vendredi 27 novembre 2015

EN REMONTANT LE TEMPS... 540

20 NOVEMBRE 2015...

Cette page concerne l'année 540 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

LES POÈTES PRE-ISLAMISTES PÈRES FONDATEURS DE LA POÉSIE
ARABE

Imrou'l Qays, de son nom complet Imrou'l Qays Ibn Hujr Ibn al-Hârith al-Kindî est un poète arabe préislamique de la tribu de Kinda, surnommé « le Roi Errant » ou encore Dhû l-Qurûh, « l'Homme aux ulcères ». Il est
probablement né dans le Nejd au début du VIe siècle, et mort aux environs de 550 près d'Ancyre.

Considéré comme le plus grand poète préislamique, classé au premier rang des Classes de Jumahî et figurant à la première place de l'anthologie d'Ibn Qutayba, Imrou'l Qays est resté célèbre ; pour les épisodes marquants de sa vie, fortement teintée de légende, et pour sa Mu'allaqa, systématiquement placée au premier rang des « Sept » malgré sa structure fortement éloignée de la conception classique de la qasida.
La critique lui consacre ainsi une place privilégiée dans la poésie arabe, lui attribuant notamment la paternité de nombreux thèmes poétiques. Sa langue est tenue pour exemplaire et sa poésie est citée dans tous les ouvrages critiques et rhétoriques de l'époque classique.

Les informations collectées sur Imrou'l Qays à partir du VIIIe siècle par les transmetteurs de Kufa se contredisent, et leur fiabilité a été mise en doute dès l'époque. Les détails de sa biographie sont donc incertains et, comme pour la plupart des poètes préislamiques, l'histoire de sa vie est inextricablement liée à la légende...
Le lieu de sa naissance est incertain, mais la plupart des critiques penchent pour le Najd, qu'il décrit abondamment dans sa poésie. Sa date de naissance est estimée aux environs de l'année 500.
Imrou'l Qays est un des fils de Hujr, dernier roi du royaume de Kinda, vassal du royaume de Himyar.
Au début du VIe siècle, les Kinda sont à la tête de la confédération des tribus de Maad et contrôlent le centre et le nord de la péninsule arabique pour le compte du royaume de Himyar. Le premier quart du VIe siècle est marqué par la guerre entre les royaumes de Kinda et d'al-Hira.
Dans les années 520, Al-Hârith Ibn Amr, le grand-père d'Imrou'l Qays, occupe al-Hira. La ville est reprise par le roi Lakhmide al-Mundhir III en 528.
La même année, al-Hârith est assassiné, le pouvoir sur Kinda est alors partagé entre ses 3 fils, dont Hujr, le père d'Imrou'l Qays. Dès le début des années 530, le pouvoir des Kinda est donc anéanti, et la tribu éclate et se disperse dans la péninsule.

Imrou'l Qays a donc grandi auprès de son père Hujr. Son oncle, le poète légendaire de Taghlib, Muhalhil Ibn Rabîʿa, ayant vu en lui les signes d'un grand poète à venir, l'a initié à la poésie. Imrou'l Qays compose des poèmes dès son plus jeune âge, chantant ses idylles adolescentes, ses errances et son amour du vin.
Parmi les femmes dont il est épris, il fait souvent allusion à Fatima Bint ʿUbaïd, à laquelle sa mu'allaqa est en grande partie consacrée.
La légende rapporte que les frasques du poète et sa passion pour la poésie, surtout la poésie érotique, lui attirent les foudres de son père et lui valent d'être chassé de la demeure paternelle
Imrou'l Qays erre donc parmi les tribus en continuant de s'adonner aux femmes et à la boisson, accompagné d'une clique composée de marginaux originaires de Bakr, de Kalb et de Tayyi'.
Il a appris le meurtre de son père Hujr par la tribu des Asad, à la fin d'une beuverie mémorable... Il jure alors de se venger.
Aidé par les tribus de Bakr et Taghlib, il réussit à infliger de cuisantes défaites aux Banu Asad. Mais quand ses alliés considèrent qu'il est suffisamment vengé, ils l'abandonnent.

C'est alors que commence la période d'errance qui vaut à Imrou'l Qays son surnom de « Roi errant ». Il voyage de tribu en tribu à la recherche d’alliés d’abord, puis à la recherche d’un protecteur contre le roi d'al-Hira qui a envoyé des troupes après lui.
C’est ainsi qu’il arrive chez Samaw'al, prince de Tayma, qui lui donne refuge dans son château d'al-Ablaq. La légende raconte qu'il se rend ensuite à Constantinople, où il est introduit auprès de Justinien.
L'empereur l’a bien accueilli et lui a offert une armée pour l'aider à récupérer son trône et venger la mort de son père.
Il est sur le chemin du retour, lorsque Justinien apprend qu'il a séduit sa fille... Imrou'l Qays est déjà près d’Ancyre, quand un émissaire de l'empereur Byzantin le rattrape pour lui remettre un cadeau : Une tunique empoisonnée.

Dès qu'il la vêt, son corps se couvre d’ulcères et entraîne sa mort.
Il tire de cette légende son surnom de Dhû l-Qurûh, « l'Homme aux ulcères », surnom par lequel il est connu dès la fin du VIe siècle.

Il existe plusieurs versions, plus ou moins romancées, de la vie d'Imrou'l Qays. Les 4 épisodes récurrents sont :
L'expulsion de la demeure paternelle.
La vengeance contre les Banu Asad.
La rencontre avec Samaw'al.
Le voyage à Constantinople.
L'empereur Justinien n'a pas de fille, ce qui porte un coup sévère à l'authenticité de la dernière aventure d'Imrou'l Qays, cependant la réalité de son voyage à Constantinople fait encore débat parmi les critiques et les historiens... Il séjourne aussi à Byzance (Istanbul), auprès de Justinien le Grand, sûrement dans le but d'obtenir un soutien pour restaurer le royaume. Mais, arrivé à Ankara, il meurt d'une espèce de variole, empoisonné par une tunique de laine tissée d'or envoyée par Justinien, soit parce que sa fille était tombée amoureuse du poète, soit parce que l'empereur redoutait une traîtrise après avoir accordé son aide. Sa dépouille se trouve en Turquie a Ankara...

Comme de nombreux poètes Bédouins de la Jâhiliyya, Imrou'l Qays a eu un djinn inspirateur, appelé Lâfiz Ibn Lâhiz, « Articulant fils d'Observant » qu'il rencontre dans une vallée reculée du désert du Najd appelée Wâdî ʿabqar. Deux traditions sont souvent citées pour expliquer la place prééminente d'Imrou'l Qays dans la poésie arabe.
La première, attribuée au Prophète, dans des termes qui varient selon les auteurs, porte un jugement de valeur sur Imrou'l Qays et fait de lui le « chef de file et le porte-drapeau des poètes »
L’autre, attribuée à ʿAlî, vante son habileté artistique et affirme que sa supériorité tient précisément au désintéressement de sa production poétique. (cela ressemble surtout à de la récupération car environ 100 ans séparent l'un des autres.)

Son diwân est collecté et transmis à partir du VIIIe siècle par les transmetteurs de Basra et Kufa :
al-Asmaʿî (28 pièces), al-Sukkarî (68 pièces), al-Mufaddal al-Dabbî, dont la recension est approuvée par son disciple Ibn al-Aʿrâbî, ou encore Abû ʿAmr al-Shaybânî, autre disciple de Mufaddal.
Parmi les poèmes attribués à Imrou'l Qays, c’est la mu'allaqa qui a suscité le plus d’intérêt chez les littérateurs de l'époque classique.
Sa qasida est la première des Mu'allaqât. En voici les premiers vers, traduits par Heidi Toelle
« Arrêtez vos montures, vous deux, et pleurons au souvenir d'un campement Aux confins en courbe des sables entre Dakhûl et Hawmal, Tûdih et l-Miqrât. Ses traces ne se sont pas effacées encore
Grâce au tissage du vent du sud et du vent du nord

Sur ses aires et sur ses terrains plats, tu vois,
Tels grains de poivre noirs, les crottes des gazelles blanches.
Et ce fut, comme si au matin de la séparation, le jour où ils levèrent le camp, Près des acacias du clan où la coloquinte égrenait,
Mes compagnons arrêtaient sur moi leurs montures :
« Ne te laisse pas mourir ! Fais bonne figure ! »

Alors qu'une larme versée m'aurait, seule, consolé !
Mais face à des traces qui s'effacent une larme peut-elle aider ? »

D'autre vers

Le mont Thabîr, quand le toucha le mufle de l'averse eut un air de seigneur qui se drape dans son manteau rayé
Pareille demain matin sera la cime du Mujaymar à la rotation d'un fuseau et pareils à des bulbes d'oignons sauvages les lions noyés cette nuit dans les aires
lointaines seront projetés dans le désert de Ghabît' comme un marchant du Yémen décharge sa pacotille.

Imrou l-Qays, Abu Firas Al Hamdani, Charles d’Orléans : des poètes au sang bleu
Nos amis les princes !

« L’art poétique, disait un vieux comparatiste, a pris son élan, pour la première fois, grâce à un prince. Et c’est étrangement un autre prince qui a donné, quelques siècles plus tard, le coup de grâce à ce même élan !
Le premier n’était autre qu’Imrou l-Qays (500-540), poète à l’architectonie imposante, qui n’a cessé de faire sa loi depuis 15 siècles. Le verbe, majestueux et fluide, l’autorise même à entreprendre l’impossible, y compris à prétendre encore au royaume de Kinda, celui de son père, après qu’il en soit déchu.
Le deuxième, torrentiel et subtil à la fois, est Abu Firas Al-Hamdani (932-968), ce jeune prince qui veut désespérément se tailler une place dans un royaume déjà ensablé, sur le point de tomber entre les mains des Byzantins, dans le nord de la Syrie.
Les deux, dit-on formellement dans les manuels de littérature arabe, ont du sang bleu dans les veines, un sang qui n’est pas près de perdre ses qualités premières !
Selon certains comparatistes, un tracé généalogique de ce genre a bel et bien existé, quoique à moitié, dans la poésie Française. Toutefois, on ne s’est pas encore donné la peine de chercher l’autre tranche qui permettrait de fermer ce cycle tout de miracle et d’enchantement.

