dimanche 31 juillet 2016

EN REMONTANT LE TEMPS... 297

13 JUILLET 2016...

Cette page concerne l'année 297 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

EUMENE, OU TOUT FLATTEUR VIT AUX DÉPENS DE CELUI QUI L’ÉCOUTE
 
  Eumenius : Rhéteur, avocat et universitaire Gallo-Romain du IIIe siècle, né vers 260 à Augustodunum (Autun), mort vers 311.

Petit-fils d'un rhéteur Grec il part enseigner à Rome puis à Augustodunum (aujourd'hui Autun), mais son nom est quasi oublié. Il doit correspondre au profil d'un rhéteur comme Hermogène de Tarse, son compatriote, lequel a vécu sous le règne de Marc Aurèle (de 161 à 180.).
Précepteur, puis professeur d'éloquence dans sa ville natale, nommé directeur des écoles méniennes (Scholæ menianæ) d'Augustodunum par Constance Chlore qui l'estime. Eumenius est chargé de diriger les écoles d'Augustodunum qui se relevant de la ruine du sac infligé par Victorin en 269. Il prononce en 298 un discours Pro restaurandis scholis (Pour la réparation des écoles), le plus important de ses écrits.
Constance Chlore incite la noblesse des Gaules à revenir s'installer à Augustodunum et y fait transporter un grand nombre de colons. Nous possédons une de ses lettres priant Eumène d'enseigner la rhétorique et lui assignant 600 000 sesterces de gratification, somme colossale qui montre l'importance de la matière enseignée, l'état de la profession et la renommée de ce professeur.
Un discours célèbre, panégyrique des victoires de Constance devant Maximien Hercule, fait remarquer les qualités de Constance et contribue à son ascension, envers celui qui devient son père adoptif.
Eumenius est ensuite élevé à la charge de secrétaire d'État de Constance Chlore puis invité à occuper une des premières dignités du palais impérial à Rome et à Augusta Treverorum, « maître de la mémoire sacrée », confident de l'empereur.

Il reste de lui 4 discours :
le panégyrique de Constance, prononcé à Augustodunum à la fin de l'an 296 ou au commencement de 297, intitulé : « Panegyricus Constantio Caesari dictus »

Le discours pour la réparation des écoles, prononcé à Augusta Treverorum à la fin de 297 ou peut-être au commencement de 298, intitulé : « Pro restaurandis scholis oratio ».

Le panégyrique de Constantin-Auguste, prononcé à Augusta Treverorum en 309 ou 310, intitulé : « Panegyricus Constantino Augusto dictus ».

Le discours d'action de grâces, adressé à Constantin à Augusta Treverorum en 311, intitulé : « Gratiarum Actio Constantino Augusto Flaviensium nomine. »

Il ne tarde pas à faire voir que l'éloquence est un bien héréditaire dans sa famille. Il l'enseigne, comme son aïeul, à la jeunesse d'Autun, et de cette chaire d'éloquence, il est élevé à la charge de secrétaire d’État. Après l'avoir exercée quelque temps, on lui permet de se retirer, et d'aller vivre en repos à la campagne.

Il y goûte avec plaisir les douceurs de la retraite et de la vie champêtre, occupé par des études particulières d'un de ses enfants, lorsque le collège d'Autun vient à perdre son modérateur ou principal.
Aussitôt Constance Chlore jette les yeux sur Eumène, par l'estime qu'il a non seulement de son éloquence, mais encore de la dignité de ses mœurs, pour remplir cette place vacante.
Ce Prince n'étant alors que César, il a recours à l'autorité des Empereurs Maximien Hercule et Dioclétien, afin d'engager Eumène à se charger de l'administration du collège et du soin d'y enseigner de nouveau la rhétorique.
Il en obtient une lettre ou rescrit adressé à Eumène même, aussi glorieux à sa mémoire qu'honorable à la jeunesse d'Autun, en qui l'on voit les plus belles dispositions du monde pour les sciences.
Comme Eumène jouit encore de la pension de secrétaire d’État, (tient un peu comme aujourd'hui où certains empochent des retraites faramineuses alors que d'autre ont à peine de quoi vivre) les Empereurs la lui doublent, et l'assurent qu'il ne perd rien du rang ni des privilèges que ses autres emplois lui ont acquis.

