lundi 20 octobre 2014

LA GRANDE GUERRE AU JOUR LE JOUR 11 OCTOBRE 1914

11 OCTOBRE 1914


I)
Les Allemands sont entrés dans Anvers, dont quelques forts tiennent encore, mais l'armée Belge est sortie de la ville avant l’occupation, et la victoire de l'ennemi s'en trouve d'autant diminuée.

Notre ligne dans tout le nord de la France demeure intacte, et c'est là un succès pour nous, en présence de la violence des attaques Germaniques. Autour de Lille, la Bassée, Armentières, Cassel, les engagements de cavalerie continuent.

Une grande action se déploie au nord, au sud et à l'est d'Arras, nous avons progressé au nord de l'Oise et prés de Saint-Mihiel.

Les Russes, peu à peu, refoulent les Allemands qui essaient de se défendre à la frontière de la Prusse Orientale, et qui ont perdu 60.000 hommes à la bataille d'Augustovo.

Le roi Carol Ier est mort à Sinaïa, dans son palais d'été, à l'âge de 75 ans. Son neveu Ferdinand lui succède. Il se peut que ce changement de monarque revête une grande importance au regard de la politique Européenne, car 2 partis se heurtent à Bucarest :
Un parti populaire, soutenu par l'opinion politique et qui réclame l'entrée en scène de la Roumanie aux côtés de la Triple-Entente.
Un parti de cour qui se groupe autour de Carol Ier, un Hohenzollern, hostile, bien entendu, à une évolution diplomatique trop accentuée.

Le gouvernement Italien cherche un successeur au ministre de la Guerre, le général Grandi, qui a donné sa démission presque en même temps que le sous-secrétaire d’État, le général Tassoni. Ce cas est délicat, l'état-major réclamant de grosses dépenses. Il se peut que le ministre des Affaires étrangères, M di San Giuliano, rentre dans la vie privée.

II)
7 forts d'Anvers sont détruits :
J'enlève tous les bibelots de ma vitrine, j'ai peur qu'ils les emportent comme souvenir à leur Gretchen.

L'après-midi nous allons en promenade avec la famille Bonte, on entend le canon il y a du reste 8 jours que cela ne cesse pas, nous rencontrons beaucoup de gens qui se sauvent : Ils viennent de la Madeleine et autres faubourgs de Lille mais leurs explications sont plutôt confuses, les Allemands ont passé la nuit dernières au Croisé-Laroche et ont pillé la propriété d'Hector Franchomme.

23h30 nous sommes éveillés par des coups de canon terribles, les vitres de notre chambre en tremblent, à 3h00 détonation épouvantable...

III)
A minuit, nous sommes éveillés par le bruit d’une canonnade intense et continue. Est-ce l’effet du calme de la nuit ?
Ou bien le combat se rapproche-t-il de Roubaix ?
On distingue très nettement les éclats d’une artillerie lourde Allemande et la réponse plus alerte de notre 75. Le dernier quartier de la lune doit éclairer un sinistre champ de bataille nocturne. Au matin, des voisins disent que vers une heure, on apercevait dans la direction de Lille, une énorme lueur d’incendie.

Marie et Antoinette ont entendu vers 3h une formidable détonation qui aurait pu provenir des exploits d’un taube.

Pendant toute la journée, la canonnade fait fureur. Des fugitifs des faubourgs ou des communes avoisinant Lille passent en disant qu’on se bat au Croisé-Laroche où les Allemands ont dressé des batteries dans la direction de Lille. Malgré cela, une quantité de promeneuses du dimanche, ou de curieux, se rendent au parc Barbieux... La journée d’automne est si belle !

IV)
Journal Rémois d’Alfred Wolff (extraits):
12h30 déjeuner familial au son des bombes qui tombent aux 3 fontaines et la
Neuvillette. Nous plaisantons tout de même, pour une fois que nous mangeons ensemble.
15h10 en mission au Petit-Bétheny : Dans l'autobus du Chemin de fer des soldats y sont, plus loin sur la terre rejetée des tranchées, ligne grise, je vois mieux que précédemment les ruines de Bétheny et son clocher abattu, mon cœur se serre à cette vue, la grosse artillerie déverse sa mitraille sur la montagne Cernay – Berru - Nogent, l’automne jaunit par endroits le feuillage de ce mont, et dire que nous ne pouvons aller sur cette terre Française nous promener par ce beau soleil.

Cette nuit, une attaque repoussée par les cavaliers de Courcy.
On tue les Boches par petits paquets.
A Reims en attendant on reste sous les canons de ces Messieurs ! Attendons patiemment.

Je fais le trajet à découvert,j'aperçois des feux et de la fumée de canons Allemands au Linguet.

J'aperçois Cernay en ruine. 
Un aéro boche survole les batteries de 75 situées à Pommery, le bruit l’y dirige.
Une bombe ! … on s’en fiche. Je suis au milieu des ruines, rues des Cordeliers, Barré, Symphorien, aucun bruit. Des barrages sont établis pour prévenir de nouveaux accidents.

Des bombes, c’est encore le centre qui récolte, l’aéro boche « espion » vient de passer. 
Derrière l’abside, un major peint les ruines de l’archevêché et de la cathédrale vue par une large brèche.
Les obus tombent, c’est le 12e, le major continue de peindre, et moi d’écrire mes notes décidément on se fait à tout.
L’écho répercute en cet endroit le bruit assourdissant des obus, allons, vite ! vite ! nos 75, répondez !
Je viens de porter à l’épaule ma bécane, impossible de rouler parmi les tissus de la maison Fourmon répandus sur le sol ou jonchent des milliers d’éclats de vitres.