Charles d’Orléans (1394-1465), pour son bonheur ou pour son malheur, a donc été ce poète à ouvrir le jeu, en littérature Française, sans pour autant avoir de successeur en mesure de boucler la boucle. Et pourquoi ne pas chercher ce prince poète qui prendrait le relais du moment qu’il ne s’agit là que d’un procédé de langage de la part des comparatistes ?
Il est bien poète de sang royal, dont la jeunesse et une partie de l’âge adulte sont faites de guerres, de prison et d’exil en Angleterre.

Imrou l-Qays, lancé dans une entreprise hasardeuse, se montre plein de fougue, ne recule devant rien...
« Ne donne pas libre cours à tes larmes, disait-il dans une tournure métaphorique superbe, c’est un royaume auquel nous aspirons ou c’est la mort, et ce jour-là, la vie nous pardonnera ! »
Il s’est promis, à la suite de l’assassinat de son père, de prendre sa vengeance, en vain. Il doit mourir sur le chemin du retour de Byzance où il est allé demander de l’aide.
Dans ses Rumiat, poèmes composés durant sa captivité à Byzance, Abu Firas fait montre d’un lyrisme enchanteur, teinté çà et là d’une certaine assurance orgueilleuse.
« Pas de juste milieu, dit-il, c’est la vie ou bien c’est la mort ! » Donc, plutôt que de s’assagir et de considérer les changements sociopolitiques qui se sont opérés dans sa propre principauté durant son absence, il se complaît dans le rôle de guerrier illuminé en mettant le monde sens dessus dessous, et il finit, bien sûr, assassiné comme un va-nu-pieds.

Charles d’Orléans, en revanche, doit opter pour une vie de tranquillité dès son retour parmi les siens en 1440. Il ne cherche point à venger son père. Pourtant, il s’est juré solennellement de le faire à la suite de l’assassinat de ce dernier en 1407. Sa longue captivité a fait de lui, entre-temps, un homme diamétralement opposé à ce jeune prince qui, durant des années, combat farouchement l’occupation Anglaise.
En outre, aucune action n'est entreprise de sa part en vue de restaurer un semblant de royaume. La bataille d’Azincourt, en 1415, faut-il le rappeler, coupe court à tous ses espoirs, et 25 ans dans les geôles Anglaises finissent par éroder sa fougue et son impétuosité à tout jamais.
Charles d’Orléans, dans l’attente de recouvrer sa liberté un jour, s’est mis à faire des vers en latin, en français et en anglais. Ses compatriotes, subissant encore les retombées de la débâcle d’Azincourt, attendent, avec passion et ardeur, le retour du preux chevalier qui a enflammé, un jour, leur cœur dans la lutte contre l’occupant Anglais.
On devine d’ici leur cruelle déception. Des poètes, venus de tous les horizons, ne cessent d’élire domicile au château de Blois, propriété de Charles d’Orléans transformée en une espèce d’académie de poésie...
Même le trublion François Villon (1431-1463), signale-t-on, faisait partie du lot. Ce changement radical, on ne se l’explique pas encore.
La guerre, en tant que telle, n’étant pas une partie de chasse ou de plaisir, excepté pour les assoiffés de sang, l’homme qui s’y engage est donc tenu de fournir des explications, de clarifier ses motivations, à moins que celles-ci soient déjà apparentes. Dans le cas de Charles d’Orléans, le poète a bien supplanté le prince guerrier. La preuve, on ne trouve pas, dans sa poésie, de mêlée confuse, de sang ou de coursiers effrénés comme cela est le cas dans la poésie d’Imrou l-Qays et de Abu Firas.
Chez lui, c’est le lyrisme simple et béat qui prime : Le soleil qui se lève et se couche, les gouttes de pluie qui scintillent, la neige, les belles femmes et les douces paroles ; bref, ce qu’il y a de plus candide dans la vie d’un prince bien entouré. En matière de poésie, depuis que celle-ci existe, les nantis comme les démunis, les princes comme les gens du peuple ont toujours été conviés, sur un pied d’égalité, à sa table somptueuse, à folâtrer, à papillonner dans ses jardins enchanteurs. Ceux qui exercent ce beau métier appelé lecture et qui ayant un sang normal dans les veines, arriveraient-ils un jour à comprendre le pourquoi de certains comportements qui dérogent à la règle générale du commun des mortels ? »

« L’influence des poètes arabes préislamiques sur la naissance de l’amour courtois chez les troubadours de langue d’oc »

La Mecque, réalise des bénéfices considérables en tant que siège à la fois de la foire et du pèlerinage païen à la Kaaba.
Les joutes poétiques qui s’y tiennent périodiquement favorisent la formation
d’une langue arabe intelligible par un nombre croissant d’habitants de la péninsule. Dès l’origine de la constitution d’une première identité, nous avons donc comme éléments principaux la langue d’une part et la poésie de l’autre.
Cette importance de la parole dans le patrimoine culturel arabe s’explique aisément par le milieu géographique dans lequel les Bédouins se déplacent et par le caractère précaire de leur existence. La poésie comme la musique sont des formes traditionnellement bien en accord avec une existence nomade. Les premières joutes poétiques connues sont celles de Ocazh, une petite bourgade
située entre Taif et Nakhla, au IIIe siècle de notre ère.

Les tribus Bédouines ont pris l’habitude de se retrouver périodiquement, de conclure une trêve générale pendant laquelle cessent leurs querelles. Cette trêve est l’occasion d’entendre les poètes des différentes tribus réciter leurs œuvres mais aussi confronter leurs jugements en matière de langue, ce qui a pour effet d’affermir, d’identifier et de consolider une langue arabe unique. Ces joutes poétiques originelles sont fondamentales et représentent la première étape de la formation d’une identité arabe. L’histoire de la poésie arabe commence certes avec la fondation de l’Islam, mais aussi, avant la
Révélation, avec l’identité arabe préislamique, celle du temps de la djihillyia, des siècles antérieurs au VIIe
L’unité linguistique de haut niveau littéraire qui existe dès l’époque préislamique est le vecteur porteur par excellence d’un imaginaire collectif, dont témoignent les muallaqates, textes poétiques primés lors des concours et des joutes oratoires entre tribus et affichés aux parois de la Kaaba... Le vers arabe classique comprend deux éléments : Le mètre et la rime. Celle-ci reparaît à la fin de chaque distique (le bayt).

Contrairement à la conception occidentale du vers, le vers arabe n’est pas formé d’une seule entité rythmique, mais d’éléments de même mesure, qui constituent deux entités bien différenciées, grâce à la présence, à la fin de chacune d’elles, de la rime. Selon la tradition classique, la rime est l’homophonie de la dernière syllabe du distique et court d’un bout à l’autre du poème auquel elle confère une unité musicale envoûtante et un caractère éminemment invocatoire.


Imrou'l Qays — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Imrou'l_Qays
Activité principale. Poète arabe préislamique ... Dans les années 520, Al-Hârith Ibn Amr, le grand-père d'Imrou'l Qays, occupe al-Hira. La ville est reprise par le …

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Le premier n'était autre qu'Imrou l-Qays (500-540), poète à l'architectonie ... durant des années, combattit farouchement l'occupation anglaise En outre, aucune ...

EN REMONTANT LE TEMPS... 541

19 NOVEMBRE 2015...

Cette page concerne l'année 541 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

TOTILA UN GÉNÉRAL DEVENU UN ROI FORT RESPECTABLE

Vers 535 la faiblesse de la position des Ostrogoths en Italie devient alors évidente. L'empereur Byzantin Justinien s'est toujours efforcé de restaurer autant que possible le pouvoir impérial sur la totalité du bassin Méditerranéen : Il ne rate pas cette occasion d'intervenir.

A cette date il charge son meilleur général et ami, Bélisaire, d'attaquer les Ostrogoths. Bélisaire envahit rapidement la Sicile, prend Palerme puis débarque en Italie où il prend Naples, puis Rome en 536.
Puis il marche vers le nord et prend Mediolanum (Milan) et Ravenne, la capitale des Ostrogoths, en 540.

C'est alors que Justinien offre aux Goths un arrangement généreux (de loin trop généreux aux yeux de Bélisaire) : Le droit de maintenir un royaume indépendant dans le Nord-Ouest de l'Italie, mais à la condition qu'ils s'acquittent d'un tribut de la moitié de leur trésor à l'Empire.
Bélisaire transmet le message aux Goths, bien que lui-même ne l'approuve pas. Les Goths, qui ne font pas confiance à Justinien, craignent un piège, mais parce que Bélisaire s'est si bien comporté à leur égard lors de sa reconquête de l'Italie, ils acceptent de reconnaître cet arrangement si Bélisaire donne son approbation. Cette situation conduit à une impasse.

