec des accusations et des imputations irritantes.
LES ALLEMANDS SUE LES PLAGES DE BELGIQUES
On ne le passionnerait pas sur d'âpres conflits religieux par lesquels le pays a besoin, comme dit si bien Bailby, de ne pas être embêté. La presse ne se donnerait pas la honte de concourir indirectement à cette basse et honteuse campagne de la « guerre des curés » dont l'écho soutenu ne cesse de nous revenir.
Oui, les Allemands continuent à jeter l'ignoble semence :
Les curés ont voulu la guerre, ce sont les curés qui l'ont fait déclarer.
Ici, les curés seuls, là les curés avec les nobles.
Dans un département de l'Ouest, dont je peux dire le nom, on raconte que notre ami L… a fui en Suisse avec son argent (il est chez lui, dans sa maison de campagne, blessé à l'ennemi),
Que notre autre ami L… a filé en Angleterre (il est à Cherbourg sur un torpilleur),
Que C… a mis en sûreté sa fortune et s'est sauvé en Angleterre (il s'est engagé au … dragons, à …) et ainsi de suite !
Voilà les abominables diffamations que l'ennemi colporte. Il s'agit de savoir si un parti quelconque peut vouloir collaborer avec l'ennemi...

II)
En même temps qu'ils lancent sur la gare de Nancy leurs 3 bombes, nos visiteurs aériens détachent de leur appareil une longue banderole. Poussée par le vent, cette oriflamme va tomber dans les parc de la tonnellerie Fruhinsholz, au faubourg Saint-Georges, où elle est ramassée quelques instants après par un factionnaire de la gare voisine qui a suivi des yeux la chute du curieux objet (un oriflamme mesurant exactement 1m40 de longueur sur 0m15 de largeur à la hampe), dont voici le libellé : Malheureusement empêchés de rendre visite, il ne nous reste que vous envoyer par cette manière pas assez quotidienne nos salutations pleines d'amabilité et de poudre.

Un procès-verbal fut aussitôt dressé de cette trouvaille par la police, puis la banderole rouge, blanche et noire est envoyée à la place de Nancy.

Les aviateurs Bavarois s'éloignent, comme nous l'avons dit, dans la direction du nord.

Quelques chefs de poste, tout en se conformant aux instructions leur enjoignant d'observer la plus grande circonspection dans l'usage de leurs armes contre les avions, commandent le feu sur le Taube, mais les Nancéiens ont pu suivre à l'horizon la disparition de l'appareil s'élevant progressivement...

Il n'alla pas loin et ne monta guère plus haut.

Un officier d'état-major prévient bientôt le caporal ... du ...e territorial, qui annonce que le poste de Champigneulles a tiré environ 120 cartouches, que le but a été atteint, que l'aile gauche de l'avion Allemand est déchiquetée, que la moteur a explosé et qu'enfin les 2 pilotes sont carbonisés. D'autre part, des artilleurs du fort de Frouard ont accueilli le passage du Taube par une salve terrible et que l'honneur de l'avoir descendu en si piteux état revient à la précision autant qu'à la rapidité de leur tir...

Dans le courant de l'après-midi, une automobile emmène vers Nomeny des officiers chargés d'enquêter sur les faits que nous venons d'exposer et d'en préparer un rapport circonstancié... Nous n'avons pu recevoir dans la soirée nulle confirmation officielle, mais la sincérité, le caractère et l'abondance des témoignages nous donnent à penser que leur exploit d'hier matin a trouvé une fin dont les mauvais plaisants Vimmer et Schneider n'avaient certainement pas prévue...
Nancy peut vivre tranquille, il est fort probable que le troisième escadron de Bavière montre fort peu d'empressement à venger ses lieutenants en bravant le feu de nos territoriaux et des canons.

« Le Taube de Mardi » article d'Achille Liegeois

III)
Nous recevons la lettre suivante,
Voulez-vous me permettre d'ajouter au récit de l'agression du taube Bavarois que je viens de lire dans votre journal ce complément d'informations qui fera probablement plaisir aux Nancéiens :

« L'oiseau de malheur qui a survolé Nancy mardi matin, jeté trois bombes, fait trois victimes, n'est pas allé loin.