« La totalité du journal   (3 septembre 1914 au 20 décembre 1916) d’ Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l’habillement militaire, engagé  en tant qu’ agent auxiliaire de la police municipale à retrouver  sur le site des archives municipales de Reims »

V)
Ce matin (avant de partir pour la messe) je reçois une carte postale de monseigneur Bolo, représentant « l’Edgar-Quinet, croiseur de 1ère classe », elle a été mise à la poste à Ferryville (Tunisie), et porte la correspondance suivante :
« de Bizerte :
Envoyez-moi et quêtez tous les journaux lus que vous pourrez, pour mes matelots : Ernest-Renan, Waldeck-Rousseau, Edgar-Quinet, Jules-Michelet, ce sera de la Marine ! 
Bien affectueusement
                                  H. B. »

La partie réservée à la photographie porte le timbre « Marine nationale, service à la mer ».
Ce sera, avec une vraie joie, que j’enverrai aux matelots de Mgr Bolo, des journaux et brochures, j’ai de quoi faire pour les satisfaire à ce sujet.

Pendant les longues journées de calme plat, avec les cuirassés immobiles sur la mer, ces braves matelots seront heureux de se divertir et de « tuer le temps ». Je vois, par la pensée, Mgr Bolo arrivant sur l’un ou l’autre des croiseurs confiés à sa spirituelle direction, les poches bourrées de journaux de France !...

Ce sera la manne… à la mer ! Ce sera de la joie ! D’autant, qu’avec les journaux, Mgr Bolo, ne manquera certainement pas de distribuer de la joie communicative et des mots si bons, si aimables, si accueillants, dont il a le secret :
Quelle fête ce sera, à bord, ce jour là !...

VI)
Cet après-midi, Berthe, Robert et moi, nous allons par les Ponts-Chartrains, Vineuil (où nous voyons des maisons qui ont été brûlées, hier, par un incendie)... Celles du boucher et du boulanger, proches de l’église. Nous entrons dans l’église, les vitraux sont détruits par le feu. Nous continuons notre promenade par le cimetière de Vineuil, les Noëls, la gare, puis revenons par la Haute-rue et Pimpeneau.

Les vignes, les maïs, les luzernes sont gelés, il a vraiment fait froid ces nuits dernières. Il y avait, dit-on, de la glace ce matin. Cela se voit.
Comme les pauvres soldats qui couchent dans les tranchées, dehors, doivent avoir froid ! Déjà les maladies vont pleuvoir sur eux, et on signale de la dysenterie. Hélas !

En rentrant nous trouvons une dépêche de mon beau-frère : Arthur « Rentrée des Arts lundi 19. Arthur » !... « Rentrée des arts le lundi 19 octobre » ! Cette annonce éclate comme un boulet de canon.

Berthe décide de partir mercredi prochain, afin que les quelques jours qui suivront servent à achever les préparatifs utiles, à la rentrée de Robert.
Et Berthe et Robert qui espèrent rester encore au moins jusqu’à la Toussaint. Et nos promenades que nous devions faire encore en, forêt, à Marcilly, à Bracieux, à la Chaise, à Oucques, à Romorantin, à Tours !
Envolées ! Comme Perette nous disons «  adieu, vaches, cochons, poules, poussins, couvées ! »

Hier soir, après une journée de bombardement, nous avons entendu, vers 22h, une violente canonnade avec fusillade.
Ce matin, à 5h30, c’est le roulement effrayant des départs de nos 120 qui nous a réveillés... L’ampleur du son de ces détonations ne ressemble en rien aux claquements de 75. On pourrait comparer le bruit de ces dernières pièces, au déchirement sec produit par l’arrivée soudaine de la foudre, au cours d’un orage, et celui occasionné par les autres avec le grondement de tonnerre précédant la décharge électrique.

VII)
Hier, nous avons vu dans « Le Courrier », l’appel suivant, s’adressant aux catholiques Rémois :
L’épreuve se prolonge pour notre ville de Reims. Beaucoup de familles sont déjà frappées parmi leurs membres et dans leurs intérêts, toutes ont passé par de cruelles angoisses, les dangers présents et l’inquiétude du lendemain... La ville aussi est atteinte au vif, dans les souvenirs de son passé, dans ses fondations religieuses et communales, dans ses richesses artistiques, dans son industrie.
Il convient que la population catholique demeurée nombreuse, réveillée par la douleur, se tourne vers Dieu, maître des événements, trop souvent offensé ou délaissé, et le prie avec instance de ne pas prolonger la peine déjà lourde pour nos épaules.
De toutes nos forces, demandons à Saint-Remi et à Jeanne d’Arc d’intercéder pour notre cité, pour sa prompte délivrance et pour le salut de notre Patrie.
J. de Bruignac, A. Benoist, H. Bataille, Ch. Demaison, Ch. Heidsieck, Gve Houlon, L. Mennesson-Dupont, H. Abelé, Pol Charbonneaux, R. Dargent, Félix Michel...

Dans « Le Courrier » d’aujourd’hui, nous lisons d’abord ceci, en caractères gras :
« Les ravages du bombardement. D’après de nouvelles instructions de l’autorité militaire, défense nous est faite de continuer cette rubrique. »
Nous exprimons donc aux personnes qui nous ont adressé des renseignements à y insérer, le regret de ne pouvoir leur donner satisfaction.
Les journaux ne nous donnent déjà pas beaucoup d’indications sur les événements malheureux accablant notre pauvre ville de Reims. Désormais, nous ne serons probablement plus informés de rien, l’autorité militaire en a décidé ainsi. Cela m’incite à continuer de prendre mes notes, à les tenir exactement au courant et à observer...

