jeudi 2 octobre 2014

LA GRANDE GUERRE AU JOUR LE JOUR LE 30 SEPTEMBRE 1914

30 SEPTEMBRE 1914


I)
Nous avons progressé à l'aile gauche et sur les Hauts-de-Meuse.
Ailleurs, nous avons repoussé vigoureusement l'offensive Allemande et fait de nombreux prisonniers appartenant à plusieurs corps d'armée différents.
Le généralissime publie un tracé de la ligne de nos positions depuis la Woëvre jusqu'à la région entre Somme et Oise. Il en résulte que nous tenons fortement notre front, et que le cheminement de nos corps n'a pas cessé d'être actif.

Les Allemands subissent de sérieux échecs à la frontière de la Prusse Orientale, ils se sont laissé entourer par les Russes dans une région forestière et lacustre, où leurs mouvements sont des plus difficiles.

Les Monténégrins s'étant approchés de Sarajevo, en venant du sud-est, les Serbes ont marché vers cette même ville par le nord-ouest. Ils ont occupé, à quelques kilomètres de la capitale de la Bosnie, le massif montagneux de la Roumania, qui culmine à 1 700 mètres et qui est l'un des nœuds stratégiques de la région.

La flotte Allemande a croisé dans la mer Baltique, mais les résultats qu'elle a obtenus le long des côtes Russes sont totalement insignifiants.

La Turquie a poussé ses préparatifs de guerre et fermé les Dardanelles aux bâtiments de commerce.

II)
Le Colonel Dupuy fait nettoyer le village, les « tringlots », (le Train est l’arme qui organise et coordonne la logistique, le transport et l’appui au mouvement de l'armée de terre Française. Cette Arme a été créée en 1807 par Napoléon Ier sous le nom de Train des Équipages Militaires.), qui l’occupaient avant nous, l’ont beaucoup sali mais ont déclaré  » ne pas être assez bête pour le nettoyer !… »

Nous disons tout haut ce que nous pensons de cette façon de faire, ce qui n’a pas l’air de plaire aux Demoiselles.

Les tringlots ont logés pendant 3 semaines où nous sommes actuellement et ont laissé de bons souvenirs. Tous les matins ils fournissaient le repas à Mlle Marguerite.
Le Capitaine du train à fait cadeau d’une robe à Mlle Henriette. En échange, Marguerite fait des blagues à tout le monde. Belle occasion pour la chimère. Nous n’y manquons pas.

Le Lieutenant Armand vient à peu prés tous les jours ainsi que son brigadier d’ordonnance rendre visite à ces dames. Un après midi notre cuisinier l’invite à prendre le thé avec nous... Il a l’air plutôt surpris.

III)
A Cornimont il y a énormément de soldats dans le village, artillerie et chasseurs alpins, plusieurs cafés sont consignés jusque la fin de la guerre (parce qu’ils ont donné à boire à des soldats ivres).
Mr Chevroton a dû fermer il y a déjà un mois.
Celui près de la Roche.
Un autre vient d’être fermé aussi.

IV)
Geiger qu’on avait donné comme mort, n’est que blessé.
Jusqu’alors, il n’y a que le Ct Jonett et le petit Voinson, frère de Isidore, dont on ait annoncé la mort officiellement.
Il paraît que l’hôpital et l’hôtel Remy sont pleins de malades et blessés.

Marie K. est triste aujourd’hui, elle vient d’apprendre la mort du jeune Gaston Krantz, le 3ème fils de Camille K, il a été tué près de Longwy le 23 août.
Le 4e fils a été blessé dès le début près d’Altkirch, il est à peu près guéri et vient de partir pour Besançon, sa blessure est au bras.
L’aîné est blessé aussi, une partie de la cuisse emportée par un obus, il est soigné à Paris... Les pauvres gens n’ont pas de chance. Ils ont déjà perdu un grand fils, il y a 3 ou 4 ans.

V)
Situation de Prise d'Armes :
16 officiers 1 535 hommes.

L'ennemi opérant des retraits de troupes sur tout le front de nos armées, il est prescrit de se rendre compte de l'importance de ces retraits et d'empêcher l'ennemi d'en effectuer de nouveaux.

Dans cet ordre d'idées, le 3e corps reçoit l'ordre d'attaquer sur certains points (attaque de la ferme Sainte Marie par le 24e, de la cote 100 par le 84e) et de pousser des reconnaissances sur d'autres points.

Le détachement composée comme le jour précédent d'un bataillon du 310e (commandant de Guillebon), reçoit l'ordre d'envoyer une reconnaissance vers le moulin de Loivre, cette reconnaissance (Compagnie Dherse) est encadrée à sa gauche par une reconnaissance fournie par le 1er R.I et dirigée sur le bois de Luxembourg, à sa droite, par une reconnaissance fournie par le 310e RI et dirigée sur le bois de Chauffour. Toutes ces reconnaissances sont composées d'une compagnie... Leur marche en avant est secondée par notre artillerie lourde qui bombarde Loivre et le bois de Chauffour.

La compagnie Dherse établit son gros dans les tranchées à L'O. de la Route nationale 44 et de là envoie des patrouilles sur le moulin de Loivre. Elle obtient de cette manière les renseignements suivants :
L'ennemi occupe une tête de pont à l'0. du canal de l'Aisne au moyen de 2 tranchées, l'une à l'E. du moulin l'autre au N.E. du bois de Chauffour.
Les compagnies envoyées en reconnaissance reçoivent l'ordre de se replier à la nuit, en laissant une section à l'emplacement de leur [gros]... Pertes éprouvées :
4 blessés au 1er Bataillon.

