mercredi 14 décembre 2016

EN REMONTANT LE TEMPS....178

8 NOVEMBRE 2016...

Cette page concerne l'année 178 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

LORSQUE LES EMPEREURS ROMAINS DÉCÉDÉS DEVIENNENT DES DIEUX.


Cette étude est la présentation succincte de premières conclusions de travaux en cours sur le tombeau d’Hadrien et sur le culte des Divae au IIe siècle. On s’attache plus particulièrement à inventorier, selon un angle diachronique et narratif, les divers monuments dont la fonction est d’honorer, dans la ville de Rome, la dynastie antonine à travers ses membres défunts...

Trois principaux secteurs sont privilégiés dans cette célébration urbaine du deuil antonin :
Le tombeau dynastique (appelé le plus souvent mausolée d’Hadrien par les modernes, actuel château Saint-Ange).
La zone centrale du Champ de Mars.
Une aire élargie comprenant les parages de la Vélia et du Palatin.

Sans méconnaître le rôle joué par d’autres quartiers de l’Urbs, l’attention se concentre sur ces 3 secteurs ainsi que sur un certain nombre de pratiques dont ils sont le théâtre.
Mais le propos sera allusif : Il s’agit bien plutôt d’histoire dynastique, de chronologie impériale et de topographie de la Ville de Rome.

Le deuil princier, sous le Haut-Empire, repose sur une très ancienne tradition : déjà à l’époque républicaine, la mort des Grands s’entoure d’une pompe et d’un éclat qui en assurent la publicité, dans des circonstances exceptionnelles, l’État s’engage, financièrement parfois mais surtout honorifiquement, en accordant à un personnage (qui, le plus souvent, a revêtu les plus hautes magistratures) un « deuil public » (ou funus publicum).

Des funérailles d’illustres défunts peuvent susciter des émotions publiques variées et une intervention de la foule :
Le cortège funèbre de Pompeius Strabo, père du Grand Pompée, est intercepté et malmené par la populace en fureur.
En 54, la foule détourne les funérailles de Julie, fille de César et épouse de Pompée, et la jeune femme sera ensevelie dans un tombeau des Iulii sur le Champ de Mars plutôt que sur une propriété de Pompée près d’Albe.
Des manifestations collectives d’indignation et de douleur entraînent l’improvisation des funérailles de l’assassiné Clodius dont la Curie est le bûcher funéraire,
TEMPLE D'ANTONIN ET DE FAUSTINE
Quant aux funérailles de César, par le rôle déterminant qu’y joue Antoine, elles sont le parangon de la scène funéraire de grand genre, paradigme du deuil public spontané (et savamment orchestré) ainsi que de la participation affective d’une foule en deuil à un rituel qu’elle accompagne et détourne... Pareilles scènes sont riches d’implications politiques.

Le Principat d’Auguste voit une mise en place, progressive et fondatrice, d’un rituel de deuil dynastique. Les coups du destin qui frappent la parentèle d’Auguste permettent, de la part du princeps, une codification du deuil d’une famille dont le rôle émerge peu à peu, à travers des pratiques créatrices, étrange mélange de traditions patriciennes et de nouveauté politique, pour ne pas dire d’improvisations successives. Auguste fait bâtir un mausolée qui accueille les défunts de sa famille, des honneurs funèbres sont décrétés pour certains d’entre eux, le nom de ces défunts est parfois inscrit dans le calendrier et des célébrations annuelles perpétuent leur mémoire. Le site de leur crémation demeure marqué et entretenu comme tel. Des lieux publics peuvent accueillir des statues de ces défunts, ainsi que leurs portraits. La mémoire de la dynastie s’inscrit dans le paysage urbain, dans l’ornement comme dans la toponymie de la Ville, des temples vont croître, et un culte finit par s’organiser pragmatiquement et progressivement sous les princes ultérieurs.

La mort d’un membre de la famille impériale, qu’il le soit ou non, est toujours un événement : Il faut imaginer que, dans bien des cas, de tels décès s’accompagnent de manifestations de douleur collective, de processions réglées par la dynastie et d’attroupements spontanés (non loin du lieu de décès, sur le parcours du cortège ramenant dans l’Urbs le corps du défunt s’il était mort ailleurs, le long de la procession funèbre et dans la proximité du bûcher).
Il est incontestable que, par l’instauration d’un rituel et d’une étiquette, de telles dévotions sont canalisées par le pouvoir, mais le souvenir de princes défunts peut être extrêmement durable dans la mémoire collective, ainsi qu’en témoignent les calendriers tardifs mentionnant encore leur dies natalis ou les médaillons contorniates qui, au IVe siècle, réactivent la figure exemplaire de princes du temps jadis. Les temples, les statues subsistent et la Ville devient l’écrin conservatoire de la mémoire dynastique.

LE QUARTIER DES ANTONINS
Parler de dynastie à propos des Antonins se fait avec une apparente facilité, encore faut-il justifier la pertinence du mot. En effet, la dynastie antonine n’est pas à proprement parler une famille, mais un groupe de familles étroitement liées entre elles.
À l’exception de Commode, aucun prince n’est le fils biologique de son prédécesseur, mais le recours quasi systématique à l’adoption vient se surimposer à un réseau très étendu de parentés antérieures et brouiller notre connaissance des mécanismes subtils qui, précisément, mènent à ces adoptions...
L’historiographie antique relative au IIe siècle est très lacunaire : Le continuateur de Suétone, Marius Maximus, auteur de 12 nouvelles Vies des Césars, de Nerva à Antonin Héliogabale, a été perdu, son adaptateur en grec, Dion Cassius, n’est connu qu’à travers un abréviateur byzantin qui a élagué son propos de la plupart des notices généalogiques un filon d’abréviateurs latins des années 360-400 (Aurélius Victor, Eutrope, l’Epitome de Caesaribus), dérivé d’un résumé de Marius Maximus, ne fournit que des lambeaux, quant à l’Histoire Auguste, notre principal relais de la tradition inaugurée par Marius Maximus, est modelée par l’idéologie théodosienne qui veut qu’à l’instar de Trajan nommé par Nerva, l’Espagnol Théodose, élevé à l’Empire par Gratien, soit le fondateur d’une nouvelle lignée antonine.
Fidèle à l’idéologie déployée par les panégyriques contemporains, l’Histoire Auguste tronque les arbres généalogiques des Antonins afin de réduire leurs parentés biologiques et en présente une succession impériale où domine presque exclusivement l’adoption, le choix du meilleur qui n’est qu’une fiction d’époque théodosienne.

De fait, l’adoption vient resserrer des liens, mais elle consiste en un choix parmi de nombreux candidats possibles. Certes, l’adoption est l’acte fondateur de la dynastie, puisque Nerva, non sans y être contraint, adopte Trajan qui, dans l’état de nos connaissances, ne lui était rien par le sang, mais il ne faut pas oublier que l’adoption de Trajan se fait bien que Nerva ai des parents, enfin il est étonnant que Nerva n’ai jamais eu d’épouse : Peut-être est-il marié avec une femme morte longtemps avant son adoption et son sacre mais l’existence de celle-ci, aisée à postuler malgré les lacunes de la documentation, aurait pu éclairer de façon capitale quelques-unes des tractations survenues dans l’ordre sénatorial lors des années 96-98.
L’adoption de Trajan est le couronnement d’un réseau sénatorial, solidement implanté en Bétique, en Narbonnaise et (plus souvent qu’on ne le dit) en Italie et à Rome même, réseau de familles dont bien des membres ont pris parti pour Vespasien lors de la crise de 69 et s’en sont vu récompenser par le Réatin.