En se retirant vers le nord, il a été aperçu par les mitrailleurs qui ont dirigé sur lui un feu nourri et par les détachements d'infanterie qui occupent la vallée de la Seille.

« Leur tir fut efficace. Le moteur cessa bientôt de ronfler et tel un cerf-volant dont on aurait coupé la ficelle, selon l'expression d'un de nos braves camarades, l'avion désemparé, après être passé au-dessus de la ferme des Francs, de la ferme de la Borde et de Nomeny, dont il rasa les toits ruinés, alla s'abattre entre Raucourt et Mailly, au pied du Belvédère de Ressaincourt.

« Il prit feu aussitôt et l'on suppose que les aviateurs ont péri avec leur appareil.
LES GOUMIERS EN FLANDRES

« L'agression dont votre ville a été victime mardi a donc été promptement vengée. C'est au régiment d'infanterie qu'elle le doit. »
Mercredi, nous avons fait prendre des nouvelles des victimes des bombes lancées par le Taube, mardi matin.
Celle-ci sont soignées à l'ambulance du lycée Henri-Poincaré. Leurs blessures étant sans gravité pour aucun d'eux une issue fatale n'est à redouter.
IV)
La gare de Lérouville a été bombardée par les batteries Allemandes, installées sur les Hauts-de-Meuse... Un camionneur qui prenait livraison de marchandises arrivées par un train, a été tué ainsi que les deux chevaux, attelés au camion.
Un employé de la gare est mort également des suites d'un éclat d'obus.

Un convoi qui arrivait en gare est endommagé, la locomotive a reçu un projectile sur le côté, néanmoins elle a pu rebrousser chemin et partir.

Cinq vaches destinées à être embarquées ont été mises en morceaux. Des dégâts sérieux ont été constatés sur la voie, dans la gare, etc... La circulation des trains a été, dès ce moment, interrompue. Le bombardement a, d'ailleurs, repris les jours suivants... On signale la belle conduite du commissaire de service et du chef de gare.

V)
Un journal de Paris, sous le titre « Un bateau pour les blessés » annonce récemment qu'une « première péniche » vient d'être aménagée pour le transport des blessés. C'est peut-être la première à Paris, mais en Lorraine il y a six mois que l'on a songé à transporter par eau nos blessés... Et que l'on a résolu le problème. Tous les Nancéiens ont pu voir au port Saint-Georges, depuis le 25 août, de nombreux vapeurs et de nombreuses péniches de blessés dont certains ont été amenés à Nancy, d'autres à Champigneulles et encore n'a-t-on vu qu'une partie des bateaux car pendant 15 jours les transports, dirigés directement sur Pont-Saint-Vincent, ne traversaient pas notre ville. Mais ce que beaucoup ignorent, et ce qui a été vraiment une innovation des plus heureuses, c'est qu'on a pu aménager un véritable « hôpital flottant » composé de 3 bateaux d'un type spécial, servant au transport des sacs de soude en temps de paix et qui ont un plancher spécial au-dessus de l'eau. On a installé dans chaque bateau trente lits complets avec matelas, traversins, draps et couvertures, avec chauffage, ventilation par six baies latérales, poste de garde, etc..., etc..., et ces bateaux ont rendu les plus grands services. Ils sont au repos depuis quelques jours, le nombre des blessés dans notre région ayant diminué, mais ils sont là, prêts à être utilisés d'une heure à l'autre sur n'importe quel point de notre réseau de rivières et de canaux.

VI)
Nous avons avancé sur tout le front, d'Arras au Sud-Est de Verdun et dans les Hautes-Vosges.
Bordeaux, 15 octobre, 15h50

A notre aile gauche :
L'ennemi a évacué la rive gauche de la Lys, entre la Lys et le canal de la Bassée.
La situation est stationnaire dans la région de Lens.
Entre Arras et Albert, nous avons fait de notables progrès.
Entre la Somme et l'Oise, aucun changement, les Allemands ont canonné notre ligne sans prononcer d'attaques d'infanterie.

