dimanche 26 mars 2017

EN REMONTANT LE TEMPS...86

3 FÉVRIER 2017...

Cette page concerne l'année 87 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

AFFAIBLISSEMENT PROGRESSIF DES LÉGIONS ROMAINES.

Sous le Bas-Empire, les effectifs changent : Dioclétien le premier modifie le nombre de soldats de chaque légion. Désormais, en sus des légions classiques (32 sous Dioclétien, car la VI Ferrata a disparu), il existe des légions d'environ 1 000 hommes.
La réforme essentielle appartient cependant à Constantin. Il crée une armée de manœuvre puissante et d'un bon niveau, le comitatensis. Celle-ci contient des légions, aux effectifs changeants, mais aussi des ailes de cavalerie, ou tout simplement, des numeri, troupes sans effectif donné.
À cet égard la Notitia dignitatum donne des informations intéressantes, et entre autres le nombre respectable de 174 légions… La plupart n'ont pas un gros effectif. D'autres troupes, dont des légions de moindre valeur, sont cantonnées dans la défense des frontières de l'Empire, les limitanei. La légion n'est déjà plus la reine des champs de bataille, ni l'unité de base de l'armée.

Il n'y a pas de notion d'uniforme dans l'armée Romaine. Cependant, les légionnaires portent souvent les mêmes types de pièces d'équipement. Durant le Haut-Empire, le casque est souvent de type impérial gaulois, impérial italique ou Weisenau, en fer ou en bronze. Ces casques ont la particularité de posséder de grands couvre-nuques (là où arrive la majeure partie des coups) et des couvre-joues rehaussés sur l'arrière pour parer les coups visant la jugulaire.

Les oreilles, la bouche et les yeux sont bien dégagés, le soldat peut boire et manger sans enlever le casque et dispose d'une bonne vision périphérique et entend bien les ordres.
Enfin, ces casques ont en commun de disposer d'un renfort métallique au-dessus des yeux de 1 à 3 centimètres de métal plein permettant de protéger le visage d'un coup direct et de décupler la puissance d'un éventuel coup de boule. L'armure la plus répandue est la cotte de maille, la lorica hamata, composée d'anneaux plats rivetés. On trouve aussi des lorica squamata, à écailles et segmentata, la cuirasse segmentée.
Souvent une ceinture de force, appelée fascia ventralis, sert à maintenir les reins qui doivent supporter une lourde charge.
Le bouclier hémicylindrique (en forme de tuile), le scutum, est composé de 3 épaisseurs de bois lamellé-collé, recouvert de lin collé à partir de colles animales (poisson ou bœuf), le tout cerclé de cuir cousu dans le lin et le bois. La poignée est au centre du bouclier et horizontale, protégée par un bombement métallique, l'umbo.
Le scutum est avant d'être une pièce défensive un outil offensif. Il est utilisé pour frapper les adversaires, les tenir à distance et s'utilise avant même le glaive.
À l’intérieur se trouve parfois le nom du légionnaire, les numéros de cohorte et de légion sont indiqués. En ajoutant une housse de cuir au bouclier et des bretelles en laine passant dans la poignée et des trous dans la housse, le légionnaire peut porter son bouclier comme un sac à dos en faisant un nœud avec les sangles devant.
Il peut alors porter ses bagages, ses sarcinae sur une fourche en bois, la fourca qu'il pose sur le scutum. Le javelot lourd (pilum) a parfois un poids en plomb pour donner plus de force à l'impact. L’armement offensif compte aussi un glaive (« gladius ») de 70 cm de long. La lame ne dépasse pas les 50 cm de long, elle est fine. Le légionnaire donne des coups d'estoc, pas de taille, il suffit de « piquer » l'adversaire et de faire rentrer une longueur de 4 doigts dans le corps ennemi pour provoquer des blessures mortelles.
Enfin un poignard (pugio) cependant, le poignard est surtout une arme de parade et d'apparat. Le gladius et le pugio sont attachés sur un ceinturon, le cingulum auquel est suspendu des lanières de cuirs terminées par des pendants et protégé par des plaques métalliques, le but étant de faire un maximum de bruit pour impressionner l'ennemi.
Le glaive est porté côté droit (pour éviter de perturber la ligne de bataille ou de blesser un coéquipier en dégainant) et le pugio côté gauche par les légionnaires, et inversement pour les officiers.
Tout légionnaire porte une tunique, la tunica, grand vêtement ample porté tout autour de la Méditerranée tant par les hommes que par les femmes et les enfants sous son armure. Il porte aussi un foulard pour se protéger du cisaillement lié à l'armure dans le cou. Sur les jambes, le soldat peut porter des bande molletières, appelées fasciae crurales pour se protéger de tout ce qui peut piquer (animal ou végétal) et peut rajouter des jambières, les ocreae, sortes de cnémides protégeant le tibia qui n'est pas couvert par le bouclier. Les légionnaires marchent dans des chaussures de cuir ouvertes, les caligae, ou fermées, les calcei. Elles ont en commun d'être cloutées pour assurer une excellente stabilité sur le sol en cas de choc avec l'ennemi. Les chaussettes en laine permettent quant à elles d'éviter les frottements.
Pour se protéger de la pluie ou du froid le légionnaire peut porter un manteau, la paenula, ou un simple grand rectangle de tissu, le sagum, tous deux en laine bouillie, imperméable.

La discipline et l’entraînement des légions se manifestent également dans ses déplacements, et notamment dans ses cadences de marche. Les légionnaires marchent par cycles d'une heure , 50 minutes d'effort et 10 minutes de récupération.
La cadence normale est de 5 kilomètres en 50 minutes. Cette cadence est maintenue pendant 5 à 7 heures de marche par jour. Il existe aussi une cadence accélérée à 7,2 kilomètres en 50 minutes, maintenue parfois pendant plusieurs heures (8 ou 9 exceptionnellement), en cas d’urgence (pour aller porter secours à une autre légion). Cette rapidité de déplacement (inégalée jusqu'à la Révolution Française) donne de grands avantages opérationnels à la légion Romaine : Elle permet de réunir 2 fois plus de troupes que l'ennemi en un endroit déterminé, avant qu'il puisse réagir.
Les bagages réduisent d'un tiers cette vitesse (étape normale d'environ 20 kilomètres). Chaque soir, un camp fortifié est construit... Sous l’Empire, cette cadence est possible grâce à un entraînement (ambulatura) ayant lieu au moins 3 fois par mois, à date fixe (quel que soit le temps). Tous les militaires se chargent de tout l’équipement réglementaire (jusqu’à 40 kilogrammes) et font, via des itinéraires accidentés, une quarantaine de kilomètres, en alternant les 2 cadences.

