dimanche 8 juin 2014

1072... EN REMONTANT LE TEMPS

Cette page concerne l'année 1072 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !
RÉFORMATEUR, ORGANISATEUR, ENSEIGNANT, CARDINAL, ERMITE...
SAINT PIERRE DAMIEN

SAINT PIERRE DAMIEN
Originaire de Ravenne et dernier enfant d'une famille pauvre, orphelin très jeune, souvent maltraité, il connaît la faim dans son enfance. Tout en gardant les porcs, il étudie grâce à son frère Damien qui lui donne la possibilité de faire de brillantes études, pour le remercier, il accolera son prénom au sien. Très doué, il est d'abord enseignant, rhéteur riche et prestigieux. La rencontre de deux ermites l'amène dans un petit sanctuaire fondé selon l'idéal de Saint Romuald, il s'y voue à la prière, à l'ascèse, à l'étude des Saintes Écritures, à la contemplation, et à la prédication.
Son monastère lui demande d'être un maître en exégèse en même temps qu'il est un maître de la vie spirituelle. Nommé prieur à Fontavellane, il est en relation avec les grands monastères de son époque, comme Cluny ou le Mont-Cassin.

L'Église connaît une période difficile où bien des clercs, prêtres et moines, mènent une vie débauchée, en tous cas relâchée.

En 1057, il est nommé cardinal-évêque d'Ostie et chargé de mission à Milan, Cluny, Francfort, etc ... Il soutient les papes dans leur action réformatrice, mais Léon IX est obligé de le tenir à l'écart à cause de bien des évêques.