Au Centre :
Entre l'Oise et la Meuse, nous avons avancé vers Craonne au nord-est de la route de Berry-au-Bac à Reims, et au nord de Prunay, dans la direction de Beine.
Plusieurs tranchées Allemandes ont été enlevées.
Entre Meuse et Moselle, après avoir repoussé, dans la nuit du 13 au 14, des attaques au sud-est de Verdun, nos troupes ont progressé le 14, au sud de la route de Verdun à Metz.

A notre aile droite :
L'offensive partielle prise par les Allemands dans le Ban-de-Sapt, au nord de Saint-Dié, a été définitivement enrayée.

VII)
Des engagements ont eu lieu autour de Gand, et les troupes Allemandes sont entrées dans la ville. Par contre les forces Anglaises ont pris Ypres, après des combats qu'on dit avoir été très vifs. Au nord de l'Oise, nos opérations se poursuivent normalement. Nos progrès sont confirmés dans la région de Berry-au-Bac.

Un communiqué répond aux mensonges que les Allemands s'efforcent d'accréditer sur les succès de leur cavalerie dans le Nord, et le cheminement de leurs attaques autour de Verdun. Ni d'un côté, ni de l'autre ils n'ont pu enregistrer le moindre succès...

Des corps Allemands s'étant avancés vers la Vistule, en Pologne, du côté de Varsovie et d'Ivangorod, les troupes Russes les ont vivement pressés et leur ont fait nombre de prisonniers.

Deux des sous-marins Allemands qui ont attaqué dans la Baltique l'escadre Russe et coulé le croiseur Pallada ont été coulés à leur tour.

Les Cosaques ont capturé un Zeppelin, près de Varsovie. Ils l'ont amené intact, avec son équipage, dans la capitale Polonaise.
Des avions Français ou Anglais, mais plutôt Français, ont survolé Karlsruhe.

Les journaux Espagnols annoncent que Krupp prend d'importantes précautions à Essen, contre la possibilité d'un raid des aviateurs Anglais.

Le gouvernement Belge a adressé un vibrant appel à la nation Belge pour exprimer les raisons qui ont déterminé son transfert au Havre.

LES GOUMIERS
On annonce que M. di San Giuliano sera remplacé temporairement, au ministère des Affaires étrangères d'Italie, par M. Salandra, président du conseil.

Les Serbes ont infligé de nouveaux reculs aux Autrichiens qui essayaient de franchir une fois de plus la ligne de la Save.
VIII)
Le journaliste du journal « Le Temps », dans la chronique quotidienne, La Guerre : La situation militaire, rassure ses lecteurs :
« dans l'Argonne, toutes les attaques et tentatives d'enveloppement des Allemands ont échoué. Loin d'investir la place de Verdun, comme ils le prétendent, ils en sont tenus à distance par nos troupes, dont le communiqué de l'état-major Allemand reconnaît lui-même les excellentes positions fortifiées... Bref, toute notre ligne donne une impression de force et de sécurité. »
« A notre centre, nous avons progressé d'une façon notable dans la région de Berry-au-Bac, au nord-ouest de Reims. »

En Belgique, les dépêches publiées dans la presse nationale confirment que Gand est occupée par les Allemands.
La côte Belge est atteinte par les forces Allemandes.
Ostende et Zeebrugge sont occupées.
Les troupes allemandes venant d'Anvers se sont mises en marche vers l'Ouest et ont atteint dans la soirée du 14 la région de Bruges et de Thielt.

En Galicie, les dépêches Allemandes et Autrichiennes publiées, annoncent que les Russes ont été forcés d'abandonner le siège de Przemysl, le 11 octobre 1914.

Le mouvement de recul des Russes devant la forteresse est alors devenu général. Le front ouest est complètement évacué, selon les mêmes dépêches.

