mercredi 14 décembre 2016

EN REMONTANT LE TEMPS....178

8 NOVEMBRE 2016...

Cette page concerne l'année 178 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

LORSQUE LES EMPEREURS ROMAINS DÉCÉDÉS DEVIENNENT DES DIEUX.


Cette étude est la présentation succincte de premières conclusions de travaux en cours sur le tombeau d’Hadrien et sur le culte des Divae au IIe siècle. On s’attache plus particulièrement à inventorier, selon un angle diachronique et narratif, les divers monuments dont la fonction est d’honorer, dans la ville de Rome, la dynastie antonine à travers ses membres défunts...

Trois principaux secteurs sont privilégiés dans cette célébration urbaine du deuil antonin :
Le tombeau dynastique (appelé le plus souvent mausolée d’Hadrien par les modernes, actuel château Saint-Ange).
La zone centrale du Champ de Mars.
Une aire élargie comprenant les parages de la Vélia et du Palatin.

Sans méconnaître le rôle joué par d’autres quartiers de l’Urbs, l’attention se concentre sur ces 3 secteurs ainsi que sur un certain nombre de pratiques dont ils sont le théâtre.
Mais le propos sera allusif : Il s’agit bien plutôt d’histoire dynastique, de chronologie impériale et de topographie de la Ville de Rome.

Le deuil princier, sous le Haut-Empire, repose sur une très ancienne tradition : déjà à l’époque républicaine, la mort des Grands s’entoure d’une pompe et d’un éclat qui en assurent la publicité, dans des circonstances exceptionnelles, l’État s’engage, financièrement parfois mais surtout honorifiquement, en accordant à un personnage (qui, le plus souvent, a revêtu les plus hautes magistratures) un « deuil public » (ou funus publicum).

Des funérailles d’illustres défunts peuvent susciter des émotions publiques variées et une intervention de la foule :
Le cortège funèbre de Pompeius Strabo, père du Grand Pompée, est intercepté et malmené par la populace en fureur.
En 54, la foule détourne les funérailles de Julie, fille de César et épouse de Pompée, et la jeune femme sera ensevelie dans un tombeau des Iulii sur le Champ de Mars plutôt que sur une propriété de Pompée près d’Albe.
Des manifestations collectives d’indignation et de douleur entraînent l’improvisation des funérailles de l’assassiné Clodius dont la Curie est le bûcher funéraire,
TEMPLE D'ANTONIN ET DE FAUSTINE
Quant aux funérailles de César, par le rôle déterminant qu’y joue Antoine, elles sont le parangon de la scène funéraire de grand genre, paradigme du deuil public spontané (et savamment orchestré) ainsi que de la participation affective d’une foule en deuil à un rituel qu’elle accompagne et détourne... Pareilles scènes sont riches d’implications politiques.

Le Principat d’Auguste voit une mise en place, progressive et fondatrice, d’un rituel de deuil dynastique. Les coups du destin qui frappent la parentèle d’Auguste permettent, de la part du princeps, une codification du deuil d’une famille dont le rôle émerge peu à peu, à travers des pratiques créatrices, étrange mélange de traditions patriciennes et de nouveauté politique, pour ne pas dire d’improvisations successives. Auguste fait bâtir un mausolée qui accueille les défunts de sa famille, des honneurs funèbres sont décrétés pour certains d’entre eux, le nom de ces défunts est parfois inscrit dans le calendrier et des célébrations annuelles perpétuent leur mémoire. Le site de leur crémation demeure marqué et entretenu comme tel. Des lieux publics peuvent accueillir des statues de ces défunts, ainsi que leurs portraits. La mémoire de la dynastie s’inscrit dans le paysage urbain, dans l’ornement comme dans la toponymie de la Ville, des temples vont croître, et un culte finit par s’organiser pragmatiquement et progressivement sous les princes ultérieurs.

La mort d’un membre de la famille impériale, qu’il le soit ou non, est toujours un événement : Il faut imaginer que, dans bien des cas, de tels décès s’accompagnent de manifestations de douleur collective, de processions réglées par la dynastie et d’attroupements spontanés (non loin du lieu de décès, sur le parcours du cortège ramenant dans l’Urbs le corps du défunt s’il était mort ailleurs, le long de la procession funèbre et dans la proximité du bûcher).
Il est incontestable que, par l’instauration d’un rituel et d’une étiquette, de telles dévotions sont canalisées par le pouvoir, mais le souvenir de princes défunts peut être extrêmement durable dans la mémoire collective, ainsi qu’en témoignent les calendriers tardifs mentionnant encore leur dies natalis ou les médaillons contorniates qui, au IVe siècle, réactivent la figure exemplaire de princes du temps jadis. Les temples, les statues subsistent et la Ville devient l’écrin conservatoire de la mémoire dynastique.