VI)
Maurice Aubert, du Journal de Roubaix, dans son éditorial du 30 septembre 1914 explique à ses lecteurs les raisons de la sévère censure que subissent les journaux de l’époque. En voici quelques extraits :
« L’expérience de 1870 a été concluante. L’autorité militaire ne veut pas la recommencer et elle a raison. Il y a 40 ans, la presse publiait les opérations en cours (…) des détails certainement très intéressants pour le lecteur mais qui avaient le grave défaut de renseigner en même temps les Allemands. (…) Quand il s’agit de la défense nationale, aucune précaution n’est négligeable, surtout en temps de guerre. Certes nous sommes habitués, en France, depuis longtemps, déjà, à une liberté de la presse qui va jusqu’à la licence inclusivement, pour ce quatrième État qui déclare si fièrement ne relever que de l’opinion publique, le contrôle officiel des censeurs à quelque chose de blessant et rétrograde. (…) Quand nous serons vainqueurs, nous n’aurons de permission à ne solliciter de personne pour célébrer la gloire de notre chère France, de ses vaillants soldats et de leurs admirables chefs. »

VII)
Une dépêche, venue de Petrograd est reprise dans les journaux, on peut y lire : « Ici, on organise une grande armée de 5 000 000 de soldats sous le commandement du Tsar lui-même. Elle sera concentrée sur 5 points : Riga, Wilna, Varsovie, Lublin et Rovno.

On s’attend à ce qu’elle emporte toute résistance et avance en même temps sur Berlin et Vienne.
22 corps d’armée Allemande s’amassent à la frontière de Prusse Orientale.

Dans la guerre Austro-Russe, les Autrichiens reculent au-delà des Carpates, les Russes occupent Przemysl, ils avancent aussi vers Cracovie alors que les Autrichiens se retirent au-delà de la Vistule.

En Hongrie, la marche Russe continue, dans leur retraite, « les Autrichiens brûlent leurs villes et leurs villages, laissant derrière eux un véritable désert selon le Journal de Roubaix ».

A Belgrade, les Serbes reprennent Semlin.

Selon une dépêche de Constantinople :
« En Turquie, les préparatifs de guerre sont terminés. De nouvelles batteries sont organisées sur le Bosphore. Les vaisseaux Turcs, avec des équipages Allemands rodent dans la mer Noire. »

Autour d’Anvers l’ennemi bombarde les forts de Waelhem et de Wavre Sainte-Catherine.
Ils bombardent Lierre, et le combat continue dans la région d’Alost.

VIII)
Le journal de Roubaix publie les listes des « braves » (soldats promus), « des tombés au Champ d’honneur » et des blessés, elles s’allongent de jour en jour. Le journal publie, aussi, un avis aux armuriers Belges actuellement dans la région, ils doivent se présenter à la préfecture du Nord.
La Mairie de Tourcoing « a l’honneur de prévenir les habitants que par simple mesure de précaution, les becs de gaz seront éteints chaque soir à 10 heures, pour éviter les bombes qui tombent du ciel. »

M. Cotel le chef de gare de Tourcoing vient de faire afficher dans la salle des pas-perdus de la gare principale, un avis émanant de la police locale, informant le public qu’il ne sera plus délivré de tickets de chemin de fer aux personnes non munies d’un laisser-passer, délivré au commissariat de police...

IX)
Nous pouvons lire dans les colonnes du Journal de Roubaix un petit article racontant l’histoire d’un petit escroc.
Un pseudo-aviateur Gilbert à Dunkerque :
« On a arrêté, à Paris, un individu nommé Perroux, originaire de la région Lyonnaise qui, lors d’une randonnée en automobile à Dunkerque, s'est fait passer pour l’aviateur Gilbert et s'est fait prêter, grâce à ce faux nom une énorme « torpedo » qu’il amène à Paris.
L’autorité militaire, à laquelle Perroux a été déféré, va chercher à établir, d’une façon exacte, qui est ce pseudo aviateur et ce qu’il voulait faire.

X)
Communiqués officiels parus dans la presse nationale le 30 septembre, à 15h00
- A notre aile gauche, au nord, de la Somme, l'action continue à se développer de plus en plus vers le Nord.
- Entre l'Oise et l'Aisne, l'ennemi a lancé une vigoureuse attaque sur Tracy-le-Mont, au nord-est de la forêt de Laigle. Il a été repoussé avec de fortes pertes.
- Au centre , accalmie sur tout le front qui s'étend de Reims à la Meuse.
- Entre Argonne et Meuse, nous avons légèrement progressé.
- En Woëvre, violents combats. Nos troupes ont avancé sur plusieurs points, notamment à l'est de Saint-Mihiel.
- A notre aile droite , Lorraine et Vosges, pas de modifications.

23h00
La situation générale est satisfaisante. Aucune modification sensible du front, sauf en Woëvre méridionale où nous avons occupé Seicheprey et poussé jusque sur les pentes du Rupt de Mad.