Une faction de la noblesse Gothique tranche : décrétant que leur propre roi qui vient d'être vaincu, Vitigès, est un lâche et qu'ils ont besoin d'un nouveau souverain, ils se tournent vers Bélisaire.
Éraric, leur chef, offre la couronne à ce dernier. Bélisaire est un soldat fidèle à Justinien et non un homme d'État. Il fait semblant d'accepter l'offre, se rend à Ravenne pour s'y faire couronner, mais il fait promptement arrêter les chefs Goths.
Ensuite, il réclame l'intégralité de leur royaume pour Byzance... Justinien est furieux : Les Perses ont attaqué l'Empire d'Orient à l'Est et il désire qu'un État neutre et stable serve de tampon entre la frontière de ses possessions Occidentales et le royaume des Francs. Ces derniers, en effet, sont étranges et paraissent hostiles à l'égard de la cour orientale. Bélisaire est alors rappelé et envoyé en Orient contre les Perses. Il laisse un nommé Jean, officier Byzantin, gouverner temporairement l'Italie.

En 545, quand il peut enfin retourner en Italie il trouve une situation considérablement changée : Éraric a été assassiné et la faction pro-Romaine de l'élite Gothe a été renversée.

Depuis 535, Justinien a entrepris de reconquérir l'Italie ostrogothique. En 540, il a repris la capitale, Ravenne. Mais les Ostrogoths résistent et élisent en 541 un jeune prince, Badvila ou Totila. Dès le début, celui-ci est victorieux à Faenza, puis il reprend la Toscane, l'Ombrie et l'Italie du Sud. Naples tombe entre ses mains. Ses succès sont dus à ses talents militaires, mais aussi à ses qualités humaines. Totila se présente comme le défenseur des Italiens soumis à la domination de l'étranger Grec. Il esquisse même une « révolution sociale » en libérant les esclaves employés sur les grands domaines. Selon Grégoire le Grand, il a rendu visite à Benoît de Nurcie, abbé du Mont-Cassin.

Totila est, après Théodoric, le plus prestigieux souverain Ostrogoth, comme en témoigne l'historien Grec Procope de Césarée, qui vante ses qualités.

TOTILA RASANT LES MURAILLES D'UNE VILLE
En 541, les Ostrogoths ont élu un nouveau chef Totila, ce « nationaliste » Goth, brillant général, a repris toute l'Italie du Nord et a chassé les Byzantins hors de Rome.
Bélisaire reprend alors l'offensive : Il dupe Totila pour reprendre Rome, mais perd à nouveau la cité après que Justinien, jaloux et craintif de sa puissance, lui supprime approvisionnements et renforts.
Le général, vieilli, est alors contraint d'assurer la défense par ses propres moyens.

En 548 Justinien le remplace par le général eunuque Narsès en qui il a plus confiance. Narsès ne déçoit pas Justinien.
Totila est massacré lors de la bataille de Taginae (Gualdo Tadino) en juillet 552 et ses partisans Teia, Aligern, Scipuar et Gibal sont également tués ou se rendent lors de la bataille de Mons Lactarius en octobre 552 ou 553.

Widhin, le dernier chef attesté de l'armée Gothique se révolte à la fin des années 550 avec une aide militaire minimale des Francs et des Alamans. Le soulèvement est sans conséquences : Les Ostrogoths se soulèvent à Vérone et à Brescia mais la révolte prend fin avec la capture de son chef, en 561.
Widhin est finalement conduit à Constantinople pour y être exécuté en 561 ou en 562. Une minorité, soumise aux Byzantins et convertie au christianisme nicéen, survit à Ravenne.

Totila, roi des Ostrogoths , surnommé Baduella , est duc de Frioul en 541 , pendant les règnes d'Hildibald et d'Éraric.
La monarchie des Ostrogoths, ébranlée par les victoires de Belisaire ne comprend plus, à cette époque, que les provinces situées entre le Pô et les Alpes. Des divisions intestines ont éclaté entre les chefs de cette nation, et Totila, neveu de l'avant-dernier roi Hildibald , craignant d'être à son tour victime des assassins de son oncle, entre en négociation avec les Grecs, mais avant que le traité soit conclu, à la fin de l'année 541 , les Goths massacrent Éraric, et proclament Totila à sa place.
Ce jeune prince , dont la Prudence égale la valeur, doit cependant ses premiers
succès aux divisions des généraux Grecs qui lui sont opposés, bien plus qu'au courage de ses troupes...
Les Goths sont tellement abattus par leurs précédentes défaites , qu’ils abandonnent, à l’approche de l'ennemi , les villes les plus fortes.
C'est au hasard seul que Totila doit, en 542 , la conservation de Vérone, et ce succès, peu glorieux, lui ayant donné le moyen de rassembler une armée de
5 000 Goths, va chercher les Grecs qui se sont retirés près de Faenza, avec une armée non moins forte, il les attire dans une embuscade et les bat, après quoi, il entre en Toscane, où il est entouré par des forces supérieures, mais une terreur panique, qui saisit ses ennemis, le délivre de leur armée.
Les prisonniers que fait Totila dans cette occasion étant presque tous des soldats mercenaires et sans patrie, il les détermine aisément à se ranger sous ses étendards.
Alors , avec une armée plus respectable, il s'avance dans le midi de l'Italie, quoique aucune ville ne veut lui ouvrir ses portes. Il prend Bénévent, dont il rase les murailles, et ensuite Cumes, où les femmes de plusieurs sénateurs Romains se sont retirées. Il les renvoie généreusement à leurs maris, sans qu’on leur fasse aucun outrage.
Naples, qu’il a longtemps assiégée, et que les Grecs ont vainement tenté de ravitailler, se rend à Totila,

En 543, le généreux vainqueur traite lui-même, avec une rare humanité, le régime de ses ennemis, afin qu’en passant tout-a-coup d’une extrême disette à une extrême abondance, ils ne soient pas victimes de leur voracité Totila, en étendant chaque jour son gouvernement sur des provinces nouvelles, fait bénir sa justice,tandis que l'Italie entière accusait les Grecs d'avarice, de débauche et de cruauté... Totila qui ne veut point affaiblir son armée en en détachant des garnisons, et qui rase partout les murs des villes , pour n'être pas exposé à les reprendre une seconde fois, a besoin de compter sur l'affection des habitants.

En 545 , Justinien sent la nécessité de rappeler Bélisaire de la guerre de Perse, pour l’opposer à Totila, mais il lui donne si peu de soldats et d'argent, que ce grand général ne peut empêcher le roi Goth de prendre Spolète, Assise, Pérouse, Plaisance et enfin Rome elle-même... Presque sous les yeux de Bélisaire , qui est alors à Porto.
La capitale de l'empire, avant d’être livrée aux Goths, a éprouvé les dernières extrémités de la faim et de la misère, la veuve de Boèce, Busticiana , après avoir distribué son immense fortune aux pauvres, s'est trouvée réduite elle-même à mendier son pain. Quoique cette dame illustre a fait renverser dans tous les quartiers de la ville les statues de Théodoric, par une vengeance tardive du supplice de son mari et de son père, Totila ordonne qu’elle soit traitée avec respect.
Le roi goth, voulant ensuite marcher dans la Lucanie, fait abattre les murailles de Rome, afin de n’être pas obligé d’y laisser une garnison. On assure qu’il veut aussi raser les plus somptueux édifices de cette ville, de crainte que les Grecs ne s'y fortifient ensuite contre lui, mais Bélisaire lui écrit pour le conjurer de respecter ces monuments d’une gloire passée, et Totila préfère le culte des souvenirs à son propre intérêt.

S. Reinach fait une communication intitulée :
TOTILA DEVANT SAINT BENOIT DE NURCIE
Un projet de Totila. Il rappelle que Totila, roi des Goths dans l'intervalle entre les 2 conquêtes de l'Italie par les Byzantins, réagit contre la politique d'assimilation suivie par Théodoric et ses successeurs. Il a même l'idée d'abolir en Italie la langue latine et d'y faire enseigner celle des Goths par des professeurs de cette nation. Cela ne se lit, il est vrai, dans aucun auteur Grec ou Latin que nous possédions, mais M. Reinach montre que le cardinal Jean de Médicis, plus tard Léon X, recueille un témoignage à cet effet dans un manuscrit Grec aujourd'hui perdu et le cite devant un humaniste du temps, Alcyonius, qui nous l'a transmis. Seulement, le futur pape attribue le projet en question à Attila, qui ne peut, étant Hun songer à répandre la langue Gothe.


Royaume ostrogoth — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Royaume_ostrogoth
Le Royaume ostrogoth est un des royaumes goths fondés en Europe par une ... La Provence fut ajoutée au domaine du nouveau roi ostrogoth, Athalaric, petit-fils de ... En 541, les Ostrogoths avaient élu un nouveau chef Totila ; ce « nationaliste ... descendre des Ostrogoths contraints de quitter l'Italie dans les années 550, ...

personnages du 6ème siècle/7
www.lulupersonnagehist.fr/du6emeau12eme/personnage6eme7.htm
Au début de l'année 568, peut-être par méfiance des Avars, mais aussi au .... Éraric dit le Ruge (?-541). Roi des Ostrogoths d'Italie. Il succéda à Hildebad après ...

EN REMONTANT LE TEMPS... 542

18 NOVEMBRE 2015...

Cette page concerne l'année 542 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

UN FLÉAU BIEN CONNU : LA PESTE !

La peste de Justinien est une pandémie de peste qui a sévi entre 541 et 767 dans tout le bassin méditerranéen, avec un épisode paroxysmique jusqu'en 592. Des analyses menées en 2012 lors de la fouille d'une nécropole en Bavière ont confirmé que l'agent pathogène est « Yersinia pestis ».

Selon Procope de Césarée, l'épidémie débute en Égypte en 541 pour atteindre Byzance au printemps 542 où elle fait plus de 10 000 morts par jour, elle suit les voies de commerce du bassin Méditerranéen, ravage à plusieurs reprises l’Italie, les côtes Méditerranéennes, remonte le Rhône et la Saône, atteint même l’Irlande et la Grande-Bretagne.
Par la suite, elle se propage aussi à l'est, ravageant la Syrie et la Mésopotamie.