Plus tard, les papes suivants lui donneront d'importantes missions officielles de conciliation et de réforme. Ses écrits spirituels, ouvrages, lettres et sermons ont fait de lui un docteur de l'Église.
Pierre de parents aisés, étant encore nourrisson, est rejeté par sa mère qui est mécontente d'avoir  un  grand nombre d'enfants, recueilli demi-mort et soigné par une personne de la maison, laquelle le rend à la mère, après l'avoir rappelée  aux sentiments d'humanité. Ayant perdu ses parents, il se voit réduit à une dure servitude, sous la tutelle d'un de ses  frères qui  le traite comme un vil  esclave...
C'est alors qu'il  donne un rare exemple de religion envers Dieu, et de piété filiale. Ayant trouvé par  hasard une pièce de monnaie, au lieu de l'employer à soulager sa propre indigence, il la porte à un prêtre, lui demandant d'offrir  le divin Sacrifice pour le  repos  de l'âme de son père.
Un autre de ses frères nommé Damien, l'accueille avec bonté, et l'instruit dans les lettres. Pierre y  fait  de si rapides progrès, qu'il devient l'objet de l'admiration de ses maîtres.  
Son habileté et sa réputation dans les sciences libérales l'ayant fait connaître, il les enseigne  lui-même  avec honneur. Dans cette nouvelle situation, afin de soumettre les sens à la raison, il porte un cilice sous des habits afférents à ses fonctions, se livrant avec ferveur aux jeûnes, aux veilles et aux oraisons.... Étant dans l'ardeur de la jeunesse, et se sentant vivement pressé des aiguillons de la chair, il va la nuit éteindre ces flammes rebelles dans les eaux glacées d'un fleuve, puis il se met en marche pour visiter les sanctuaires en vénération, et récite le Psautier tout entier. Il soulage les pauvres avec un zèle assidu, et les sert de ses propres mains dans des repas qu'il leur donne fréquemment.
 Désirant mener une vie encore plus parfaite, il entre dans le monastère d'Avellane. au diocèse de Gubbio, de l'Ordre des moines de Sainte-Croix de Fontavellane, fondé par le bienheureux Ludolphe, disciple de Saint Romuald. Peu après, envoyé par son Abbé à l'abbaye de Pomposia, puis à celle de Saint-Vincent de Petra-Pertusa, il «enrichit» ces deux monastères par ses prédications saintes, par son enseignement distingué et par sa manière de vivre. A la mort de son Abbé, la communauté d'Avellane le rappelle pour le mettre à sa tête, il développe d'une manière si remarquable cette famille monastique par les nouvelles maisons qu'il crée, et par les saintes institutions qu'il donne à ces nouvelles communautés, qu' il est considéré avec raison comme le second père de cet Ordre et son principal ornement...
Plusieurs monastères d'instituts différents, des chapitres de chanoines, des populations entières, éprouvent les salutaires effets du zèle de Pierre Damien. Il rend de nombreux services au diocèse d'Urbino, secourt l'évêque Theuzon dans une cause importante, l'aide par ses conseils et par ses travaux dans la bonne administration de son évêché... La contemplation des choses divines, les macérations du corps et les autres traits d'une sainteté consommée élèvent à un si haut point sa réputation, que le pape Étienne IX, malgré la résistance du saint le crée Cardinal de la Sainte Église Romaine et Évêque d'Ostie. Pierre fait merveille dans ces hautes dignités par des vertus et des œuvres en rapport avec la sainteté de son ministère épiscopal.
 Par sa doctrine, ses légations et toute sorte de travaux, il apporte un grand secours à l’Église Romaine et aux Souverains Pontifes, dans des temps très difficiles...
Combattant jusqu'à la mort avec un zèle intrépide l'hérésie Simoniaque et celle des nicolaïtes.
Après avoir purgé de ce double fléau l’Église de Milan, il la réconcilie avec l’Église Romaine.
S'oppose courageusement aux antipapes Benoît et Cadalous.
Retient Henri IV, roi de Germanie, qui est sur le point de divorcer injustement de son épouse.
Ramène la ville de Ravenne à l'obéissance au Pontife Romain, et rétablie dans la jouissance des choses saintes.
Mène la réforme chez les chanoines de Vellétri...
Dans la province d'Urbino, presque toutes les Églises épiscopales éprouvent ses services : Celle de Gubbio, qu'il administre pendant quelque temps, est par lui soulagée d'un grand nombre de maux, quant aux autres, il les soigne toujours autant qu'il peut, comme si elles aient été confiées à sa garde.
S'étant démis du cardinalat et de la dignité épiscopale, il ne relâche rien de son empressement à soulager le prochain.
C'est le propagateur du jeûne du Vendredi, en l'honneur du mystère de la Croix de Jésus-Christ, et du petit Office de la Mère de Dieu, ainsi que de son culte le jour du Samedi.
Par son zèle il propage l'usage de la discipline volontaire, pour l'expiation des péchés commis.
PIERRE DAMIEN ÉVÊQUE
Enfin, après une vie tout éclatante de sainteté, de doctrine, de miracles et de grandes actions, lorsqu'il revient d'une légation de Ravenne, son âme s'envole vers le Christ, à Faënza, le 8 des calendes de mars.