L’armée Romaine évolue peu jusqu'au milieu du IIIe siècle, campant sur les acquis posés par Auguste puis par Hadrien. À l'apogée de l'empire, 350 000 hommes sont suffisants pour couvrir une frontière de près de 10 000 km. Cet effectif, réparti en une trentaine de légions et corps auxiliaires, doit s'affairer à réduire une, voire 2 forces ennemies sur une zone parfois restreinte. Mais ces conceptions tactiques répondent de plus en plus mal à l'extrême mobilité des nouveaux ennemis.
Au IIIe siècle, une telle force ne suffit plus à parer à la multiplicité des conflits qui s'ouvrent parfois simultanément sur toutes les frontières de l'empire.
Une armée composée essentiellement de fantassins, flanquée d'une cavalerie réduite, reste impuissante face à un ennemi mobile, fuyant, pratiquant la guérilla et refusant le plus longtemps possible la bataille rangée en terrain découvert.
La légion de 4 500 à 6 000 hommes, telle qu'elle peut encore apparaître à cette date, atteint ses limites. Ce qui faisait sa force devient son principal handicap.
Trop lourde, trop lente, l'énorme logistique qu'une légion et ses auxiliaires impliquent un ralentissement dans ses opérations.
Une fois le rideau défensif (limes) forcé, plus rien ne peut arrêter les groupes Barbares frontaliers dans leurs entreprises de pillage.
La surprise, le changement brusque de direction les rendant imprévisibles, des villes entières tombent aux mains de l'envahisseur.
Certains peuples Barbares ne négligent pas d'observer leurs adversaires Romains, et finissent par pratiquer les mêmes techniques de combat. Tous ces facteurs contribuent en partie à rendre la légion ancienne obsolète.
À cela s'ajoutent la crise économique, l'inflation, la lenteur des communications et l'absence de coordination en temps de guerre civile et d'invasion. Une réforme profonde de l'armée devient indispensable.

La XXIe légion Rapax, (en latin Legio vigesima prima rapax ) est une légion Romaine créée par Auguste, en -31, à partir d'éléments d'autres légions et de nouvelles recrues provenant du nord de l'Italie. Son emblème est le capricorne. Son histoire ne devient sûre qu'après le désastre de Varus, en 9. Il est possible que la XXIe légion Rapax ait été dissoute en représailles de sa participation à la rébellion de Saturninus. Selon d'autres sources, elle est détruite en 92 par les Daces et les Sarmates.

La XXIe légion Rapax est l'une des 5 légions qui sont utilisées par Drusus pour mater la rébellion des Rhètes en 16-15 av. J.-C. À partir de cette date, la légion est stationnée en permanence à Castra Regina (Ratisbonne), dans la nouvelle province de Rhétie. Elle séjourne en Germanie inférieure de 9/10 à 43/45, puis en Germanie supérieure de 43/45 à 69. Après sa participation aux événements de l'année des 4 empereurs aux côtés de Vitellius, elle séjourne de nouveau en Germanie Inférieure à Vindonissa jusqu'en 83, puis en Germanie supérieure jusqu'en 89, à Mayence (Mogontiacum). Elle prend alors part à la révolte du gouverneur Lucius Antonius Saturninus contre Domitien...

En 63, elle participe à la guerre d'Arménie sous les ordres de Corbulon.
De 68 à 70, elle se rend en Mésie. C'est là qu'elle affronte avec ses auxiliaires les Sarmates Rhoxolans. Elle est alors dirigée par Dillius Aponianus. Cette légion a pris part à la guerre civile en 69 en soutenant tout d'abord Othon, puis à sa mort Vitellius et enfin Vespasien.
Sous les ordres d'Othon, elle participe à la bataille de Bédriac où elle bat en retraite devant la V Alaudae. Après la mort d'Othon, elle jure, comme toutes les autres légions, fidélité à Vitellius mais fait rapidement défection.
Durant la bataille de Crémone, elle est placée sous les ordres d'Antonius et combat avec la VII Galbiana. Elles mettent en déroute l'armée de Vitellius, et installent le siège devant la ville de Crémone. C'est un soldat de la IIIe, Caius Volusius qui entre le premier dans la ville.
Par la suite la légion retourne en Syrie, à Raphaneae, et constitue l'une des unités les plus importantes de la province. Elle participe aux guerres Parthiques de Lucius Verus et de Septime Sévère.

Le camp Romain de Vindonissa est fondé sur le Rhin au début de notre ère, pour la XIIIe légion Gémina. Celle-ci part pour la Pannonie vers 45 et sera remplacée par la légion XXI Rapax, qui reconstruit le camp en pierre.
Les troubles de l’année 69 conduiront au remplacement de la XXIe Rapax par la XI Claudia, qui y reste jusqu’en 101.
La conquête des champs décumates ayant déplacé la frontière plus au Nord, le camp sera ensuite désaffecté.

Les vestiges qui restent visibles aujourd’hui correspondent donc à des installations de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère. Les bases des tours et de l’enceinte du camp sont clairement visibles sur le plateau qui domine la ville actuelle, et le canton  a réalisé de nombreux investissements destiné à les mettre en valeur : Parcours aménagé, évocation de la porte prétorienne du camp, restauration de la voie principale et plus récemment… la reconstruction d’un casernement double du camp légionnaire, destiné à héberger une centurie...



Le Haut-Empire: (27 avant J.-C. - 161 après J.-C.)
https://books.google.fr/books?isbn=2757849352
Paul Petit - 2014 - ‎Social Science
Les légions forment toujours la base de l'armée, composées chacune de 5 à 6 000 ... et la XXI e Rapax, puis sous Hadrien la IX e Hispana et la XXII e Deiotariana8. ... Alors qu'au Ier siècle la frontière du Rhin était la mieux garnie et que son
Legio XXI Rapax - roman army reenactment. Rekonstrukcja. Rzymski ...
https://fr.pinterest.com/pin/437060338821704038/
Legio XXI Rapax - roman army reenactment. Rekonstrukcja. Rzymski legion. | Voir plus d'épingles sur "Romain, Armée et Photos"

EN REMONTANT LE TEMPS... 87

2 FEVRIER 2017...


Cette page concerne l'année 88 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

STRUCTURE DES LIMES.