Le journal parle ensuite du cours des denrées :
Sur les marchés. Le marché du samedi est assez bien approvisionné,
Pommes de terre longues, oignons, échalotes, haricots, beurre, maroilles, Le lapin et la volaille, peu abondante, - prix variable : bœuf est vendu de 1.60 à 2.0 le kilo...

Enfin, sous la rubrique « Dans Reims », nous lisons encore :
Depuis que le CBR a repris le service sur Fismes et Dormans, le nombre de nos concitoyens qui en ont profité pour évacuer notre ville, se chiffre par près de 6 000.
Des trains supplémentaires ont du être formés dans les premiers jours où ce service a été organisé, tant l’affluence était grande. Depuis les trains réguliers seuls fonctionnent.
Et faisant suite à l’information précédente, ce qui suit :
Dans les rues et les avenues pouvant être fréquentées sans danger, on ne peut guère poser les pieds sans écraser du verre pilé... N’y a-il pas moyen de remédier à un tel état de choses.

En effet, depuis 6 semaines, les trottoirs de la plupart des rues passagères sont littéralement couverts de verre cassé provenant des glaces des devantures, ou des très nombreuses vitres brisées par le choc d’éclats ou la violence des déplacements d’air, produits lors des explosions d’obus.

L’autorité militaire a fait insérer cet avis :
Avis de l’autorité militaire. Les habitants sont invités à recueillir les objets d’armement, équipement et harnachement trouvés sur les champs de bataille et à les remettre aux commandants d’Étapes d’Ay, Épernay, Oiry et Chalons.
Ils recevront immédiatement une prime s’élevant à : ·
  • 10 f pour un fusil ·
  • 8 f pour une selle, ·
  • 6 f pour une bride complète, ·
  • 3 f pour un licol, ·
  • 3 f pour un havre-sac, ·
  • 2 f pour un ceinturon, ·
  • 2 f pour une baïonnette avec fourreau, ·
  • 1 f pour une baïonnette sans fourreau, ·
  • 0.50 f pour une cartouchière,
ces objets étant en état suffisant pour être utilisés.

Au cas où d’autres objets seraient présentés, il sera attribué aux porteurs, une prime proportionnelle à leur valeur, d’après les bases du tarif ci-dessus.
Par contre, tout particulier qui sera trouvé possesseur d’objets appartenant à l’armée au-delà d’un délai de 15 jour, après le départ des commandants d’étapes de champ de bataille, sera passible de poursuites pour vol et recel. Ceux qui, passé ce délai, découvriraient des objets abandonnés, devraient les déposer immédiatement à la mairie la plus proche.

Un lecteur du journal lui a adressé une nouvelle lettre, « à propos de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis ».

VIII)
Dans « l’Éclaireur » de ce jour, nous trouvons un nouvel appel de la Croix-Rouge, ou de son président, le voici :

La Croix-Rouge Française. Société Française de secours aux blessés militaires.
Les membres de la commission exécutive, ainsi que le personnel des hôpitaux (médecins, pharmaciens, administrateurs, comptables, infirmières et brancardiers) demeurés à ce jour à Reims et susceptibles de continuer leurs fonctions, sont instamment priés de se faire inscrire 18 rue de Vesle, à la permanence, dans la matinée de 9 à 11 heures.
Le président : M. Fabre

Le même journal publie plus loin ceci :
Les « on-dit » : Parmi les « on-dit » qui circulent suivant la fantaisie des uns et des autres, il en est un qu’il nous est permis de démentir officiellement, c’est celui qui vise l’évacuation de la ville, qui n’a d’ailleurs jamais été envisagée par la municipalité.

Dans les derniers numéros de « L’Éclaireur », nous avons trouvé des en-têtes en lettres énormes, pour annoncer :
Le 5 octobre : « La situation est généralement favorable. Notre aile gauche a repoussé un violent effort de l’ennemi. L’armée du Kroprinz a été de nouveau refoulée. »
Le 7 octobre : « …La grande victoire Russe sur les Allemands. »

Le 8 octobre : « Situation de plus en plus favorable. Les Allemands tentent un mouvement débordant sur notre aile gauche. Nous continuons à gagner du terrain sur Soissons et Berry-au-Bac. »
Le 11 octobre : « La bataille se poursuit à notre avantage, etc. Les Russes et les Serbes continuent à avancer. »
Tout ceci est simplement la reproduction d’extraits du communiqué, dont les journaux, ainsi que leurs lecteurs doivent se contenter...

Comme nous nous souvenons trop bien que « l’informateur de Reims » nous apprenait déjà, en gros caractères, le 1er septembre : « Les Français continuent de supporter le choc des Allemands et leurs infligent des pertes considérables, » alors que les éclaireurs ennemis entraient dans Reims, le surlendemain, nous ne pouvons véritablement pas nous emballer, aussi, préférons-nous attendre pour nous réjouir.

IX)
Des avions Allemands bombardent Paris :
Cette fois les Parisiens n’expriment plus simplement leur curiosité de voir un appareil dans le ciel de la capitale. Ils sont inquiets et se sentent vulnérables. Si les soldats Allemands sont maintenus à distance et ne sont pas en capacité de prendre le contrôle de la grande métropole, leurs avions sont capables d’y apporter le malheur.

Plusieurs aéronefs ennemis bombardent un peu au hasard Paris et causent la mort de 4 personnes. On recense également 14 blessés. L’aviation est en passe de jouer un rôle particulier dans ce conflit et le président du Conseil se renseigne sur le potentiel aérien dont dispose l’empereur Guillaume II.