XI)
- Ce jour-là, le Daily Mail publie un article repris dans le Petit Journal, qui raconte la vie (en attendant la mort) du soldat Allemand dans la tranchée.
- Stéphen Pichon, qui n'a jamais caché la vérité, affirme que l'Autriche est quasiment battue et que l'Allemagne, même si ce sera plus long, le sera aussi.
- Situation militaire : nous avons encore fait de nombreux prisonniers. Les succès Russes continuent en Galicie.
- Un correspondant du Petit Journal raconte la vie dans une grande ville du
Nord, pas loin du front.
- L'art Français et les perfidies Allemandes.
- Le parti libéral Italien et la guerre contre l'Autriche.
- Le dossier sur la barbarie Allemande.
- Comment se sont conduits les Allemands à Compiègne.

XII)
Je pars de bonne heure visiter les compagnies. La forêt est à peine réveillée. Des rais de soleil filtrent à travers les hêtres. Au loin, de temps à autre, des coups de feu. Je trouve les 7e et 8e compagnies au bivouaque à 3km d’ici sur la belle route d’Allarmont (la route de Strasbourg !). La fumée des popotes rampe sous les arbres. Les hommes sont silencieux. Le froid de la nuit leur a fait la mine longue et les yeux creux.

La compagnie Gresser est aux avant-postes, à la maison forestière de Thiaville dans une jolie clairière parcourue par un ruisseau. 4 hommes, le fusil à la main, m’y accompagnent. Nous coupons à travers bois pour l'atteindre. Ce ne sont que crêtes et ravins... Diable ! la guerre dans ses terrains-là ne doit pas être facile.

D’ailleurs en fait d’ennemi nous ne relevons que des traces nombreuses de sangliers et de biches. J’accompagne le capitaine Gresser jusqu’à ses tranchées avancées. Nous marchons sur la mousse, nous parlons à voix basse, il faut éviter de tousser, de briser les brins de bois mort, de faire rouler les cailloux. De temps à autre le capitaine s’arrête et fouille de sa jumelle les cimes des arbres de la crête opposée, position favorite des guetteurs. Aux avant-postes, rien à signaler. Les patrouilles Françaises et les patrouilles ennemies se promènent dans les mêmes parages sans arriver à se voir.

C’est la guerre des bois, guerre pénible, énervante, où les oreilles travaillent plus que les yeux. L’endroit est si plaisant que je reste déjeuner avec les capitaines, Gassier et Cordonnier. Ils se sont installés dans la maison du garde-chasse de M Michaut, de Baccarat. Les Allemands ont vécu là des jours heureux ainsi qu’en témoignent les nombreuses bouteilles qui jonchent le sol autour de la maisonnette. Pour être plus tranquilles ils ont pris soin de fusiller sans jugement le gardien de la scierie voisine et sa vieille mère de 75 ans en commençant par lui… L’on voit encore sur un mur noirci par l’incendie la trace des balles du peloton d’exécution et, là, dans une prairie deux étroites tombes avec une croix.

Le canon tonne sur les hauteurs voisines. Nous ne recevons pas d’obus, ils sont probablement pour Celles, mais, quoique lointains, ils font en éclatant un bruit énorme qui se répercute à travers les vallées. Dans la direction d’Ancerviller de gros obus éclatent. Ils viennent de Cirey où l’ennemi s’est solidement retranché.

Soir 19h00 je reviens de Pierre-Percée où se trouve un poste de mes chers chasseurs.- Eh ! quoi me voici devenu éclaireur du bataillon ? La pointe que j’ai poussée jusque là, seul à travers une forêt inquiétante, m’a permis d’assister à un combat d’artillerie contre infanterie des plus intéressants. Juché sur le haut rocher de Pierre-Percée, je suivais l’éclatement des obus au-dessus des tranchées occupées par le 70e alpins au Nord-Est de Celles, quand je suis rejoint dans ma position élevée par un capitaine des chasseurs. Il est probable que notre groupe est vite repéré par l’ennemi qui occupe la crête opposée car des coups de feu sont tirés sur nous, sans dommage, d’ailleurs. Ma surprise de voir la guerre se dérouler dans un si magnifique décor est toujours aussi grande.

A nos pieds, la vallée de Celles, à droite un océan de sapins, derrière nous l’horizon à perte de vue, à gauche les pins et les hêtres de la Chapelotte. La nuit tombe. On voit de plus en plus lumineuse la flamme des obus qui éclatent. La lune se lève sur les crêtes… La fraîcheur de la montagne, cette fraîcheur si parfumée de la tombée du jour, m’enveloppe les épaules. Le capitaine alpin me parle des Chapieux, de la Savoie, de mes anciens camarades du 22e bataillon.

Belle soirée. J’aimerais me rappeler ce dialogue échangé au sommet d’un rocher fantastique dans le bruit des shrapnells. Le retour dans la nuit est difficile... Le chemin est semé de pièges... La compagnie Cocagne a tendu entre les arbres des fils de fer à hauteur de la jambe... Certains mettent en mouvement des bouteilles suspendues qui donnent l’alarme en s’entrechoquant.

Sous les abris de sapins déjà les hommes dorment. Et c’est au clair de la lune que je reviens, prenant mille précautions pour que mon cheval en marchant ne révèle pas ma présence à un ennemi enhardi par la nuit, mon cheval tousse et c’est un danger. En arrivant à Badonviller je communique sur la prière du commandant, mes renseignements au colonel. Je vous le dis :

Je joue le rôle d’éclaireur du bataillon. D’ailleurs on sait que j’aime ce rôle et le commandant me laisse aller où je veux, me débrouiller comme je peux. Tant mieux. Je vois plus de choses intéressantes que les autres officiers retenus strictement à leur poste.