Le limes est le nom donné par les historiens modernes aux systèmes de fortifications établis au long de certaines des frontières de l'Empire Romain. Le terme limes peut comporter deux significations :
Le mot peut être considéré comme frontière ou limite, avec comme équivalent la Grande Muraille de Chine ou plus tard la Ligne Maginot. Pour les Romains, ce terme signifie qu'il s'agit d'une barrière pour défendre l'intérieur de l'Empire Romain (sens utilisé pour la première fois par Frontin et Tacite au Ier siècle).
Le terme peut signifier chemin ou route, c'est-à-dire la voie qui mène vers des territoires nouvellement conquis (ou à conquérir), comme le limes Germanique sous Auguste, qui longe la rivière Lippe. Cette frontière est gardée par plusieurs places d'auxiliaires ou de légionnaires.
Le limes Germanique et de Rhétie a été inclus en 1987 dans la liste des sites du patrimoine mondial de l'UNESCO, tout comme le mur d'Hadrien et le mur d'Antonin au Royaume-Uni.
Ce système désigne toutes les frontières de l'Empire Romain, lesquelles sont classées en fonction de leur mode de barrière : Naturelle ou artificielle.

Les barrières naturelles qui séparent le monde Romain des Barbares ou des autres royaumes peuvent être :
Fluviales (comme le Rhin, le Danube ou l'Euphrate)
Montagnesues (comme la chaîne des Carpates, ou l'Atlas en Maurétanie)
Désertiques (comme le long de la frontière sud de l'Égypte, ou de la province d'Arabie ou encore de Syrie)
Les barrières peuvent aussi être artificielles, comme une palissade ou un mur de pierre, parfois précédés d'un fossé. C'est le cas pour le mur d'Hadrien, le mur d'Antonin, le limes Porolissensis (en Dacie) ou le limes de Germanie. Chaque frontière est également suivie en parallèle sur toute sa longueur par une route avec à intervalle régulier des forteresses de légionnaires (castra), des forts (castella), des forts auxiliaires, ainsi que des tours (turris) et des zones d'observation (stationes).

Les représentations du limes Romain peuvent être vues sur la frise de la colonne de Trajan ou sur celle d'Antonin, où les scènes d'ouvertures se situent sur la rive droite du Rhin, avec la représentation d'une série de postes de garde, de forts, de forteresses, avec également une protection de palissade.

Le 3e cas est très particulier, il s'agit des préfectures (comme la préfecture des Alpes à l'époque des guerres marcomanes). Ce territoire est confié à un commandant militaire spécial (dans l'exemple précédent, il s'agit de Quintus Antitius Adventius, dont le rôle a été de prévenir et bloquer les invasions barbares.

Il y avait 2 positions stratégiques clés pour protéger l'Empire Romain :
La première et la plus importante position stratégique est le front nord, qui se compose de :
Le limes de Bretagne, le plus septentrional de l'Empire Romain, avec ses 2 murs (le Mur d'Antonin et le Mur d'Hadrien);
Le limes de Germanie qui se situe le long du Rhin, et qui pendant près de 2 décennies a conduit les Romains de Germanie supérieure jusqu'à l'Elbe.
Le limes du Danube, qui est le plus important du système de défense de l'Empire Romain dans son ensemble, car il assure la protection de beaucoup de provinces de la Rhétie jusqu'à la Mésie (c'est-à-dire tout le long du parcours du fleuve jusqu'à son embouchure).
Le limes au nord du Danube, qui comprend les provinces frontalières des Daces, des Sarmates et la rive nord du Pont-Euxin (les villes grecques d'Olbia et de Tyras, c'est-à-dire le Royaume du Bosphore, province sous influence Romaine de Néron jusqu'à l'arrivée des Goths dans la première moitié du IIIe siècle).

La 2e position stratégique est la frontière orientale de l'Empire Romain, qui est organisé en 4 secteurs
Le limes de Cappadoce et le Pont-Euxin qui est créé par l'Empereur Tibère en 17 lors de l'annexion par Rome de la Cappadoce.
Le limes d'Arménie qui a été au cœur des guerres entre les Romains et les Perses.
Le limes de Mésopotamie créé par intermittence à partir des campagnes de Trajan contre les Parthes en 114-117.
Le limes d'Arabie reliant l'Euphrate à la Mer Rouge sur près d'environ 1 000 kilomètres. Il est lui-même divisé en 2 limes, chargés de défendre les provinces de Syrie, d'Arabie et de Judée...

Le limes matérialise physiquement la frontière entre l'empire Romain et le monde Barbare, tel qu'il est entendu par les Romains, à savoir les peuples ne parlant ni grec, ni latin.

Le limes consiste en routes le long de la frontière, desservant des postes de surveillance plus ou moins importants, et reliées aux villes de garnison. Localement, le limes peut être renforcé par des ouvrages tels que mur et/ou fossé.
Il a un but défensif, mais aussi douanier et politique car il s'agit d'une fortification discontinue plus symbolique qu'efficace.
Des limes plus ou moins élaborés ont ainsi été établis sur la plupart des frontières de l'Empire.
Le limes romain figure sur le Canon historique des Pays-Bas, liste officielle de 50 thèmes, initiative du gouvernement néerlandais, dont la première version date de 2006 et dont la deuxième version est officiellement acceptée le 3 juillet 2007.
En latin, limes signifie simplement chemin de patrouille à la frontière. Pour permettre une vue dégagée sur l'ennemi, les Romains ont déboisé de grands pans de forêt. Nombre de ces sentiers existent encore aujourd'hui en Allemagne.
le limes Rhénan se subdivise en 2 secteurs :
En aval de la Moselle, c'est le Rhin qui assure la défense. Le secteur du haut Rhin est organisé sur le modèle du limes Breton

L’histoire militaire ne peut plus être réduite à une étude des rapports de puissance économiques, comme on le fait au XXe siècle. En cas de conflit, l’État le plus riche n’est jamais sûr de gagner la guerre.