Selon Évagre le Scolastique dans son Histoire ecclésiastique, l'épidémie débute en Éthiopie, puis remonte en Égypte, en Palestine, en Syrie pour atteindre Constantinople en 542, lors de la 15e année du règne de Justinien.
Grégoire de Tours en parle plusieurs fois dans son Histoire des Francs. Il la cite à Arles en 549 :
« Cette province est cruellement dépeuplée »,
A Clermont (« Clairmont ») en 567 : « un certain dimanche, on compta 300 cadavres dans la cathédrale ».
Pendant l’hiver de 589, la peste de Justinien frappe lourdement Rome et lorsque le pape Pélage II, atteint à son tour, meurt le 8 février 590, la terreur des Romains est à son comble.

La peste de Justinien a des conséquences majeures pour l'histoire de l'Europe et de la Chrétienté :
L'épidémie surgit à une période cruciale pour l'Empire Byzantin. Celui-ci, à son apogée sous Justinien est en voie de reconquérir l'Italie et la côte Occidentale de la Méditerranée, cela a signifié, en cas de succès, le retour à un Empire Romain unifié, pour la première fois depuis 395.
La peste met un coup d'arrêt aux visées de Justinien en frappant ses troupes, dès lors incapables de se déplacer... Quand l'épidémie s'apaise, ses troupes restent en Italie mais ne peuvent faire mouvement vers le nord.
Justinien parvient à conserver l'Italie mais, après sa mort, celle-ci est perdue pour l’Empire Romain d'Orient qui n'en conserve que la partie méridionale. L'invasion des Lombards au nord de l'Italie inaugure un très long cycle de guerres et de divisions pour la péninsule face aux visées des puissances transalpines, période qui ne s'achève qu'au XIXe siècle avec la réunification de l'Italie.

En affaiblissant durablement l'Empire Byzantin mais aussi l'Empire Sassanide, elle a joué un rôle non négligeable dans la fulgurante expansion de l'islam quelques décennies plus tard, lors des guerres Arabo-Byzantines et de la conquête musulmane de la Perse.

Elle a facilité la conquête par les Anglo-Saxons de la Bretagne insulaire : Alors que les tentatives d'invasion par les Saxons ont été infructueuses jusque-là, elles aboutissent enfin dans les années 550.

Du VIe au VIIIe, du XIVe au XVIIIe, puis du XIXe au XXe siècle… L’humanité a subi 3 grandes vagues mondiales de peste. Chacune a eu des effets dévastateurs en termes démographiques. Mais plusieurs historiens ont souligné qu’elles ont exercé d’autres conséquences : Économiques, militaires, sociales et religieuses.

Quand les empires vacillent :
La première peste historiquement attestée atteint le Moyen-Orient et l’Europe en 541, sous le règne de l’empereur Byzantin Justinien, d’où son nom de peste de Justinien.
Selon le chroniqueur Hellène Évagre d’Épiphanie, la maladie frappe d’abord l’Égypte, puis se propage par les routes commerciales à la Palestine, la Syrie, contaminant Constantinople en 542.
La capitale Byzantine, alors riche d’un demi-million d’habitants, perd en un été, rapporte-t-on, 40 % de sa population.
La même année, la peste gagne les ports d’Europe Occidentale, prend pied en Gaule.

La peste a aussi mis le cap sur l’est : La Perse, ennemie jurée de Byzance, est atteinte. Les deux superpuissances de l’époque vacillent. En Syrie centrale, dans le désert du Néguev, dans la si prospère Lybie qui fournissait autrefois à l’Italie la quasi-totalité de ses céréales, des zones arides conquises par des communautés monastiques et villageoises à grand renfort d’irrigation se vident totalement de leurs habitants.
Le fléau contraint à l’abandon des fermes, il entraîne l’avancée massive du désert, l’effondrement des routes commerciales et le dépeuplement des centres urbains... Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que le Maghreb et le Machrek retrouvent leur niveau de population d’avant 540 !!!

Vide démographique, effondrement des recettes fiscales permettant de payer les armées… L’affaiblissement des deux empires sera une des raisons de l’expansion foudroyante de l’islam.
Au siècle suivant, les armées du Prophète abattront la Perse et manqueront de peu de conquérir Byzance, qu’elles amputeront de ses territoires Moyen-0rientaux.

Dès cette première épidémie, on observe clairement divers processus. D’abord, l’affaiblissement des deux empires affectés n’est pas seulement démographique. Il est aussi et tout à la fois administratif, politique, économique, militaire et social.
Quand le tiers d’une population est emportée, certains corps de métiers sont décimés à tel point que des corporations cessent d’exister, des savoir-faire de se transmettre.
Pour peu qu’un seuil critique de membres de l’élite soient morts ou partis se réfugier sous des cieux plus cléments, c’est toute l’administration des villes et des États qui s’effondre, à l’heure où l’organisation devient cruciale.
Car la société entre en guerre contre l’épidémie et son cortège funèbre : famines et troubles sociaux se multiplient.

En 542, alors que Constantinople compte 10 000 morts par jour, l’historien Byzantin Procope de Césarée rapporte que « les domestiques n’ont plus de maîtres et les personnes riches n'ont point de domestiques pour les servir. Dans cette ville affligée, on ne voit que maisons vides, et que magasins et boutiques qu’on n’ouvre plus. Tout commerce pour la subsistance même est anéanti. »
L’empereur Justinien lui-même tombe malade... Il survit.
Il charge son référendaire Théodose de « tirer du Trésor l’argent nécessaire pour distribuer à ceux qui sont dans le besoin ». Il faut mobiliser des armées de fossoyeurs pour nettoyer les rues, évacuer les cadavres des maisons contaminées, creuser de gigantesques fosses communes... On recrute des soldats pour défendre les magasins alors que la famine menace, d’autres pour limiter les activités de pillage des maisons des riches défunts ou en fuite.
La peste frappe indifféremment toutes les couches sociales, mais apparemment plus les hommes que les femmes, à l’exception des femmes enceintes, cibles privilégiées de la maladie.

Pourquoi certaines personnes sont-elles plus affectées que d’autres ? Nul n’en sait rien. Ce n’est qu’une des nombreuses énigmes posées par cette épidémie, qui affecte de préférence, au cours de ses crises, des segments déterminés de l’espèce humaine : Jeunes ou personnes âgées, hommes ou femmes… Reste que les riches semblent plus épargnés que les autres.
Plus tard, une croyance établira un lien entre le fait de porter un diamant et celui d’être épargné par la maladie.
Nul besoin de croire en la magie des pierres pour expliquer la genèse d’une telle croyance. On retrouve là un schèma classique de l’épidémiologie : Meilleure hygiène, capacités financières permettant de se retrancher derrière des murs ou dans une maison de campagne, sollicitation d’avis médicaux de meilleure qualité… En matière d’épidémie comme en d’autres, avoir de l’argent implique de détenir de meilleurs atouts...

Ce n’est pas la première fois qu’une épidémie ravage les sociétés d’Asie Occidentale et d’Europe, et les savants se tournent vers les auteurs qui les ont précédés pour essayer de comprendre la nature de l’adversaire et de connaître les remèdes à lui apporter.
D’abord la Bible, plus précisément le Livre des Rois, qui décrit le fléau qui s’abat sur les Philistins après qu’ils aient dérobé l’arche d’alliance aux Hébreux, ainsi qu’une autre épidémie, qui ravage les troupes du roi Assyrien Sennachérib lorsqu’il assiège Jérusalem et le contraint à la retraite.
Du côté des classiques antiques, Thucydide a narré vers 430 avant l’ère chrétienne le déroulement de la peste d’Athènes (dont on estime aujourd’hui qu’il s’agissait du typhus).
La maladie frappe la puissante cité à son apogée, emportant le quart de la population et tuant notamment Périclès, lors de la guerre contre Sparte.
Elle vaut à Athènes une sévère défaite, bien que les Lacédémoniens, atteints à leur tour par le fléau, aient été obligés de lever le siège.

Ont suivi les « pestes » de Syracuse (en 396 avant l’ère chrétienne, qui décime l’armée Carthaginoise assiégeant Syracuse), et surtout celle d’Antonin : active de 167 à 180 de l’ère chrétienne, cette épidémie a probablement été rapportée de Méditerranée Orientale par les armées victorieuses de Lucius Verus.
Elle connaît une diffusion explosive dans tout l’Empire Romain, véhiculée par les populations de tous les horizons venues assister au triomphe (défilé militaire pharaonique organisé à Rome).
On relève déjà des conséquences militaires : Elle rend plus difficile la lutte de Marc Aurèle contre les Germains et coûte finalement la vie à l’empereur en 180.
Si tous ces épisodes pandémiques sont invariablement qualifiés de peste par les auteurs antiques, ils relèvent probablement d’autres épidémies… Typhus et dysenterie accompagnent souvent les armées en campagne. Rougeole ou scarlatine ne sont pas non plus à exclure.

Les textes font peu état de remèdes. Le seul vraiment utilisable est le conseil donné par Hippocrate : « Pars, vite, et loin. » Que faire ? Du côté chrétien, on applique des réponses élémentaires. Les auteurs antiques rendent les miasmes, des infections aériennes, responsables de la propagation des fléaux. On évacue dans la mesure du possible tout déchet susceptible de véhiculer de tels miasmes, on interdit sporadiquement des activités jugées sales : Boucherie, tannerie… La seule lutte concevable, en l’absence de toute notion de contamination, est de purifier l’environnement des mauvaises odeurs et des gens sales.