En Pologne : Sur la Vistule, la grande bataille est engagée. Les communiqués indiquent que la répartition des troupes engagées serait la suivante :
Une très forte aile droite Russe entre Varsovie et Ivangorod, ayant en face d'elle une armée Allemande de 600 000 hommes.
Au sud de Ivangorod, avec le fleuve Vistule comme front, se trouvent également 600 000 Austro-Allemands, tandis qu'à l’aile, gauche, Russe, au sud du confluent de la Vistule et du San se trouvent 300 000 Autrichiens, et de plus, la garnison de Przemysl.
A ces forces d'un million et demi d'hommes, les Russes opposent 2 millions de soldats. » Le correspondant, de la « Tribuna » ajoute que le principal effort se porte dans la région de Varsovie sur la droite Russe, une défaite de la Russie couperait en effet, sur ce point, son armée en deux tronçons, et celui du nord serait forcé de se retirer dans la direction de Vilna. Une défaite des Allemands aurait pour ceux-ci des conséquences semblables en rejetant leur aile gauche en Prusse Orientale et leur aile droite en Silésie Orientale ou en Galicie Occidentale.

L’action des alliés se développe de plus en plus du Nord vers la Belgique et des engagements ont lieu dans la région de Gand.
Des troupes Anglo-Françaises ont occupé Ypres, accentuant ainsi le mouvement de liaison avec l'armée Belge.
Selon le journaliste du journal « Le Temps » « Notre cavalerie, contrairement aux communiqués de l’état-major Allemand, a contenu l'avance tentée par la cavalerie Allemande sur la Lys, en lui infligeant des pertes au moins aussi sensibles que les nôtres. »
Un aviateur Allemand survole Saint-Omer. Il lance plusieurs bombes 2 hommes sont tués.
Cinq aéroplanes poursuivent et cernent le « Taube », qui est détruit. Le pilote Allemand est tué, son mécanicien est blessé.

En ces temps de guerre rien ni personne n’est épargné, voici les extraits d’un article dans le journal « Le Temps » :
« La ménagerie Hagenbeck. On connaît la réputation de la fameuse ménagerie Hagenbeck, fondée il y a de longues années à Hambourg. (…) A la date du 1er août, la ménagerie Hagenbeck donnait des représentations dans la ville de la Chaux-de-Fonds située dans le Jura Suisse... La mobilisation faite à la fois en France et en Allemagne fait que les employés Français, Allemands et Belges de la ménagerie regagnèrent tous immédiatement leur pays d'origine. Quant aux animaux, ils sont saisis par les autorités Suisses... Les chevaux sont réquisitionnés pour les besoins de l'armée, et les bêtes féroces, dont la nourriture coûte assez cher, ne tardent pas à dépérir, (…) Il reste un éléphant, utilisé par l'armée fédérale, et actuellement, à la grande joie des habitants de la Chaux-de-Fonds, on le voit transporter sur son dos de gros ballots destinés à ravitailler le bataillon qui tient garnison dans cette ville. »

IX)
Les fusiliers marins atteignent Dixmude, en octobre 1914, les Allemands en surnombre menacent d’anéantir les défenses Belges.
La brigade reçoit la mission de quitter Paris pour aller en renfort de l’armée Belge, cette mission étant également donnée à la 87e division d’infanterie territoriale.
Il s’agit d’aider l’armée Belge à se replier vers la France et de protéger le port stratégique de Dunkerque.

X)
Lu dans Le Moniteur en date du jeudi 15 octobre
France : Des engagements ont eu lieu autour de Gand, et les troupes Allemandes sont entrées dans la ville.
Par contre les forces Anglaises ont pris Ypres, après des combats qu’on dit avoir été très vifs.
Au nord de l’Oise, nos opérations se poursuivent normalement.

XI)
Calme complet. On n'entend plus le moindre grondement même lointain, mais l'oreille est tellement faite depuis 8 jours au bruit quotidien de la canonnade, qu'on croit toujours l'entendre... Une grande porte qui se ferme, un volet qu'on abat, un pas à l'étage, et l'on court au seuil du jardin pour se convaincre que la bataille s'est éloignée.