LE QUARTIER DES ANTONINS
Parler de dynastie à propos des Antonins se fait avec une apparente facilité, encore faut-il justifier la pertinence du mot. En effet, la dynastie antonine n’est pas à proprement parler une famille, mais un groupe de familles étroitement liées entre elles.
À l’exception de Commode, aucun prince n’est le fils biologique de son prédécesseur, mais le recours quasi systématique à l’adoption vient se surimposer à un réseau très étendu de parentés antérieures et brouiller notre connaissance des mécanismes subtils qui, précisément, mènent à ces adoptions...
L’historiographie antique relative au IIe siècle est très lacunaire : Le continuateur de Suétone, Marius Maximus, auteur de 12 nouvelles Vies des Césars, de Nerva à Antonin Héliogabale, a été perdu, son adaptateur en grec, Dion Cassius, n’est connu qu’à travers un abréviateur byzantin qui a élagué son propos de la plupart des notices généalogiques un filon d’abréviateurs latins des années 360-400 (Aurélius Victor, Eutrope, l’Epitome de Caesaribus), dérivé d’un résumé de Marius Maximus, ne fournit que des lambeaux, quant à l’Histoire Auguste, notre principal relais de la tradition inaugurée par Marius Maximus, est modelée par l’idéologie théodosienne qui veut qu’à l’instar de Trajan nommé par Nerva, l’Espagnol Théodose, élevé à l’Empire par Gratien, soit le fondateur d’une nouvelle lignée antonine.
Fidèle à l’idéologie déployée par les panégyriques contemporains, l’Histoire Auguste tronque les arbres généalogiques des Antonins afin de réduire leurs parentés biologiques et en présente une succession impériale où domine presque exclusivement l’adoption, le choix du meilleur qui n’est qu’une fiction d’époque théodosienne.

De fait, l’adoption vient resserrer des liens, mais elle consiste en un choix parmi de nombreux candidats possibles. Certes, l’adoption est l’acte fondateur de la dynastie, puisque Nerva, non sans y être contraint, adopte Trajan qui, dans l’état de nos connaissances, ne lui était rien par le sang, mais il ne faut pas oublier que l’adoption de Trajan se fait bien que Nerva ai des parents, enfin il est étonnant que Nerva n’ai jamais eu d’épouse : Peut-être est-il marié avec une femme morte longtemps avant son adoption et son sacre mais l’existence de celle-ci, aisée à postuler malgré les lacunes de la documentation, aurait pu éclairer de façon capitale quelques-unes des tractations survenues dans l’ordre sénatorial lors des années 96-98.
L’adoption de Trajan est le couronnement d’un réseau sénatorial, solidement implanté en Bétique, en Narbonnaise et (plus souvent qu’on ne le dit) en Italie et à Rome même, réseau de familles dont bien des membres ont pris parti pour Vespasien lors de la crise de 69 et s’en sont vu récompenser par le Réatin.


L’écheveau de la parenté antonine est donc bien plus complexe que celui liant entre eux les princes sévériens ou même les Julio-Claudiens. On parle, par commodité de langage, de « dynastie », entendant par là ceux qui règnent et leurs proches parents. En fait, la vision ainsi retenue de la parentèle antonine est aussi réductrice que celle, dans la lumière rasante du couchant, d’un massif montagneux dont seule la crête est éclairée et les arêtes des pentes déjà plongées dans l’obscurité.
Si l’image publique de la dynastie (domus diuina) résulte d’une sélection, on n’omet pas que d’autres membres de la famille puissent être fort bien en cour, voire faire l’objet de mesures publiques à leur mort sans pour autant être divinisés.
Ce sont des gens que l’on connaît, qui disposent de résidences à Rome ou en Italie et d’un patrimoine entretenant des liens subtils avec le patrimoine privé des empereurs.
Des hommages sur pierre à Rome et dans l’Empire témoignent assez de la popularité de ces parents de la dynastie ainsi que de la revendication de ce statut de consanguins ou alliés.