Son corps, gardé dans cette ville chez les Cisterciens, est honoré d'un grand nombre de miracles, du concours et de la vénération des peuples.
Plus d'une fois les habitants de Faënza ont éprouvé son secours dans les calamités, et pour ce motif, leur ville l'a choisi pour patron auprès de Dieu.
Son Office et sa Messe, se célèbrent déjà comme celle d'un Confesseur Pontife dans plusieurs diocèses et dans l'Ordre des Camaldules (C’est un ordre monastique dont Saint Romuald est le père spirituel (XIe siècle), selon la règle de Saint Benoît. La spiritualité Camaldule se caractérise par une grande souplesse et adaptabilité. Tout est possible dans l’humilité et l’obéissance à l’abbé ou à l’abbesse et dans la communion avec l’Église locale, propagés ainsi à l’Église universelle).
 À la lumière du parallélisme Ève/Marie, Saint Pierre Damien décrit le rapport entre la Vierge Sainte et le corps eucharistique de son Fils, opposant la coupe de la mort au doux calice de la vie, la nourriture qui condamne à la faim et le banquet du ciel. Le corps que Marie a conçu, enfanté, nourri et élevé avec sollicitude maternelle et amour, c'est ce même corps que nous recevons dans le banquet eucharistique et dont nous buvons le sang (vin) comme sacrement qui opère notre rédemption.
Recevant l'ensemble de la cathédrale de Parme, le Saint-Père Benoît XVI a parlé de la leçon que nous a laissée Saint Pierre Damien (une partie de ses études effectuées à Parme). Il déclare également que ceux qui font des études universitaires « doivent être sensibles au patrimoine spirituel de Saint Pierre Damien..., de son heureuse synthèse entre la vie d'ermite et l'activité ecclésiale, du rapport harmonieux entre les deux aspects fondamentaux de l'existence humaine : la solitude et la communion... Les nouvelles générations -a-t-il ajouté- sont aujourd'hui fortement exposées à un double risque dû principalement à la diffusion des nouvelles technologies informatiques... d'une part, le danger de voir de plus en plus se réduire sa capacité de concentration et d'application mentale sur le plan personnel, d'autre part, celui de s'isoler individuellement dans une réalité toujours plus virtuelle... C'est ainsi que la dimension sociale éclate en mille morceaux, pendant que la dimension personnelle se replie sur elle-même et tend à se fermer à toute relation constructive avec les autres ».
Après avoir rappelé que le Cardinal Pierre Damien « fut un des grands réformateurs de l'Église d'après l'an 1000 », le Pape a souligné que « toute véritable réforme doit surtout être spirituelle et morale, et doit venir de notre conscience... Si nous voulons un meilleur environnement humain en qualité et efficacité, il faut, avant tout, que chacun commence par se réformer lui-même, en corrigeant ce qui peut nuire au bien commun ou, en quelque sorte, lui faire barrage... L'objectif de l'œuvre réformatrice de Saint Pierre Damien et de ses contemporains était de faire en sorte que l'Église devienne plus libre, avant tout sur le plan spirituel, mais aussi, sur le plan historique. De la même façon, une réforme universitaire n'est valable que si elle se confronte à la liberté : la liberté d'enseignement, la liberté de recherche, la liberté de l'institution académique au regard des pouvoirs économiques et politiques. Cela ne signifie pas l'isolement de l'université par rapport à la société, ni qu'elle doive être sa propre référence, ni, non plus, la poursuite d'intérêts privés en profitant des ressources publiques... Selon l'Évangile et la tradition de l’Église : sera vraiment libr
REPRÉSENTATION DE  PIERRE DAMIEN DANS LA DIVINE COMEDIE
e toute personne, communauté ou institution qui répond pleinement à sa nature et à sa vocation ». (source: VIS 081201)

Eve et Marie, Marie et l'Eucharistie ( Pierre Damien + 1072 ...

www.mariedenazareth.com › .. › La Cène et l'institution de l'Eucharistie
À la lumière du parallélisme Ève-Marie, saint Pierre Damien décrit le rapport entre la Vierge sainte et le corps eucharistique de son Fils. Il oppose la coupe de la ...

Saint Pierre Damien - Nominis - Eglise catholique en France

nominis.cef.fr/contenus/saint/681/Saint-Pierre-Damien.html
Évêque d'Ostie, docteur de l'Église (✝ 1072). Confesseur et Docteur de l'Église. Il est originaire de Ravenne. Dernier enfant d'une famille pauvre, orphelin très ...

PIERRE DAMIEN - Abbaye Saint Benoît de Port-Valais

www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgique/.../045.htm
L'austère réformateur des mœurs chrétiennes au XI° siècle, le précurseur du saint pontife Grégoire VII, Pierre Damien en un mot, paraît aujourd'hui sur le Cycle.

21 février Saint Pierre Damien - Missel

missel.free.fr/Sanctoral/02/21.php
Cependant, Pierre Damien, assailli de violentes tentations d'orgueil et de ... par la fièvre, au monastère Sainte-Marie-des-Anges, à Faenza, le 22 février 1072.

1073... EN REMONTANT LE TEMPS

Cette page concerne l'année 1073 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

UN ORDRE NOUVEAU DANS L’ÉGLISE !