L’armée de Germanie comprend des légions, des auxiliaires et des éléments de la marine (la garnison de Rome n’a jamais été impliquée dans les affaires de cette région, pas plus que les deux grandes flottes Italiennes). On sait que la légion est une unité d’infanterie lourde de 5 000 hommes, utilisant les services de 120 cavaliers et d’auxiliaires. Ces auxiliaires sont divisés en cohortes d’infanterie, en ailes de cavalerie, et en cohortes mixtes, appelées equitatae. Ces unités sont quingénaires ou milliaires (de 500 ou 1 000 hommes). Les numeri font leur apparition sans doute au temps de Trajan. En ce qui concerne les effectifs, le détail des chiffres et des dates est toujours sujet à discussion. Mais on peut proposer des estimations, au moins approximatives. Pour la conquête, donc jusqu’au désastre de Varus, les Romains alignent 6 légions et des auxiliaires en nombre inconnu, sur une armée qui compte en tout quelque 25 légions, c’est donc un quart des effectifs qui est engagé.
Cette armée de Germanie est soumise à une hiérarchie connue. Ici, l’histoire militaire recoupe l’histoire générale, parce que la société militaire offre une image déformée de la société civile : On y trouve, mais dans des proportions différentes, des sénateurs, des chevaliers, des notables municipaux, des citoyens Romains et des pérégrins, mais pas d’esclaves, même si les légions et les légionnaires pouvaient en posséder.
Au sommet, l’empereur, pouvant se faire aider par le ou les préfets du prétoire, ces derniers ne jouent pas un rôle militaire important au début de l’Empire, et ils ne sont étroitement associés aux grandes décisions que peu à peu. Mais ni les uns ni les autres ne viennent en Germanie au début de l’Empire et, s’ils s’y rendent par la suite, ce n'est jamais pour de longs séjours. Après le départ de Germanicus, on distingue 2 armées, l’armée supérieure et l’armée inférieure chacune est commandée par un légat impérial propréteur, un ancien consul.

Au cours du Ier siècle de notre ère, une Germanie se crée peu à peu sur la rive gauche du Rhin, les grands légats y exercent tous les pouvoirs des gouverneurs et aucun légat de Belgique n’a osé pénétrer dans leur domaine.
C’est une province de fait, et non de droit, que les modernes appellent souvent un « district militaire ».

Sous Domitien, à la fin du Ier siècle, à une date qui n’est pas connue avec précision (sans doute vers 83/84 ou 84/85), sont créées simultanément deux provinces, Germanie supérieure et Germanie inférieure, calquées sur le modèle des armées : Le légat d’armée est en même temps légat de province. Dans le même temps, la région comprise entre les cours supérieurs du Rhin et du Danube est annexée, elle est connue sous le nom de Champs Décumates, et cette extension de la conquête se traduit dans le paysage par la construction d’une nouvelle ligne de fortins.
Les légats impériaux propréteurs de province, 2 anciens consuls, ont sous leurs ordres des personnages portant le même titre, légats impériaux propréteurs, mais plus modestement anciens préteurs, à raison d’un par légion... Le reste de la hiérarchie ne présente aucune originalité.
On relève toutefois que, dans le monde des Anciens, 2 États seulement imposent un entraînement à leurs soldats, la Chine et Rome.
Rappelons donc que les hommes pratiquent du sport, s’adonnent à des exercices militaires individuels (maniement d’armes) et collectifs (manœuvres en unités constituées).
La tactique mérite davantage de commentaires.

Les Germains sont redoutés, et pourtant pas redoutables aux Ier et IIe siècles.
Les Romains les craignaient pour 2 raisons. D’une part, ils ont de mauvais souvenirs : L’invasion des Cimbres et des Teutons à la fin du IIe siècle avant notre ère et la bataille d’Orange en 105 avant J.-C. sont restées présentes dans toutes les mémoires. Et, bien évidemment, le désastre du Teutoburg en l'an 9 ajoute à la crainte.
D’autre part, les Germains ont une façon de combattre qui déroute les Romains. Giovanni Brizzi a bien montré que, chez eux, « la folie mystique du guerrier (devient) alors, en elle-même, la mesure de la faveur céleste »... Les Germains au combat se conduisent comme des déments.
Leur apparence, déjà, effraie les Romains qui redoutent ces grands hommes très forts, blonds aux yeux bleus (ces remarques se trouvent chez César comme chez Tacite).
Ajoutez un comportement bizarre. Ils se laissent pousser la barbe et la moustache (dans l’iconographie, le barbu c’est le Barbare).
Parfois, ils se peignent le corps en blanc, pour mieux faire ressortir le sang des blessures ou pour ressembler à des fantômes ou, pour des raisons relevant de la magie.
Avant le combat, ils dansent et ils chantent. Au cours de l’engagement, ils montre leur courage, cette valeur fondant en partie leur société.

En réalité, ils n’auraient jamais dû susciter la crainte et, des deux grands désastres subis par les Romains, l’un au moins, celui-de Teutoburg, s’explique par une grave faute du commandement : Varus n’aurait jamais dû accorder sa confiance à Arminius et il aurait dû envoyer des éclaireurs avant de s’engager dans la passe de Kalkriese.
De fait, les Germains ont un armement médiocre en qualité. Ils ne savent pas organiser l’ordre de marche, ne savent pas faire de camp, ils sont souvent obligés de fuir, et ils se battent en phalange contre la triplex acies des Romains.
Ajoutons, pour faire oublier une erreur très répandue, qu’ils servent normalement comme fantassins. Ils possèdent peu de cavalerie, certains peuples ignorant même les chevaux. Enfin, ils ont assurément incapables de concevoir une quelconque stratégie, chacun n’ayant pour pire ennemi que son voisin.
Les Romains, eux, possèdent l’avantage dans les différents domaines. Ils utilisent des armes plus efficaces, le gladius et le pilum. Ils se battent avec sang-froid, donc de manière plus rationnelle, préférant le siège, qui économise le sang, et pour lequel ils ont mis au point de nombreuses machines et ils savent faire des travaux pour passer sous le rempart de la ville ennemie, à travers les mur ou encore par-dessus suivant les circonstances.
Quand il faut se battre en rase campagne, ils peuvent recourir à divers dispositifs, le plus célèbre étant la triplex acies qui donne une grande souplesse aux légions, leur permettant de s’écarter ou de se rapprocher suivant le terrain.
Au besoin, ils peuvent se ranger en phalange ou en coin.
Ils connaissent toutes les façons de se battre, bataille en milieu urbain, guérilla, également appelée de nos jours « petite guerre » ou « guerre asymétrique », bataille navale, etc. Comme défenses linéaires, les Romains utilisent le cours inférieur du Rhin pour la Germanie Inférieure.