L’écheveau de la parenté antonine est donc bien plus complexe que celui liant entre eux les princes sévériens ou même les Julio-Claudiens. On parle, par commodité de langage, de « dynastie », entendant par là ceux qui règnent et leurs proches parents. En fait, la vision ainsi retenue de la parentèle antonine est aussi réductrice que celle, dans la lumière rasante du couchant, d’un massif montagneux dont seule la crête est éclairée et les arêtes des pentes déjà plongées dans l’obscurité.
Si l’image publique de la dynastie (domus diuina) résulte d’une sélection, on n’omet pas que d’autres membres de la famille puissent être fort bien en cour, voire faire l’objet de mesures publiques à leur mort sans pour autant être divinisés.
Ce sont des gens que l’on connaît, qui disposent de résidences à Rome ou en Italie et d’un patrimoine entretenant des liens subtils avec le patrimoine privé des empereurs.
Des hommages sur pierre à Rome et dans l’Empire témoignent assez de la popularité de ces parents de la dynastie ainsi que de la revendication de ce statut de consanguins ou alliés.

La liste des princes ou princesses d’époque antonine qui sont divinisés est beaucoup plus rapidement dressée que celle des parents de la famille impériale, et elle est révélatrice des choix opérés par la dynastie, avec l’assentiment du Sénat (qui est l’organe décisionnel accordant la divinisation).
Trajan fait diviniser son prédécesseur et père adoptif Nerva, puis il fait diviniser son père naturel M. Vulpius Traianus ainsi devenu le Divus Traianus pater.
Il fait pareillement diviniser sa sœur Marciane à qui il a accordé le titre d’Augusta.

En accord avec le Sénat, Hadrien fait diviniser son père adoptif Trajan, puis sa belle-mère Matidie (nièce de Trajan, fille de Marciane, devenue elle-même Augusta à la mort de sa mère, et mère de Sabine épouse d’Hadrien), puis sa mère adoptive Plotine, veuve de Trajan, son épouse Sabine morte à la fin de son règne.
En revanche, son fils adoptif et successeur désigné Ælius César, mort avant lui, n'est pas divinisé.

Divinisé à son tour Hadrien par son fils adoptif Antonin. L’épouse d’Antonin, Faustine l’Aînée, morte au cours de la 3e année du règne de son mari, est aussi divinisée.
Sous le règne de Marc Aurèle et Lucius Vérus, le Sénat divinise en 161 leur père adoptif Antonin.
Lucius Vérus à sa mort en 169, puis Faustine la Jeune, fille d’Antonin et épouse de Marc, morte lors de l’hiver 175-176.
Marc l'est en 180.
Enfin, Commode, après avoir été un temps écarté du nombre des Divi, sera réhabilité et divinisé par un Sénat poussé par Septime Sévère.

On peut dresser, pour l’époque antonine, une liste assurée de 13 personnes qui deviennent Divi ou Divae peu après leur mort, auxquelles on adjoindra Trajan père qui est divinisé longtemps après sa mort sans doute survenue avant l’avènement de son fils.
À l’exception dudit Trajan père, tous passent du statut d’Augustus ou Augusta à celui de Divus ou Diva.
Cela ne signifie pas que seules ces personnes reçoivent des honneurs publics après leur mort. On a vu que Trajan avait eu le souci de faire placer parmi les Divi son père naturel.
Antonin permet au Sénat d’honorer par des statues son père, sa mère, ses aïeux ainsi que ses frères déjà morts au moment de son avènement. Il fait, alors qu’il est déjà empereur, transférer dans le tombeau fondé par Hadrien les restes de ses enfants morts avant l’avènement, ce qui, à n’en pas douter, est l’occasion d’une cérémonie familiale et assurément dynastique.

En 152, les Fastes d’Ostie mentionnent un décès survenu dans la famille du César Marc Aurèle gendre et fils adoptif de l’empereur :
Il s’agit sans doute de la sœur de Marc (ou peut-être encore de sa mère), mais que ce décès soit mentionné dans les Fastes officiels d’une cité aussi importante et étroitement liée à Rome qu’Ostie permet de supposer avec quelque sûreté qu’il y eut un deuil officiel, à défaut d’une divinisation...

Pareillement, il est très probable que, déjà sous Antonin, la mort en bas âge de quelques-uns des enfants du César Marc et de l’Augusta Faustine (et petits-enfants de l’empereur) fasse l’objet d’un deuil officiel. C'est du moins le cas lors du règne de Marc Aurèle, de 166 à 169, lors d'une sorte de tétrarchie avant la lettre, puisqu’aux Augustes adultes Marc et Vérus sont associés en qualité de Caesares les 2 fils survivants de Marc, Commode (né en 161) et M. Annius Verus (né en 162).
Il n’est pas exclu que la proclamation d’un deuil dans la famille impériale puisse entraîner, en certains points de l’Empire, des initiatives locales.
C’est sans doute ainsi qu’il faut interpréter la série de 18 dédicaces à un Divus Fuluus retrouvée à Thessalonique, datée entre 219 et 269. Il n’est pas douteux que la nouvelle d’un deuil impérial ait pu, çà et là, susciter des appellations « inofficielles » (s’il est permis de risquer ce germanisme) dans telle ou telle cité (surtout en contrée hellénophone) et des hommages posthumes fort proches de ceux décernés aux personnes officiellement divinisées : De tels hommages peuvent se perpétuer (comme en témoignent les dédicaces de Thessalonique toutes faites en l’honneur du Divus Aurelius Fulvus 50 à 100 ans après sa mort, ce qui est remarquable pour un enfant mort à 4 ans et sans rôle politico-dynastique).
L’insertion d’une personne dans l’une ou l’autre de ces listes est révélatrice de pratiques dynastiques que l’on rencontre sans les analyser de manière approfondie, mais, en envisageant divers secteurs de la ville de Rome qui sont le théâtre du deuil dynastique à l’époque antonine, on a du moins contribué à préciser quelques-uns des usages qui président à l’établissement de ces rituels dans le décor urbain.
Si l’on donne à l’adjectif « dynastique » une valeur politique, alors, assurément, certains de ces deuils apparaîtront, au prime abord, plus strictement familiaux que dynastiques (les défunts, en particulier femmes ou enfants en bas âge, ne jouant pas de rôle politique majeur), mais, puisque ces deuils sont accompagnés de cérémonies et de mesures précises, ils acquièrent une valeur politique (ou dynastique) en ceci qu’ils contribuent à renforcer l’image d’une famille impériale unie dans une douleur offerte à la foule spectatrice.
Même privé et strictement lié à l’accomplissement de pratiques familiales, le deuil familial, touchant un membre de la dynastie impériale, s’insère dans l’image publique de la domus diuina.

Il convient de présenter tout d’abord les pratiques de déposition des défunts de la famille antonine dans le tombeau fondé par Hadrien. Ce prince, aussi philhellène que profondément attaché aux antiques traditions romaines, s’inspire, pour cette réalisation, du mausolée familial construit par Auguste et qui a fonctionné comme lieu privilégié de sépulture impériale pendant tout le Ier siècle. Dans la décennie qui suit, seuls deux décès sont datés avec précision dans la famille impériale, celui de Faustine la Jeune et celui de Marc Aurèle.

À sa mort, la dépouille de Commode, d’abord menacée d’être jetée dans le Tibre, est transférée dans le tombeau des Antonins sur ordre d’un Pertinax soucieux de ne point établir de rupture violente avec la dynastie antonine regrettée des soldats et d’une partie du Sénat.
Le texte de l’épitaphe de Commode, gravé sur la plaque S de la façade du tombeau des Antonins, a été conservé.
Les vicissitudes subies par la mémoire de Commode dans les années 193-196 sont complexes, et mériteraient sûrement un réexamen approfondi, mais il est assuré que dès 195-196 Septime Sévère s’étant proclamé frère de Commode ce dernier est dit sans ambiguïté Divus... De fait, la date de gravure de l’épitaphe de Commode sur la façade du tombeau des Antonins demeure incertaine.
Faut-il penser qu’en 193 ses restes sont déposés dans le tombeau sans que son nom soit gravé sur la façade, ou bien que cette épitaphe ne soit rédigée et gravée qu’au moment où Septime Sévère revendique une parenté avec Commode ?
En l’état de la documentation, ce problème paraît difficile à résoudre. En revanche, la position de la plaque (S) sur laquelle cette épitaphe est gravée est significative : Elle est située au-dessus du bandeau de gauche, dans un registre supérieur qui indique nettement que le bandeau de gauche est déjà rempli en 193-195.
LE FORUM DE NERVA
D’après la reconstitution d’Hülsen, elle serait placée immédiatement au-dessus de celle de Lucius Vérus, peut-être n’est-ce pas un hasard, dans la mesure où Commode est usuellement désigné par le cognomen traditionnel de la famille des Ceionii Commodi, famille naturelle d’Ælius César et de son fils Lucius Vérus, et où il a, à la fin de son règne, modifié sa nomenclature et y a inclus la séquence L. Ælius, qui est une référence non seulement à Hadrien (pour le gentilice) mais aussi à Ælius César (traditionnellement appelé L. Ælius Caesar ou même L. Caesar).
La plaque R portant l’épitaphe de Commode est aussi placée, selon Hülsen, au-dessus de la plaque P, qui semble avoir contenu celle de son frère, le César M. Annius Verus mort en 169. Toujours est-il que la déposition de Commode dans le tombeau d’Hadrien est, d’après notre documentation, la dernière d’un Antonin lié à la dynastie par le sang...