Le même jour, la marine engage deux bâtiments le « Braix » et le « Surprise » pour s’impliquer dans les combats menés au Cameroun. Les Français pilonnent les postes côtiers de Compo et de Kribili.

X)
Ce matin attaque d’infanterie sur la fosse de Calonne, 65 Allemands sont faits prisonniers.
La bataille continue, les troupes Françaises se retranchent dans les corons du Rutoire, les Allemands qui ont abandonné la fosse n°4, progressent de nouveau de ce côté. Le village de Vermelles, occupé par les Français, est fortement bombardé par les Allemands.

13h00, l’artillerie lourde Allemande tire sur les Brebis, on a l’impression que du côté de Vermelles et Mazingarbe on est attaqué par au moins une brigade. Les obus tombent toujours sur les fosses 3,5,7,9,11 et sur les usines.

14h45 l’ennemi tente un mouvement débordant par le nord de Vermelles, un bataillon ennemi est vu en marche vers la fosse n° 3 à Vermelles, cette avancée est enrayée. Des soldats Français arrivent dans la matinée à la fosse n°4, délivrent les 3 prisonniers civils et prennent un poste de 7 soldats laissé la veille par les Allemands.

A la fosse n°8 d’Auchy, le porion Leroy, accompagné du marqueur Boulent et du mécanicien Pruvost, voyant les Allemands s'avancer avec leurs fusils en joue se cachent dans la galerie du ventilateur, et, entendant qu'ils font des recherches afin de s'assurer qu'il ne reste personne, ils s'enfuient par les échelles de la fosse n°8, ils sont à peine en sûreté, que les Allemands, se rendant compte sans doute qu'ils sont  passés par là, précipitent dans le puits tous les matériaux qu'ils trouvent au jour, et notamment de nombreuses berlines de charbon. Nos 3 hommes remontent par la fosse n°9 vers 10h.
Le mécanicien de cette fosse, très effrayé, consent à grand peine à les remonter par la cage...

20h.00, bombardement violent sur Aix Noulette, les Brebis et Grenay
Le 109e R.I. qui a été fortement accroché à Loos, décide de se replier en arrière de Loos, de façon à défendre la route de Béthune, quelques compagnies restant à Loos. A la nuit, le régiment exécute son mouvement, on emmaillote les pieds des chevaux et les roues des voitures, on fixe avec des ficelles les gamelles et les baïonnettes, de façon à éviter tout bruit, le repli se termine sans que l’ennemi s’en soit aperçu.

XI)
10h. Ordre est donné par le Général commandant la 1e DI de préparer tous les matériaux nécessaires pour la construction de passerelles vers l'Ouest de Berry au Bac, à 500m environ du Sud de Sapigneul, et vers la Neuville.

16h45. Les hommes sont munis de toile destinée à être placée sur la patelette du sac pour éviter les méprises dans le tir d'artillerie.

22h40. Ordre très urgent.
Demain à 13h, attaque sur 108 et 91. Nécessité de préparer de suite les passages.
1°) Un par la route allant aux usines
2°) Un par la route immédiatement au Sud de cette route
3°) Un par l'écluse au Sud-est de 108
4°) Créer une passerelle au pont de Sapigneul

5°) Un passage à l'écluse Sud de Sapigneul.

23h45. Ordre 114 pour la journée du 12 octobre
I. L'ennemi a diminué ses forces
II. La Ve Armée attaque vers Juvincourt, Corbeny L'action est menée par les 1e et 18e CA et la 6e DI
12h00 la 6e DI attaque Sainte Marie.

13h00, le 1e CA attaque.

La 1e DI après préparation par l'artillerie débouche à 13h et doit s'emparer de 108, 91 et 100 et s'y retrancher. À la même heure, la 2e DI attaque le Choléra, le bois de la Miette et le Mont Doyen.

En conséquence, 2 colonnes d'attaque chacune de un bataillon du 148e RI ayant pour objectifs 91 et 108.
À la 2e Brigade, un bataillon partira de la Neuville vers la Cote 100. Toutes les fractions de première ligne exécuteront des feux.
Liaison à droite avec la 6e DI, à gauche avec la 2e DI.

Après l'occupation de 108, le II/43 se portera en avant pour coopérer à l'attaque de la 2e DI sur le Choléra et le bois de la Miette.

Appui par l'artillerie divisionnaire
Objectifs ultérieurs : Pylone, ferme Mauchamp, Cote 91 et Cote 100
Le 148e rompra à 16h, portant un bataillon à Berry au Bac Sud et un bataillon à Sapigneul.
Le 43e devra envoyer en temps voulu le II/43 sur le Choléra et le I/43 sur le Pylone.

Les 9e, 10e et 12e Compagnies resteront à leur emplacements : écluse Sud de Sapigneul (9/43), Sapigneul (10/43), et l'écluse Nord (12/43).

La 11e Compagnie viendra à Berry au Bac Nord après le départ du Bataillon Vary.
Une compagnie du bataillon du 148e de Gernicourt viendra sur les hauteurs dominant la rive Sud du canal Ouest de Berry au Bac, après le départ du Bataillon Deray.
Pour le 127e RI, deux bataillons à la lisière Est du bois de Sapigneul et un bataillon à 1km Ouest de la Chapelle.

Pertes : deux blessés.

XII)
La France est en guerre depuis un peu plus de 2 mois et sa situation budgétaire et économique est extrêmement difficile.
Sur le plan budgétaire, le déficit public se creuse de façon tout à fait alarmante. Il est estimé à un milliard de francs or en décembre 1913. Il n’a eu de cesse de se creuser tout au long de 1914. Et évidemment, la situation ne risque pas de s’arranger avec la guerre.