XIII)
Notre voyage a duré 40 heures. Nous avons littéralement passé de l’aile droite à l’aile gauche des Armées Françaises et le détour que nous avons fait pour arriver à ce résultat est fantastique. Après avoir traversé Neufchâteau, et Troyes, nous nous sommes dirigés sur Paris que nous avons contourné par le Sud, en empruntant la grande Ceinture... Nous atteignions Rouen en pleine nuit, et le bruit court que nous débarquerons à Serqueux. A cette dernière gare, le Colonel est allé prendre les ordres et, en revenant :
« Vous pouvez continuer à dormir, mes enfants, nous sommes encore loin du terme de notre voyage » nous a-t-il dit, sans s’étendre davantage…

Nous avons dépassé Abbeville, suivi la côte, aperçu la mer et, à Etaples, la machine s’étant attelée en queue du train, nous repartons vers l’intérieur, laissant derrière nous Béthune et Lens, finalement, aujourd’hui 30 septembre, vers midi, après 2 nuits et une grande journée, nous débarquons en plein pays noir (mines de charbon), à Drocourt.

Tout le long du trajet, aux gares où nous nous sommes arrêtés, de bonnes dames de la Croix Rouge ont fait des distributions de pain, de chocolat, de bouillon, etc... etc... Nous étions, les officiers, très confortablement installés dans un wagon de 1ère classe à couloir et, la nuit, pour dormir, nous partagions un compartiment à deux ou trois au maximum... En revanche, nos pauvres troupiers sont beaucoup moins bien, empilés dans des wagons à marchandises, avec deux poignées de paille... Le voyage a dû leur sembler terriblement long ! Il nous est, d’ailleurs, très difficile d’exercer une surveillance quelconque sur eux, car, en formant le train, on avait eu la maladresse de placer notre wagon en tête au lieu de l’intercaler au milieu de la rame. Aussi, deux ou trois loustics se sont fait blesser et d’autres, descendus pendant de courts arrêts, n’ont pu remonter, le train ne les ayant pas attendus.

Nous avions eu l’espoir de débarquer à Amiens. J’en étais heureux car peut-être aurais-je pu voir la famille que je possède dans cette ville et retrouver des visages amis, mais cette attente a été déçue.

Enfin, notre voyage est terminé. Nous prenons nos cantonnements à Hénin-Liétard. Le Colonel désigne ma Compagnie pour remplir une mission spéciale qui consiste à encercler la localité, de postes occupant et surveillant les voies de communication, principalement dans les directions du Nord et de l’Est. Je devance donc la colonne avec mon unité. La distance entre Drocourt et Hénin-Liétard n’est pas bien longue et il est impossible de délimiter les deux communes, car les maisons bordent la route sans aucune interruption... Ces maisons qui abritent les mineurs, toutes bâties en briques, sont groupées en cités appelées « corons ». Au loin, à droite et à gauche, s’élèvent d’énormes monticules de résidus de houille, ce sont des « crassiers ou terrils ».
Lorsque nous arrivons à Hénin-Liétard, des quantités de gens viennent au-devant de nous et une marmaille piaillant nous fait un bruyant cortège... On me remet un bouquet qui, ma foi, m’embarrasse diablement.

Les Boches se sont montrés par ici il y a 3 semaines environ, mais ils ont à peine séjourné. Depuis cette époque, aucune troupe Française n’est passée dans la contrée, c’est ce qui explique l’accueil enthousiaste qui nous est fait par une population, en temps de paix, plutôt hostile aux soldats qu’elle ne voit que pour les grèves. A la mairie, le secrétaire, très obligeamment, me donne tous renseignements utiles pour l’accomplissement de ma mission. Je crois, toutefois, que je vais avoir bien du mal à remplir cette dernière, car comment arriver, avec mes 200 hommes, à isoler les 20.000 habitants que compte la localité ?

Accompagné d’un gendarme, réquisitionné au passage, je me mets en devoir de faire le tour de la ville et de laisser aux points les plus délicats (route de Douai, route de Dourges, route de Courrières, etc...) une section ou une escouade, suivant le cas... Au cours de ma tournée, par une inattention et un manque de réflexion que jamais je ne me pardonnerai, je laisse, sans l’inquiéter, un avion boche prendre son essor à 200 mètres de moi. Ce n’est que lorsqu’il est bien haut, et tout à fait hors de portée, que je remarque les croix de Malte dessinées sur ses ailes... Quelle magnifique capture j’ai ratée là ! Aussi, comment pouvais-je supposer qu’un aviateur ennemi aurait l’audace d’atterrir aux portes d’une ville occupée par nous ?

Avec la demi-section qui me reste, je rentre dans Hénin-Liétard et rends compte au Colonel de l’exécution de ma mission, je lui remets, en même temps, un rapide croquis du dispositif que j’ai adopté. Mes hommes sont cantonnés dans une sucrerie, la popote du Bataillon est installée dans la maison d’un directeur de cette dernière, c’est la vie de château qui continue.

Une magnifique chambre m’est réservée chez un ingénieur des mines, lui-même mobilisé. De Caladon loge là également. L’immeuble est gardé par un ménage de domestiques qui se met en quatre pour nous procurer ce qui nous est nécessaire. Par des journaux locaux qui traînent dans la maison, j’ai eu quelques détails sur le sort de Maubeuge où doit se trouver mon frère. Cette place forte, investie pendant quelques jours et violemment bombardée, a dû capituler vers le 5 ou le 6 septembre.