Rome, les Césars et la ville - Deuil dynastique et topographie urbaine ...
books.openedition.org/pur/19286?lang=fr
L'épouse d'Antonin, Faustine l'Aînée, morte au cours de la troisième année du ... fut exilée par Commode à la suite d'un complot, puis éliminée ; Bruttia Crispina, ... son mariage avec Commode en 178, fut pareillement exilée puis supprimée ...


lundi 5 décembre 2016

EN REMONTANT LE TEMPS... 179

7 NOVEMBRE 2016
Cette page concerne l'année 179 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

TÉNACITÉ DE VOISINS TURBULENTS
 
COURONNE SARMATE
Trêve et seconde expédition contre les Marcomans (176-179)

Été, deuxième guerre Germanique : Victoire du préfet du prétoire Tarrutienus Paternus. Marc Aurèle est acclamé Imperator pour la 10e fois.
Dès l'hiver 179/180 : Les troupes Romaines occupent le territoire des Quades et des Marcomans, fait attesté par 2 inscriptions de Valerius Maximianus, la plus au nord sur la rivière Váh, à Leugaricio (Trenčín, en Slovaquie).
Selon certaines sources, dont l'Histoire Auguste, Marc Aurèle a décidé la formation de 2 nouvelles provinces, la Marcomanie, à l’ouest, la Sarmatie à l’est, qui incorporent la Bohême et poussent la frontière de l’empire aux Carpates. Emporté par la maladie (la peste antonine ?) en 180, il ne peut mettre ses projets à exécution, si toutefois ils ont réellement existé...

Fondation du camp Romain de Castra Regina, future Ratisbonne, au confluent du Danube et de la rivière Regen.

Trêve et seconde expédition contre les Marcomans (176-179)
Marc Aurèle, ayant soumis tous les peuples au nord du cours moyen du Danube, obtient par décret du Sénat un triomphe mérité (aux côtés de son fils Commode, récemment nommé Auguste), une statue équestre, érigée en son honneur. Subsiste encore place du Capitole à Rome.

A la suite des combats du début de l'année 177. Les Quades, ayant toujours été les plus rétifs à l'occupation Romaine, sont peut-être les premiers à lancer la nouvelle rébellion, et, obligent les gouverneurs des Pannonies supérieure et inférieure à prendre les armes conjointement.

Marc Aurèle est contraint de se rendre en personne sur la frontière Danubienne à la fin de l'été 178, pour tenter de mettre un terme à cette situation qui se prolonge à présent depuis trop longtemps... C'est ainsi qu'il lance la secunda expeditio germanica.
Marc Aurèle rejoint sans doute Carnuntum à la fin de l'été 178. Il a l'intention d'organiser les pays au nord du cours du Danube, de Vindobona à Aquincum, en une nouvelle province de Marcomanie.
Il commence par mater la révolte des Marcomans et des Narisques (178), puis intervient chez les Quades l'année suivante, atteignant peut-être le fleuve Granua (l’actuel Hron) et les autres affluents du Danube, voies de communication naturelles vers le cœur des pays Barbares.
L'inscription latine encore visible sur le rocher où a été érigé le château de l'actuelle Trenčín, en Slovaquie, remonte à cette expédition : Elle célèbre la victoire de Marc Aurèle et des 855 soldats de la legio II Adiutrix en un lieu nommé Leugaricio, qui apporte la preuve la plus septentrionale connue d'une présence militaire Romaine en Europe Centrale.

Toujours au cours de cette secunda expeditio germanica, le préfet du prétoire, un certain Tarutienus Paternus, engage les ennemis une journée complète (car très nombreux), proclamant enfin une victoire scellant définitivement la fin de la guerre... Pour ces succès, Marc Aurèle est acclamé Imperator pour la 10e fois.
La nouvelle province de Marcomanie, conçue comme le début d'une occupation Romaine, est peut-être en phase de constitution. Vaincre une nouvelle fois les Sarmates de la plaine voisine de la Tisza s'avère nécessaire, les contraignant à déposer les armes définitivement et chercher la paix. Cela permet au secteur du Limes Danubien Central de profiter à nouveau d'une situation de paix.
Marc Aurèle transfère donc son quartier général vers le front Sarmate (en Pannonie inférieure) pour l'hiver 179-180, mais en mars, alors que la nouvelle saison militaire va commencer, l'empereur tombe gravement malade et meurt près de Sirmium le 17 mars 180, d'après les informations de l'écrivain contemporain Tertullien dans son Apologeticum.
L'Histoire Auguste relate que, peu avant d'expirer, il demande à son fils et successeur Commode de « ne pas négliger l'achèvement des dernières opérations de la guerre ».

Ratisbonne se trouve sur le point le plus septentrional du Danube et à l'embouchure de 2 de ses affluents, la Regen et la Naab.
Deux îles du Danube se trouvent sur le territoire de la ville : La Untere Wöhrd et la Obere Wöhrd.
Le quartier de Stadtamhof se trouve à l'origine sur la rive nord du Danube, mais est transformé sur l'île par la construction du Canal de l'Europe, le canal permettant aux bateaux de contourner la vieille ville. 4 zones naturelles très différentes se rencontrent sur son territoire :
  • Le Jura Franconien ;
  • La Forêt de Bavière ;
  • La plaine du Danube, respectivement la plaine de lœss de Basse-Bavière (Gäuboden) et
  • La zone de collines de Basse-Bavière datant du tertiaire.
Ces espaces naturels marquent la ville dans sa forme et dans son extension. La ville se trouve dans une classique situation de porte au lieu d'intersection entre le paysage de collines et la Gäuboden. Il s'ensuit que certains quartiers situés au nord ou à l'ouest n'ont pas ou peu de potentiel d'expansion. Tous les territoires de développement actuels et futurs de la ville se trouvent à l'est et au sud, c'est-à-dire dans la grande plaine du Danube et dans les débuts relativement plats du paysage de collines de Basse-Bavière.

Cette guerre est encore provoquée par les Maures... Nous connaissons, en effet, le cursus d'un grand personnage, L. Julius Vehilius Gratus Julianus, qui deviendra plus tard préfet du prétoire de Commode et qui y participe.
ROYAUME GOTH
Une inscription de Palmyre nous apprend qu'il commande dans cette ville l'aile de cavalerie Herculana en 167-168 ; une inscription de Rome, qui retrace sa carrière entière :
Il prend en 169, le commandement de Vola Tampiana.
Il commande les détachements envoyés en renforts dans la guerre contre les Germains et les Sarmates, c'est-à- dire la première guerre Germanique qui éclate en 170,
Devient ensuite procurator Augusti et praepositus vexillationis per Achaiam et Macedoniam et in Hispanias adversus Castabocas et Mauros rebelles.
Commandant de la flotte du Pont-Euxin.
Commandant de détachements dans une guerre qui ne peut être que la guerre de 178-180, contre les Quades et les Marcomans, puisqu'il reçoit des récompenses de Marc-Aurèle et Commode au cours d'une guerre Germanique.
Procurateur de Lusitanie et Vettonie sous Commode sans doute, commandant de détachements dans une 3e guerre qui est probablement celle de Bretagne en 182-185.
Successivement préfet des 2 flottes prétoriennes, a rationibus, préfet de l'Annone.
Préfet du prétoire de Commode qui le fait assassiner en 189.
En admettant qu'il ait pris part seulement à la première année de la guerre Sarmatique et de la 2e de la guerre Germanique, c'est de 172 à 178 qu'il faut placer ses commandements en Macédoine et Achaïe contre les Costoboques et en Espagne contre les Maures.
Mais laquelle de ces deux expéditions a précédé l'autre ? Le cursus étant rédigé dans l'ordre inverse, la guerre d'Espagne devrait être antérieure à la guerre d'Orient, mais, même dans un cursus inverse, il peut arriver que deux événements groupés sous la même rubrique soient mis dans l'ordre chronologique...