Dans ces conditions, comment redresser la situation alors que les gouvernements ont pris la sale habitude de faire des entorses au principe de l’annuité budgétaire ?...
En effet, le pays vit de « douzièmes provisoires », c’est-à-dire de crédits renouvelés mensuellement. Les rentrées fiscales sont insuffisantes. L’impôt sur le revenu, voté dans la douleur en juillet dernier, doit être maintenant mis en place.
Ça prendra du temps. On ne réforme pas le système fiscal en quelques mois et ce d’autant plus que la plupart des contribuables se trouvent sur le front. La France a donc bel et bien besoin de recourir à l’emprunt. Il ne s’agit plus de financer la loi de 3 ans. Il s’agit désormais de financer une guerre d’une violence inédite.
Comment redresser la situation  alors que l’exécutif est soumis aux fragiles coalitions parlementaires ?...

C’est un autre paramètre à prendre en considération. L’Union sacrée, dictée par l’urgence et la peur de l’ennemi, ne dissimule pas les profondes divergences économiques entre les différentes composantes du gouvernement Viviani qui, à force d’avoir ratissé large, ne se trouve en réalité nulle part politiquement.

En outre, le gouvernement a dû déménager précipitamment à Bordeaux début septembre. Difficile dans un tel contexte d’expédier les affaires courantes quand les différents ministères sont en plein dans les cartons.

La situation économique, qui n’était déjà pas extraordinaire avant le déclenchement du conflit, est donc devenue à présent catastrophique. Le secteur productif, déjà émietté avant guerre, est quasiment à l’arrêt, exception faite de l’industrie minière et sidérurgique. Le secteur agricole, lui, est totalement sinistré. L’écrasante majorité des exploitations sont familiales et de petite dimension. Elles ont subi de plein fouet le départ des hommes à la guerre. L’hiver approche et la France est menacée de pénurie alimentaire.

Cependant, la guerre présente tout de même un avantage : Elle met un terme (provisoire ?) aux revendications sociales. Qui se souvient en effet que la fin de l’année 1913 et le premier semestre de 1914 ont été marqués par de nombreux conflits sociaux ?
Jusqu’aux législatives de mai, l’actualité sociale a été en effet agitée. Les grèves et manifestations ont été nombreuses : Les ouvrières du textile, les infirmières, les mineurs, les instituteurs, les travailleurs agricoles, les officiers de la marine marchande, les postiers et les employés de l’industrie électrique. Qui se souvient des sans-abris de l’hiver 1913-1914 ?...

Silence ! On se bat
Il n’y a plus de débats publics en France. La vie démocratique est donc mise entre parenthèses. Les discours nationalistes monopolisent les journaux confrontés à une censure tatillonne.
L’opposition est atone.
Les responsables socialistes ont opéré un virage à 180°.
Ils se sont rangés comme un seul homme derrière le gouvernement.
On ne parle plus des hausses de salaire, de la journée de 8h00, des retraites. Cela fait mauvais genre dans une France saignée à blanc.
La population durement éprouvée est tout entière absorbée dans l’effort de guerre et dans les deuils.
Elle ne sait pas où elle va mais elle y va.
Sur le front, comme à l’arrière, on vit comme on peut.
On boit de plus en plus pour fuir l’absurdité du moment.

Le personnel politique, quant à lui, semble avoir abandonné le destin du pays à l’état-major des armées.
Le front s’enlise sur le territoire national.
Celles et ceux qui sont conscients de cette situation dramatique n’osent pas s’exprimer publiquement de peur d’apparaître comme des démoralisateurs, des traîtres ou des espions à la solde de l’ennemi.
Les rares voix dissidentes, fussent-elles illustres, sont bâillonnées sans ménagement.

La prise d'Anvers produit l'effet que les Allemands ont vraisemblablement cherché, du moins quant à la France...
Leur ténacité, leur acharnement éclatent.
On les sent toujours capables de fournir un énorme effort sur un point donné.

Toutefois leur offensive, en France, paraît brisée définitivement. Plus tard, nous saurons jusqu'à quel point la défense d'Anvers a été paralysée ou affaiblie par les innombrables Allemands qui infestaient la ville.

Pour Reims, par exemple, cela n'a pas été douteux. Que se serait-il produit à Paris ?

Je revois encore la salle du célèbre restaurant Colomb, à Anvers.
J'y déjeunais voilà 2 ans et la salle était pleine de boursiers dont plus de la moitié parlait Allemand.
Un navire de guerre Français était venu peu de jours auparavant, et au départ une scène pénible avait eu lieu, en raison de la désertion de 23 de nos marins.

J'entends encore un Allemand racontant la chose avec complaisance, donnant des détails, répétant le chiffre 23 en insistant : « Drei und zwanzig. » Il pensait évidemment : « La France n'existe plus. Nous en ferons ce que nous en voudrons et elle ne sera pas capable de nous empêcher de prendre Anvers et le reste... » Aujourd'hui cet Allemand-là doit être content...
La prise d'Anvers est surtout un affront pour les Anglais, sinon un danger pour eux : On parle d'une promenade prochaine des Zeppelins au-dessus de Londres. 