EUMENE
Ce grand homme se rendant à de si puissantes sollicitations, accepte la chaire d'éloquence avec les appointements que l'on y attache. Ils sont considérables, faisant plus de 30 000 euros. Mais par un trait de détachement et de générosité très louable, il ne veut pas en profiter, et les applique au rétablissement du collège d'Autun.
Un discours qu'il fait devant un des gouverneurs des Gaules, pour demander que ce collège soit compris dans les édifices publics que Constance fait rebâtir, afin de rendre à Autun sa première splendeur...

Eumène dans un autre de ses discours prononcé en 310, semble dire qu'il n'est alors que dans la 50e année de son âge.

 Eumène n'a pas seulement mérité la qualité de rhéteur, pour avoir si longtemps et si dignement enseigné l'art de bien parler. Il s'est encore acquis le titre d'orateur et de panégyriste de l'empire par l'usage qu'il a fait lui-même de l'éloquence dans plusieurs panégyriques qu'il a prononcés en public.

Il y parle aussi des dommages qu'Autun vient de recevoir par les incursions des Bagaudes.
Il y touche la magnificence qu'un Empereur a déjà fait paraître dans les réparations de cette ville, et le soin que les Empereurs régnants prennent de les faire continuer, en y employant des ouvriers qu'ils ont fait venir d'au-delà la mer, c’est-à-dire, de la Grande Bretagne.
Eumène y fait mention de sa charge de secrétaire d'État, et des appointements qui y sont attachés. C'est dans ce même discours qu'il nous fait connaître son aïeul...
Il le finit en priant le gouverneur devant lequel prononce, d'écrire aux Empereurs, et de leur faire agréer le dessein de sa proposition concernant le rétablissement du collège d'Autun.

On croit que ce discours est prononcé en 296 quoique d'autres, peut-être avec raison, ne le placent que 2 ans plus tard en 298.
On y trouve insérée la lettre que les empereurs Maximien Hercule et Dioclétien écrivent à Eumène, pour l'engager à se charger une seconde fois d'instruire la jeunesse d'Autun, comme nous l'avons déjà dit.

Le P. de la Baune situe ce discourt en 296, après que Constance Chlore eut recouvré les îles Britanniques, et avant la victoire de Langres, dont il n'y est pas dit un mot.
Mr de Tillemont, qui le compte pour le premier, le rapporte à l'année suivante, sur ce qu'il y est parlé du premier jour de Mars, auquel Constance a été fait César, et que l'on peut présumer qu'il est prononcé à la solennité de sa 5e année, qui finit en 297.
Il y est fait mention, comme dans le premier, des ouvriers que Constance emploie au rétablissement de la ville d'Autun, après que ce Prince les ait amenés de la Grande Bretagne.

CONSTANTIN
Rhenanus a attribué ce second discours à Claude Mamertin, ou à quelque autre auteur de la Gaule Belgique. C'est pourquoi dans son édition au lieu du terme latin Heduensium, il a mis Cliviensium, lieu inconnu alors... Mais il est certain qu'outre la ressemblance de style entre ce panégyrique et le précédent, Eumène y est si bien caractérisé, qu'on ne peut le lui refuser.

Le 3e est encore prononcé à Trêves en 309 ou 310, devant Constantin le grand, au jour où il célèbre la fondation de cette ville. Il appuie particulièrement sur les victoires de ce nouvel Empereur, et sur l'éloge de Constance Chlore son père, qu'il place bien haut dans le ciel, quoique mort dans le paganisme.
Eumène témoigne que c'est Constantin lui-même qui le charge de ce panégyrique, et qu'il le fait sur le champ.
En parlant des victoires de ce Prince, il relève particulièrement celles qu'il a remportées sur les Francs, dont il a défait les Rois ou les Ducs.
Il fait mention du siège qu'il a mis devant Marseille en 308 et de sa marche contre Maximien Hercule, à qui il reproche avec véhémence de ce que s'étant jusqu'à 3 fois volontairement démis de l'Empire, il l'a repris autant de fois. Eumène y donne des marques non équivoques de la religion Païenne qu'il professe.
Il dit que les mauvaises actions des hommes sont des suites du destin, et leurs vertus des dons de la divinité. (évidemment le panégyriste ne peut sans doute s'abstenir de dire de bonnes choses de l'empereur mais c'est aussi amenuiser sa valeur)