La liste des princes ou princesses d’époque antonine qui sont divinisés est beaucoup plus rapidement dressée que celle des parents de la famille impériale, et elle est révélatrice des choix opérés par la dynastie, avec l’assentiment du Sénat (qui est l’organe décisionnel accordant la divinisation).
Trajan fait diviniser son prédécesseur et père adoptif Nerva, puis il fait diviniser son père naturel M. Vulpius Traianus ainsi devenu le Divus Traianus pater.
Il fait pareillement diviniser sa sœur Marciane à qui il a accordé le titre d’Augusta.

En accord avec le Sénat, Hadrien fait diviniser son père adoptif Trajan, puis sa belle-mère Matidie (nièce de Trajan, fille de Marciane, devenue elle-même Augusta à la mort de sa mère, et mère de Sabine épouse d’Hadrien), puis sa mère adoptive Plotine, veuve de Trajan, son épouse Sabine morte à la fin de son règne.
En revanche, son fils adoptif et successeur désigné Ælius César, mort avant lui, n'est pas divinisé.

Divinisé à son tour Hadrien par son fils adoptif Antonin. L’épouse d’Antonin, Faustine l’Aînée, morte au cours de la 3e année du règne de son mari, est aussi divinisée.
Sous le règne de Marc Aurèle et Lucius Vérus, le Sénat divinise en 161 leur père adoptif Antonin.
Lucius Vérus à sa mort en 169, puis Faustine la Jeune, fille d’Antonin et épouse de Marc, morte lors de l’hiver 175-176.
Marc l'est en 180.
Enfin, Commode, après avoir été un temps écarté du nombre des Divi, sera réhabilité et divinisé par un Sénat poussé par Septime Sévère.

On peut dresser, pour l’époque antonine, une liste assurée de 13 personnes qui deviennent Divi ou Divae peu après leur mort, auxquelles on adjoindra Trajan père qui est divinisé longtemps après sa mort sans doute survenue avant l’avènement de son fils.
À l’exception dudit Trajan père, tous passent du statut d’Augustus ou Augusta à celui de Divus ou Diva.
Cela ne signifie pas que seules ces personnes reçoivent des honneurs publics après leur mort. On a vu que Trajan avait eu le souci de faire placer parmi les Divi son père naturel.
Antonin permet au Sénat d’honorer par des statues son père, sa mère, ses aïeux ainsi que ses frères déjà morts au moment de son avènement. Il fait, alors qu’il est déjà empereur, transférer dans le tombeau fondé par Hadrien les restes de ses enfants morts avant l’avènement, ce qui, à n’en pas douter, est l’occasion d’une cérémonie familiale et assurément dynastique.

En 152, les Fastes d’Ostie mentionnent un décès survenu dans la famille du César Marc Aurèle gendre et fils adoptif de l’empereur :
Il s’agit sans doute de la sœur de Marc (ou peut-être encore de sa mère), mais que ce décès soit mentionné dans les Fastes officiels d’une cité aussi importante et étroitement liée à Rome qu’Ostie permet de supposer avec quelque sûreté qu’il y eut un deuil officiel, à défaut d’une divinisation...

Pareillement, il est très probable que, déjà sous Antonin, la mort en bas âge de quelques-uns des enfants du César Marc et de l’Augusta Faustine (et petits-enfants de l’empereur) fasse l’objet d’un deuil officiel. C'est du moins le cas lors du règne de Marc Aurèle, de 166 à 169, lors d'une sorte de tétrarchie avant la lettre, puisqu’aux Augustes adultes Marc et Vérus sont associés en qualité de Caesares les 2 fils survivants de Marc, Commode (né en 161) et M. Annius Verus (né en 162).
Il n’est pas exclu que la proclamation d’un deuil dans la famille impériale puisse entraîner, en certains points de l’Empire, des initiatives locales.
C’est sans doute ainsi qu’il faut interpréter la série de 18 dédicaces à un Divus Fuluus retrouvée à Thessalonique, datée entre 219 et 269. Il n’est pas douteux que la nouvelle d’un deuil impérial ait pu, çà et là, susciter des appellations « inofficielles » (s’il est permis de risquer ce germanisme) dans telle ou telle cité (surtout en contrée hellénophone) et des hommages posthumes fort proches de ceux décernés aux personnes officiellement divinisées : De tels hommages peuvent se perpétuer (comme en témoignent les dédicaces de Thessalonique toutes faites en l’honneur du Divus Aurelius Fulvus 50 à 100 ans après sa mort, ce qui est remarquable pour un enfant mort à 4 ans et sans rôle politico-dynastique).
L’insertion d’une personne dans l’une ou l’autre de ces listes est révélatrice de pratiques dynastiques que l’on rencontre sans les analyser de manière approfondie, mais, en envisageant divers secteurs de la ville de Rome qui sont le théâtre du deuil dynastique à l’époque antonine, on a du moins contribué à préciser quelques-uns des usages qui président à l’établissement de ces rituels dans le décor urbain.
Si l’on donne à l’adjectif « dynastique » une valeur politique, alors, assurément, certains de ces deuils apparaîtront, au prime abord, plus strictement familiaux que dynastiques (les défunts, en particulier femmes ou enfants en bas âge, ne jouant pas de rôle politique majeur), mais, puisque ces deuils sont accompagnés de cérémonies et de mesures précises, ils acquièrent une valeur politique (ou dynastique) en ceci qu’ils contribuent à renforcer l’image d’une famille impériale unie dans une douleur offerte à la foule spectatrice.
Même privé et strictement lié à l’accomplissement de pratiques familiales, le deuil familial, touchant un membre de la dynastie impériale, s’insère dans l’image publique de la domus diuina.