XIII)
On est enterrés, carnet du 11 octobre 1914 !
Voilà, toujours dans la tranchée. On creuse et on aménage pour être le mieux possible. J’ai pas dormi dans un vrai lit depuis le début. Un peu de bonne paille parfois, souvent dans un bois, dans un fossé parfois dans une grange. Maintenant, dans nos trous, on essaie de s’arranger. Le génie nous a apporté des barbelés, des planches et a expliqué pour les fascines avec des branches d’arbres pour retenir la terre et faire de bons parapets.
Au début, quand on n’arrêtait pas de marcher et de reculer, la pelle était bien lourde et pas mal l’ont balancée dans les fossés. Aujourd’hui, c’est presque notre bien le plus précieux après notre flingot et sa baïonnette...

Il pleut depuis hier et commence à faire froid. Cette nuit pas possible de dormir, les pieds dans l’eau et on se gèle. Comme mes hommes, je suis adossé sur le remblai, impossible de s’allonger.

Ce matin, le Lieutenant-colonel Bonne nous a rassemblé, les futurs sergents, on était 12. Il m’a donné la sardine, en même temps qu’un papier avec ma citation écrite par mon capitaine : « Le caporal Valentin Savarieau avec son escouade lors des combats de la Boisselle, le 30 septembre 1914 a fait preuve de courage et d’une belle vigueur en entraînant ses hommes d’un seul élan au mépris du feu ennemi. Mérite d’être nommé sous-officier pour son ardeur au commandement ». Il m’a bien regardé et m’a mis la main sur l’épaule. J’étais fier quand même.

Nous, on est les petits chefs les plus bas de la hiérarchie. On vient tous de Vendée avec les hommes, la plupart des paysans, des fils de petits commerçants, des gars du coin. Mais on a tous le même uniforme dans nos têtes, la même souffrance. Alors on se serre. Chaque jour, on fait des petites avancées vers les tranchées ennemies, ils font pareil. Pour gagner des petits bout de terre, mais finalement on revient toujours sur place. A chaque fois y a des morts, des blessés qui hurlent.

En face c’est pareil, on les entend. Je sais pas comment on va s’en sortir, faudra bien pourtant... On mange mieux, maintenant qu’on bouge presque plus.
La famille me manque, j’ai mal au cœur de mon pays. C’est le mariage de ma grande sœur et ils partent tous au front. Et ici, avec ma sardine de sergent, j’ai deux escouades, presque 30 bonhommes. Je les connais bien, mais je me sens pas trop. Comment faire ? Faudra bien...

XIV)
Le dimanche 11 octobre a lieu « la tragédie du Pont d'Estaires ». En voici le récit des rares témoins survivants...

Ces réfugiés arrivent en même temps qu’un détachement du 1er régiment de Hulans au Grand Pont d’Estaires. La ville est convoitée stratégiquement par les occupants qui veulent, devant la résistance intérieure des réservistes territoriaux, passer le pont. Ils utilisent le bouclier humain en entassant plusieurs centaines de réfugiés et d’habitants du quartier (Estaires et La Gorgue). Les Français « accrochent » les hulans, en leur tirant dessus à partir du pont de la Meuse, où à l’époque le paysage est démuni de bâtiments industriels. Tirs croisés, ripostes, le pont est passé mais 40 civils sont tués.

L’ennemi ne reste que 2 jours à Estaires :
Il fait plusieurs atrocités dans le cimetière, se hasardent jusqu’à la place de la Mairie où un cavalier hulan est tué par un habitant... Les hulans reculent et partent sur Lens... Estaires et La Gorgue sont aussitôt et par intérêt militaire, occupés par les alliés pendant 4 ans.

Les forces ennemies passent la Lys à Bac Saint Maur, détruisent tous les bâtiments publics et les habitants, Estaires, La Gorgue. Les allemands seront stoppés au niveau du bois de Nieppe, La Motte au Bois.

Au cours des 2 journées, 10 et 11 avril 1918, tout est détruit, la population évacue vers Bailleul par la rue du Collège. A cette percée qui ne dure que 2 jours, elle est remplacée par une seconde occupation d’Estaires par les Alliés (Anglais, Canadiens, Américains, Indiens, Australiens, Français d’Afrique, Ecossais) et ce jusqu’en fin novembre 1918.

« Les avant-gardes Allemandes arrivées au pont se trouvent face aux Dragons Français qui tiennent toujours les barricades du pont d’Estaires et les accueillent par une fusillade assez vive. Les Allemands n’osent franchir le pont. Pourtant il faut passer.
Ils n’imaginent alors rien de mieux que de se servir de civils comme bouclier vivant. Ils rassemblent les prisonniers qui sont en leurs mains plus une vingtaine d'autres choisis parmi la population civile et les font aligner devant eux.

Les Français hésitent un instant : ils tirent au-dessus des têtes des malheureux civils. Les cavaliers Allemands en profitent pour se lancer sur le pont. Les Français vont être débordés, il faut se résigner...
Leur tir devient plus précis : Des cavaliers tombent mais les civils également, l’un après l’autre.
Bientôt les civils Français ne sont plus que 3. Les Français prennent alors le parti de canonner le pont pour le rendre impraticable... Les 3 civils tombent mais réussissent à se traîner à l’abri d’une maison. A leur tour, les Allemands mettent leurs pièces en batterie, détruisant les maisons voisines et écrasant sous l’éboulement des murs les blessés qui s’y sont réfugiés. L’action est terminée : les Allemands ne sont pas passés. »

Quelques jours plus tard, ils reculent jusqu’à Armentières où le front va se stabiliser pendant 4 ans. Parmi les morts se trouve en particulier M. Louis Blanquart, adjoint au maire, un administrateur intègre et dévoué. C’est en son souvenir que la place proche du Pont porte ce nom et que la plaque ci-dessus y est scellée.
 