Hildebrand Grégoire (saint) VII (1020 env.-1085), devient pape le 22 avril 1073 et prend le nom de Grégoire VII, Ancien moine de Cluny, il s'est acquis une excellente réputation auprès des Romains en servant les papes précédents, Léon IX et Alexandre II, ce moine d'environ 50 ans, originaire de Soana, en Toscane, est porté sur le trône de Saint Pierre par la foule Romaine, contrairement au décret qu'il a lui-même inspiré en 1059, réservant l'élection des papes au collège des cardinaux (ou prêtres de premier rang, d'après le mot latin cardo).
Ce nouveau pape modifie profondément l'Église catholique pour la rendre plus morale et surtout plus indépendante des seigneurs et des souverains.
Ses mesures restent connues sous le nom de « Réforme Grégorienne », certaines, toutefois, ont déjà été ébauchées par ses prédécesseurs sous son inspiration. Elle apparaissent avec Léon IX, pape imposé à Rome en 1049 par Henri III, le plus énergique de tous les empereurs Germaniques. Pendant les 5 années de son pontificat, Léon IX n'a de cesse de parcourir l'Occident pour réformer l'institution ecclésiastique et résoudre deux problèmes majeurs :
- la simonie, c'est-à-dire le trafic des biens d'Église contre argent. Le mot simonie vient de Simon le Magicien, un personnage légendaire qui aurait offert à l'apôtre Saint Pierre de lui acheter le don de faire des miracles.
- le mariage et le concubinage des prêtres (nicolaïsme), précédemment tolérés : les prêtres mariés sont en effet tentés de s'enrichir et de constituer une rente au profit de leurs descendants, privant l'Église des moyens matériels indispensables à l'accomplissement de sa mission... Pour réussir dans son entreprise, le pape qui, au début du Moyen Âge, est simplement considéré comme l'évêque de Rome, veut imposer sa prééminence sur les autres évêques. C'est ainsi que s'élargit le fossé entre l'Église de Rome, qui prétend au qualificatif de catholique, c'est-à-dire universelle, et l'Église de Constantinople, qui se qualifie d'orthodoxe (en grec : conforme à la vraie Foi).
Grégoire VII commence par proscrire le mariage et le concubinage des prêtres puis condamne fermement la simonie. Il s'attelle ensuite à la formation des curés qui sont trop souvent incultes, se soucient assez peu d'évangéliser leurs ouailles.
Enfin, par 27 propositions célèbres de 1075 (le Dictatus papae), il réserve au collège des cardinaux l'élection des papes, il condamne les investitures laïques, c'est-à-dire le droit qu'ont les souverains de nommer les évêques. C'est une révolution dans un monde où, selon la tradition antique, on est encore porté à penser que l'empereur est le représentant de Dieu sur la Terre et que le clergé a vocation à le servir...
Né entre 1015 et 1020 à Soano, en Toscane, dans une famille sans doute modeste, Hildebrand vient très tôt à Rome, où il étudie au monastère Sainte-Marie de l'Aventin et fait probablement profession monastique. Il passe ensuite au service du pape Grégoire VI et, lorsque l'empereur Henri III dépose celui-ci pour son indignité, il le suit en exil en Allemagne. Revenu à Rome sous Léon IX, il vit alors à l'abbaye de Saint-Paul, mais en est tiré par Étienne IX qui l'envoie annoncer à la Cour Germanique qu'il a été élu sans la traditionnelle intervention de l'empereur... Hildebrand s'acquitte au mieux de cette tâche et sait se faire estimer du parti réformateur Allemand, qui veut appuyer la réforme du clergé sur une étroite coopération entre le Sacerdoce et l'Empire.
En 1059, Nicolas II le promeut archidiacre de l'Église romaine, lui donnant ainsi une position fort importante. Il est ensuite le conseiller le plus écouté du pape Alexandre II, qui commence alors à mettre en œuvre une réforme plus radicale et à se méfier du jeune roi de Germanie, Henri IV, qui est moins disposé à la collaboration. C'est sous ce pontificat, semble-t-il, qu'il adopte les thèses du parti le plus ferme en matière de restauration.
Les papes, au début du Moyen Âge, sont élus par le peuple de Rome en tant qu'évêques de la Ville Éternelle. Ces élections se déroulent sous la pression des grandes familles qui se partagent le territoire de la ville.
Dans les dernières décennies de l'ère Carolingienne se succèdent des papes qui n'ont rien des qualités spirituelles qu'on leur prête... Brigands, jouisseurs, voleurs, guerriers, ils se comportent en chefs de gang, accumulant richesses sur richesses dans leur résidence officielle du Latran.
Ainsi, au début du IXe siècle, un certain Étienne VI fait-il exhumer et juger (!) la dépouille d'un prédécesseur, Formose, qui l'avait offensé de son vivant. Lui-même et ses successeurs immédiats sont assassinés ou exécutés.
Le pire est atteint avec Octavien (Jean XII), élu en 955, à 18 ans, sous la pression de son père Albéric, un aventurier qui gouverne Rome pendant 20 ans. jouisseur invétéré, le pape Jean XII appuie le roi de Germanie, Otton, contre le roi d'Italie, Bérenger II, il confère à Otton le titre d'empereur d'Occident pour le remercier de l'avoir sauvé des griffes de Bérenger II. En retour, le nouvel empereur s'autorise un droit d'intervention sur les élections pontificales à venir. Mais à peine l'empereur a-t-il le dos tourné que Jean XII se rallie à son ancien ennemi, Bérenger II !
Otton n'apprécie pas la plaisanterie et revient sur ses pas. Le 6 novembre 963, il fait déposer le pape pour immoralité et le remplace par Léon VIII. Les Romains, qui ne veulent pas d'un Empereur Germanique, rappellent Jean XII. Celui-ci châtie avec férocité ceux qui l'ont trahi mais il meurt l'année suivante... sans doute assassiné par un mari jaloux !
Dédaigneux de Léon VIII, le pape de l'empereur, les Romains élisent à sa place Benoît V. L'empereur sévit une nouvelle fois et châtie à son tour les partisans de ce nouveau pape... Pendant de nombreuses années, plusieurs papes se disputent le trône de Saint-Pierre, les uns soutenus par l'empereur Germanique, les autres par les Romains.
À considérer ce scandale permanent, on peut penser que c'en est fini de l'Église catholique et de la papauté ! Mais le salut va venir du clergé régulier, celui qui vit selon une règle monastique.
Les prémices de la réforme apparaissent avec Léon IX, pape imposé à Rome en 1049 par Henri III, le plus énergique de tous les empereurs germaniques. Pendant les cinq années de son pontificat, Léon IX n'a de cesse de parcourir l'Occident et de réunir évêques et abbés en synodes pour les convaincre de l'urgence de réformer l'institution ecclésiastique.
L'évêque Yves de Chartres et les moines de Cluny sont les principaux inspirateurs de la « Réforme Grégorienne » qui vise à instaurer l'autorité du pape sur la chrétienté et à ne plus cantonner le Saint-Siège dans les fonctions symboliques qui sont jusque-là les siennes.
De leur côté, plusieurs empereurs Allemands ont fait des efforts très sincères pour relever la papauté de l'avilissement où elle est tombée, et pour réformer les mœurs du clergé.
En 1048, Brunon, évêque de Toul et parent de l'empereur, est proclamé pape par une diète tenue à Worms. Il n'accepte qu'à la condition d'obtenir le consentement du clergé et du peuple romains ; confirmé dans cette résolution par Hildebrand, dont il a remarqué les talents et la vie austère, et qu'il veut attacher à sa personne. Celui-ci le persuade de quitter ses vêtements épiscopaux et de se rendre à Rome comme un simple pèlerin, pour demander le renouvellement et la confirmation de sa nomination. Élu par le clergé et par le peuple (12 février 1049), Brunon prend le nom de Léon IX, nomme Hildebrand sous-diacre et le charge de l'administration des revenus du Saint-Siège, laquelle est dans le plus grand désordre. Les actes les plus importants de ce pontificat sont conseillés et dirigés par Hildebrand, dont l'influence ou plutôt l'autorité s'accroît de jour en jour. Il en est de même sous les successeurs de Léon IX :
Victor II (1055-1057).
Étienne IV (1057-1058).
Nicolas II (1058-1061).
Alexandre II (1061-1073).
Les règnes de ces papes ne forment guère que des chapitres de l'histoire de Hildebrand... Avant de devenir pape lui-même, il a été pendant 25 ans, non seulement le conseiller, mais le directeur des papes, et même faiseur de papes. Les vers suivants, qui lui sont adressés par Pierre Damien, sous le pontificat d'Alexandre II, montrent la souveraineté dont il est investi aux yeux de ses contemporains, même avant son couronnement :
« Papam rite colo, sed te prostratus adoro; 
Tu facis hunc dominum, te facit ipse Deum ».
Aussitôt après la mort d'Alexandre II, Hildebrand est élu par les cardinaux, sous la pression tumultueuse du peuple. Cette élection effraie les évêques, qui redoutent sa sévérité. Comme on n'a pas attendu, pour y procéder, le consentement impérial, ainsi que l'exige encore le droit établi, les évêques de France, qui ont subi l'expérience de son zèle réformateur, quand il est venu chez eux comme légat, supplient l'empereur Henri IV de ne pas reconnaître ce pape.
Hildebrand en sollicite la confirmation, et il ne prend possession du siège apostolique qu'après l'avoir obtenue, mais, dans l'intervalle, il a accompli des actes importants du pouvoir pontifical. Il adopte le nom de Grégoire, et on attribue généralement ce choix au souvenir pieux qu'il avait voué à Grégoire VI...
Dès son avènement :
Il réclame, en vertu de la donation de Constantin, la Corse, la Sardaigne et même l'Espagne.
Il soutient que la Saxe a été donnée au Saint-Siège par Charlemagne.
La Hongrie par le roi Étienne.
Il réclame de la France le denier de Saint-Pierre.