Pour la Germanie Supérieure, afin de protéger les Champs Décumates, ils construisent de longs murs, constitués par la trilogie traditionnelle : Un profond fossé en V (fossa) est creusé en avant d’un talus de terre (agger), lui-même surmonté par une palissade en bois (vallum), de loin en loin, des tours doivent faciliter l’observation des mouvements d’ennemis potentiels.
Peu à peu, le bois est remplacé par la pierre.
Un premier axe, d’époque Flavienne, suit la ligne Taunus-Wetterau-Main-Odenwald-Neckar, un 2e axe, plus oriental, est daté d’Antonin le Pieux.
Les Allemands du Moyen Âge sont tellement étonnés par l’immensité du travail qu’ont dû demander ces constructions qu’ils pensent qu’elles sont de la main du démon et les désignent sous le nom de « le mur du Diable ».
Les défenses ponctuelles sont réparties entre des grands camps, prévus pour une ou plusieurs légions, et des petits camps conçus pour des détachements ou des unités auxiliaires.
Si l’on peut mentionner brièvement les grands camps, il est impossible, vu leur nombre, d’énumérer les petits camps. Comme exemple de grand camp... Neuss.
Au centre se trouvent les principia, cœur du camp, appelés parfois à tort praetorium, ils sont constitués par 2 cours, une grande cour pour les rassemblements, une petite réservée aux affaires plus officielles et une série de salles (le cœur du cœur, la chapelle aux enseignes, au centre, et les bureaux de l’administration, des dépôts d’armes…).
Les officiers sont logés dans de vraies villas, du type domus, on appelle praetorium celle qui est réservée au légat de légion.
Les soldats et les centurions dorment dans des chambrées.
Le camp, qui abrite 5 000 hommes, est une vraie ville, mais une ville sans femmes, sans enfants, sans vieillards. On y trouve un atelier où les soldats réparent leurs armes, la fabrica, des entrepôts ou horrea, un hôpital ou valetudinarium et des thermes.
Ce n’est pas le lieu ici de décrire le réseau viaire (toutes voies desservant une ville) qui, en outre, ne présente aucune particularité : Il est constitué par une route parallèle à la frontière, par des axes reliant les postes, principaux et secondaires, à l’arrière, pour faciliter la logistique, l’approvisionnement, tandis que d’autres pénètrent en territoire ennemi pour renforcer la surveillance.

La période qui va de 21 à la fin du Ier siècle voit les Romains conduire plusieurs raids contre des peuples de Germanie.
En 28, ils attaquent les Frisons.
Au temps de Caligula, ils reprennent aux Chauques la dernière aigle de Varus qui restait entre leurs mains.
Les années 42/43 voient de grandes transformations : Pour mener à bonne fin la conquête de la Bretagne, les légions Rhénanes sont sérieusement mises à contribution, ce qui se manifeste dans les mouvements de légions.
Les Chattes sont agressés par les Romains en 41 et 50 (ils sont aussi en conflit avec les Hermondures qui leur font une vraie guerre en 58).
En 47, Corbulon a organisé une expédition contre les Frisons et contre les Chauques. Le limes Germanique protège les provinces de Germanie Supérieure et de Rhétie, en avant des Champs Décumates.
Constitué de plus de 60 places fortifiées espacées d'une dizaine de kilomètres. Elles défendent la frontière de l'Empire. On peut citer celle de Saalburg près de Bad Homburg, qui est la seule à avoir été reconstruite, ou le camp romain d'Obernburg, aujourd'hui largement documenté.
Des cohortes de 500 légionnaires et cavaliers y sont stationnées pour empêcher les pillages des Germains dans la zone contrôlée par les Romains. Des voies romaines y conduisent à partir de l'Italie ou de la Gaule.
Plus de 900 tours de guet se dressent le long du limes Rhénan, espacées les unes des autres de façon à pouvoir communiquer entre elles par signaux visuels ou sonores selon les conditions de visibilité, et ainsi avertir au plus vite la prochaine place fortifiée de tout mouvement Germain.

La tour de guet no 1 se trouve à Rheinbrohl en Rhénanie-Palatinat (caput limitis). Cologne, Strasbourg et Vienne sont des forts chargés de protéger le limes.
Le limes Germanique sera détruit par les attaques des Alamans en 258, qui occupent l'espace compris entre le Rhin et le Danube.
Une nouvelle ligne de défense sera néanmoins organisée par Aurélien (270-275) le long du Rhin et de l’Iller, affluent du Danube, avec Brigantium (Bregenz) comme camp militaire.

Au IVe siècle, ce limes est défendu par des Lètes Francs et des fédérés Saxons à Mayence, et des Alamans sur le Rhin supérieur (fondation dudit royaume Alaman).





Histoire militaire des Germanies d'Auguste à Commode
https://pallas.revues.org/1796
de Y Le Bohec - ‎2009 - ‎Autres articles
Son histoire, au cours des deux siècles du Principat, peut être étudiée à propos de ... 5Une nouvelle confrontation commença en 16 avant J.-C. Cette année-là, les ... quand les Romains s'attaquèrent au problème germanique, et au plus tard en ...... Pourtant, si vous aviez parlé à Auguste ou à Trajan du « limes », ils ne vous ...
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ROME, l'Empire romain - Encyclopædia Universalis
www.universalis.fr/encyclopedie/rome-l-empire-romain/
Pendant plusieurs siècles, l'Empire romain a assuré la paix et l'unité du monde .... 238 constitue une année particulière dans l'histoire de l'Empire romain. .... Les légendes germaniques célèbrent Attila sous le nom d'Atli (en .... de colmater les brèches sur tous les limes, les empereurs sont contraints d'… ..... Lire la suite; 88.
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l'armée romaine en lorraine : essai de bilan - Artefacts
artefacts.mom.fr/Publis/Legendre_2014_[Armee_romaine_en_Lorraine].pdf
de JP Legendre - ‎Autres articles
garnison romaine dans la seconde moitié du Ier siècle av. J.-C. ... On ignore si les troubles qui agitent le territoire gaulois pendant les années .... liaires germaniques est, en revanche, indiquée par la mention dans la Notitia de deux ... pour une invasion de la Gaule une fois le limes rhénan franchi. .... 88 ; Vigneron 1986, p.