Dans le contexte de l’islam naissant, le Coran impose pour sa part aux musulmans de ne pas chercher à se rendre dans une zone contaminée, mais aussi de ne pas fuir la maladie si celle-ci envahit le lieu où ils se trouvent. Ces prescriptions ont peut-être limité la diffusion de la maladie dans l’Empire Oméyyade. Il est très probable qu’elles épargnent à l’Empire Byzantin une défaite prématurée devant les troupes du calife Omar, car la peste ravage Constantinople au moment où les armées arabes s’apprêtent à sauter le Bosphore pour s’en emparer.
Respectant la consigne divine de ne pas se rendre en zone d’épidémie, les armées de la nouvelle religion tournent casaque.

Le cadre mental d’interprétation, dans le christianisme, est formaté par un passage de l’Apocalypse selon Jean qui estime que le règne de l’Antéchrist verra un fléau emporter le tiers de la population. Au VIe comme au XIVe siècle, les chroniqueurs vont en conséquence estimer que le tiers de leurs contemporains a péri… Alors que ces deux flambées ont peut-être emporté davantage de victimes : 30, 40, 50 % de la population… Nul ne saurait aujourd’hui l’estimer.
Ce qui est sûr, c’est que la démographie chute : Aux morts emportés directement par la maladie, s’ajoute le déficit de naissances consécutif au décès massif de reproducteurs potentiels… Sans compter que la maladie refrappe plusieurs siècles durant, à intervalles réguliers, au fil de cycles qui peuvent compter 5, 10, 12 ou 20 ans.
Dans ce contexte s’inscrit la phrase de Procope, qui estime que « L'épidémie détruisit presque tout le genre humain ».
S’y ajoutent aussi des maladies opportunistes, qui exploitent la faiblesse des corps humains et sociaux pour se diffuser à leur tour : A partir de 570, l’Europe connaît ainsi ce que l’on estime être sa première épidémie de variole, qui conjugue ses attaques avec celles de la 3e poussée de la peste de Justinien.

Ces terribles mortalités affectent les mentalités : Dans le christianisme, les calamités sont désormais expliquées par le péché collectif, quand elles sont jusqu’alors imputées à la simple colère divine, ceci en référence à l’épisode biblique où Dieu, afin de punir les Égyptiens de l’esclavage qu’ils exercent sur les Hébreux, frappe l’Empire Pharaonique. Se forge l’image d’un Dieu de colère, se matérialisent des pratiques nouvelles.

En 590, le pape Pélage II décède de la peste. Son successeur, Grégoire le Grand, organise une procession marquée par une vision collective millénariste : l’Ange exterminateur apparaît, rangeant dans son fourreau une épée rouge du sang de l’ennemi pestilentiel.
L’épidémie cesse aussitôt, l’endroit sera appelé le château Saint-Ange. C’est aujourd’hui un musée, surmonté d’une statue commémorative de l’archange Saint Michel.

La pandémie permet aux autorités ecclésiastiques d’affirmer la prééminence des sites chrétiens en organisant des pèlerinages. La procession devient la réponse instituée aux accès de la maladie. Concoctées dans le monastère Bénédictin de Saint-Gall, de nouvelles prières, les Rogations, se diffusent à grande échelle. Dans un contexte marqué par l’attente du Jugement dernier, les manifestations de contrition collective se multiplient.
Elles visent à renforcer la cohésion sociale ébranlée par des prophètes ou des meneurs populaires, qui essaient de fédérer les mécontentements afin de défier les élites. Dans ce contexte apocalyptique, l’Église promeut la notion de pureté chrétienne. Revenir à la foi permet au corps social de surmonter l’épreuve.
Quelque part entre les VIIIe-IXe siècles, la peste disparaît d’Europe et du Moyen-Orient.
Aux alentours de 610, une épidémie similaire a frappé, à l’autre bout de l’Eurasie, la Chine, amputant peut-être sa population d’un tiers. Pour près de 5 siècles, le monde va oublier le fléau, et les populations survivantes perdre l’immunité qu’elles ont si chèrement acquise…


L' humanité a du connaître depuis longtemps un grand nombre d'épidémies, par son contact avec des animaux domestiqués ou non, ou pour d'autres raisons, dans tous les cas il sera difficile de les identifier. Mais il existe cependant deux grandes épidémies historiques très connues pour leur mortalité, pour leur rapidité de diffusion, et bien sur parce qu'elles sont un petit peu documentées, il s'agit de la peste de Justinien qui a frappé le bassin méditerranéen de 541 à 767 et de la Peste Noire qui a touché l'Europe, l'Afrique du Nord, et le Makrech entre 1347 et 1352.

Pour vérifier si les correspondances entre la datation « Anno Domini » et « Urbe Condita » sont pertinentes ou non nous allons observer les points communs et les différences entre ces deux événements, ainsi que d'autres pistes.

Points communs entre la peste de Justinien et la Peste Noire :
Même si les symptômes décrits par les témoins de la peste de Justinien et de la Peste Noire dépassent parfois le champ de ceux que l'on connaît de la peste moderne, toutes deux décrivent des symptômes propres à cette maladie, et surtout, coïncident, comme le décrivent Procope de Césarée témoin en 542 et Boccace en 1349. 

Ces 2 épidémies ont a elles seules décimé entre 30% et 50% de la population touchée. Il existe de part le monde, de nombreux foyers de peste moderne faisant toujours des victimes, cependant les taux de mortalité sont incomparablement plus faibles que les 2 fléaux historiques. Vitesse de propagation hors du commun :
En 664, on a rapporté  que la peste de Justinien s'est répandue de 385 km en 91 jours... la Peste Noire s'est étendue à raison d' 1,5 km par jour à travers la France, alors que la peste moderne se répand à raison de 12-15 km par an. Ainsi, la vitesse de propagation surpasse de très loin la vitesse de propagation de la peste moderne qui est pourtant aidée par les transports modernes.

Le témoin de la peste de Justinien à Constantinople, Procope de Césarée, ainsi que le témoin de la Peste Noire dans la même ville, Kantakouzènos, ont le trait commun de s'être inspiré du même texte pour faire leur description des deux épidémies.
Tous 2 ont tirés leur proses de Thucydide qui décrivait la « peste » d'Athènes, en fait vraisemblablement touchée par le typhus.
Seuls les symptômes diffèrent dans leur textes aux mêmes procédés littéraires que Thucydide.

Différences entre la peste de Justinien et la Peste Noire, la peste de Justinien aurait pour origine selon Procope de Césarée, l’Égypte pour se diffuser à Constantinople et se répandre en Europe et sur les bords de la Méditerranée, tandis que la Peste Noire a été d'abord identifiée à Caffa, sur les bords de la Mer Noire, ville Génoise assiégée par des troupes infectées de la Horde d' Or, la fuite des Génois ont ensuite transmis l'épidémie à Constantinople, l’Égypte et dans le bassin Méditerranéen. Malgré tout, il reste quelques incohérences chronologiques sur la peste de Justinien qui a supposément débuté en 542 en Égypte alors que le premier contact des arabes avec ce fléau, nommé dans ces sources la « peste d'Emmaus », est quand le calife Omar entre en Palestine en 639.

L' épidémie a duré 226 ans pour la peste de Justinien et 20 ans pour la Peste Noire. Cette différence peut être reconsidérée si on constate que la peste, a continué à ravager l'Europe 376 ans après la Peste Noire, qui est elle bien plus mortelle.

Pour la France, dont Grégoire de Tours offre le principal témoignage de l'époque de la peste de Justinien, nous avons de petites différences sur les modalités d'expansion sur ce territoire. la peste de Justinien a d'abord touché Arles et Clermont, selon ce témoin, avant qu'un navire en provenance d'Espagne ne contamine Marseille, ce qui fait une différence avec la Peste Noire et ses navires Génois qui entrent à Marseille pour ce répandre dans l'hexagone.


Peste de Justinien — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Peste_de_Justinien
La peste de Justinien est une pandémie de peste qui a sévi entre 541 et 767 dans ... Constantinople en 542, lors de la quinzième année du règne de Justinien.

Comment la peste affecta l'histoire : première pandémie (6e ...
blogs.histoireglobale.com/comment-la-peste-affecta-l’histoire-premiere-p...
1 nov. 2010 - La même année, la peste gagne les ports d'Europe occidentale, prend pied en Gaule. ... En 542, alors que Constantinople compte 10 000 morts par jour, l'historien byzantin ... L'empereur Justinien lui-même tombe malade.

L' Histoire Démystifiée: La peste et ses mystères
histoiredemystifiee.blogspot.com/2012/07/la-peste-et-ses-mysteres.html
Points communs entre la peste de Justinien et la Peste Noire ... coïncident, comme le décrivent Procope de Césarée témoin en 542 et Boccace en 1349. ... D' autant plus, qu' auparavant, durant la même année, Alan Cooper, de l' Université d' ...

EN REMONTANT LE TEMPS... 543

17 NOVEMBRE 2015...

Cette page concerne l'année 543 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

L'EMPIRES BYZANTIN AUX PRISES AVEC DIVERS TRIBUS LIBYENNES

Vers l'an 350, la Nubie est envahie par le royaume Ethiopien d'Aksoum. L'ancien gouvernement Nubien est écrasé. Trois nouveaux royaumes se forment alors :
La Nobatia, au nord, entre la première et la seconde cataracte du Nil, dont la capitale était Pachoras (aujourd'hui Faras).
La Makuria, au milieu, ayant pour capitale Dongola, qui s'étend approximativement jusqu'au confluent du Nil et de l'Atbara voire plus au sud
L'Alodia ou Alwa, ayant sa capitale à Sôba, près de Khartoum sur le Nil Bleu.
Le roi Silko de Nobatia écrit en grec et grave ses victoires sur le temple de Talmis (aujourd'hui Kalabsha) vers l'an 500...