Les Costoboques (peuple de Sarmatie) nous sont, en effet, connus par ailleurs. Capitolin, dans l'énumération qu'il fait des guerres soutenues par Marc-Aurèle seul après la mort de Verus, cite d'abord la ruée des peuples Germaniques sur le Danube, parmi lesquels il nomme justement, à côté des Quades, des Marcomans et de beaucoup d'autres, les Costoboques.
Dion Cassius, de son côté, nous apprend qu'en 170 ou peu après, les Αστιγγοι, d’accord avec le gouverneur de Dacie Clemens, font irruption dans le pays des Costoboques.
Fuyant devant cette invasion, ceux-ci se répandent en Macédoine et en Grèce, où on les retrouvons.
Pausanias, en effet, rapporte que, de son temps, Élatée est pillée par eux or, il a terminé son ouvrage vers 180....
Le rhéteur Aelius Aristide, dans son Eleusinios, fait allusion à un attentat sacrilège qu'a subi récemment le sanctuaire d'Eleusis, or, il a composé ce morceau à l'âge de 53 ans, c'est-à-dire, s'il est bien né en décembre 117, vers 171.

Enfin, c'est en 176, au retour de son voyage d'Orient, que Marc-Aurèle fait restaurer le sanctuaire endommagé. Il est probable que les Sarmates pillards d'Eleusis sont les mêmes que les Costoboques d'Élatée : Nous n'en connaissons pas d'autres en Grèce à ce moment. C'est donc en 171 ou 172 que Gratus Julianus, qui vient d'amener des renforts à l'armée du Danube, en est détaché avec le titre de procurateur, puis chargé de nettoyer les provinces de Macédoine et d'Achaïe des bandes Costoboques qui les infestent. Il doit mener rapidement sa tâche à bien, et c'est après qu'il se soit ainsi distingué que le gouvernement impérial l'a envoyé en accomplir une semblable en Espagne contre les Maures... Les opérations se sont déroulées surtout sur la côte : Élatée n'en est pas très éloignée, et Gratus Julianus, par la suite, exerce surtout des commandements maritimes.
Elles ont peut-être leur répercussion en Afrique, où une inscription rappelle le souvenir d'un captif fait par les Costoboques ou de l'un d'eux fait prisonnier.
En tout cas, comme nous l'avons vu, tout est terminé au milieu de 173, puisqu'on congédie alors les vétérans en Sardaigne... Mais c'est à ce moment que les choses se gâtent en Espagne.

Les garnisons du Danube sont alors gravement affaiblies après l'envoi d'une partie des légionnaires et des auxiliaires en Orient. L'armée est épuisée par 4 longues années de guerre dans les plaines arides de Mésopotamie, et ses effectifs sont dramatiquement réduits par la Peste antonine qui vient de s'abattre sur l'Empire.
Un groupe de tribus de Germanie Septentrionale envahit la Pannonie Supérieure. Il s'agit alors de 6 000 soldats, Lombards et Osii, qui ont obtenu l'accord des Quades pour traverser leurs terres et entrer en territoire Romain.
Les barbares sont cependant interceptés par quelques unités d'infanterie et de cavalerie dans le secteur de Brigetio-Arrabona (l'actuelle Győr), battus et renvoyés sur leurs terres.
Les envahisseurs sont repoussés avant d'avoir pu causer des dégâts au cœur de la province.
À la suite de ces événements, près de 11 tribus (parmi lesquelles les Marcomans, les Lombards, les Osii, les Vandales Victuales, les Quades, les Narisques et les Cotins) dépêchent des émissaires auprès de Iallius Bassus, gouverneur de Pannonie Supérieure, pour demander la paix, et choisissent comme porte-parole le roi des Marcomans, un certain Ballomar.
Les ambassadeurs des Barbares parviennent à obtenir la paix avec Rome et retournent sur leurs terres. La situation semble revenir au calme. Cet apparent apaisement éveille cependant les soupçons de Marc Aurèle... Au cours de cette même année, les Sarmates Iazyges pénètrent le limes Dace (peut-être accompagnés de quelques tribus Vandales).
En réponse, la legio V Macedonica, à peine revenue des campagnes d'Orient, est transférée depuis la Mésie inférieure voisine (plus précisément de son camp de Troesmis, l'actuelle Iglita), vers la Dacie, aux environs de Potaissa (l'actuelle Turda).
Marc Aurèle n'est pas tranquillisé par la paix conclue l'année précédente avec les Barbares, et décide de se rendre en personne, accompagné de son coempereur Lucius Verus, sur le limes Pannoniens pour estimer les réelles intentions de l'ennemi.
Les 2 empereurs traversent les Alpes et s'installent à Carnuntum, base de la Legio XIII Gemina et quartier général du gouverneur de Pannonie supérieure.
Au cours de cette année, des éléments des Marcomans et des Vandales Victuales sèment le désordre tout au long de la frontière nord.
L'Histoire Auguste rapporte que la majorité des rois se retirent avec leurs peuples et exécutent les instigateurs de ces attaques assimilées à des actes de rébellion, demandant pardon pour avoir rompu les conditions du traité de paix. Quant aux Quades, ils n'acceptent de reconnaître de roi qu'avec l'approbation des 2 empereurs.

Ces mesures semblent plus que suffisantes aux yeux de Lucius Verus, qui se montre impatient de rentrer à Rome : Commandant en chef lors de la guerre contre les Parthes, il est resté éloigné de la capitale depuis des années. Il parvient à convaincre son frère adoptif, et rentre à Aquilée pour l'hiver, alors que la situation semble être maintenue sous contrôle.

Ces premières années de conflit sont l'occasion pour Marc Aurèle de se lancer dans l'écriture de son ouvrage Pensées pour moi-même, la seule œuvre de cet « empereur philosophe » qui nous soit parvenue.
L'ouvrage, bien que ne rapportant pas directement les événements qui se déroulent pendant sa rédaction, transmet au lecteur tout le malaise de l'homme Marc Aurèle confronté à des circonstances funestes.

Au début de l'année 169, Lucius Verus est emporté par un infarctus, à seulement 2 jours de marche d'Aquilée, sur la route entre Concordia Sagittaria et Altinum. Marc Aurèle se voit alors contraint de revenir à Rome pour célébrer les obsèques de son frère adoptif. Le gros de l'armée, encore privé des 2 empereurs, part néanmoins se concentrer le long des abords de la plaine de la Tisza. Marc Aurèle, qui a désormais les mains libres après ses traités de paix avec les peuples Suèves (Quades, Marcomans et Narisques) du moyen-Danube, veut punir les Sarmates pour leur incursion en Dacie l'année précédente.

La guerre contre les Sarmates se révèle extrêmement dure pour les Romains, qui perdent sur le champ de bataille le gouverneur de la Dacie Claudius Fronto, il est possible que Sextus Calpurnius Agricola soit aussi mort au combat comme gouverneur de cette province.
L'empereur Marc Aurèle n'est en mesure de rejoindre le front qu'à la fin de l'année, en compagnie de son nouveau gendre Claudius Pompeianus (nommé premier conseiller militaire), fraîchement marié à sa fille Lucilla, la veuve de Lucius Verus.