EN REMONTANT LE TEMPS... 88

2 FÉVRIER 2017...


Cette page concerne l'année 88 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

STRUCTURE DES LIMES.

Le limes est le nom donné par les historiens modernes aux systèmes de fortifications établis au long de certaines des frontières de l'Empire Romain. Le terme limes peut comporter deux significations :
Le mot peut être considéré comme frontière ou limite, avec comme équivalent la Grande Muraille de Chine ou plus tard la Ligne Maginot. Pour les Romains, ce terme signifie qu'il s'agit d'une barrière pour défendre l'intérieur de l'Empire Romain (sens utilisé pour la première fois par Frontin et Tacite au Ier siècle).
Le terme peut signifier chemin ou route, c'est-à-dire la voie qui mène vers des territoires nouvellement conquis (ou à conquérir), comme le limes Germanique sous Auguste, qui longe la rivière Lippe. Cette frontière est gardée par plusieurs places d'auxiliaires ou de légionnaires.
Le limes Germanique et de Rhétie a été inclus en 1987 dans la liste des sites du patrimoine mondial de l'UNESCO, tout comme le mur d'Hadrien et le mur d'Antonin au Royaume-Uni.
Ce système désigne toutes les frontières de l'Empire Romain, lesquelles sont classées en fonction de leur mode de barrière : Naturelle ou artificielle.

Les barrières naturelles qui séparent le monde Romain des Barbares ou des autres royaumes peuvent être :
Fluviales (comme le Rhin, le Danube ou l'Euphrate)
Montagnesues (comme la chaîne des Carpates, ou l'Atlas en Maurétanie)
Désertiques (comme le long de la frontière sud de l'Égypte, ou de la province d'Arabie ou encore de Syrie)
Les barrières peuvent aussi être artificielles, comme une palissade ou un mur de pierre, parfois précédés d'un fossé. C'est le cas pour le mur d'Hadrien, le mur d'Antonin, le limes Porolissensis (en Dacie) ou le limes de Germanie. Chaque frontière est également suivie en parallèle sur toute sa longueur par une route avec à intervalle régulier des forteresses de légionnaires (castra), des forts (castella), des forts auxiliaires, ainsi que des tours (turris) et des zones d'observation (stationes).
LIMES DE REMAGEN

Les représentations du limes Romain peuvent être vues sur la frise de la colonne de Trajan ou sur celle d'Antonin, où les scènes d'ouvertures se situent sur la rive droite du Rhin, avec la représentation d'une série de postes de garde, de forts, de forteresses, avec également une protection de palissade.

Le 3e cas est très particulier, il s'agit des préfectures (comme la préfecture des Alpes à l'époque des guerres marcomanes). Ce territoire est confié à un commandant militaire spécial (dans l'exemple précédent, il s'agit de Quintus Antitius Adventius, dont le rôle a été de prévenir et bloquer les invasions barbares.

Il y avait 2 positions stratégiques clés pour protéger l'Empire Romain :
La première et la plus importante position stratégique est le front nord, qui se compose de :
Le limes de Bretagne, le plus septentrional de l'Empire Romain, avec ses 2 murs (le Mur d'Antonin et le Mur d'Hadrien);
Le limes de Germanie qui se situe le long du Rhin, et qui pendant près de 2 décennies a conduit les Romains de Germanie supérieure jusqu'à l'Elbe.
Le limes du Danube, qui est le plus important du système de défense de l'Empire Romain dans son ensemble, car il assure la protection de beaucoup de provinces de la Rhétie jusqu'à la Mésie (c'est-à-dire tout le long du parcours du fleuve jusqu'à son embouchure).
Le limes au nord du Danube, qui comprend les provinces frontalières des Daces, des Sarmates et la rive nord du Pont-Euxin (les villes grecques d'Olbia et de Tyras, c'est-à-dire le Royaume du Bosphore, province sous influence Romaine de Néron jusqu'à l'arrivée des Goths dans la première moitié du IIIe siècle).

La 2e position stratégique est la frontière orientale de l'Empire Romain, qui est organisé en 4 secteurs
Le limes de Cappadoce et le Pont-Euxin qui est créé par l'Empereur Tibère en 17 lors de l'annexion par Rome de la Cappadoce.
Le limes d'Arménie qui a été au cœur des guerres entre les Romains et les Perses.
Le limes de Mésopotamie créé par intermittence à partir des campagnes de Trajan contre les Parthes en 114-117.
Le limes d'Arabie reliant l'Euphrate à la Mer Rouge sur près d'environ 1 000 kilomètres. Il est lui-même divisé en 2 limes, chargés de défendre les provinces de Syrie, d'Arabie et de Judée...

Le limes matérialise physiquement la frontière entre l'empire Romain et le monde Barbare, tel qu'il est entendu par les Romains, à savoir les peuples ne parlant ni grec, ni latin.

Le limes consiste en routes le long de la frontière, desservant des postes de surveillance plus ou moins importants, et reliées aux villes de garnison. Localement, le limes peut être renforcé par des ouvrages tels que mur et/ou fossé.
Il a un but défensif, mais aussi douanier et politique car il s'agit d'une fortification discontinue plus symbolique qu'efficace.
Des limes plus ou moins élaborés ont ainsi été établis sur la plupart des frontières de l'Empire.
Le limes romain figure sur le Canon historique des Pays-Bas, liste officielle de 50 thèmes, initiative du gouvernement néerlandais, dont la première version date de 2006 et dont la deuxième version est officiellement acceptée le 3 juillet 2007.