XV)
Encore qu’il soit de bon ton de ne pas se souvenir des événements marquants de la guerre, on nous permettra de rappeler qu’au début d’octobre 1914, les Allemands ont fait une pression violente au sud d’Amiens, dans la région Roye-Lassigny, où ils ont été tenus en échec par le 13e Corps.
Le régiment qui a la garde de la zone au nord de Roye est le 98e d’infanterie, sous les ordres du lieutenant-colonel Didier.

LE LIEUTENANT CHAPELAND
Le 7 octobre, à 5h, une attaque Allemande extrêmement violente et précédée d’un bombardement intense, se déclenche contre le bois des Loges défendu par la 3e compagnie, capitaine Rigaut, et la 1re section de mitrailleuses, 2 pièces, sous-lieutenant Chapelant en position au nord du bois, entre le château et la voie ferrée. Cloué une première fois à 100 mètres des lignes, l’ennemi revient à la charge. Une de nos mitrailleuses s’enraye. La seconde le tient en respect à 20 mètres.

Le sergent Girodias, commandant de la 3e section de la 3e, fait passer au lieutenant Chapelant que le capitaine Rigaut vient d’être tué, puis que les assaillants ont débordé nos lignes à droite et à gauche et sont installés sur nos arrières.

Le lieutenant Chapelant donne à ce gradé l’ordre d’envoyer un homme s’assurer du fait. Ce coureur ayant été tué, il commande d’en envoyer un autre, mais déséquipé...

Avant que le second coureur ait eu le temps de rapporter des informations, des indices irréfutables prouvent que la petite troupe est cernée :
Les balles cinglent de tous côtés.
Un éclat tombe sur la deuxième pièce qui s’enraye à son tour.
Autour du lieutenant Chapelant, il ne reste plus que 4 hommes...
Devant l’avancée Allemande, le Préfet du Nord déclare l’évacuation de la Région Lilloise.
Par dizaine de milliers les réfugiés sont mis en route début octobre 1914 vers notre secteur.
La Lys  et les villes traversées par ce fleuve sont visés pour le passage du Fleuve.


XVI)
Vraiment, n'y a-t-il pas moyen de s'accorder ? En recevant le texte du discours magnifique prononcé par le Père Janvier à Notre-Dame le 29 septembre pour le pèlerinage de supplication à Jeanne d'Arc, j'ai voulu en le relisant avec attention y chercher la matière ou le point de départ des cris de fureur que l'éloquent religieux a arrachés à la presse anticléricale.

Est-il besoin de dire que cette recherche n'a abouti, comme elle ne pouvait aboutir, qu'à faire éclater les analogies de sa haute doctrine de l'expiation catholique avec les vues morales communes à toute « la philosophie éternelle »…
Il y a des gens que le dogme du Purgatoire fait écumer, je n'y puis rien, le Purgatoire est dans Platon. Cela devrait le recommander à l'indulgence ou à l'attention de nos esprits forts.
On me permettra de répéter : N'y a-t il pas moyen de s'entendre ?
En lisant le Père Janvier, un détail me frappe c'est l'identité du noble point de vue de sa charité religieuse avec le point de vue noble aussi, d'une très laïque philanthropie qui, parlant de la guerre, de la guerre à continuer, émet en frémissant le vœu que nos bataillons ne se laissent pas emporter aux mêmes fureurs que les hordes Allemandes…

Ce vœu nous choque, parfois, quand il laisse entrevoir une arrière-pensée de doute sur la noblesse d'âme de nos soldats et de leurs chefs, il nous satisfait pleinement, il correspond à tous les désirs, à toutes les volontés des Français fils de Français et de Françaises, lorsque ce vœu exprime aussi la confiance dans la magnanimité des héros de notre nation.
Écoutez ces beaux mots qui portent de beaux sentiments :
Les masses se sont heurtées depuis 2 mois, avec des alternatives de succès et de revers, honneur à vous, soldats Français (applaudissements), vous n'avez pas tué les femmes qui, armées comme des belligérants, tombent entre vos mains, vous n'avez pas jeté les blessés dans les fleuves pour vous faire des ponts de leurs cadavres, vous ne les avez pas achevés, mais, disciples de la noble Pucelle, vous avez eu pitié de leur souffrance, vous avez partagé avec eux votre pain, vous les avez confiés à nos brancardiers, à nos médecins, à nos infirmières qui, animés du même sentiment que vous, les pansent aujourd'hui et les soignent comme leurs propres frères et comme leurs propres enfants... Je l'espère, bientôt, vous poursuivrez jusque chez lui l'envahisseur… Quand vous serez victorieux, vous n'userez pas de représailles…

Vous devinez la suite, vous devinez que l'auditoire applaudit de nouveau.
Voilà le sentiment des Français catholiques. Il est humain. Il l'est au moins autant que celui des lecteurs de L'Humanité ou même de La Guerre sociale.
Sur des bases pareilles, pourquoi ne pas s'entendre, ne pas se rapprocher ? Qu'est-ce donc qui divise, quand cela réunit ?
Si l'on veut prendre conscience de cette ressemblance profonde que le commun caractère national et natif a inscrit en chacun de nous tous, pensons à certains traits d'une authenticité indiscutable rapportés des ambulances et des hôpitaux où se trouvent les blessés Allemands.

Un de leurs officiers se plaint. De quoi, s'il vous plaît ? Entendez :
« Mes propres soldats m'ont dévalisé quand ils m'ont vu au sol sans défense. »
Il y a des apaches dans toutes les armées.
Quel officier de sang Français avouerait cela devant l'ennemi ?
Une Française demande à un officier Allemand s'il est satisfait de la manière dont on le traite. Il répond tout net :
« Sans doute ! Mais vous ne nous soignez si bien que parce que vous avez peur de nous. »
Les voilà ! Constatons que nous sommes autrement bâtis, et sachons tirer tout ce qu'il contient du sentiment de notre différence profonde d'avec l'ennemi : l'évidence de la fraternité nationale finira bien par jaillir !