Athanase d'Alexandrie consacre Marcus évêque de Philæ avant sa mort en 373, montrant par la même occasion la domination chrétienne sur la région au IVe siècle.
Jean d'Éphèse note qu'un prêtre monophysite nommé Julien convertit le roi et ses nobles vers 545. Il note également que le royaume d'Alodia est converti vers 569. Ses écrits sont parfois contradictoires, cependant, avec ceux de ses contemporains. L'Église de Nubie prêta allégeance à l'Église orthodoxe (Melkite) puis, en 719, à l'Église orthodoxe orientale (Église Copte orthodoxe)

Si le premier chrétien non juif est, selon les Écritures, un eunuque noir du Haut-Nil, la conversion massive des Nubiens se fait au cours du VIe siècle, sous l'influence de l'Égypte et de Constantinople. Confrontés à l'islam dès le VIIe siècle, les Nubiens connaissent 5 siècles d'âge d'or et de tolérance religieuse, pendant lesquels ils édifient un grand nombre d'églises ornées, pour certaines, de fresques remarquables. La pénétration de l'islam s'intensifie quand l'Égypte passe aux mains des Mamelouks (1251).
Convultion dynastiques et incursions nomades auront raison, au début du XVIe siècle, des dernières principautés chrétiennes.
Christian Cannuyer a publié de nombreux ouvrages de référence consacrés à l'Egyptologie et à l'Orient chrétien. Il nous invite ici à découvrir la chrétienté Nubienne.

À l'époque où l'eunuque de la Candace se fait baptiser, le royaume de Méroé est entré dans une phase de déclin, miné par des forces centrifuges. À côté d'un vieux fonds Méroïtique autochtone, auquel appartient la famille royale et les classes dirigeantes, la population comporte des Nubiens, venus du désert occidental et implantés, au plus tard à la fin du IVe siècle av. J.-C., dans la vallée du Nil au nord de Méroé. Ils finiront par donner à cette région son nom de « Nubie » mais les rois doivent également y compter avec la menace constante des Blemmyes les Medjai des sources pharaoniques, les actuels Bedjas, nomades pillards du désert de l'Est.

Dans l'histoire de la Nubie, subsiste toutefois encore une énigme : Quand et comment le royaume de Méroé disparut-il ? Son anéantissement définitif doit-il être imputé au premier roi chrétien d'Éthiopie, Ezâna, qui envahit à deux reprises le bassin de l'Atbara et dévaste Méroé entre 330 et 375 ? Peut-être, mais c'est loin d'être prouvé...

Le règne de Silko, roi des Nobates vers 536, représente dans l'évolution historique de la Nubie septentrionale une étape marquante qui n'est vraisemblablement pas sans entretenir des liens avec l'apparition presque coïncidente du christianisme local.
Dans l'inscription en grec qu'il a laissée dans le temple de Kalabsha, il proclame ses victoires sur les Blemmyes, qu'il a boutés hors de la vallée du Nil et remercie « Dieu » de lui avoir permis de se débarrasser de ces idolâtres.
La saveur « monothéiste » de ce document invite à se demander si le christianisme Égyptien n'a pas alors déjà étendu son influence dans une partie de la société Nubienne, d'autant que nous savons qu'il y a des Nubiens dans des communautés monastiques d'Égypte dès le début du IVe siècle...
Des tombes de la famille royale de Nobatie (nécropoles de Ballana et de Qoustoul) datant de la fin du Ve siècle contiennent déjà des objets incontestablement chrétiens.

Mais la conversion massive des Nubiens commence sous le règne de l'empereur Byzantin Justinien. Voulant réaliser l'unité religieuse de ses États, il fait prohiber définitivement en 535 les derniers vestiges des cultes païens, notamment de celui d'Isis à Philae, dont le temple est transformé en église. En même temps, il tente de lutter plus efficacement contre les communautés chrétiennes dites « monophysites », qui, en Égypte et en Syrie, refusent d'adhérer aux définitions christologiques du concile de Chalcédoine (451) et ont fini par former des Églises séparées, persécutées par l'autorité impériale favorable à « l'orthodoxie ».
Curieusement toutefois, son épouse, l'impératrice Théodora, proche des monophysites, protége ceux-ci et mène une politique religieuse parallèle opposée à celle de son époux.
C'est ainsi qu'en 543 la souveraine et le patriarche non Chalcédonien d'Alexandrie Théodose, qu'elle héberge à Constantinople, envoient en Nubie le prêtre Julien, qui parvient à amener au baptême le roi de Nobatie (peut-être encore Silko) et des membres de sa famille, prélude à la conversion de leur peuple, à laquelle travaille en profondeur l'évêque Théodore de Philae.
Dans le même temps, Justinien a lui aussi envoyé des missionnaires, Chalcédoniens, ceux-là, semblent avoir remporté peu de succès.

Mais vers 569, d'autres évangélisateurs « orthodoxes » rencontrent plus d'écho à la cour d'Eirpanomé, roi des Nobates, et implantent ensuite avec bonheur le christianisme en Makourie. Une dizaine d'années plus tard, c'est au tour du royaume d'Alwa d'être évangélisé par l'évêque monophysite Longin.

Les Nobades sont mentionnés durant les périodes Ptolémaïque, Romaine et Byzantine au temple de Philæ, alors lieu de rencontres pacifiques entre les Égyptiens et les tribus Nubiennes. Lorsque les cultes païens sont interdits dans l'empire Romain, le culte d'Isis reste autorisé à Philæ pour les seuls Nubiens, qui peuvent même emprunter la statue de la déesse et l'emporter dans leur pays à partir de 453.
Le prêtre Copte Julien est envoyé vers 545 par l'impératrice Théodora pour convertir le royaume de Nobatie au christianisme, alors monophysite, date à partir de laquelle les rois de Nobatie se font baptiser. Le clergé et la liturgie sont établis par le missionnaire Longin à partir de 569.

La date de 543 que nous offrent les reliquaires d'Henchir- Akhrib doit être retenue. Il n'est pas invraisemblable d'admettre que le reliquaire d'Aïn-Guigba est leur contemporain. Le fait prend toute sa valeur si l'on songe que 513 correspond à une période de réorganisation de l'Église d'Afrique et de l'Afrique elle-même sous le deuxième gouvernement de Solomon (539-544) :
Reconstruction des églises - Construction d'ouvrages de défense telles sont les caractéristiques de ces années-là.
La région, dont Aïn- Guigba occupe une des voies d'accès, le Belezma, connaît une prospérité encore attestée par les nombreuses ruines de cette époque qui la parsèment.
Aïn-Guigba possède, auprès d'une belle source, un fort Byzantin aujourd'hui détruit.
La ville doit avoir une certaine importance et la table de Peutinger nous en a livré le nom :
A 16 miles de Zaraï, distance à peu près exacte, la table indique une station appelée : ad Capsum Juliani.
Gsell hésite à admettre l'identification des deux localités.
Le P. Mesnage, par contre, à la suite de Morcelli et de Mgr Toulotte, l'accepte et il place même en ce lieu un évêché qui serait attesté en 411.
Le donatiste Donatianus Capsensis qui participe à la conférence de Carthage n'est-il pas plutôt de Gapsa en Byzacène ?
En admettant même qu'il y ait eu là un évêque donatisteen 411, rien n'indique la présence d'un évêché catholique et nous l'avons montré plus haut, le bourg antique dépend au VIe siècle de l'évêché de Ngaous.

L'examen du réseau routier de cette partie de la Numidie, la découverte à Aïn-Guigba d'une borne milliaire nous portent à admettre que c'est bien là que se trouvait ad Capsum Juliani.
Ce n'est peut-être pas un simple hasard qui est à l'origine de la déposition en ce lieu du reliquaire de Saint Julien, comme si le prêtre Floridus, qui à en juger par toutes les découvertes analysées plus haut, a été un artisan actif de la reconquête catholique de ce pays sur les Ariens, a en quelque sorte voulu donner au nom païen de la localité une justification chrétienne.

Germanus parvient à retrouver la confiance de nombreux soldats, rétablit la discipline et défait les mutins lors de la bataille de Scalas Vétérès en 537. Une fois le contrôle impérial sur l'armée rétabli, Solomon est de nouveau envoyé en Afrique pour remplacer Germanus en 539 où il combine à nouveau les postes de magister militum et de préfet du prétoire. Entre-temps, il a aussi obtenu le rang de patrice et de consul.
Solomon renforce son contrôle sur l'armée en éliminant les soldats non fiables. Il les envoie à Bélisaire en Italie et en Orient, expulsant tous les Vandales restants de la province.
Enfin, il initie un programme ambitieux de construction de forteresses dans toute la région.

En 540, Solomon conduit son armée contre les Maures de l'Aurès. Initialement, les Maures attaquent et encerclent l'avant-garde Byzantine dans son camp de Bagai mais Solomon et l'armée principale viennent à son secours. Les Maures doivent abandonner l'attaque et se retirer à Babosis, sur les contreforts de l'Aurès où ils établissent leur campement. Solomon les attaque et les vainc. Les survivants fuient vers le sud et les Aurès ou à l'ouest en direction de la Mauritanie.
Toutefois, leur chef Iaudas trouve refuge dans le forteresse de Zerboule. Solomon et ses hommes pillent les plaines fertiles autour de Thamugad, rassemblant les riches récoltes pour eux-mêmes avant de se diriger vers Zerboule.
Une fois arrivés, ils s'aperçoivent que Iaudas s'est enfui vers la forteresse isolée de Toumar. Les Byzantins marchent vers ce lieu pour l'encercler. Le siège s'avère difficile en raison du terrain aride et en particulier du manque d'eau. Tandis que Solomon s'interroge sur la meilleure manière d'assaillir la forteresse inaccessible, une petite escarmouche entre les deux armées se transforme en véritable bataille confuse au fur et à mesure que de plus en plus de soldats s'y joignent.