PROFIL D'UN LIMES
En latin, limes signifie simplement chemin de patrouille à la frontière. Pour permettre une vue dégagée sur l'ennemi, les Romains ont déboisé de grands pans de forêt. Nombre de ces sentiers existent encore aujourd'hui en Allemagne.
le limes Rhénan se subdivise en 2 secteurs :

En aval de la Moselle, c'est le Rhin qui assure la défense. Le secteur du haut Rhin est organisé sur le modèle du limes Breton

L’histoire militaire ne peut plus être réduite à une étude des rapports de puissance économiques, comme on le fait au XXe siècle. En cas de conflit, l’État le plus riche n’est jamais sûr de gagner la guerre.

L’armée de Germanie comprend des légions, des auxiliaires et des éléments de la marine (la garnison de Rome n’a jamais été impliquée dans les affaires de cette région, pas plus que les deux grandes flottes Italiennes). On sait que la légion est une unité d’infanterie lourde de 5 000 hommes, utilisant les services de 120 cavaliers et d’auxiliaires. Ces auxiliaires sont divisés en cohortes d’infanterie, en ailes de cavalerie, et en cohortes mixtes, appelées equitatae. Ces unités sont quingénaires ou milliaires (de 500 ou 1 000 hommes). Les numeri font leur apparition sans doute au temps de Trajan. En ce qui concerne les effectifs, le détail des chiffres et des dates est toujours sujet à discussion. Mais on peut proposer des estimations, au moins approximatives. Pour la conquête, donc jusqu’au désastre de Varus, les Romains alignent 6 légions et des auxiliaires en nombre inconnu, sur une armée qui compte en tout quelque 25 légions, c’est donc un quart des effectifs qui est engagé.
Cette armée de Germanie est soumise à une hiérarchie connue. Ici, l’histoire militaire recoupe l’histoire générale, parce que la société militaire offre une image déformée de la société civile : On y trouve, mais dans des proportions différentes, des sénateurs, des chevaliers, des notables municipaux, des citoyens Romains et des pérégrins, mais pas d’esclaves, même si les légions et les légionnaires pouvaient en posséder.
Au sommet, l’empereur, pouvant se faire aider par le ou les préfets du prétoire, ces derniers ne jouent pas un rôle militaire important au début de l’Empire, et ils ne sont étroitement associés aux grandes décisions que peu à peu. Mais ni les uns ni les autres ne viennent en Germanie au début de l’Empire et, s’ils s’y rendent par la suite, ce n'est jamais pour de longs séjours. Après le départ de Germanicus, on distingue 2 armées, l’armée supérieure et l’armée inférieure chacune est commandée par un légat impérial propréteur, un ancien consul.

SUR LE LIMES EN HIVER
Au cours du Ier siècle de notre ère, une Germanie se crée peu à peu sur la rive gauche du Rhin, les grands légats y exercent tous les pouvoirs des gouverneurs et aucun légat de Belgique n’a osé pénétrer dans leur domaine.
C’est une province de fait, et non de droit, que les modernes appellent souvent un « district militaire ».

Sous Domitien, à la fin du Ier siècle, à une date qui n’est pas connue avec précision (sans doute vers 83/84 ou 84/85), sont créées simultanément deux provinces, Germanie supérieure et Germanie inférieure, calquées sur le modèle des armées : Le légat d’armée est en même temps légat de province. Dans le même temps, la région comprise entre les cours supérieurs du Rhin et du Danube est annexée, elle est connue sous le nom de Champs Décumates, et cette extension de la conquête se traduit dans le paysage par la construction d’une nouvelle ligne de fortins.
Les légats impériaux propréteurs de province, 2 anciens consuls, ont sous leurs ordres des personnages portant le même titre, légats impériaux propréteurs, mais plus modestement anciens préteurs, à raison d’un par légion... Le reste de la hiérarchie ne présente aucune originalité.
On relève toutefois que, dans le monde des Anciens, 2 États seulement imposent un entraînement à leurs soldats, la Chine et Rome.
Rappelons donc que les hommes pratiquent du sport, s’adonnent à des exercices militaires individuels (maniement d’armes) et collectifs (manœuvres en unités constituées).
La tactique mérite davantage de commentaires.

Les Germains sont redoutés, et pourtant pas redoutables aux Ier et IIe siècles.
CAMP ROMAIN DE SALSBOURG
Les Romains les craignaient pour 2 raisons. D’une part, ils ont de mauvais souvenirs : L’invasion des Cimbres et des Teutons à la fin du IIe siècle avant notre ère et la bataille d’Orange en 105 avant J.-C. sont restées présentes dans toutes les mémoires. Et, bien évidemment, le désastre du Teutoburg en l'an 9 ajoute à la crainte.
D’autre part, les Germains ont une façon de combattre qui déroute les Romains. Giovanni Brizzi a bien montré que, chez eux, « la folie mystique du guerrier (devient) alors, en elle-même, la mesure de la faveur céleste »... Les Germains au combat se conduisent comme des déments.
Leur apparence, déjà, effraie les Romains qui redoutent ces grands hommes très forts, blonds aux yeux bleus (ces remarques se trouvent chez César comme chez Tacite).
Ajoutez un comportement bizarre. Ils se laissent pousser la barbe et la moustache (dans l’iconographie, le barbu c’est le Barbare).
Parfois, ils se peignent le corps en blanc, pour mieux faire ressortir le sang des blessures ou pour ressembler à des fantômes ou, pour des raisons relevant de la magie.
Avant le combat, ils dansent et ils chantent. Au cours de l’engagement, ils montre leur courage, cette valeur fondant en partie leur société.