XVII)
Nous recevons la lettre suivante :
Nancy, le 10 octobre 1914.
Monsieur le Directeur,
Un de nos jeunes concitoyens, blessé à l'ennemi est en ce moment en traitement à Montpellier, il m'écrit que dans cette ville on a placé dans les bureaux de tabac une corbeille où chaque acheteur de paquets de cigarettes en laisse tomber quelques-unes pour les blessés, à qui elles sont distribuées, ainsi que les cigares que les corbeilles contiennent parfois.
Ne vous semble-t-il pas, Monsieur le Directeur, que cette pratique est touchante et qu'il suffirait de la rendre publique à Nancy, où on a l'amour profond de l'armée, pour qu'immédiatement des corbeilles soient aussi placées dans tous les bureaux de tabac de la ville.
Nos blessés seront contents et vous vous serez encore une fois associé à une bonne action.
Veuillez croire, Monsieur le Directeur, à mes sentiments, les meilleurs.
Un vieux Lecteur.
Chaque bureau de tabac voudra être le premier à poser la « corbeille des blessés. »

XVIII)
C'est toujours vers le Nord et dans la Woëvre que les attaques de l'ennemi sont violentes :
Bordeaux, 11 octobre, 16h.

A notre aile gauche
La cavalerie Allemande qui s'est emparée de certains points de passage sur la Lys, à l'est d'Aire, a été chassée dans la journée du 10 et s'est retirée, dans la soirée, vers la région d'Armentières. Entre Arras et l'Oise, l'ennemi a attaqué très vivement sur la rive droite de l'Ancre, sans réussir à faire des progrès.

Au centre
Entre l'Oise et Reims, nos troupes ont légèrement progressé au nord de l'Aisne, notamment dans la région au nord-ouest de Soissons. Entre Craonne et Reims, des attaques Allemandes, exécutées de nuit, ont été repoussées. De Reims à la Meuse, rien à signaler.

En Woëvre
Les Allemands ont prononcé de très violentes attaques dans la région d'Apremont, à l'est de Saint-Mihiel. Au cours de la nuit du 9 au 10, et dans la journée du 10, Apremont pris et repris, est resté entre nos mains.

A notre aile droite
En Lorraine, Vosges, Alsace, rien à signaler.
En résumé, partout nous avons conservé toutes nos positions.

XIX
Nancy, 11 octobre.
Nous apprenons avec un vif regret la mort du capitaine Marcel André, du 26 d'infanterie, tombé le 2 octobre, au champ d'honneur, dans l'un des combats les plus meurtriers livrés à notre aile gauche.
Marcel André, entré en campagne comme lieutenant de réserve, s'est battu presque sans interruption depuis le début des hostilités. Il a fait preuve, partout, d'une bravoure et d'une énergie qui ont été récompensées par un troisième galon sur le front de Lorraine.
Il commandait, en dernier lieu, la 1re compagnie active de ce 26e déjà si éprouvé. Atteint le 30 septembre d'une blessure pénétrante à l'épaule droite, il avait droit à un repos qui lui est d'ailleurs imposé par le service de santé
.
Mais le lendemain 1er octobre, n'écoutant que son courage, le capitaine André se présente à son chef de corps, le bras en écharpe et, prétextant la pénurie d'officiers, vient lui offrir ses services... Le commandant accepte, selon sa propre expression : « la mort dans l'âme ».

Dès le soir même, à 10h, André est à la tête de sa compagnie, face à l'ennemi. Le 2 octobre, dans une action de la plus grande violence, ayant reçu l'ordre de tenir à tout prix, voyant sa compagnie en péril, il fait un effort désespéré pour rallier ses hommes exposés à faiblir sous la mitraille... Une balle reçue en pleine poitrine lui arrache ces mots : « Mes enfants, ne me laissez pas entre leurs mains ! »... Il a à peine achevé, qu'une seconde balle lui fracasse la bouche et le frappe mortellement.

Inclinons-nous respectueusement devant l'héroïsme de ce brave, de ce digne fils de Lorraine, et plaignons du fond du cœur sa famille et sa jeune femme si cruellement éprouvées. Le souvenir du capitaine Marcel André restera dans le cœur de ses amis et de ses concitoyens, étroitement lié à celui du 20e corps dont l'admirable vaillance, l'entrain et l'endurance viennent d'être solennellement honorés de la plus haute distinction.
L. P.

68/Journal de la grande guerre: le 11 octobre 1914 | 1914 ...
https://reims1418.wordpress.com/.../11/68journal-de-la-grande-guerre-le...
Il y a 6 jours - Journal rémois d'Alfred Wolff (extraits): "on tue des boches par petits paquets" Dimanche 11 octobre 1914.-. -A 12h30 déjeuner familial au son ...
Le 11 octobre 1914 du 56e régiment d'infanterie de Chalon
www.lejsl.com/.../11/le-11-octobre-1914-du-56e-regiment-d-infanterie-d...
Il y a 7 jours - Le 11 octobre 1914 du 56e régiment d'infanterie de Chalon. Le combat se poursuit dans le bois de la Croix de Saint-Jean (Meuse). Le 11 ...
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Il y a 6 jours - 11 octobre 1914 : des avions allemands bombardent Paris. Cette fois les Parisiens n'expriment plus simplement leur curiosité de voir un ...
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