XII)
La fripouille qui a voulu m'exploiter au sujet de Jean s'est fait pincer hier en voulant faire de nouvelles dupes. C'est, dit le journal, un domestique nommé Charles Verdodt.

3 autos Allemandes vont et viennent à toute vitesse de Roubaix à Lille, dans l'une d'elles, un agent de police est placé près du chauffeur. Dans l'après-midi, les 3 mêmes passent précédées d'une quatrième avec pavillon aux couleurs Allemandes.
On entend une musique lointaine. Des passants disent qu'une quinzaine d'instrumentistes Allemands jouent sur la grand place et que les soldats chantent à tue-tête, tandis que la poste est soulagée de tous ses appareils depuis le grand nouveau multiple jusqu'à la moindre machine à écrire. Les rues de la gare, Saint Georges, Neuve, etc..., sont barrées par des sentinelles.
Ceci nous décide à assister au salut du Saint Sépulcre. Pas de journal de Roubaix ce soir...

XIII)
LES FUSILIERS MARINS
Les 250 Allemands qui occupaient la grand place hier après-midi l'auraient évacuée vers 20h00. Je vais avec Jean-Paul voir si la nouvelle est exacte, en effet. Par contre, la rue de l'Hôtel de Ville est encombrée de chariots de réquisition : Viande de boucherie, farine, sacs de toutes sortes, fourrages. Ce sont des amoncellements. Pour en donner une idée, les Allemands réquisitionnent 6 000 kg de viande par jour, les œufs, le beurre, les cigares, etc, en quantités fabuleuses.
Que nous laisseront-ils ? Au moment où nous passons devant le perron de la mairie, M. Lebas en descend accompagné de M. Eugène Motte et de M. Firmin Lestienne, ces messieurs prennent le tramway de Tourcoing se dirigeant sans doute vers Roncq pour rejoindre les otages.
Un domestique les accompagne, porteur de deux énormes colis qui semblent être des couvertures de voyage.

On n'aperçoit pas un Allemand en effet, mais toute la route de Roubaix à Lille, depuis la limite de Roubaix, chez Balcaen par conséquent, en est couverte. Toutes les habitations un peu importantes comme celles des Devallée, Leclercq-Mulliez, Edmond Broweys, Watinne, etc..., sont occupées par les officiers, les jardins et les cours sont encombrés d'autos, les simples soldats sont logés dans les petites maisons ouvrières du Breucq et de Croix, Mons-en-Baroeul en est plein également.

Les bruits les plus divers courent à défaut du journal qui ne paraît plus.
Ces masses de troupes appartiendraient à des corps refoulés ?
D’autres, ceux-là pessimistes, croient au contraire que, Anvers s’étant rendu, nous recevons ici les divisions Allemandes, devenues inutiles devant cette place, qui viennent apporter du renfort en France. En somme, nous ne comprenons rien de ce qui se passe.
On dit vaguement que Paris a pavoisé, qu’Anvers tient toujours et que 60 000 Allemands seraient embourbés dans une immense inondation autour de la ville assiégée, qu’une grande bataille se prépare du côté de Gand.
Nous éprouvons une grande privation de nouvelles, tant des faits de guerre que de celles de nos fils... C’est le grand vide tout autour de nous !
Diverses affiches signées du maire et du général commandant Allemand apparaissent de côtés et d’autres.
Quatre fabriques : Wibaux, Motte, Étienne Motte et Motte & Blanchot ont ordre de cesser le travail, les ouvriers devront recevoir pendant 15 jours les 3/5 de leurs salaires. Les autos, bicyclettes devront être déposées dans les 48 heures, ces dernières sous peine d’une amende de 3 000 marks.

Une autre affiche, jaune, dans les deux langues, imprimée chez Deligne à Cambrai, répète les sévères conditions de peines infligées aux habitants qui nuiraient aux Allemands occupants, à leurs ouvrages ou à leur matériel de campagne.