En réalité, ils n’auraient jamais dû susciter la crainte et, des deux grands désastres subis par les Romains, l’un au moins, celui-de Teutoburg, s’explique par une grave faute du commandement : Varus n’aurait jamais dû accorder sa confiance à Arminius et il aurait dû envoyer des éclaireurs avant de s’engager dans la passe de Kalkriese.
De fait, les Germains ont un armement médiocre en qualité. Ils ne savent pas organiser l’ordre de marche, ne savent pas faire de camp, ils sont souvent obligés de fuir, et ils se battent en phalange contre la triplex acies des Romains.
TOUR DE GUET DE TAUNUSSTEIN
Ajoutons, pour faire oublier une erreur très répandue, qu’ils servent normalement comme fantassins. Ils possèdent peu de cavalerie, certains peuples ignorant même les chevaux. Enfin, ils ont assurément incapables de concevoir une quelconque stratégie, chacun n’ayant pour pire ennemi que son voisin.
Les Romains, eux, possèdent l’avantage dans les différents domaines. Ils utilisent des armes plus efficaces, le gladius et le pilum. Ils se battent avec sang-froid, donc de manière plus rationnelle, préférant le siège, qui économise le sang, et pour lequel ils ont mis au point de nombreuses machines et ils savent faire des travaux pour passer sous le rempart de la ville ennemie, à travers les mur ou encore par-dessus suivant les circonstances.
Quand il faut se battre en rase campagne, ils peuvent recourir à divers dispositifs, le plus célèbre étant la triplex acies qui donne une grande souplesse aux légions, leur permettant de s’écarter ou de se rapprocher suivant le terrain.
Au besoin, ils peuvent se ranger en phalange ou en coin.
Ils connaissent toutes les façons de se battre, bataille en milieu urbain, guérilla, également appelée de nos jours « petite guerre » ou « guerre asymétrique », bataille navale, etc. Comme défenses linéaires, les Romains utilisent le cours inférieur du Rhin pour la Germanie Inférieure.

Pour la Germanie Supérieure, afin de protéger les Champs Décumates, ils construisent de longs murs, constitués par la trilogie traditionnelle : Un profond fossé en V (fossa) est creusé en avant d’un talus de terre (agger), lui-même surmonté par une palissade en bois (vallum), de loin en loin, des tours doivent faciliter l’observation des mouvements d’ennemis potentiels.
ROEMERTURM
Peu à peu, le bois est remplacé par la pierre.
Un premier axe, d’époque Flavienne, suit la ligne Taunus-Wetterau-Main-Odenwald-Neckar, un 2e axe, plus oriental, est daté d’Antonin le Pieux.
Les Allemands du Moyen Âge sont tellement étonnés par l’immensité du travail qu’ont dû demander ces constructions qu’ils pensent qu’elles sont de la main du démon et les désignent sous le nom de « le mur du Diable ».
Les défenses ponctuelles sont réparties entre des grands camps, prévus pour une ou plusieurs légions, et des petits camps conçus pour des détachements ou des unités auxiliaires.
Si l’on peut mentionner brièvement les grands camps, il est impossible, vu leur nombre, d’énumérer les petits camps. Comme exemple de grand camp... Neuss.
Au centre se trouvent les principia, cœur du camp, appelés parfois à tort praetorium, ils sont constitués par 2 cours, une grande cour pour les rassemblements, une petite réservée aux affaires plus officielles et une série de salles (le cœur du cœur, la chapelle aux enseignes, au centre, et les bureaux de l’administration, des dépôts d’armes…).
Les officiers sont logés dans de vraies villas, du type domus, on appelle praetorium celle qui est réservée au légat de légion.
Les soldats et les centurions dorment dans des chambrées.
Le camp, qui abrite 5 000 hommes, est une vraie ville, mais une ville sans femmes, sans enfants, sans vieillards. On y trouve un atelier où les soldats réparent leurs armes, la fabrica, des entrepôts ou horrea, un hôpital ou valetudinarium et des thermes.
Ce n’est pas le lieu ici de décrire le réseau viaire (toutes voies desservant une ville) qui, en outre, ne présente aucune particularité : Il est constitué par une route parallèle à la frontière, par des axes reliant les postes, principaux et secondaires, à l’arrière, pour faciliter la logistique, l’approvisionnement, tandis que d’autres pénètrent en territoire ennemi pour renforcer la surveillance.

La période qui va de 21 à la fin du Ier siècle voit les Romains conduire plusieurs raids contre des peuples de Germanie.
En 28, ils attaquent les Frisons.
CARTE DES LIMES
Au temps de Caligula, ils reprennent aux Chauques la dernière aigle de Varus qui restait entre leurs mains.
Les années 42/43 voient de grandes transformations : Pour mener à bonne fin la conquête de la Bretagne, les légions Rhénanes sont sérieusement mises à contribution, ce qui se manifeste dans les mouvements de légions.
Les Chattes sont agressés par les Romains en 41 et 50 (ils sont aussi en conflit avec les Hermondures qui leur font une vraie guerre en 58).
En 47, Corbulon a organisé une expédition contre les Frisons et contre les Chauques. Le limes Germanique protège les provinces de Germanie Supérieure et de Rhétie, en avant des Champs Décumates.
Constitué de plus de 60 places fortifiées espacées d'une dizaine de kilomètres. Elles défendent la frontière de l'Empire. On peut citer celle de Saalburg près de Bad Homburg, qui est la seule à avoir été reconstruite, ou le camp romain d'Obernburg, aujourd'hui largement documenté.
Des cohortes de 500 légionnaires et cavaliers y sont stationnées pour empêcher les pillages des Germains dans la zone contrôlée par les Romains. Des voies romaines y conduisent à partir de l'Italie ou de la Gaule.
Plus de 900 tours de guet se dressent le long du limes Rhénan, espacées les unes des autres de façon à pouvoir communiquer entre elles par signaux visuels ou sonores selon les conditions de visibilité, et ainsi avertir au plus vite la prochaine place fortifiée de tout mouvement Germain.

La tour de guet no 1 se trouve à Rheinbrohl en Rhénanie-Palatinat (caput limitis). Cologne, Strasbourg et Vienne sont des forts chargés de protéger le limes.
Le limes Germanique sera détruit par les attaques des Alamans en 258, qui occupent l'espace compris entre le Rhin et le Danube.
Une nouvelle ligne de défense sera néanmoins organisée par Aurélien (270-275) le long du Rhin et de l’Iller, affluent du Danube, avec Brigantium (Bregenz) comme camp militaire.

HEINCHEN
Au IVe siècle, ce limes est défendu par des Lètes Francs et des fédérés Saxons à Mayence, et des Alamans sur le Rhin supérieur (fondation dudit royaume Alaman).





Histoire militaire des Germanies d'Auguste à Commode
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Vous avez consulté cette page le 15/03/17.

ROME, l'Empire romain - Encyclopædia Universalis
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