Je me demande ce qu’a pu devenir mon frère au milieu de ces bouleversements et je m’explique, maintenant, pourquoi il ne donne pas signe de vie. Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé de fâcheux… Je suis réellement favorisé car à côté de ma chambre il y a une salle de bains et demain matin, je pourrai prendre un bain chaud, chose que je n’ai pu faire depuis longtemps, quoique le besoin s’en fasse bien sentir.

Tout le monde s’arrache les troupiers et je crois bien que beaucoup ne coucheront pas dans leur cantonnement ce soir. Comme il y a de tout à profusion dans le pays, pain blanc, vin, bière, œufs, lait, conserves, etc... Laurence, le cuisinier, en profite pour nous faire de somptueux repas.
Il se fait même houspiller à ce sujet par le Capitaine Bérault qui l’accuse de lui procurer des digestions laborieuses par la trop bonne chère qu’il nous impose.

Tel un Vatel moderne, Laurence, désespéré de ces reproches, ne parle rien moins que d’attenter à ses jours… Et j’ai toutes les peines du monde à lui remonter le moral et à obtenir qu’il renonce à ses funèbres desseins... De mon côté également, profitant de l’abondance de l’approvisionnement local, j’écorne sérieusement le boni de la Compagnie pour améliorer un peu l’ordinaire et me constituer une petite réserve de conserves que je placerai sur la voiture de Compagnie et que les hommes seront heureux de trouver lorsque nous aurons à traverser des périodes difficiles, ce qui ne va probablement pas tarder.

XIV)
Chaque matin apporte la curiosité d’apprendre du nouveau, la journée se passe, et chaque soir m’apporte d'autre changement... Rien, ou si peu. C’est angoissant… La bataille de l’Aisne continue toujours... La journée se passe dans le calme.
Ce soir, à 19h00, je vais prendre ma garde à l’ambulance de l’école normale des instituteurs... Tout le personnel est encore là, à son poste... C’est qu’il doit arriver des blessés. Le dévoué major - M. le docteur Marchand - assisté des dames infirmières attend.

Bientôt les grilles s’ouvrent, des autos s’arrêtent, on descend les blessés et avec d’infinies précautions on les dépose sur des brancards, que des infirmiers robustes enlèvent et transportent dans les salles respectives. Pauvres gens ! Et comme le cœur se serre au passage de ces pauvres garçons (hier encore plein de vie) aujourd’hui étendus, là, livides, inertes, blessés cruellement, touchés par la mort peut-être... Pauvres gens !

2 blessés sont déposés dans la salle n°1, les autres sont transportés dans les salles des étages supérieurs. J’entre dans la salle n°1 qui avec la salle n°2 sont confiées à ma garde cette nuit. Mon compagnon de garde est M. Pérès, négociant en linoleum à Paris actuellement à Blois. Nous aidons à dévêtir les pauvres blessés... Tous les 2 ont été blessés autour de Reims et n’ont pas couché dans un lit depuis 2 mois.

2 mois ! Comme cela va leur sembler bon de dormir dans un lit !!! L’un est blessé à l’épaule, c’est un brave paysan Normand des environs de Falaise, il sourit et roule ses bons gros yeux tout ronds, l’autre est blessé à la cuisse c’est un ouvrier Parisien, très gai, très déluré, bon garçon, il explique la bataille où il a été blessé...

Le docteur Marchand procède au pansement des plaies M. Ouiste, infirmier en chef, aide, et les dames de la Croix-Rouge, toujours sur la brèche, mesdemoiselles Sauvalle et Roche, préparent les bandes, les ouates, etc. Les pansements faits les plaies sont bien bandées, le linge des malades est changé, ils sont lavés et cela fait un bien énorme. Puis le docteur autorise qu’un potage leur soit donné.

Le docteur monte aux salles supérieures, sur son invitation je le suis.
Dans une salle, occupée par de nombreux lits, il vient de n’être déposé qu’un blessé, le docteur panse sa plaie à la jambe, assisté de Melle Barbier, infirmière. Ce blessé a rapporté une superbe dragonne argentée d’officier allemand, il y tient beaucoup.

Au-dessus - sous les combles - dans le grand dortoir de l’école normale, parmi les nombreux blessés, 4 autres ont été déposés. L’un, un mineur, a été sérieusement blessé en 3 endroits, à la poitrine, à la main droite (presque emportée) épouvantable, et à la jambe, un autre est blessé à la cuisse, un autre est atteint à la tête... Quel triste spectacle que celui de ces misères, et comme ceux qui sont responsables de pareilles atrocités devraient être là, pour voir leur œuvre. Les misérables !

Le docteur Marchand, auquel vient se joindre le docteur et madame Croisier, assisté des dames infirmières : Mesdames Girardin, Thibaudier, mademoiselle Burat, fait les pansements... Quelle épouvantable main, presque emportée, presque arrachée, a le mineur ! 3 doigts ont disparus, 2 autres sont sanguinolents et ne tiennent presque plus. Le brave homme souffre atrocement et trouve la force de sourire et de raconter ses batailles :
« Voilà un malade gai, lui dit madame Girardin. Du reste nous n’avons jamais eu de poules mouillées ici. »...
Cette salle, très grande, est peu éclairée, madame Croisier tient une lampe à pétrole, la lumière éclaire crûment les visages, et projette des ombres énormes au plafond...Je redescends à mes salles n°1 et 2... Les dames infirmières sont parties et après avoir fait le tour des salles, serré les mains des blessés , sans oublier les 2 bons Turcos : Hamida Ben Mohammed et Hassen, tous deux du 4e tirailleurs à Tunis, je baisse les lampes, la nuit commence. Il est 21h00.