A 11h45, nous voyons entrer tante Élise qui fond en larmes en nous voyant. Ses sanglots l’empêchent pendant un long moment de parler. Nous nous efforçons de lui arracher un mot, rien qu’un mot :
Qu’y a-t-il ?
Qu’est-il arrivé ?
Enfin elle prononce : « ils sont prisonniers tous les deux ! »
Peu à peu, la pauvre se remet de sa forte émotion et elle nous fait le récit suivant : « Partis tous les trois, vendredi dernier 9 de Roubaix, sous le coup de l’alerte qui a occasionné l’exode de tous les hommes mobilisables de 18 à 48 ans, ils ont rapidement fait la route de Lille de 4h à 6h.
Là, après avoir passé la nuit chez M. Georges Grymonpré, ils sont repartis vers 7h30 croyant pouvoir gagner Gravelines en un certain nombre d’étapes à pied. Ils ont déjà dépassé Haubourdin, Hellemmes et Englos sur la grand route sillonnée par de nombreux mobilisables lorsque, entre le Mainil et Fromelles, ils voient fondre sur eux à l’improviste à travers champs, des cavaliers Allemands qui surgissent de toutes parts.
Ils s’y attendaient d’autant moins qu’ils venaient de franchir à deux reprises des lignes Françaises parmi lesquelles ils ont rencontré et reconnu un M. Gungl ami de l’oncle Félix et le fils de Petrus Dutrie de Steenwerck, ami de la famille Loridan.
Lieutenant, il a affirmé que le long cortège de fugitifs Roubaisiens peut avancer sans crainte. Un goumier a aussi, revenant de l’avant, signalé qu’il n’y a aucun Allemand de ce côté.
Hélas, moins d’une demi-heure après, tous par paquets sont enveloppés. Sur l’ordre d’un officier, ils sont alignés le long du mur d’une ferme, les mains levées dans l’attitude de la reddition...

Pauvre tante Élise, elle est tremblante et croit sa dernière heure venue. Les dragons semblent menaçants : Elle voit déjà Félix et Charles fusillés sous ses yeux ! Quelle angoisse !

Tout à coup, sur un ordre, tous se mettent en rangs de 4 et, quittant la grand route, ils doivent avancer à travers des terres labourées et des champs de betteraves, où les chevaux de l’escorte buttent et s’abattent souvent, un espace d’une demi-heure environ. Harassée, soutenue sous les bras par son mari et par son fils, la pauvre Élise, quoique stimulée brutalement par les rappels et aussi par les crosses des bourreaux, est à un moment prise en pitié par un officier.
Passant devant une ferme, celui-ci lui dit : « Bonne ferme ici, Madame, bonne ferme ». Alors Élise, Félix et Charles tombant dans les bras l’un de l’autre, s’embrassent une dernière fois, et Élise s’éloignant voit Charles, bousculé par un dragon de l’arrière, se retourner en s’écriant « Ma pauvre maman ! »

Longtemps, celle-ci les suit des yeux jusqu’à ce qu’elle les perde à l’entrée du petit bois de Fromelles, puis elle est accueillie dans la ferme où elle séjourne jusqu’à jeudi matin.
Là, elle vit pendant 5 interminables journées, plongée dans l’angoisse de la séparation des biens, et mourante de frayeur entre l’horrible bruit de la bataille très proche et celui du bombardement de Lille.

Elle passe ces nuits sans se coucher, sans même se dévêtir, seulement assise sur sa chaise, sans du reste éprouver le moindre besoin de sommeil... Le jour, c’est l’effrayante canonnade qui continue, la ferme reçoit à tout instant la visite d’Allemands qui réquisitionnent le peu qui reste de lait, d’œufs, de beurre, de sorte que la fermière et ses enfants, une dame d’Hellemmes avec ses mioches, surprise aussi dans le même coup de filet, et Élise n’ont pour se sustenter pendant ces 5 jours qu’un peu de galette tant bien que mal fabriquée d’une faible quantité de farine échappée aux Prussiens.