Mais, comme la poursuite de ces prétentions aurait rencontré des résistances fort difficiles à surmonter, il concentre tous ses efforts dans la lutte qu'il a commencée sous ses prédécesseurs, pour réduire les prêtres au célibat, réprimer la simonie, et, ce faisant, affranchir l’Église de toute dépendance envers les laïques et soumettre tous les chrétiens à sa juridiction souveraine. 


Dès l'an 303, au concile d'Elvire, près de Grenade, l'Église a recommandé la chasteté et le célibat à ses membres, par souci d'élévation morale mais cette recommandation a été peu appliquée par la suite. Le Saint-Siège a dû tolérer le mariage et le concubinage des prêtres, en particulier des séculiers.
Dans un concile tenu à Rome (1074), Grégoire fait interdire l'entrée des églises aux prêtres coupables de fornication, (prêtres mariés ou vivant en concubinage). Le même concile condamna, comme simonie, toute investiture de bénéfice ou de dignité ecclésiastique, donnée par des laïques; défendant, en conséquence, aux seigneurs de la donner, et aux évêques et aux abbés de la recevoir. L'exécution de ces décisions est poursuivie en divers pays, avec des différences qui semblent montrer que chez Grégoire la rigueur n'excluait pas complètement la souplesse.
Dès 1073, il a attaqué Philippe Ier, roi des Francs, pour simonie, en 1074, il essaie de soulever contre lui les évêques de son royaume, il leur écrit :
« Entre tous les princes qui, par une cupidité abominable, ont vendu l’Église de Dieu, nous avons appris que Philippe, roi des Francs, tient le premier rang. Cet homme, qu'on doit appeler tyran et non roi, est la tête et la cause de tous les maux de la France [...]. S'il ne veut pas s'amender, qu'il sache qu'il n'échappera pas au glaive de la vengeance apostolique. Je vous ordonne de mettre son royaume en interdit. Si cela ne suffit pas, nous tenterons, avec l'aide de Dieu, par tous les moyens possibles, d'arracher le royaume des Francs de ses mains; et ses sujets, frappés d'un anathème général, renonceront à son obéissance, s'ils n'aiment mieux renoncer à la foi chrétienne. Quant à vous, sachez que, si vous montrez de la tiédeur, nous vous regarderons comme complices du même crime, et que vous serez frappés du même glaive. » 
Philippe promet de s'amender, mais continue sa « mâle vie », les évêques ne mettent pas le royaume en interdit, et le pape s'abstient de donner suite à ses menaces.
En Angleterre, où Guillaume est conseillé et soutenu par Lanfranc, archevêque de Canterbury, le concile de Winchester (1076) mitige, de sa propre autorité, les décrets romains sur le célibat, en permettant aux prêtres des villages et des châteaux de garder leurs femmes, le roi continue d'exercer le droit d'investiture, et le pape cède ou se tait.
C'est contre l'empereur Henri IV que Grégoire VII dirige tous ses efforts. II y est encouragé par les rebellions des sujets de ce prince qui leur avait donné de trop nombreux sujets de mécontentement. Après plusieurs péripéties (excommunications, entrevues, et traités). L'empereur fait renouveler par les conciles de Mayence et de Brixen la déposition de Grégoire VII. A Brixen (juin 1080), il fait élire un antipape, archevêque de Ravenne, qui prend le nom de Clément III.
En mars 1081, Henri passe en Italie, ravage les domaines de la comtesse Mathilde, puis marche sur Rome.
Après 3 attaques repoussées, il entre dans la ville, dont les nobles lui ont livré les portes (1084), il y installe son pape Clément III, qui le couronne empereur. 
Grégoire, enfermé dans le château Saint-Ange, est délivré par Robert Guiscart, qu'il a excommunié en 1074, mais avec qui il s'est réconcilié pour résister à Henri IV.
Ne pouvant rester à Rome, où le peuple lui reproche les horreurs commises par les Normands, ses alliés, il se retire avec eux à Salerne. C'est là qu'il meurt, environ une année après. On dit que ses dernières paroles ont été : J'ai aimé la justice et haï l'iniquité, c'est pourquoi je meurs en exil.
Avant de mourir, il a levé toutes les excommunications prononcées par lui, à l'exception de celles qui concernent Henri IV, l'antipape Guibert, leurs fauteurs et leurs adhérents... tous ses adversaires !...
L'Église sort considérablement rajeunie de la Réforme Grégorienne. Elle entraîne l'Occident médiéval dans une expansion sans précédent, illustrée par la construction d'églises et de cathédrales, l'éclosion des Universités et une relative paix civile. Les croisades seront une conséquence plus contestable du renouveau de la foi en Occident.
Paul II a permis à l'archevêque de Salerne de l'honorer comme Saint
Grégoire XIII introduit son nom dans le calendrier romain. A la fin de son pontificat (1729),
Benoît XIII autorise sa légende et condamne les écrits composés contre cette canonisation qui est vivement repoussée en France et en Allemagne, à cause des entreprises de Grégoire contre les droits des Églises nationales et surtout contre ceux de l’État, représenté par les princes. 
Raoul Glaber, un clerc Bourguignon du XIe siècle, mort en 1047, reste connu pour ses chroniques de l'époque de l'An Mil. Il témoigne du renouveau qui saisit l'église d'Occident à la veille de l'élection de Grégoire VII.
Son texte ci-après annonce l'art roman :
« 
Comme approchait la troisième année qui suivit l'an mil, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, rénover les bâtiments des églises, une émulation poussait chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celles des autres. C'était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, eut revêtu de toutes parts une blanche robe d'églises » (Histoires) .
À la suite de la « Réforme Grégorienne », les XIe et XIIe siècles vont entraîner la naissance de l'art roman (ou romain, c'est-à-dire d'inspiration latine). Différentes provinces périphériques de France en conservent de précieux témoignages. Ainsi l'église de la Madeleine, à Vézelay, en Bourgogne, Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, ou encore l'église Saint-Front, à Périgueux.


frenchinfluence.over-blog.fr/article-22-avril-1073-68199487.html
27 févr. 2011 - source : http://www.herodote.netHildebrand devient pape le 22 avril 1073 et prend le nom de Grégoire VII.Ce moine d'environ 50 ans, ...

22 avril 1073 - Grégoire VII et la réforme grégorienne ...

www.herodote.net/22_avril_1073-evenement-10730422.php
14 mars 2013 - Hildebrand devient pape le 22 avril 1073 et prend le nom de Grégoire VII. Ce moine d'environ 50 ans, originaire de Soana, en Toscane, s'était ...

GRÉGOIRE VII saint, HILDEBRAND - Encyclopædia ...

www.universalis.fr/encyclopedie/gregoire-vii-hildebrand/
GRÉGOIRE VII saint, HILDEBRAND (1020 env.-1085), pape (1073-1085). L'un des papes les plus importants de l'histoire, personnage tenace et courageux, ...

Grégoire VII (pape).

www.cosmovisions.com/GregoireVII.htm
Grégoire VII (Saint), 162e' pape, élu le 22 avril 1073, mort le 25 mai 1085. Paul Il avait permis à l'archevêque de Salerne de l'honorer comme saint; Grégoire XIII ...

samedi 7 juin 2014

1074... EN REMONTANT LE TEMPS

Cette page concerne l'année 1074 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

ANNE PRINCESSE DE KIEV ET REINE DES FRANCS.