Tandis que Marc Aurèle lance une offensive massive au-delà du Danube en territoire Sarmate contre les Iazyges (expeditio sarmatica en latin), une large coalition de tribus Germaniques, menée par Ballomar, roi des Marcomans, fond sur le limes Pannonien et défait une armée de 20 000 hommes en un lieu que l'on présume avoir été le long de ce qu'on a appelé la route de l'ambre, peut-être aux alentours de Carnuntum.
La vague Barbare se tourne ensuite vers le Norique voisin, menant des incursions jusqu'à Ovilava, tandis que le contingent le plus important suit la « route de l'ambre » il parcourt la Pannonie et, passant par Savaria, Poetovio et Emona, atteint l'Italie du Nord, arrivant à assiéger Aquilée et détruisant Opitergium.

L'invasion des Suèves contraint Marc Aurèle à revenir à la hâte en Italie, car les Barbares sont parvenus à atteindre le cœur de l'Empire alors que le gros des forces Romaines est engagé en un autre secteur du Limes. Les peuples Germaniques ont su choisir le moment opportun pour porter leur attaque.
TERRITOIRE DES MARCOMANS ET DES SARMATES
Une fois encore, Marc Aurèle choisit comme conseiller principal Tiberius Claudius Pompeianus, qui se voit confier la tâche de bloquer l’invasion de l’Italie et nettoyer les territoires avoisinants, et Pertinax, futur empereur, le meilleur parmi ses assistants. Aquilée est libérée après un affrontement sur le territoire Italien qui se solde par une victoire Romaine décisive.

Les combats reprennent au début de l'année 177. Les Quades, qui ont toujours été les plus rétifs à l'occupation Romaine, sont peut-être les premiers à lancer la nouvelle rébellion, et obligent les gouverneurs des Pannonies supérieure et inférieure à prendre les armes conjointement.
Marc Aurèle est contraint de se rendre en personne sur la frontière Danubienne à la fin de l'été 178, pour tenter de mettre un terme à cette situation qui se prolonge à présent depuis trop longtemps...

Même la mort de l'empereur ne peut retarder l'expédition prévue dans la plaine de la Tisza, et son fils Commode poursuit l'offensive en territoire Sarmate.
Les Iazyges (nouvelle « expeditio sarmatica »), les Bures (« expeditio Burica »), les Vandales et les Daces indépendants sont à nouveau battus dans les années qui suivent.
Commode, qui a décidé de quitter le théâtre des opérations en octobre 180, contre l'avis de son beau-frère Claudius Pompeianus, laisse le soin à ses généraux, parmi lesquels Pescennius Niger, Clodius Albinus, le fils de Tigidius Perennis et Valerius Maximianus, de terminer la guerre.
Avant de rentrer à Rome, il décide en outre d'abandonner les territoires conquis de Marcomanie, certainement de façon à pouvoir mieux se concentrer sur l'affrontement avec les Iazyges voisins en tenant compte de la nécessité d'économiser les effectifs des forces Romaines, c'est-à-dire en évitant de nouveaux enrôlements et déploiements de troupes ultérieurs.
Il se peut également qu'il ait réalisé que le maintien de troupes au nord du Danube pèse sur l'économie de l'empire, comme l'a expérimenté Auguste lui-même près de 2 siècles plus tôt, lorsqu'il a décidé d'abandonner définitivement la province de Germania Magna après la défaite de la forêt de Teutobourg. Commode a conscience qu'il s'agit de terres couvertes de forêts et de marécages, qu'il est plus rentable d'abandonner à nouveau aux Marcomans et aux Quades.
Ce retrait ne rend cependant à ces 2 peuplades Germaniques leur liberté d'action vis-à-vis de la puissance Romaine : Elles constituent, avec les Narisques et les Cotines, une « chaîne » de « clients » chargés d'assurer une première ligne de protection de la frontière Danubienne.
La réalisation de l'objectif stratégique de soumettre au contrôle de Rome tous les territoires au nord du Danube reste inachevée, mais de nombreux peuples de cette région resteront fidèles aux traités de paix et d'amitié avec le peuple Romain pendant encore une trentaine d'années, jusqu'à l'invasion des Alamans de l'an 213.

STATUE ÉQUESTRE DE MARC AURÈLE
Pour la comprendre, il faut se plonger dans le contexte de l'époque : Le début du règne de Marc-Aurèle (empereur de 161 à 180) est marqué par la guerre contre les Parthes qui ont envahi l'Arménie, alors état-client de Rome.
L'affaiblissement de la frontière Rhéno-Danubienne, conjugué à la peste antonine qui a décimé une partie des effectifs militaires, ont facilité de petites incursions de peuples Barbares à l'intérieur de l'empire dont une en Dacie par le peuple sarmates des Iazyges.
Devant cette menace et d'autres incursions Barbares simultanées, Marc-Aurèle a dû suspendre le conflit contre les Sarmates et crée la « praetentura Italiae et Alpium » (district militaire regroupant toutes les provinces Danubienne et Alpines au nord de l'Italie) afin de faciliter la défense de cette zone.
Les romains réussirent à bloquer l'invasion des Germains, libérer l'Aquilée et à rattraper les envahisseurs alors que ceux-ci s’apprêtent à retraverser le Danube avec leur butin.
Une fois toutes les provinces « nettoyées », l'empereur lance une contre-offensive contre les Marcomans et les Quades, considérés comme les peuples les plus dangereux et occupant pour les premiers l'actuelle Moravie et les seconds la Slovaquie.
Il réussit à les soumettre après de nombreux et difficiles combats et leurs fait signer un traité de paix avec des conditions assez sévères.
Marc-Aurèle peut ensuite achever la guerre punitive qu'il a dû suspendre contre les Iazyges en 174 et reçoit un triomphe 2 ans après pour avoir soumis tous les peuples au nord du cours moyen du Danube. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'a été construit la statue équestre en bronze de Marc Aurèle aujourd'hui sur la place du capitole et représentée sur les pièces de 50 cents Italiennes. La paix ne dure pas longtemps car les Marcomans et les Quades se révoltent dès 177, entraînant la seconde expédition contre les Germains. Les premiers sont battus l'année suivante avant que les seconds ne soient matés un an après soit en 179.

C'est de cette dernière opération que date l'inscription de Trenčín qui célèbre la victoire des romains sur les Quades.
Datée de l'hiver 179/180 et sculptée sur le rocher, sa situation s'explique par la proximité d'une ancienne route commerciale qui suit le cours de la rivière Váh, un affluent du Danube que les troupes Romaines ont suivi pour pénétrer dans le territoire du peuple Germanique. L'inscription, en langue latine est écrite comme ceci (entre parenthèses la suite du mots, ceci étant abrégés):

[« VICTORIAE AVGVSTORV(m) EXERCITUS QVI LAV GARICIONE SEDIT MIL(ites) L(egionis) II DCCCLV M(arcus) VAL(erius) MAXIMIAN(u)S LEG(atus) LEG(ionis) II AD(iutricis) CVR(avit) F(aciendum) »
qui se traduirait par :

« Dédié aux (ou en l'honneur des) empereurs victorieux des 855 soldats de la II. légion de l'armée stationnée près de Laugaricio. Construit (ou dans ce cas gravé) sur les ordres de Marcus Valerius Maximianus, légat de la II. Légion Adiutrix. » (Le légat était l'officier supérieur commandant la légion)]

L'authenticité de cette dédicace a pu être prouvée en 1995, lors de fouilles archéologiques à « Diana Veteranorum » (nom antique de la ville de Zana en Algérie), au cours desquelles le socle d'une statue a été retrouvé avec une inscription évoquant le nom de Laugaricio et surtout avec un résumé de la vie du légat de la IIe Légion Marcus Valerius Maximianus. Né à Poetovio (Ptuj en Slovénie), il s'est distingué lors de la première expédition des guerres marcomanes en tuant de ses mains Valao, chef de la tribu des Varasques et accompagne ensuite Marc Aurèle en 175 pour mater la rébellion du gouverneur de Syrie Avidius Cassius en Orient. Nommé ensuite « Procurator Augusti » de la province de Mésie inférieure et nommé au sénat vers 178, il participe à la seconde expédition contre les Germains en tant que légat d'abord de la I. Legion Adiutrix, puis de la II. Legion Adiutrix et d'autres légions. Il sera enfin consul vers 186.
MARC AURÈLE ET LES BARBARES.
Quand à la localisation de Laugaricio, même si ce nom est aujourd'hui considéré comme l'antique dénomination de Trenčín, son positionnement au niveau de la ville actuelle est toujours controversé.