La plupart dorment, les autres (surtout trois) bien atteints, bien malades souffrent beaucoup. J’apporte mes soins, le mieux que je peux, à ces pauvres garçons, jusqu’à 1h00 du matin. À cette heure (comme il a été convenu) M. Pérès vient me remplacer et je me retire, dans un bureau voisin. Il est loisible de se reposer... Mais le froid m'empêche de dormir... Pendant ce temps, je parcours le livre des entrées et je note 2 décès que j’ai omis d’écrire, en leur temps, un est tout récent, du reste.
Le 15 septembre : Aristide Baudrez, sous-lieutenant, 27 ans ;
le 28 septembre : Louis Lacher, 21 ans.

À 5h00, le jour paraît, les sonneries voisines de la caserne annoncent une nouvelle journée.

À 6h00 je vais à la salle 1, puis à la salle 2... Beaucoup sont réveillés. Je donne un sac de noix à Hassen (il aime beaucoup les noix) et un paquet de cigarettes ; puis je donne un autre paquet de cigarettes à un brave petit Parisien : Foulquet.

Hassen se lève en chemise, les jambes noires nues, sa tête crépue coiffée du bonnet de coton, il donne à quelques uns des cuvettes remplies d’eau, et ils font (heureux) leur toilette... Les fenêtres sont grandes ouvertes, l’air frais pénètre... il fait froid, le ciel est pur et le soleil darde ses beaux rayons.

Après le passage des parquets à l’eau froide, les dames infirmières et madame Lambert-Champy arrivent et prennent possession de leur poste de sacrifice et de dévouement. Je quitte, avec M. Pérès, nos chers blessés, en souhaitant à chacun d’aller mieux, et de mieux en mieux. Au-dehors, il fait froid. Dans la matinée je reviens à l’ambulance, où je dépose un paquet de journaux illustrés « La Famille » afin d’apporter de la distraction aux convalescents dans leurs instants de calme et de repos dans leurs souffrances. La journée s’écoule dans les fraîcheurs d’une belle journée d’automne. Les nouvelles de la guerre sont rares et elles ne disent pas grand chose. Ayons une patience toute patriotique.

XV)
Tensions en Picardie et vers Arras
Il y a déjà des Américains qui sont volontaires pour se battre en France en remerciement du concours des Français à l’indépendance des États-Unis d’Amérique. Au terme de la phase de leur formation initiale qui s’effectue à Toulouse, le drapeau des USA est présenté pour la première fois lors d’une cérémonie militaire Française. Les États-Unis n’entreront pleinement dans la guerre qu’au printemps 1917...

Sur le front Français les manœuvres qui sont entreprises pour briser le front de Picardie ne réussissent pas. Dans le Pas-de-Calais, la situation demeure critique dans le périmètre d’Arras. Le 10e corps d’armée attaque au sud de la ville mais ne parvient pas à renverser les lignes ennemies qui sont tenus par le corps de la garde de la IVe armée Allemande.

XVI)
Anvers Raymond Seppen
« Achemate ? » s’étonne une nouvelle fois Raymond en articulant lentement ce qu’on lui a présenté comme le moyen de combattre l’ennemi. L’autre homme avec qui il attend devant l’entrepôt ferroviaire hausse les épaules : Lui non plus ne sait pas ce que cela veut dire. Lui aussi vient d’être envoyé devant ce bâtiment avec « Achemate » comme seule indication de son affectation, avec l’ordre d’attendre que l’on vienne le chercher... Il s’appelle Sylvain.

Sylvain Vanbattel est un artilleur de Namur. Dans la déroute qui a suivi la chute de la ville, il s’est retrouvé en France. Il est revenu en Belgique il y a seulement quelques jours : Un train l’a ramené à Anvers pour rejoindre les restes de l’armée Belge et reprendre le combat. Raymond regarde son compagnon d’affectation et pense à Erwin, comme il ne peut cesser de le faire depuis la semaine dernière. Pauvre gamin ! Après le sabotage, ils espéraient se retrouver tous les 2 à Anvers et prendre un bateau pour l’Angleterre... En traversant un village, il a revu Erwin :

Son ami s’est fait prendre par l’ennemi. On l’a aligné contre un mur avec deux autres types qui ont fait Dieu sait quoi. Devant les villageois, un peloton d’exécution du Reich a braqué ses fusils droit sur eux... Raymond est resté caché. Il ne pouvait rien faire et cela lui est insupportable. Erwin a reconnu Raymond... Il a souri avant de détourner les yeux : Il ne voulait pas le faire repérer... Il a alors crié qu’il n’avait pas peur en Flamand, dernière bravade d’un garçon de 19 ans qui sait qu' il va mourir... Une dernière fois, Raymond a croisé le regard embué de larmes de son ami... Il l’a revu, l’espace d’un instant, le jour où il est monté pour la première fois dans sa locomotive en tant qu’apprenti... Et les Allemands ont tiré... Raymond s’est mordu les lèvres pour ne pas crier en voyant le corps du garçon s’affaisser telle une poupée de chiffon.