ANNE DE KIEV
Après la mort de son épouse Mathilde de Frise, Henri Ier cherche à contracter un nouveau mariage, mais l’Allemagne, dont la famille est selon lui son seul espoir, lui est interdite, cette alliance étant assimilée par l’Église comme consanguine par les origines de la reine défunte (jusqu'au septième degré)... Sur le conseil de son beau-frère Baudouin de Boulogne, il envoie dès 1045 des observateurs de confiance dans tous les royaumes d’Orient, il les charge de lui signaler toutes les princesses à marier dont ils pourraient entendre parler dans ces lointaines contrées.
Pendant 4 ans, Henri attend qu’on lui signale une fiancée possible, car toutes les princesses dont on lui parle sont peu ou prou ses parentes... Son humeur s’en trouve modifiée : il devient coléreux et méchant, même avec ses concubines, et lorsqu’elles manifestent un désir de tendresse, « il fait l’agacé, nous dit un chroniqueur, et les bat durement ». Elles finissent par s’enfuir du palais, laissant le roi déçu, amer et sans consolation.
L’extraordinaire destin de cette princesse venue de l’Orient, aux confins des mondes Byzantins et Slaves, par qui le sang Russe et Viking s'est mélangé à celui des Capétiens … Anne de Kiev, en russe et en ukrainien russe : Анна Ярославна (Anna Iaroslavna), est la fille de Iaroslav le Sage, grand-prince de Kiev et de sa seconde épouse, Ingigerd, fille du roi suédois Olaf.
Les manuels d'histoire l'ont longtemps appelée Anne de Russie, la date exacte de la naissance d'Anne est inconnue. (1024 ou 1025 la date de 1032, est donnée par l'historien Russe V. Tatichtchev). Les anciennes chroniques Ruthènes (Ukrainiennes) informent peu et sommairement sur les femmes, même les plus nobles... Le nom d'Anna Yaroslavna est surtout connu d'après les chroniques Françaises.
Nous connaissons cependant le destin de ses deux sœurs par des sources étrangères :
L'aînée, Anastasia, épouse du roi de Hongrie, André Ier (dans les chroniques Hongroises elle est évoquée comme « fille du prince de Ruthénie »), par le chroniqueur polonais Jan Dlugosz .
Élisabeth, par l'historien Islandais du XIIIe siècle, Snorri Sturlusson, dans «Heimskringli» (ce que l'on appelle « les sagas royales »). Élisabeth est l'épouse du célèbre Viking Norvégien, le conquérant Harald Hardrod qui devient roi de Norvège après la mort de son frère...

Anne est issue d’une lignée très récemment convertie au christianisme orthodoxe. Son grand-père Vladimir (958-1015) adore encore Odin et offre des sacrifices humains à tous les dieux du panthéon Scandinave. Converti au christianisme Byzantin, il fait de Kiev, la ville aux 400 églises, la rivale de Constantinople. Il descendait de Riourik, le fameux prince de Novgorod, et de princes Varègues...

Sa mère Ingigerd ou Ingrid ou Irène (1000-1048), est la fille du roi de Suède Olof Skötkonung et la petite fille d’ Olof III Skötkonung (980-1022), premier souverain chrétien Suédois... La Rous' (Ruthénie) Kiévienne, sous les règnes de Vladimir et de Yaroslav, est devenue un État puissant avec lequel doivent compter Byzance, l'empire Germanique et les royaumes Scandinaves...

Après la mort de son frère Mstyslav en 1036, Yaroslav le Sage devient l'unique dirigeant de la terre rous' (ruthène), et c'est dans cette grande et riche cité qu'elle passe son enfance et son adolescence, jeune fille instruite et d’Église chrétienne byzantine, Anne peut épouser à Reims en premières noces, le 19 mai 1051, le roi Henri Ier de France qui relève, quant à lui, de l'Église catholique romaine. Ces deux églises forment encore l'Église indivise, puisque nous sommes là avant le schisme de 1054...

PHILIPPE Ier
En avril 1049, l’un de ses informateurs lui révèle que le grand-duc Iaroslav Vladimirovitch, qui règne à Kiev, a une fille prénommée Anne, qui n’a aucun lien de parenté avec Henri Ier et qui est, d’une beauté ravissante. Sa mère est Ingrid de Suède et de Norvège... La future épouse du roi ne manque pas de patronymes, puisqu’on la connaît sous les noms d’Anne de Kiev, Anne de Russie, Anne de Ruthénie, Anne d’Ukraine, Anne d’Esclavonie et quelques autres.
En apprenant qu’on parle d’elle, de sa grâce, de son esprit, de ses cheveux blonds et de sa bouche sensuelle jusqu’à Constantinople, le roi a l’œil pétillant... Il charge Roger, évêque de Châlons-sur-Marne, de porter des bijoux à Iaroslav de la part du roi de France et de lui demander la main de sa fille. Favorable à une politique d’ouverture, le prince de Kiev, l’un des 12 fils de Vladimir le Grand qui a converti le pays au christianisme, accepte la proposition, et Anne arrive à Reims au printemps 1051, apportant une dot considérable en belles pièces d’or frappées à Byzance.
Si Henri Ier l’attend avec une grande émotion et un peu d’inquiétude, ses craintes s’évanouissent lorsqu’il voit la fille du grand-duc. Il est immédiatement conquis.
La légende veut qu’au moment où elle descend de son chariot, le roi, incapable de se maîtriser plus longtemps, se soit précipité sur elle pour l’embrasser avec une belle ferveur. La princesse n’ayant pas protesté contre cette ardeur un peu hâtive, dit-on, la foule peut contempler les fiancés, qui ne se sont jamais vus encore, serrés l’un contre l’autre comme des amants... On assure également que, lorsqu’ils se sont séparé, Anne dit à Henri Ier, en rougissant un peu : « Je suppose que c’est vous, n’est-ce pas, qui êtes le roi ?... »
Le mariage a lieu à Reims le 19 mai 1051. le roi a 39 ans et Anne 27. La reine, sacrée le même jour par l’archevêque Guy de Châtillon, est appliquée à la prière, libérale envers les pauvres, sensible au malheur, n’occupant le trône que pour y paraître comme compagne du roi, et pour accorder des grâces.
En arrivant en France, Anne apporte un livre qui, selon la légende, va beaucoup compter pour tous les sacres des rois de France à Reims. A compter de 1059 et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, tous les rois de France, en accédant au trône ont prêté serment sur un très ancien Evangéliaire Ruthène, écrit en écritures cyrillique et glagolitique... En réalité, c'est le cardinal Charles de Lorraine qui l’offre en 1534 au Chapitre de la cathédrale de Reims, après l'avoir revêtu d'une reliure précieuse abritant des reliques. Ce livre est l'un des plus anciens textes connus de la langue Russe et l'un des plus anciens documents de la langue littéraire Ruthène (Ukrainienne) et sa première partie (cyrillique) peut avoir été écrite par Saint Procope, qui meurt vers 1030 (Pierre le Grand au XVIIe siècle et Nicolas II au début du XXe siècle, voyageant en France, se le feront présenter)... C'est aussi cette princesse qui introduit le prénom Philippe (venant de ses ancêtres Macédoniens) à la cour de France en le donnant au fils aîné de son premier mariage qui règne sous le nom de Philippe Ier.