Enfin, le jeudi 15, après s’être concertées, la dame d’Hellemmes et Élise prennent le parti de tenter le retour sur Lille... La bataille semble plus éloignée, elles se mettent en route avec les petits, dès la pointe du jour, après avoir remercié avec effusion la fermière de l’abri qu’elle leur a donné. Elles parcourent à l'envers le chemin fatal du samedi 10, mais cette fois, les fossés sont pleins de cadavres de chevaux éventrés et délaissés, il faut par moments faire un détour pour éviter des débris de chariots consumés, des amoncellements d’uniformes, d’armes de toutes sortes, et parmi ces objets, on aperçoit de nombreux livrets militaires à moitié déchirés par les fuyards.

Élise se sépare de sa compagne de captivité aux approches de Lille, là, elle gagne la demeure de sa belle-sœur et prend, pour la première fois, un peu de repos et de nourriture... Cette avant-dernière étape de 18 kilomètres dans la matinée, avec la pensée angoissante toujours tournée vers ses 2 chers prisonniers, a achevé de la briser... Enfin, une nuit reposante lui permet de se remettre en route le lendemain. Elle a alors une idée du désastre de Lille quand elle parcourt surtout les quartiers de la rue Faidherbe.

Rompue pour ainsi dire à tant de visions d’horreur, Élise revient à Roubaix en traversant les nombreuses lignes Allemandes qui occupent Saint Maurice, Mons-en-Baroeul, Flers, Croix, sans incident. Elle voit des troupes de toute espèce, des ambulances, des campements, des parcs d’artillerie, de munitions, etc... Enfin, l’installation de l’état-major au château de Mme Auguste Florin, au Trocadéro à Croix.

11h45 comme je l’ai dit, elle arrive chez nous ne sentant pas trop sa fatigue, épuisée plutôt moralement, mais heureuse de retrouver un foyer momentanément perdu !

XIV)
Le gouvernement accepte plusieurs mesures dites sociales en raison des difficultés provoquées par la guerre dans de nombreuses familles dont les chefs sont au front.
Un nouveau moratoire sur les loyers est accordé tandis que la direction des Manufactures d’État de tabac annonce la mise en vente d’une nouvelle cigarette « L’Avant-Garde » et vendue dans des paquets tricolores.
La mondialisation du conflit continue avec l’arrivée d’un contingent de l’armée Canadienne qui débarque à Plymouth et est transféré vers le camp de Salisbury pour y perfectionner son instruction.
Sur le front, le saillant d’Ypres est bel et bien le point de résistance des Alliés dans les Flandres.

Les fusiliers marins décrochent vers Dixmude qu’ils atteignent le 15 octobre après une marche épuisante. Poursuivis par 50 000 Allemands, ces hommes habitués à vivre nu-pieds sur le pont de leurs bateaux, fournissent des marches de 30 et 40 kilomètres.

XV)
Extrait du Journal de route d'un officier fusiliers marins, l'enseigne de vaisseau Poisson
Du 2 octobre 1914 au 8 mai 1915
Rassemblement à 3h30. Le commandant du bataillon a pitié de mes pantoufles, et me fait  monter d’office dans son auto,  tandis que, fidèle à la résolution qu’il tient depuis le début, il fait la route à pied, en tête de ses hommes. Vers 10h00, nous sommes à Dixmude, où la brigade est déjà arrivée.
Pendant que certains bataillons nous couvrent dans la direction d’Eessen d’où nous venons, et dans le sud, halte et repas à Caeskerke pour mon bataillon.
Puis, dans l’après-midi, nous allons prendre position au nord, sur la route d’Ostende qui passe par Keyem et près de Beerst.

Le commandant Rabot installe son poste auprès d’un vieux moulin dont on immobilise les ailes, et nous commençons à creuser des tranchées dans des pâturages humides, perpendiculairement à la route et de chaque côté. Ce ne sont pas des tranchées bien savantes, avec pare-éclats, parados, mais de simples fossés presque rectilignes : L’expérience nous apprendra à faire mieux. On abat des arbres superbes qui bordent la route, pour en faire des barrages, etc...