Sur la fin de ce discours il invite Constantin à honorer d'une de ses visites la ville d'Autun, et l'exhorte à achever de la rétablir. Mais il n'ose pas se promettre que son âge avancé lui permettra de voir ce rétablissement... Il semble néanmoins par un trait de cette pièce, qu'Eumène n'a alors que 50 ans. Il finit en recommandant à l'Empereur ses 5 enfants et ses disciples dont plusieurs sont déjà employés dans les premières charges de la Cour et de l’État.

Le 4e et dernier panégyrique d'Eumène est un remerciement à l'Empereur Constantin de la part des citoyens d'Autun. C'est pourquoi le titre latin porte qu'il a été prononcé Flaviensium nomine, parce que cette ville sensible aux bienfaits de ce Prince, a pris le nom de Flavia, qui est celui de la famille de Constantin.
En effet sur la fin de l'an 311, cet Empereur passant par Autun, décharge les Bourgeois d'une partie des impôts qu'ils paient, et leur fait quelques autres gratifications.

En faisant le caractère de l'éloquence telle qu'elle est en usage aux IIIe et IVe siècles, nous avons donné une idée suffisante de celle qui se trouve dans ces 4 panégyriques. On peut voir par les traits que nous en avons rapportés, qu'ils sont encore plus considérables pour les faits historiques qu'ils contiennent, que pour l'éloquence.
AUTUN PORTE ROMAINE
Ils ont été imprimés plusieurs fois avec les autres harangues des anciens panégyristes de l'Empire. Nous en avons déjà marqué les différentes éditions à l'article de Claude Mamertin, et il serait inutile de les répéter ici.
Dans l'édition qu'en publie Rhenanus en 1520, outre le défaut d'ordre chronologique entre ces 4 harangues, il n'y a que la première qui porte le nom d'Eumène. La seconde est attribuée à Mamertin, et les deux autres à des inconnus.
Mais il n'y a qu'à les lire avec attention, pour convenir qu'elles sont d'un seul et même auteur, et que cet auteur est l'orateur Eumène. C'est de quoi tous les modernes conviennent aujourd'hui.

Il est à remarquer que dans ces temps-là, on ne trouve plus de traces de l’éloquence latine, que dans les Gaules. Ce sont des Celtes qui sont les successeurs d’Hortensius et de Cicéron.
Ce peuple, si longtemps libre dans ses forêts, et qui souvent même a fait trembler Rome, apprivoisé enfin par un long esclavage, et poli par les vices même de ses vainqueurs, s’est livré aux arts, comme au seul charme et au dédommagement de la servitude.
A Autun, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, on cultive l’éloquence, souvent même les Romains les plus distingués envoient leurs enfants dans ces villes pour s’y instruire. Il semble en effet que, depuis Marc-Aurèle, les arts et les lettres peuvent difficilement habiter dans Rome, qui pendant près de 100 ans, n'a vécu que de conspirations, assassinats, tyrannie et révolte.
Les provinces sont plus loin de ces orages. On y apprend plutôt qu’on ne sent, les révolutions du trône. On y a moins à craindre, moins à espérer, et les esprits ne sont pas sans cesse occupés, comme à Rome, par cette espèce de férocité inquiète, que donne l’habitude des dangers et le spectacle des crimes...