Cette première alliance Franco-Russe n'est pas de longue durée, Henri Ier meurt brusquement à Vitry-aux-Loges le 4 août 1060... Aussitôt, la reine Anne se retire au château de Senlis avec son fils Philippe, qui a été sacré roi du vivant de son père.
Baudouin V, oncle du roi mineur, qui est désigné tuteur-régent, afin d’éviter les troubles, la famille royale se montre dans le royaume:
en 1060, séjour à Dreux, Paris, Senlis, Étampes.
En 1061, à Compiègne, Reims, Senlis, Paris.
Anne vit dès lors libre de tout souci politique dans son domaine du Valois se retirant d’abord à l’abbaye de Saint-Vincent de Senlis. (Un chroniqueur nous dit qu’elle aimait beaucoup Senlis, « tant par la bonté de l’air qu’on y respire que pour les agréables divertissements de la chasse à laquelle elle prend un singulier plaisir »). Elle y ajoute rapidement d’autres agréments...
En effet, malgré son veuvage récent, la reine Anne se met à organiser des réceptions qui sont très courues. De nombreux seigneurs des environs prennent l’habitude de venir lui faire leur cour et plus d’un parmi eux, rapporte le vicomte de Caix de Saint-Aymour, « apportait ses hommages non seulement à la reine, mais aussi à la femme ».
En 1060 , Anne de Kiev participe au renouveau monastique en fondant l’abbaye Saint-Vincent à Senlis, elle fait bâtir une église dédiée à Saint Vincent et un monastère destiné à des chanoines réguliers. Dans la lettre de fondation, elle précise que son intention est de réparer les fautes du roi Henri Ier, de ses amis et les siennes (sans doute songe-t-elle à son second mariage).

C’est ainsi qu’au bout de 3 ans elle épouse Raoul le Grand, comte de Crépy-en-Valois, son aîné de quelques années, possédant de nombreux titres : comte de Crépy, de Valois, du Vexin, d’Amiens, de Bar-sur-Aube, de Vitry, de Péronne et de Montdidier, c'est l’un des plus puissants seigneurs de France, se plaisant à dire qu’il ne craint ni les armes du roi, ni les censures de l’Église.
En juin 1063, il répudie Haquenez, sa tendre et juvénile épouse, et enlève la reine, (complice), lors d’une des promenades en forêt dont elle a l’habitude, pour l’épouser.
L'enlèvement, le mariage expéditif causent un grand scandale dans tout le royaume, en suivant un homme marié, et en l'épousant la reine semble commettre un adultère... Haquenez apprenant la raison pour laquelle elle a été répudiée, se rend à Rome pour se plaindre au pape Alexandre II, qui l’accueille avec bonté charge Gervais, archevêque de Reims, d’effectuer une enquête, avant d’enjoindre Raoul de se séparer de la reine et de reprendre sa femme légitime.... Devant le refus du comte, le pape l’excommunie et déclare nul son mariage avec Anne... Bravant les foudres de Rome, les deux amoureux voyagent ensemble dans le royaume, se cachant si peu, montrant une telle absence de remords, qu’on finit par admettre leur union.
En 1065, lors de la consécration de l’église, elle émet le vœu qu’en ce lieu « puisse vivre des religieux, dans le calme et la paix, pour y servir Dieu jour et nuit, en renonçant au monde et en embrassant canoniquement la vie régulière, c'est-à-dire la règle écrite des Saints Apôtres et de Saint Augustin. »

Quelques années plus tard, le roi Philippe Ier trouve sage de se réconcilier avec eux, admettant même Raoul de Valois à la cour. Anne y reparaît à son tour avec le titre de reine mère lorsqu'elle se retrouve veuve pour la seconde fois vers 1074. On a pour elle le plus grand respect, et elle règne sur le palais, bien qu’elle ne s’occupe point des affaires de l’État... A la mort de Raoul de Crépy, Anne de Kiev se retire vraisemblablement à Senlis. Déjà, après la mort d'Henri 1er, Anne a vécu au château de Senlis. Là, près du château, dans le faubourg de Vietel, sur l'emplacement d'une chapelle « en ruines et complètement dévastée » on édifie sur son ordre l'église de Saint-Vincent et une abbaye. Cette abbaye perdure jusqu'au XVIIe siècle. Chaque année on y célèbre une messe à son souvenir.
Anne de Kiev a demandé à son fils Philippe Ier de prendre le titre de fondateur de l'abbaye. Le roi accepte, et le patronage devient héréditaire dans La famille royale... L’année suivante, elle est mentionnée une dernière fois, en tant que « Anne mère du roi Philippe », sur une charte en faveur de l’abbaye de Pont Levroy, puis elle disparaît de la vie publique...