En arrivant sain et sauf à Anvers, Raymond s’est senti profondément coupable d’être en vie. Il a plus de 50 ans et a bien vécu... Erwin, lui, n’a pas commencé à vivre.

Alors tant pis pour le bateau vers l’Angleterre : Il s’est présenté au bureau de recrutement le plus proche et a demandé à se rendre utile. C’est là qu’on lui a annoncé qu’il doit rejoindre le « Achemate »... !?

Le voilà à présent avec cet artilleur à discuter de leurs mésaventures respectives tout en se demandant pourquoi un mécanicien et un artilleur sont affectés au même endroit. La porte de l’entrepôt derrière eux s’ouvre soudain. À leur grande surprise, apparaît la tête d’un officier souriant de toutes ses dents. Son accent leur fait dire qu’il est Anglais, mais il s’exprime dans un très bon Français :

« C’est vous, les Belges qui nous rejoignez ? Allez, entrez ! »

Raymond et Sylvain échangent des regards interloqués puis s’engagent à la suite de l’Anglais, qui les invite avec enthousiasme à s’avancer. À peine ont-ils mis les pieds dans l’entrepôt que Sylvain demande :
« Mais… le Achemate, c’est quoi ? »

L’Anglais part d’un grand rire et s’écarte pour révéler le mystère qui laisse les deux hommes béats... Devant eux, une locomotive aux lignes racées, tout droit sortie d’un illustré du futur. Des soldats belges sont occupés à y souder des plaques de blindage. Des marins Anglais inspectent un wagon lourdement protégé d’où dépasse un imposant canon de marine. L’officier Anglais tape dans le dos des deux volontaires, toujours bouche bée, et il rit à nouveau :

« Messieurs, voici le H.M.A.T ! »

Il pointe du doigt une inscription qui marque le flanc du train blindé et annonce avec fierté :

« His Majesty Armoured Train : bienvenue dans notre forteresse roulante ! »

XVII)
Témoignage du général-major Frantz, de l'armée Belge (extrait)
A notre arrivée à Tournai, vers la fin de septembre 1914, nous sommes accueillis comme les sauveurs du pays. Les gens s’imaginent que notre arrivée signifie la reconquête de toute la province de Hainaut... Les Tournaisiens ont déjà dû souffrir de la première invasion Allemande et, en me voyant avec mon Majorette et les troupes, ils s’imaginent être maintenant sauvés. Ils sont d’autant plus convaincus de cela que quelques troupes Françaises arrivèrent au même moment. Ces troupes sont constituées d’un bataillon de Territoriaux, qui ne s’est jamais retrouvé sous le feu, et d’un escadron de Chasseurs, les Territoriaux sont commandés par un capitaine d’une cinquantaine d’années.

Le 30 septembre 1914, j’apprends que des troupes ennemies de toutes armes, estimées à 10 ou 15 000 hommes, ont atteint la ville d’Ath et, dans l’après-midi, leurs éclaireurs ont atteint Ligne, à mi-chemin vers Leuze. Nous devons, par conséquent, nous attendre à être attaqués le lendemain...
J’envoie une demande d’aide au lieutenant-général Clooten il me fournit une centaine de volontaires venant d’Eeklo... Leur instruction est encore rudimentaire mais ce sont des hommes sur lesquels on peut compter.
Comme nous n’avions pas d’artillerie, j’envoie une demande urgente au commandant de la division Française à Douai afin de nous venir en aide.

Il ne peut accéder à ma demande car il est attaqué de 3 côtés en même temps.
Nous sommes, par conséquent, réduits aux gendarmes, aux Chasseurs-éclaireurs et aux Volontaires d’Eeklo avec, en plus, un corps de Cyclistes sous les ordres du lieutenant Gérard. Cet officier a reçu l’ordre de dynamiter le pont de Thulin qui surplombe le canal Mons - Condé. Malheureusement, ces militaires Belges sont trahis par une femme du voisinage et tombent dans une embuscade, perdant de ce fait, 40 hommes sur les 120 qui composent leur contingent.

Le reste se replie sur Tournai, tous audacieux jeunes gens, pleins d’enthousiasme prêts à entreprendre les missions les plus dangereuses dans les lignes ennemies. Je me rappelle, entre autres, un soldat du 12° régiment de Ligne. Il a marché pendant plusieurs kilomètres en portant un camarade blessé dans une brouette...

22h00 le 30 septembre, le lieutenant Gérard vient vers moi et se place lui-même sous mes ordres. Je lui explique la situation et ce tout premier soir, il part et fait sauter quelques ouvrages fortifiés sur la ligne de chemin de fer entre Ath et Leuze.

A minuit, cet officier vient me raconter qu’il est allé jusqu’au delà de la localité de Ligne et a réussi son audacieuse entreprise. Grâce à cette périlleuse expédition, la première patrouille de Uhlans n’atteint Tournai qu’à la fin de la matinée suivante.
Comme nous sommes attaqués à partir du sud-est et du sud, je suis obligé de scinder mes pauvres forces dans le but de barrer la route des Allemands dans deux directions, ainsi que dans le nord-est, sur la route de Tournai à Frasnes-lez-Buissenal. Mes patrouilles de gendarmes et de Volontaires battent la campagne .

Je donne comme instructions d’attendre les reconnaissances de la cavalerie ennemie jusqu’à ce qu’elles ne soient plus qu’à un peu moins de 100 mètres, ainsi, mes hommes peuvent faire feu efficacement et ne pas laisser échapper un cheval ou son cavalier.