Pour finir l'empereur Marc-Aurèle ne verra pas la fin de ces guerres contre les Germains et les Sarmates car il meurt de maladie avant la fin de mars 180 (scène d'ailleurs représentée au début du film Gladiator de Ridley Scott). L'inscription de Trenčín est, en plus d'une preuve de la présence militaire romaine au cœur d'une région « Barbare », également celle d'un conflit dont la colonne de Marc-Aurèle à Rome, érigée au IIe siècle fait le récit.



Guerres marcomanes — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerres_marcomanes
Statue équestre de Marc Aurèle (Musée du Capitole, Rome), dédiée en 176 à l'occasion du triomphe sur les Germains et les Sarmates ...
Contexte historique · ‎Déroulement du conflit · ‎Dans la culture populaire · ‎Annexes
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mercredi 30 novembre 2016

EN REMONTANT LE TEMPS... 180

 6 NOVEMBRE 2016...

Cette page concerne l'année 180 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

MARC AURÈLE PARMI LES PHILOSOPHES.

MARC AURÈLE JEUNE.
17 mars : Mort de Marc Aurèle, probablement à Sirmium, peut-être à Bononia, port sur le Danube, selon Tertullien, ou encore Vindobona, selon Aurelius Victor.
La succession revient logiquement à son fils et est facilitée par les proches de l'ancien empereur dont Claudius Pompeianus. Début du règne de Commode, empereur Romain, âgé de 19 ans (fin en 192)

Marc Aurèle (né le 26 avril 121 à Rome et mort le 17 mars 180, empereur Romain, ainsi qu'un philosophe stoïcien qui dirige l'Empire Romain à son apogée. Il accède au pouvoir le 8 mars 161 et règne jusqu'à sa mort correspondant à la fin de la Pax Romana...
Marcus Annius Verus (initialement Marcus Catilius Severus) prend, après son adoption par l'empereur Antonin le Pieux, le nom de Marcus Ælius Aurelius Verus. En tant qu'empereur, il se fait appeler Caesar Marcus Aurelius Antoninus Augustus.

Marc Aurèle, cultive pendant toute sa vie l'amour de la lecture, et l'emporte sur tous les empereurs par la pureté de ses mœurs, fils de Marcus Annius Verus, lequel meurt préteur. Son grand-père Marcus Annius Verus, consul et préfet de Rome, agrégé aux patriciens par les empereurs Vespasien et Titus, pendant leur censure.
Son oncle paternel Marcus Annius Libo est consul,
Sa tante Faustine l'Ancienne porte le titre d'Augusta.
Son père Marcus Annius Verus est préteur à Rome.
Sa mère Domitia Lucilla, est la fille de Publius Calvisius Tullus Ruso, qui a obtenu le consulat éponyme en 109.
Son bisaïeul paternel, Marcus Annius Verus est originaire de la colonie césarienne d'Ucubi (actuelle Espejo en Espagne), il devient sénateur et exerce la préture.
Son bisaïeul maternel, Lucius Catilius Severus, 2 fois consul et préfet de Rome. Son aïeule paternelle Rupilia Faustina, fille du consulaire Rupilius Bonus...

Marc Aurèle naît à Rome le 6 des calendes de mai (26 avril 121), dans les jardins du Caelius, sous le second consulat de son aïeul et sous celui d'Augur, au sein d'une famille Italienne vivant en Espagne. Élevé à l'endroit même où il naît, et dans la maison de son aïeul Verus, près du palais de Latran. Il a une sœur plus jeune que lui, nommée Annia Cornificia.

À sa naissance, il porte d'abord une partie du nom de son aïeul Marcus Annius Verus et de son bisaïeul maternel Lucius Catilius Severus.
Après la mort de son père en 124, il est élevé et adopté par son aïeul paternel... C'est sous le nom de Marcus Annius Verus qu'il devient gouverneur de Rome après avoir pris la toge virile dans sa 15e année.

L'empereur Hadrien le prend sous sa protection, le nomme Annius Verissimus (Annius « le plus sincère ») et demande, en 138, à son fils adoptif, Antonin, de l'adopter à son tour (procédure d'adrogation) ainsi que Lucius Aurelius Verus, le fils de celui qu'Hadrien avait d'abord choisi comme héritier et qui vient de mourir. Après son adoption il devient Marcus Aelius Aurelius Verus.
L'historien Dion Cassius porte un jugement particulièrement révélateur sur le personnage de Marc Aurèle. Il écrit en effet :

« Ce que j'admire le plus en lui, c'est que dans des difficultés extraordinaires et hors du commun, il parvient à survivre et à sauver l'empire. »
Ce jugement est parfois contesté par certains historiens modernes dont Paul Petit et Lucien Jerphagnon, qui font de Marc Aurèle un empereur assez quelconque et qui, dépassé par les difficultés de sa tâche, a trouvé dans la philosophie un dérivatif, une consolation.
Cette opinion est vigoureusement battue en brèche à la fois par le jugement des historiens antiques, quasi unanimes pour louer le personnage, et par la majorité des historiens actuels qui, sans nier les très nombreuses difficultés de son règne, admettent la grande rigueur morale du personnage.

Très tôt initié à la philosophie. C'est notamment à l'instigation d'un de ses maîtres Diognetus, qu'il prend en avril 132 la tunique rêche du stoïcien et se met à dormir à même le sol jusqu'à ce que sa mère parvienne à le convaincre de dormir dans un lit.

Ses maîtres sont, pour la philosophie.
Apollonios de Chalcédoine, pour la littérature grecque
Sextus de Chéronée, petit-fils de Plutarque de Chéronée, pour les lettres latines et la rhétorique
Fronton, le plus fameux orateur de ce temps-là qui échoue à le détourner du stoïcisme...

Il échange avec ce dernier une correspondance qui s'étend de 139, époque où Marc-Aurèle devient son élève, à 166, année de la mort de Fronton.
Cette correspondance est intéressante car elle fournit de précieux détails sur la vie personnelle et familiale de Marc Aurèle et sur la cour d'Antonin.
Elle révèle aussi la forte amitié qui lia les 2 hommes, amitié parfois ternie par quelques brouilles comme en 146/147 quand Marc Aurèle se « convertit » à la philosophie.

Hérodien affirme dans son Histoire romaine (livre I) que
« de tous les princes qui ont pris la qualité de philosophe, lui seul l'a méritée ».
Il ne la faisait pas consister seulement à connaître tous les sentiments et à savoir discourir de toutes choses, mais plutôt dans une pratique exacte et sévère de la vertu. Les sujets se faisant un honneur d'imiter leur prince, on ne vit jamais tant de philosophes que sous son règne.

L'historien Dion Cassius nous apprend dans son Histoire romaine (livre 71) que Marc Aurèle « était faible de tempérament et donnait à l'étude presque tout son temps, on dit que, même étant empereur, il ne rougissait pas de se rendre chez ses professeurs, qu'il fréquentait le philosophe Sextus de Béotie et qu'il ne craignait pas d'aller écouter les leçons du rhéteur Hermogène de Tarse, d'ailleurs il est surtout attaché à la secte stoïcienne ».
En avril 145, après qu'Antonin fasse annuler les fiançailles de Marc Aurèle avec Ceionia Fabia, fille de Lucius Aelius Caesar, il épouse sa cousine germaine Annia Faustina (Faustine la Jeune), la fille d'Antonin, dont il a 14 enfants, la plupart morts en bas âge. Gendre d'Antonin il en est désormais l'héritier désigné. L'Histoire Auguste s'est plu à reporter les rumeurs d'adultère de Faustine la Jeune avec un gladiateur, mais il est certain que le couple a été uni et que Marc Aurèle est profondément affecté par le décès en 176 à Halala en Cappadoce de celle que les soldats appellent affectueusement, du fait de sa présence aux côtés de son époux dans les campagnes militaires, Mater castrorum (la Mère des camps)
Ses qualités morales et l'excellence de son éducation le font remarquer par Hadrien, à qui il est apparenté, qui reconnaît en lui un successeur possible.
Trop jeune en 138 pour monter sur le trône, il est, comme César, associé au pouvoir impérial quelques années plus tard, en 140, et accède au plein exercice du pouvoir à la mort d'Antonin le 7 mars 161.
Il associe alors son frère d'adoption Lucius Aurelius Verus à l'Empire qui pour la première fois est dirigé par 2 Augustes.