Les Byzantins en sortent victorieux tandis que les Maures fuient cette zone. Peu après, les Byzantins s'emparent du fort dit du « roc de Germanianus » où Iaudas a envoyé ses femmes et son trésor. Cette victoire permet à Solomon de prendre le contrôle des Aurès où il construit plusieurs forteresses. Grâce à la pacification de ce territoire, le contrôle Byzantin devient effectif et s'étend aux provinces de Numidie et de Maurétanie Sitifienne.
Grâce à la prise du trésor de Iaudas, Solomon étend son programme de fortifications dans ces deux provinces. Près de 2 douzaines d'inscriptions rendent compte de l'activité constructrice dans la région. La rébellion Maure semble vaincue pour de bon et les chroniqueurs contemporains sont unanimes à dire que les années à venir seront celles d'une ère dorée de paix et de prospérité.
Selon les termes de Procope : « Tous les Libyens qui sont les sujets des Romains viennent à jouir de la paix et trouvent le gouvernement de Solomon sage et très modéré, et n'ont plus aucune idée d'hostilité, semblant être les plus chanceux de tous les hommes. »

Cette période de paix perdure jusqu'aux années 542-543 quand la peste Justinienne atteint l'Afrique où elle provoque de nombreuses pertes parmi les membres de l'armée.
En outre, au début de l'année 543, les Maures de Byzacène deviennent hostiles.
Solomon exécute le frère d'Antalas, coupable d'être à l'origine de troubles et cesse le paiement des subsides à Antalas, s'aliénant le puissant et jusqu'ici loyal chef Maure.
Au même moment, Sergius, le neveu de Solomon est nommé gouverneur de Tripolitaine comme signe de la gratitude de l'empereur Justinien (Cyprus, le frère de Solomon, est aussi nommé à la tête de la Pentapolis).

Cette nomination entraîne le déclenchement des hostilités avec la confédération tribale des Leuathae après que les hommes de Sergius ont tué 80 des chefs de cette confédération lors d'un banquet... Bien qu'il sort victorieux de la bataille qui s'ensuit près de Leptis Magna, au début de 544 Sergius est contraint de se rendre à Carthage pour demander l'aide de son oncle.
La rébellion s'étend rapidement de la Tripolitaine à la Byzacène et Antalas s'y joint. Rejoint par ses 3 neveux, Solomon marche à la rencontre des Maures et les rencontre près de Theveste.
Des ouvertures diplomatiques faites aux Leuathae échouent.
L'armée Byzantine est frappée par la désunion et de nombreux soldats refusent de se battre ou le font avec réticence.
Le poète contemporain Corippe accuse même Gondéric de trahison, prétendant qu'il s'est retiré avec ses troupes, entraînant la retraite générale et désordonnée des Byzantins.
Solomon et ses gardes personnels tiennent leur position et résistent mais finissent par devoir se replier. Le cheval de Solomon tombe dans un ravin et blesse son cavalier. Avec l'aide de ses gardes, Solomon remonte sur un autre cheval mais il est rapidement submergé et tué par les Maures.
Sergius, le neveu de Solomon succède à celui-ci et se révèle complètement incapable de gérer la situation. Les Maures lancent une révolte générale et infligent une défaite sévère aux Byzantins à Thacia en 545. Sergius est rappelé tandis que l'armée se mutine à nouveau sous la direction de Gondéric qui prend Carthage où il s'installe comme dirigeant indépendant. Son usurpation ne dure pas car il est assassiné par Artabanès/Artaban, mais il faut attendre l'arrivée de Jean Troglita à la fin de 546 et ses campagnes pour que la province soit pacifiée et ramenée sous le contrôle impérial Byzantin.

Depuis le début de son règne, Justinien n'a cessé dans son discours d'associer ses projets politiques à des justifications religieuses. La reconquête de l'Afrique elle-même, en 533, avait été officiellement lancée pour des motifs religieux : L'empereur a invoqué songes et apparitions Saintes pour prendre sa décision, et l'expédition a commencé à Constantinople par un geste hautement significatif :

Epiphanios, l'archevêque de la cité se rend au port et y prononce toutes les prières appropriées, puis, après avoir choisi dans les troupes un soldat qui vient d'être baptisé et de prendre le nom chrétien, il le fait embarquer dans ce navire... Cette scène étrange ne vise à rien d'autre qu'à proclamer clairement que l'opération de reconquête a une vocation missionnaire, en l'occurrence à ce moment tournée contre les Vandales ariens et ceux des Africains qui les ont rejoints dans l'hérésie. Par la suite, lorsqu'on passe de la guerre Vandale aux guerres Libyques, la thématique religieuse réapparaît dans la propagande Byzantine, en se tournant cette fois contre le paganisme Maure.
Toute la Johannide est empreinte de cette idéologie et tend, pour la servir, à assimiler tous les adversaires de l'Empire à des ennemis du Christ, en évoquant parfois des scènes aussi douteuses que la première consultation de l'oracle d'Ammon par Guenfan, père d'Antalas.
En cela, Corippe répond sans ambiguïté aux obligations d'une œuvre à caractère officiel, tout ce qu'il veut c'est que la Johannide soit. Mais on chercherait vainement, tant dans son poème que dans les autres sources, trace de véritables actions d'évangélisation des Maures au cours des années 533-548.

Sur l'importance des perspectives « missionnaires » dans la politique extérieure Byzantine.
Certes, ce souci n'a jamais dû être absent des pensées de l'empereur depuis la reconquête, mais l'obligation d'agir dans l'urgence qu'ont connue ses généraux jusque-là, et le principe assez flou d'un refoulement des barbares aux extrémités du monde, n'ont jamais permis d'en envisager réellement la mise en pratique. A partir de 548, le contexte change, au contraire :
L'empire, après les coups portés aux tribus, peut croire la paix établie pour longtemps, et il sait aussi que les refuges Sahariens de ses ennemis ne sont jamais tant éloignés qu'ils ne puissent permettre un jour leur retour inopiné.
Il faut donc concevoir une politique à long terme qui neutralise le danger Maure, et la christianisation en paraît, à côté des démonstrations de force militaire, l'instrument le plus efficace.

De manière prévisible, la Tripolitaine, principal foyer d'agitation Maure depuis 544, est le terrain d'expérimentation privilégiée de cette politique. Aucune mission, aucune conversion nouvelle n'est en effet signalée par les textes au VIe et au VIIe siècle en Byzacène, en Numidie, ou sur les marges méridionales de ces provinces, alors que les Grecs y combattent souvent.
Si répétitif sur les constructions d'églises en Tripolitaine, le De Aedificiis de Procope n'en dit soudain plus un mot dès qu'il franchit le Chott el Djérid. C'est, nous l'avons vu, un indice parmi d'autres qui confirme que la christianisation des Maures de l'intérieur est déjà largement réalisée à l'arrivée des Byzantins, même si elle paraît imparfaite à certains. Inversement, on ne peut s'étonner de l'importance des missions en Tripolitaine au regard des nombreux témoignages sur la vitalité du paganisme dans cette région entre le IVe et le VIe siècle.

Pour que le projet Byzantin de « missions politiques » réussisse, il faut cependant l'appui de l'Église. Mais il est apparemment acquis sans problème... Les Maures du désert Libyen sont en effet les plus puissants et les plus obstinés des païens en Afrique au VIe siècle.
Ils s'inscrivent tout à fait, à ce titre, dans cette catégorie de Barbares dangereux dont Saint Augustin ne croit pas la conversion possible de manière spontanée : La « pacification » est pour ce type d'individus le préalable nécessaire à l'évangélisation. Fidèle à sa pensée, l'Église d'Afrique ne doit donc pas avoir de scrupules à prêcher à la suite des armées impériales.

Face à cette grande tribu, le trait le plus remarquable de la politique Byzantine est d'abord l'effort entrepris pour la frapper jusqu'au cœur de son territoire, ce qui depuis 533 n'a apparemment jamais été essayé.
Les fouilles de Ghirza et les traces d'incendie constatées, datées approximativement du milieu du VIe siècle, marquent probablement une étape de la poussée Byzantine contre ses bases. Ici, nulle trace de constructions militaires ou religieuses après le passage des armées Romaines. Apparemment, Jean Troglita a décidé de repousser l'ennemi le plus loin possible des cités cô-tières.
L'insistance des sources arabes sur la concentration des Lawâta en Cyrénaïque un siècle plus tard peut confirmer ce choix. Mais le général Romain sait aussi que, même éloignés, les Laguatan peuvent rester dangereux. Il poursuit donc sa marche en avant jusqu'au foyer originel de ses adversaires, Augila, dont Procope atteste implicitement l'occupation.
Certes, l'historien Grec, préoccupé uniquement par les conséquences édilitaires de cette occupation en raison du thème du livre dans laquelle il l'évoque (le De Aedificiis), ne parle pas d'opération militaire. Mais Augila est au Bas-Empire une oasis extérieure à la province de Cyrénaïque et à l'Empire en général, comme suffit à le prouver le fait, aux dires mêmes de Procope, que des sanctuaires païens y demeurent en activité avant l'intervention de Justinien. Terre Berbère, elle est aussi, nous l'avons vu, très probablement le foyer religieux essentiel des Laguatan. Son occupation ne peut donc nullement être naturelle. Il faut très vraisemblablement reconstituer, en amont de la description de l'historien Grec, une expédition armée de conquête, dont les La-guatan doivent être les principales victimes.
Dans toutes ces opérations, le souci missionnaire paraît avoir été indissociable des actions militaires. En brûlant Ghirza, les Byzantins détruisent le centre d'un culte d'Ammon et peut-être de Gurzil, où on célèbre bruyamment au IVe siècle d'impressionnantes hécatombes. L'occupation d'Augila est d'abord l'occasion de la fermeture du sanctuaire d'Ammon, suivie de la construction d'une église dédiée à la Théotokos (Mère de Dieu). Dans les deux cas, on perçoit bien qu'il ne s'agît pas d'actes isolés, mais de la mise en application d'un vrai projet. Comme le dit Procope, à Augila, dès lors, la doctrine de la vraie foi est enseignée aux habitants du lieu, faisant de toute cette population des chrétiens.