Sur la lisière nord d’un petit bois, à environ 2 kilomètres et demi à l’ouest de Ramecroix, au sud de la route Tournai-Leuze, une patrouille de 20 hommes, aux ordres du capitaine Motry de la gendarmerie, laisse s’approcher à moins de 100 mètres, une patrouille ennemie de 7 hommes, commandée par un officier... D’une seule salve, ils abattent tous les cavaliers avec leurs chevaux. Nos soldats s’emparent des mors des chevaux et des capotes des cavaliers allemands afin de montrer le résultat de leur action, ils filent ensuite directement vers le côté sud du bois, une deuxième patrouille ennemie étant en vue pour porter secours à la première. Un bon nombre de Uhlans de cette nouvelle troupe mordent aussi la poussière.

Nous ne n'avons malheureusement résister à des hordes 20 ou plutôt 30 fois supérieures à nous-mêmes. Vers midi, les Français battent en retraite au milieu de l’exode des malheureux Tournaisiens... Au village d’Orcq, je montre au Major commandant, un remarquable endroit à partir duquel il peut balayer du regard toute la région juste en face de l’entrée de Tournai. Il y prend position mais aussitôt après, il reçoit l’ordre de continuer son repli vers Lille... Les Français ont laissé derrière eux, à la caserne Saint-Jean, tout ce qui aurait pu freiner leur retraite : blessés, malades, chevaux, bagages etc...

Avant de quitter Tournai, j’ai l’idée d’aller voir ce qu’il advient  de ce convoi. C'est une chance ! On n'avait aucune idée du danger immédiat... J’ai juste le temps de donner des ordres pour tout rassembler, hommes, chevaux, bagages et de s’éloigner par la route Tournai - Lille afin de retrouver les troupes Françaises... En même temps, j’ordonne à mes patrouilles de garder toutes les routes afin de permettre aux Français : goumiers et chasseurs à cheval de reculer dans la direction de Lille. Tous furent sauvés !...

Avec mon état-major, je prend mes quartiers au couvent de Froyennes sur la route Tournai - Courtrai où, grâce au téléphone, je peux communiquer avec les différents postes de gendarmerie. Les « Frères des Écoles chrétiennes » qui sont presque tous Français, nous reçoivent à bras ouverts et, en dépit de nos protestations, alors que je recherche des informations et donne des ordres, ils nous préparent un repas et sont aux petits soins pour nous tous... Ils ont transformé leur couvent en hôpital et, malheureusement, tous ces changements ne servent qu’aux Allemands blessés. Je reçois des ordres précis : Au cas où les Français quittent Tournai, je dois battre en retraite dans la direction de Courtrai et organiser la défense du canal de l’Espierres.

C’est ce que je fais immédiatement...

XVIII
Procéder au ravitaillement en nourriture d'une armée en campagne n'est pas chose facile. Le avitaillement de l'armée Indienne relève du défi, en raison des différence ethniques et religieuses, l'intendance doit fournir un approvisionnement adéquat à chaque cultes :
Les hindous ne mange pas de bœuf.
Les musulmans pas de porcs
Les brahmanes sont végétariens, par ailleurs la nourriture doit être préparée par un membre de leur caste.

Pour les musulmans la viande doit être apprêtée suivant les rites religieux. La bête est égorgée avant d'être découpée. L'intendance du Corps contourne ces difficultés en fournissant une ration standard acceptée par tous. Celle-ci est essentiellement composée de riz, chappatis (sorte de galette), dall (lentilles en sauce), légumes et viande pour ceux qui peuvent en manger... Le riz, l'atta (sorte de farine grossièrement moulue à la pierre servant d'ingrédient de base pour les chappatis) et le gur (sucre indien servant aussi pour les chappatis), sont importés d'Inde via Marseille. Plus tard les biscuits standard de l'armée britannique seront distribué en remplacement des galettes, sans grand succès.

En octobre, les premières troupes arrivent au front. le temps se refroidissant, le général Willcocks et les officiers commandants les bataillons demandent qu'une quantité raisonnable de protéine soit donnée aux hommes afin de mieux supporter le froid. Confronté à diverses difficulté, les services d'intendance font venir des troupeaux de chèvres et de moutons. Ainsi débarquent régulièrement en gare d'Aire-sur la-Lys et de Lillers des troupeaux d'ovins immédiatement pris en charge par  4 hommes détachés de chaque bataillon. Ceux-ci certifient aux autres soldats que l'animal a été abattu selon les rites.


De la retraite à la poursuite : le 28e RI en septembre 1914Ce vlecalvez.free.fr/JMO_sept1914/JMO_septembre1914.html
Lire ici son carnet de guerre pour la période août-septembre 1914. ... Départ du bivouac à 4H30 direction St Genest offensive générale le 28e est à la Ferme du ...
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30 septembre 1914. Je pars de bonne heure visiter les ...
www.nrblog.fr/.../30/30-septembre-1914-je-pars-de-bonne-heure-visiter-...
Il y a 2 jours - 30 septembre 1914. Badonviller. Je pars de bonne heure visiter les compagnies. La forêt est à peine réveillée. Des rais de soleil filtrent à ...
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Culture 41 - 29 et 30 septembre 1914
www.culture41.fr › ... › Septembre 1914
29 septembre et 30 septembre. Chaque matin apporte la curiosité d'apprendre du nouveau, la journée se passe, et chaque soir m'apporte aucun changement.












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