Son règne est marqué par la recrudescence des guerres sur tous les fronts. Pour l'empereur philosophe converti au stoïcisme, régner consiste surtout à tenter de colmater les brèches qui s'ouvrent dans les frontières d'un Empire immense et attaqué de toutes parts.
Par contre, il entretient la longue période de paix imposée par l'Empire Romain sur les régions qu'il contrôle, période connue sous le nom de Pax Romana...

L'année de son accession au trône les Parthes envahissent les provinces orientales de l'empire (notamment le royaume d'Arménie, protectorat Romain) et l'armée Romaine connaît un premier désastre.
Lucius Aurelius Verus est envoyé en urgence en Orient. Mais l'essentiel de la direction des opérations est confié à 2 excellents généraux, Statius Priscus et surtout Avidius Cassius. Lucius Vérus installe sa cour à Antioche, ce qui lui vaut des accusations de débauche et d'incompétence militaire.
Entre 162 et 166, les Romains reprennent l'avantage et pillent les deux
grandes villes du royaume Parthe, Séleucie du Tigre et surtout la capitale Ctésiphon.

Sur le plan intérieur, il accomplit une œuvre législative importante. Sous son règne les chrétiens subissent d'importantes persécutions.
Ainsi en 165, Justin meurt martyr à Rome et en 177 une persécution a lieu à Lugdunum (martyrs de Lyon dont Blandine).
Les 2 empereurs célèbrent leur triomphe en 166 mais le retour de l'armée Romaine à Rome correspond au déclenchement de la peste antonine, terrible épidémie qui fait de tels dégâts dans la population que certains historiens en ont fait abusivement la cause décisive de la décadence romaine (survenue deux siècles plus tard).
Les conséquences sociales et économiques de cette épidémie sont cependant très graves. Le début du règne connaît aussi de grandes catastrophes naturelles qui marquent fortement les esprits, comme les inondations du Tibre en 161 ou le tremblement de terre de Cyzique qui se produit également en 161.

MARC AURÈLE
À peine la guerre contre les Parthes est-elle terminée qu'une nouvelle menace apparaît aux frontières. Les peuples Barbares installés dans les régions Danubiennes, les Quades et les Marcomans, menacent directement le nord de l'Italie. La menace est si forte que les 2 empereurs se rendent personnellement sur place en 168/169 et passent l'hiver en Aquilée.
En janvier 169 Lucius Aurelius Verus meurt épuisé et malade, laissant ainsi Marc Aurèle comme seul empereur. Il faut plus de 5 années (169/175) à l'empereur pour venir à bout de cette menace. Il s’appuie alors sur des généraux compétents comme son gendre Claudius Pompeianus ou encore Pertinax, le futur empereur.

C'est alors qu'une rumeur de la mort de Marc Aurèle conduit Avidius Cassius, gouverneur d'une large partie de l'Orient, à se proclamer empereur. La fidélité du gouverneur de Cappadoce, Publius Martius Verus, laisse le temps à Marc Aurèle de lever des troupes et de se préparer à marcher sur le rebelle.
En juillet 175 celui-ci est assassiné et sa tête envoyée à Marc Aurèle. Ce dernier juge plus prudent d'effectuer cependant un voyage en Orient avec sa femme, qui meurt en chemin, et son fils Commode.
Il visite la Cilicie, la Syrie, l'Égypte, puis s'en retourne par Smyrne et Athènes où, avec son fils, il est initié aux mystères d'Éleusis.

Le 23 novembre 176 à Rome ont lieu les fêtes du triomphe sur les peuples Germaniques. Éphémère triomphe car dès 177 Marc Aurèle doit repartir guerroyer sur la frontière Danubienne.
C'est lors d'une de ses campagnes sur le Danube, que Marc-Aurèle tombe malade, en Pannonie.
Il meurt le 17 mars 180, peut-être frappé par la peste antonine à Vindobona (aujourd'hui Vienne en Autriche). L'historien Dion Cassius écrit que Marc-Aurèle est empoisonné par ses médecins sur ordre de son fils ambitieux Commode. ???

De l'enseignement que l'empereur a reçu, il fait une philosophie pratique de la vie qu'il expose dans son unique ouvrage Pensées pour moi-même.
MARC AURÈLE PROCÉDANT A UN SACRIFICE
À travers les 12 livres qui composent les Pensées, plusieurs thèmes, souvent sous forme de maximes récurrentes. On a ainsi :
Toutes les choses participent d'un Tout (qu'il nomme parfois L'Un, Dieu, Nature, Substance, Loi, Raison). Nous, les hommes, sommes des parties de ce Tout.
Nous devons vivre selon la Nature, c'est-à-dire en suivant la Loi de la Nature et celle-ci procède de la Providence, donc tout ce qui arrive est nécessaire et utile au monde universel, dont tu fais partie (Livre II).
Cela veut dire aussi vivre en conformité avec la Nature de l'homme qui est raisonnable et sociable. Il faut tendre vers ce qui est utile et bien approprié à la communauté (Livre VII)
La mort fait partie de la Nature, car tout change, tout se transforme, tout, depuis l'éternité, semblablement se produit et se reproduira sous d'autres formes semblables à l'infini (Livre IX).
Ce qui importe c'est le présent, ce n'est ni le futur, ni le passé qui te sont à charge, mais toujours le présent.
« Réfléchis souvent à l'enchaînement de toutes choses dans le monde et à leurs rapports réciproques, elles sont pourrait-on dire entrelacées les unes aux autres et, partant, ont les unes pour les autres une mutuelle amitié, et cela en vertu de la connexion qui l'entraîne et de l'unité de la matière. »
— Marc-Aurèle dans Pensées pour moi-même (VI, 38)
Marc-Aurèle s'inscrit dans un « stoïcisme abouti », c'est-à-dire que l'empereur a suffisamment intégré l'enseignement d'Épictète, Sénèque et Zénon pour prolonger avec adresse la connaissance de cette maîtrise des passions que formule l'enseignement du stoïcisme.
Appliquant cette philosophie, quand il assiste aux jeux du cirque, ostensiblement il ne regarde pas le spectacle mais lit. On disait de Marc-Aurèle qu’il est « la philosophie (stoïcienne) assise sur un trône ».

La reconnaissance de l'harmonie du pneuma, de ce souffle chaud qui traverse notre être pour le mener vers le mouvement de la vie et de son équilibre avec le destin, n'implique aucun fatalisme mais demande une certaine pratique.
C'est à cet art praxis que s'exerce Marc-Aurèle.
C'est de lui, en effet, que nous tenons « cette matière pour la conduite », éthique en réalité très éloignée de l'aspect manichéen qu'impose souvent la morale collective, éthique proche au contraire d'un juste discernement dans nos actes : « la meilleure manière de se venger, c'est ne pas se rendre semblable à ceux qui t'ont fait mal ».

Marc-Aurèle a toujours à cœur de reconnaître au sein de la complexité des relations humaines et des formations même physiques ce que l'homme peut apporter en termes d'équilibre autant pour lui-même que pour le monde.
LA MORT DE MARC AURÈLE
La conduite s'inscrit donc dans une dynamique qui dépasse l'être humain afin de se lier plus étroitement à l'harmonie d'un seul et même monde :
« Toutes choses sont liées entre elles et d'un nœud sacré, et il n'y a presque rien qui n'ait ses relations. Tous les êtres sont coordonnés ensemble, tous concourent à l'harmonie du même monde ».
L'entendement de l'empereur philosophe vient donc promettre un certain accord entre ce qu'il nomme « le génie (ou démon) intérieur », la possibilité d'appréhender la nature par la création, et ce que la nature à son tour crée et détermine. De cette relation naît une certaine sagesse et manière de vivre, une idée de ce que peut apporter l'univers à l'individu, comme ce que l'individu peut apporter à l'univers : « Souviens-toi de la matière universelle dont tu es une si mince partie, de la durée sans fin dont il t'a été assigné un moment si court, et comme un point, enfin de la destinée dont tu es une part et quelle part ! ».