Certains on pensé qu'elle était retournée en Russie, mais sa tombe, trouvée en 1682 dans l’abbaye de Villiers, près de La Ferté-Alais, donnerait à penser qu’elle n’a pas quitté la France, à moins que le monument funèbre qui porte pour inscription : Anne, femme de Henri, ne soit qu’un hommage de la reconnaissance des religieux, et non le lieu de la sépulture de cette princesse. Plus sûrement, ayant obtenu une terre sise à Verneuil, près de Melun, elle y serait morte vers 1076 et assurément avant 1080, sans avoir connu son petit-fils, le futur Louis VI, né en 1081...
Anne de Kiev donne 4 enfants a Henri Ier :
Philippe, né en 1052, (roi de France Philippe Ier) ;
Robert, né en 1054 et mort vers 1063 ;
Emma, née en 1055 et morte vers 1109 ;
Hugues, né en 1057 et mort en 1102, (comte de Vermandois sous le nom de Hugues Ier)
LA FUITE DES AMOUREUX

Depuis le XVIIe siècle, les érudits se disputent sur cette question. Anne est-elle retournée en Ukraine pour y terminer ses jours, ou a-t-elle été inhumée en France ?...
1°) Première hypothèse :
Le retour au pays natal, les historiens du XIXe, désespérant retrouver un jour la tombe de la reine Anne, se sont résignés. Après 1074, la reine serait retournée à Kiev et y serait morte. C’est ce que l’on lit encore dans beaucoup d’ouvrages, sans que cela soit en rien étayé. Certes, deux reines de France connurent plus tard ce destin, Éléonore d’Autriche, seconde épouse de François Ier et Élisabeth d’Autriche, épouse de Charles IX, ces deux reines ne se sont jamais intégrée dans leur nouvelle patrie... la première est même restée isolée à la cour. En outre, Éléonore n’a pas eu d’enfants et Élisabeth n’a pas donné de dauphin à son époux.
Rien de tel avec Anne de Kiev qui s’est parfaitement acclimatée au royaume de France, y menant une vie libre aimant son fils Philippe, malgré une brouille passagère causée par son remariage, de plus ses fondations monastiques qu’elle suit de près ne dénotent aucun détachement de l’Île de France.
Notons qu’il n’y a ni trace ni archive en Ukraine attestant un retour de la reine Anne dans son pays natal.
2°) Deuxième hypothèse :
Un tombeau à l'abbaye de Villiers-aux-Nonnains à Cerny près de La Ferté-Alais dans l'Essonne.
Les Archives Nationales Françaises conservent un étrange document du 22 juin 1682 intitulé Nouvelles Découvertes pour l'Histoire de France, dans lequel le Père Menestrier a donné une description exacte de ce qu'il estime être la pierre tombale d'Anne de Kiev... En voici le texte original ci-dessous, y compris les lettres et signes qui en français moderne ne sont plus utilisés. En français ancien, le S dit s long ressemblait à notre f moderne sans la barre horizontale. La traduction du texte latin : ci-gît la dénommée Agnes femme du roi Henri… que par la grâce de Dieu leur(s) âme(s) reposent en paix).
ANNE DE KI8EV SERAIT LA 2e EN PARTANT DE LA GAUCHE

« C’eſt une tombe plate dont les extrémitez sont rompuës. La figure de cette Reine y eſt gravée, ayant ſur ſa teſte une couronne à la manière des Bonnets que l’on donne aux Electeurs : il y a un retour en demicercle, où commence ſon Epithaphe en ces termes Hic jacet Domina Agnes uxor quondam Henrici Regis, le reſte eſt rompu, & ſur l’autre retour on lit, Eorum per miſericordiam Dei requieſcant in pace. L'on apprend par cette épitaphe. I. Que le véritable nom de cette Reine eſtoit Agnes, quoy que Meſſieurs de ſainte Marthe ayent dit Environ l'an de grace 1044. le Roy Henry ſut conjoint par mariage avec Anne de Ruſſie, aucuns la nomment mal Agnes, d'autres Malthilde. On voit qu'elle eſt morte en France. »
Ce tombeau a été détruit avec l’abbaye en 1792...Toutefois, cette hypothèse est immédiatement réfutée dans cette même Chronique de Nestor qui la rapporte.
En premier lieu, étant donné que l'abbaye de Villiers n'a été fondée que vers 1220, soit près de 140 ans après cette inhumation, et qu'aucun texte ne parle d'un transfert des restes de la reine Anne dans l'abbaye, il est difficile d'admettre qu'elle y soit inhumée dès sa mort. Cette abbaye est détruite à la Révolution Française consécutivement au vote par l'assemblée nationale d'une loi/décret sur la destruction des mausolées. Les pierres de l'abbaye ont été utilisées pour la construction de certaines maisons de La Ferté-Alais.
De plus, si le père Mesnestrier a lu « Hic jacet domina Agnès uxor quondam Henrici regis », en 1642 M. Magdelon Theulier, délégué du vicaire-général de l’ordre y avait lu : « Hic jacet domina Agnes,… », tout en remarquant qu’à ces mots on avait ajouté ensuite « … quae fuit uxor Henrici »
Et en 1749, D.P.F. Nicot, prieur de Loya, y lut : « Hic jacet domina Agnes, quoe fuit uxor Henrici »...
ANNE DE KIEV REINE DES FRANCS

Bref, les 2° et 3° témoins n’ont jamais lu « Henrici regni ». Dans toutes les chartes, Anne de Kiev est appelée Anne et non Agnès. Pourtant, cette hypothèse ne doit pas être totalement balayée d’un revers de main. Un transfert de sépulture a pu être fait plus de 150 ans après la mort de la reine, et Melun est très près de la Ferté-Alais. Souvenons-nous que la reine a très bien pu mourir sur sa terre de Verneuil l’Etang, près de Melun. La date de construction de l'abbaye de Villiers-aux-Nonnains à Cerny n’est pas forcément un argument imparable. si l’hypothèse est très fragile, on ne peut l’écarter totalement...
3°) Troisième hypothèse :
Une inhumation en l’abbaye Saint-Vincent de Senlis, est la plus probable. Le corps de la reine aurait été rapatrié à Senlis.


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