Il convient de présenter tout d’abord les pratiques de déposition des défunts de la famille antonine dans le tombeau fondé par Hadrien. Ce prince, aussi philhellène que profondément attaché aux antiques traditions romaines, s’inspire, pour cette réalisation, du mausolée familial construit par Auguste et qui a fonctionné comme lieu privilégié de sépulture impériale pendant tout le Ier siècle. Dans la décennie qui suit, seuls deux décès sont datés avec précision dans la famille impériale, celui de Faustine la Jeune et celui de Marc Aurèle.

À sa mort, la dépouille de Commode, d’abord menacée d’être jetée dans le Tibre, est transférée dans le tombeau des Antonins sur ordre d’un Pertinax soucieux de ne point établir de rupture violente avec la dynastie antonine regrettée des soldats et d’une partie du Sénat.
Le texte de l’épitaphe de Commode, gravé sur la plaque S de la façade du tombeau des Antonins, a été conservé.
Les vicissitudes subies par la mémoire de Commode dans les années 193-196 sont complexes, et mériteraient sûrement un réexamen approfondi, mais il est assuré que dès 195-196 Septime Sévère s’étant proclamé frère de Commode ce dernier est dit sans ambiguïté Divus... De fait, la date de gravure de l’épitaphe de Commode sur la façade du tombeau des Antonins demeure incertaine.
Faut-il penser qu’en 193 ses restes sont déposés dans le tombeau sans que son nom soit gravé sur la façade, ou bien que cette épitaphe ne soit rédigée et gravée qu’au moment où Septime Sévère revendique une parenté avec Commode ?
En l’état de la documentation, ce problème paraît difficile à résoudre. En revanche, la position de la plaque (S) sur laquelle cette épitaphe est gravée est significative : Elle est située au-dessus du bandeau de gauche, dans un registre supérieur qui indique nettement que le bandeau de gauche est déjà rempli en 193-195.
LE FORUM DE NERVA
D’après la reconstitution d’Hülsen, elle serait placée immédiatement au-dessus de celle de Lucius Vérus, peut-être n’est-ce pas un hasard, dans la mesure où Commode est usuellement désigné par le cognomen traditionnel de la famille des Ceionii Commodi, famille naturelle d’Ælius César et de son fils Lucius Vérus, et où il a, à la fin de son règne, modifié sa nomenclature et y a inclus la séquence L. Ælius, qui est une référence non seulement à Hadrien (pour le gentilice) mais aussi à Ælius César (traditionnellement appelé L. Ælius Caesar ou même L. Caesar).
La plaque R portant l’épitaphe de Commode est aussi placée, selon Hülsen, au-dessus de la plaque P, qui semble avoir contenu celle de son frère, le César M. Annius Verus mort en 169. Toujours est-il que la déposition de Commode dans le tombeau d’Hadrien est, d’après notre documentation, la dernière d’un Antonin lié à la dynastie par le sang...

Rome, les Césars et la ville - Deuil dynastique et topographie urbaine ...
books.openedition.org/pur/19286?lang=fr
L'épouse d'Antonin, Faustine l'Aînée, morte au cours de la troisième année du ... fut exilée par Commode à la suite d'un complot, puis éliminée ; Bruttia Crispina, ... son mariage avec Commode en 178, fut pareillement exilée puis supprimée ...


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