L'empereur philosophe confronte ses obligations politiques avec les valeurs que ses maîtres stoïciens lui ont enseignées, mais aussi avec d'autres références : L'apport philosophique de Platon, Épicure, Démocrite, Héraclite. C'est en ce sens que les textes de Marc Aurèle gardent un intérêt certain. Ils mettent effectivement en exergue une justesse éthique au sein d'une politique où l'art de décider doit toujours s'articuler à cette interrogation : Veux-tu le pouvoir pour le pouvoir ou l'exercice du pouvoir ?
Autrement dit, ton ambition est-elle d'obtenir la puissance, ou d'être capable à travers elle de réfléchir, dire et agir afin qu'un chemin vertueux soit tracé pour la cité ?
Loin d'être simple à mettre en pratique, cette interrogation souligne le souci d'un empereur qui, détenant le pouvoir suprême, continue à s'interroger sur ses propres motivations et intentions plus enfouies. Le fait de s'arrêter de polémiquer pour se demander si ce que l'on essaie de créer relève d'une certaine « bonté » et d'un désir d'aider, ou d'une ambition toute personnelle, conduit l'homme politique à se recentrer et marquer un temps nécessaire dans sa prise de décision.

MARC AURÈLE DANS LA FORCE DE L'ÂGE
Marc Aurèle souligne tout au long de ses écrits les plus hautes valeurs de l'être humain : Prudence, Justice, Courage et Tempérance, qui depuis Platon sont les 4 vertus principales du Philosophe, celles qui assurent la cohérence et la force de ses actions.
L'originalité de son œuvre réside dans le ton personnel des « Pensées pour moi-même », qui témoigne d'une attention aiguë à l'urgence de « vivre pour le bien », c'est-à-dire vivre dignement dans un monde plein de troubles, à l'urgence d'accomplir son rôle d'homme possesseur d'un « génie intérieur »: Forme d'intelligence pour situer la raison et élever son jugement. La précarité de l'existence humaine, la fugacité du temps, de la mémoire, qui engloutit tous les hommes, grands ou petits, dans l'oubli et la mort, la petitesse de l'homme et de la terre dans l'infini de l'univers : Tels sont les grands thèmes de la philosophie de Marc Aurèle. Cette insistance si moderne n'a rien de tragique car l'homme a sa place dans cet univers où chaque être est situé de façon ordonnée.
Par son « génie intérieur », son esprit raisonnable (il ne s'agit pas encore de rationalité), l'homme participe de ce cosmos divin. Il comprend son éternelle transformation. Cette vision élimine donc la peur de la mort qui n'est pas anéantissement mais changement, renouvellement de l'univers. Il faut donc accepter sereinement cet événement naturel. Le but de l'homme est alors de vivre dignement le présent, de jouer son rôle qui est d'être utile au bien commun, car tous les hommes sont liés à la Nature : « Que l'avenir ne te trouble pas car tu viendras à lui, quand il le faudra, avec la même raison que tu utilises pour les choses présentes ». (voilà un discours que nos philosophes auto-proclamés ont depuis longtemps oublié)

Marc-Aurèle manifeste un sens très haut de sa responsabilité dans l'État, et se critique sévèrement lui-même tout en interrogeant sans cesse la finalité de l'action politique : « Prends l'habitude autant que possible, de te demander à quelle fin se rapporte cette action, que désire l'homme qui veut agir ? ». Dans tous les cas, le philosophe insiste très longuement sur l'idée que la vision du Tout, de ses éternelles transformations, élève notre âme. Prendre part à l'équilibre naturel en faisant de sa pensée un moyen pour être en harmonie avec le monde participe à notre propre équilibre. « La vision du Tout » va même au-delà de cette conception de l'équilibre, elle place l'individu dans un rapport complexe avec l'ensemble de l'univers et l'oblige à penser la multiplicité des relations entre un homme et « la totalité de l'existence » (ce qui implique toute vie mais aussi toute durée).
C'est pourquoi le destin ne nous est pas si étranger. Certes, il peut parfois nous dominer mais il n'existe pas sans ses « acteurs » et les hommes en font partie.

Cette vision du tout élimine les fausses représentations, les passions (au sens de la souffrance), en particulier l'ambition, l'orgueil, la colère, et nous amène à être modestes, justes et bienveillants envers chaque homme, notre égal en tant qu'être raisonnable et sociable, qu'il faut écouter en « entrant dans son âme ». L'homme qui suit la raison en tout est « tranquille et décidé à la fois, radieux et en même temps consistant ».
La raison humaine qui est donc « génie intérieur » de l'homme devient cette parcelle de la finalité universelle divine qui est providence et à laquelle l'homme doit agréer car il est, nous l'avons compris, comme une partie dans un tout particulièrement significatif.

Ainsi le bonheur est possible dans ce qui rend la Nature contente d'elle-même, il ne dépend d'aucun bien extérieur mais d'un état d'esprit où l'individu se sent sensiblement capable d'être en paix avec lui-même et avec le monde. Il faut donc suivre son « génie intérieur » et ne considérer comme bien et mal que ce qui dépend de nous car, en réalité, l'on ne peut juger véritablement et avec justice que sa propre conduite. Ce souci éthique d'une « morale individuelle désirée » et naturellement articulée à la collectivité semble être l'apport majeur de la philosophie de Marc-Aurèle.
Il est également central de rappeler l'importance d'une notion chère à l'empereur : l'harmonie, la potentialité d'adjoindre aux manifestations incertaines de l'existence individuelle ou collective, un équilibre menant à une part relative de stabilité, elle-même nous laissant la possibilité de comprendre la Nature et de réfléchir sur notre conduite.

Entre 175 et 176, l'empereur fait un voyage à Athènes et devient protecteur de la philosophie.
Marc Aurèle donne un traitement fixe aux rhéteurs et aux philosophes, assure le recrutement des maîtres, assure au Sénat et avec les plus grands sénateurs « un conseil de réflexion pour la cité », crée 4 chaires d'enseignement pour les grandes écoles philosophiques : l'Académie platonicienne, le Lycée aristotélicien, le Jardin épicurien et le Portique stoïcien.
L'empereur est déjà partisan d'une pensée pour la complémentarité des disciplines scientifiques.
L'empereur, soucieux et inquiet des questions de santé publique, fait au mieux pour empêcher la terrible progression de la peste. Également concerné par les problèmes que posent l'exclusion et l'indigence, il fonde plusieurs établissements éducatifs pour 5 000 jeunes filles pauvres et annule les dettes envers le trésor impérial.
MARC AURÈLE AGE
Pour avoir favorisé le développement de la philosophie, il ne supporte pas « le fanatisme des chrétiens » et ne peut tolérer leur « fétichisme » pour le Christ. Conservateur, il les persécute, jugeant qu'ils sont une menace pour l'unité de l'Empire (ils refusent notamment de brûler de l'encens devant les statues de l'empereur et de prier par les dieux de l'Empire).
Selon Marc Aurèle, le christianisme se sert des passions pour installer une morale sans lien avec la Nature, mais surtout aucunement réfléchie. Malgré sa modestie et sa soif de réflexion, Marc Aurèle sera obligé de guerroyer à travers tout l'empire et ne connaît que 4 ans de paix sur 25. Soucieux de sa sécurité, il renforce la garde prétorienne (la garde de l'Empereur).



Marc Aurèle — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Aurèle
Marc Aurèle (né le 26 avril 121 à Rome et mort le 17 mars 180, probablement à Vindobona) est .... Il échangea avec ce dernier une correspondance qui s'étendit de 139, époque où Marc-Aurèle devint son élève, à 166, année de la mort de ..