Les gaules sont d’ailleurs remplies d’une foule de Romains. Leur commerce y porte cette culture, et ce goût qui naît d’abord dans les capitales, parce que le goût n’est que le résultat d’une multitude d’idées comparées, et d’une foule d’idées qu’on ne peut avoir que dans l’oisiveté, l’opulence et le luxe.
Ajoutez la douceur du climat, et tous les monuments élevés dans ce pays par la grandeur Romaine. Tout cela réuni, dispose peu à peu les esprits à cette fermentation utile, d’où naît l’amour des lettres et des arts.
Mais, comme en même temps il y a dans chaque siècle un caractère qui s’imprime à tout, la servitude de l’Asie s’étend dans les Gaules, et l’éloquence corrompue et faible n’y est, comme ailleurs, que le talent malheureux d’exagérer quelques vertus, ou de déguiser des crimes.
Un défaut naturel dans de pareils ouvrages, est le vide des idées, on emploie de grands mots pour dire de petites choses. (il en est de même aujourd'hui où nos « édiles » s'amusent à inventer des mots et des fonctions remplaçants la logique par des billevesées).
Ce n’est plus d’ailleurs la langue de Cicéron et d’Auguste, elle est altérée... Gaulois, Germains, Ibères, Sarmates, tous se précipitent dans la patrie commune. L’univers se mêle. Ces idiomes barbares corrompent nécessairement la langue romaine.
Formée par des conquérants, elle n’a jamais été une langue de philosophes, mais alors elle n’est plus même une langue d’orateurs. (curieuses similitudes)
Il y en a pourtant, dans ce siècle, trois de célèbres ; Eumène, Nazaire et Mamertin, tous 3 panégyristes de princes, et tous 3 comblés de bienfaits par les empereurs : Car, si la vérité a souvent nui à ceux qui ont eu le courage de la dire, il faut convenir que la flatterie et le mensonge ont presque toujours été utiles à ceux qui ont voulu échanger leur honneur contre de la fortune. (Combien sont-ils aujourd'hui à rejouer le même scénario)

Mamertin prononce deux panégyriques devant Maximien. Pour bien juger et des discours et de l’orateur, il est bon de se rappeler que Maximien, d’abord paysan, ensuite simple soldat, quand il devient prince veut avoir un nom, et prend celui d’Hercule... On ne manque pas de le faire descendre, en droite ligne, de cet Hercule, qui, du temps d’Evandre, est venu ou n’est pas venu en Italie.
Son seul mérite est d’aimer la guerre, et d’y réussir. D’ailleurs, dur et impitoyable, avide d’or et de sang, en même temps féroce et faible, c’est un lion à la chaîne, que gouverne Dioclétien, et qu’il a approché du trône, pour le lancer de là sur les ennemis de l’empire. Voilà l’homme sur lequel nous avons 3 pompeux panégyriques. Voilà celui qu’on appelle empereur très sacré, à qui on parle de sa divinité, du culte qui lui est dû, du palais auguste et vénérable qui lui sert de temple. (j'ai l'impression toute proportion gardée d'entendre un journaliste faire l'éloge de notre mollasson de François Hollande). Il faut convenir que le premier de ces éloges, prononcés à Trèves, est, d’un bout à l’autre, un chef-d’œuvre d’impertinence et de flatterie.
Le second est plus raisonnable, il y a moins de mensonges exagérés, moins de ces bassesses qui révoltent. Les louanges sont plus fondées sur les faits. Il y a même en général de l’éloquence, du style, de l’harmonie, mais nulle philosophie et très peu de goût.

De Rome il vient à Autun, dont les citoyens lui témoignent tant d'ardeur pour l'éloquence, qu'il fixe sa demeure dans cette ville, et y continue sa profession de rhéteur jusqu'à l'âge de 80 ans et au-delà...


Eumène d'Autun : Discours - retour à l'entrée du site
remacle.org/bloodwolf/orateurs/eumene/oeuvres.htm
Eumène cet illustre orateur et professeur d'éloquence, dont nous avons déjà fait si souvent mention, fleurissait sur la fin du IIIe siècle et au commencement du ...


Eumène (rhéteur) — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Eumène_(rhéteur)
Eumenius (en latin, Eumenius) un est rhéteur, avocat et universitaire gallo-romain du III siècle, né vers 260 à Augustodunum, mort vers 311.

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