Pendant tout l’après-midi, et une bonne partie de la soirée, des fugitifs arrivent d’Ostende, d’Aertrycke, d’Ichteghem, de Leke, de Cortemarck, annonçant, les uns après les autres, l’entrée des Allemands dans leurs
villages.
Il arrive des femmes, des enfants, mais surtout des jeunes gens et des gardes civiques, qui ont peur d’être faits prisonniers ou fusillés... Dans les prés qui s’étendent devant nos tranchées un bétail nombreux circule paisiblement. Les vaches paissent par douzaines, avec des chevaux, des moutons.
Pourquoi ne les évacue-t-on pas ?
Cette nuit, pour peu que l’énervement de Melle continue, mes hommes vont tirer sur toutes ces formes errantes, et ce sera double gaspillage, de munitions et d’animaux domestiques... Je tente vainement de le faire comprendre à quelques obstinés qui restent encore dans les fermes en avant de notre ligne.

Deux jeunes filles pleurent, promettent d’apporter du lait à nos hommes si on respecte leurs vaches… En fait, cette nuit là, nous avons obtenu de nos marins qu’aucun coup de fusil ne soit tiré... La nuit est humide et froide dans ces tranchées. Elle est calme sur le front qu’occupe notre bataillon. Mais vers 20h00 nous entendons des coups de feu, une alerte du côté d’Eessen.

Pendant la nuit, les Belges qui occupent Keyem établissent la liaison avec nous, je vérifie au matin l’emplacement de leurs postes. »

XVI)
Les camions ne cessent de passer comme toujours. Des gendarmes sont arrivés, tout de vert habillés...
Rien de neuf : Allées et venues des soldats Allemands. Concert à 6h. Au soir, nouvelles excellentes qui mettent tout le monde dans la joie. Les Allemands ont affiché à Bruxelles que des troupes Allemandes doivent reculer parce que les Français se sont très bien retranchés et ont installé des mitrailleuses dans les arbres... Un officier Allemand déclare ici que les alliés ont balayé une armée de 400.000 hommes. La victoire de Sedan est confirmée avec des pertes Allemandes de 200.000 hommes. Victoire à Soissons. A Charleroi, les Allemands ont fait sauter la gare. Un hangar pour dirigeable a été construit à Hal, dit-on.
De sources moins officielles : Anvers aurait déjà été reprise par 700 Canadiens, 3 000 Américains et 8 000 Anglais... Joffre a été nommé maréchal de France, et French membre de la légion d'honneur. Bravo ! Cela dénote la victoire !

Ici, nous allons bientôt manquer de farines : les moulins sont réquisitionnés par les Allemands. Des corps d'armée doivent encore passer cette nuit... L'avant-garde est passée aujourd'hui.

 Le Pape, la Guerre et la Paix – Charles Maurras - Maurras.net
maurras.net/textes/240.html
8 septembre 1914; Le catholicisme et la paix — 14 novembre 1914; Portée ... et moral — 11 octobre 1914; De l'indiscrétion religieuse — 15 octobre 1914 ...
Jeudi 15 octobre 1914 : la côte belge atteinte par les ...
www.il-y-a-100-ans.fr/.../jeudi-15-octobre-1914-la-cote-belge-atteinte-par-...
Il y a 2 jours - Jeudi 15 octobre 1914 : la côte belge atteinte par les Allemands .... Entre Meuse et Moselle, après avoir repoussé dans la nuit du 13 au 14 des …

Le 15 octobre 1914 les fusiliers marins atteignent Dixmude ...
www.arm-asso.fr/.../le-15-octobre-1914-les-fusiliers-marins-atteignent-di...
15 oct. 2013 - En octobre 1914, les Allemands en surnombre menacent d'anéantir les défenses belges. La brigade reçoit la mission de quitter Paris pour aller ...


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