Pour que cette ambitieuse politique d'éloignement et de conversion des Laguatan réussisse, il faut cependant que le pouvoir Byzantin se donne les moyens de l'entretenir sur une longue durée. On ne peut pas compter en effet à court terme sur le dynamisme propre d'un christianisme imposé par la force. Or, rien dans les sources chrétiennes ni dans le paysage archéologique des régions de la Syrte ne vient ensuite confirmer l'effort entrepris sous Justinien.
Certes, l'absence de fouilles à Augila est ici particulièrement préjudiciable car, en admettant qu'on la retrouve, l'église consacrée à la Théotokos nous permettrait probablement de reconstituer l'évolution de la greffe religieuse tentée par l'empereur. Mais le silence des sources sur un épiscopat d'Augila, en dehors du très hypothétique Théodoros d'Ingelôn cité en 553, n'incite guère à l'optimisme, surtout au regard des indications ultérieures des sources arabes.
Les Laguatan réapparaissent en effet brutalement en position dominante à l'époque de la conquête arabe. Ils sont alors par excellence les Berbères de la Cyrénaïque (Barka), en étant aussi présents, selon certains textes, dans la Syrie et en Tripolitaine. Mais redevenus puissants, ils semblent aussi être redevenus païens, car il n'est plus jamais question de leur christianisme, à la différence par exemple des Nafûsa, pas plus que d'éventuels traités avec les Byzantins. Comme jadis leurs ancêtres les Nasamons après le désastre de 86, tout suggère en fait qu'ils ont réussi, après quelques décennies, à retrouver une pleine indépendance, politique et religieuse, en reprenant même leur progression vers les cités littorales.
ÎLE DE PHILAE
Nous sommes donc tentés d'identifier derrière ces mystérieux Mauritani des Berbères situés très certainement à l'ouest des Maziques, dans les régions du fond de la Grande Syrte, c'est-à-dire dans le pays des Laguatan. L'hypothèse d'une intervention de ces derniers n'a rien d'absurde, surtout si on se souvient des troubles évoqués par Philostorge vers 395-399 : Alors, nous l'avons vu, les Maziques et les Auxorianoi, qui vivent entre la Libye et l'Afrique, désolent à l'est la Libye et détruisent pas une partie relativement importante de l’Égypte... Nous avons hésité, certes, sur la réalité de ce raid des Laguatan, mais un déplacement vers l'est des éléments les plus hostiles de la grande tribu après la catastrophe de 548 est fort possible.
Les sources arabes insistent en effet sur la concentration des Lawâta dans l'intérieur de la Cyrénaïque, qui est devenue selon beaucoup de documents leur pays par excellence à la veille de la conquête de 641-642 et un texte d'Al-Kindî mentionne même une attaque qu'ils mènent sur l’Égypte peu après la conquête, vers 660-661.

Ce déplacement, sur lequel certains historiens ont fondé une théorie des migrations inversée (d'ouest en est !) est probablement, nous l'avons vu, la conséquence de la politique d'expulsion menée par les Byzantins au temps de Justinien. Dans ces conditions nouvelles, un rapprochement des Laguatan et des Maziques est très possible. La participation des premiers à des attaques contre l’Égypte, qui provoquent l'intervention d'Aristomaque, peut donc aussi être envisagée comme le premier signe de leur survie et de leur redressement.
On restera en revanche beaucoup plus prudent face au second épisode dans lequel Jean de Nikiou évoque des Maures.

Héraclius exarque d'Afrique lève l'étendard de la révolte, il distribue beaucoup d'argent aux barbares de la Tripolitaine et de la Pentapole et les détermine à l'aider dans la guerre.
Puis il appelle auprès de lui son lieutenant nommé Bônâkîs ( ?) avec 3 000 hommes et un grand nombre de barbares puis les fait partir pour la Pentapole où ils doivent l'attendre.
Un peu plus loin, Jean de Nikiou ajoute : Les habitants de la Tripolitaine d'Afrique qui aiment Héraclius et haïssent Phocas font venir des Barbares sanguinaires, et ils attaquent le général Mardios, qu'ils veulent tuer, ainsi que 2 autres généraux nommés Ecclésianos et Isidore. Lorsque ces Barbares viennent, ils tournent leurs armes contre la province d'Afrique, puis ils s'enrôlent sous les drapeaux d'Héraclius l'aîné... Héraclius l'aîné fait partir Héraclius le jeune, son fils, pour Byzance avec des vaisseaux et un grand nombre de barbares, afin d'attaquer Phocas.

D'autres textes confirment, en le complétant, le chroniqueur Aptienne. Jean d'Antioche indique ainsi que la flotte d'Héraclius emporte une très grande masse de Mauritoi (sic). Et Nicéphore, plus précis, écrit qu'on envoie Héraclius, fils d'Héraclius, avec une grande force navale qui porte une armée nombreuse composée d'Africains et de Maures, tandis que Nicétas, fils de Gregorios, part avec des cavaliers et des troupes terrestres. Les 2 historiens ont probablement la même source, déformée par Théophane (Héraclius conduit une grande armée venue d'Afrique et de Maurétanie) qui confond ethnonymes et toponymes.
La célèbre révolte d'Héraclius contre Phocas, qui est ici relatée, se traduit effectivement par l'envoi de 2 armées vers Byzance : L'une par voie terrestre, qui a pour premier objectif la soumission de la Pentapole, l'autre par voie navale directement contre la capitale de l'Empire.
Dans les 2 cas, Jean de Nikiou, le plus précis de nos auteurs, signale explicitement la participation de « Barbares », qui ne peuvent être, comme le révèlent les autres textes, que des Maures.
Mais son récit, fractionné en 2 parties, est confus et nécessite d'abord une remise en ordre chronologique. Ce qui survient en premier lieu doit être en fait la révolte des citoyens de Tripolitaine évoquée dans le deuxième fragment.

Ajouter une légendeTEBESSA
Cette province, depuis la création de l'exarchat sous Maurice, est en effet rattachée administrativement au diocèse d'Égypte. Héraclius n'y a donc pas autorité, et il est vraisemblable qu'il ne peut y intervenir que lorsqu'elle se soulève en sa faveur, probablement à l'annonce de sa révolte. Le moyen employé par les Tripolitains pour ce soulèvement est, selon le chroniqueur, l'appel à des « Barbares sanguinaires », qu'ils ne parviennent pas, dans un premier temps, à contrôler.
Ces deux aspects de leur action n'ont, en eux-mêmes, rien d'exceptionnel. Déjà en 533, les citadins de la province se sont insurgés, alors les seuls en Afrique, contre le roi Vandale Gélimer. Quant à l'appel par les cités elles-mêmes, et non le gouverneur, des tribus Maures, il en existe un précédent célèbre en 69, lorsque Oea, en conflit ouvert avec Lepcis Magna, appelle à la rescousse les Garamantes, « nation intraitable » dit Tacite, « qui finit par mettre tout le pays au pillage ».

Le cumul des deux événements, soulèvement des cités et troubles introduits par les Maures, justifie en tout cas l'intervention rapide d'Héraclius en Tripolitaine. Et c'est alors, dans un deuxième temps donc, qu'il obtient, moyennant un engagement financier, le ralliement des tribus et qu'il les lance dans une offensive navale avec ses propres troupes contre Byzance. Même si le chroniqueur Égyptien paraît songer à un recrutement de mercenaires, on peut penser que, dans ces circonstances, l'exarque utilise à son profit des accords existant avec certaines tribus comme jadis Solomon en 544, qui a un moment à ses côtés les Ifuraces et les Mecales, les généreuses distributions d'argent ne sont, dans cette perspective, qu'un complément aux pensions habituellement versées à la suite des traités.

Mais le chroniqueur ajoute qu'Héraclius réussit aussi à négocier une alliance avec d'autres Maures, originaires de Pentapole, province où il n'a pas autorité et qui ne manifeste aucune volonté de le suivre, et il signale que l'exarque utilise ces Maures et ceux de Tripolitaine pour organiser une seconde expédition, terrestre, contre la Pentapole elle-même et de là vers l’Égypte. Ce dernier détail est pour nous le plus précieux pour tenter d'identifier les tribus impliquées dans ces événements.

Malgré l'analogie signalée, on exclut d'abord les Garamantes, depuis longtemps repliés sur le Fezzan et qui entretiennent, depuis leur conversion au christianisme (cf. infra), de bonnes relations avec l'Empire.
On doit aussi en principe exclure les tribus du Djebel Nafusa, alors largement christianisées, et qui montreront en 643 leur respect des accords passés avec les Romains.
Même si un Barbare est souvent par définition « sanguinaire » chez les anciens, l'épithète, qui n'apparaît qu'à cette occasion chez Jean de Nikiou à propos des Maures, et surtout l'attitude imprévisible et violente des « alliés » des Tripolitains, conviennent plutôt à des groupes Laguatan.
L'hypothèse est d'autant plus tentante que, de toute évidence, Héraclius conclut son alliance avec ces Berbères de Cyrénaïque alors qu'il ne contrôle que la Tripolitaine. Dans ses négociations, l'exarque doit donc utiliser des intermédiaires, qui font jouer des liens particuliers unissant les tribus des deux provinces.
L'ombre des Laguatan réapparaît alors logiquement, puisque 40 ans après, dans les sources arabes, ils sont les seuls à être cités simultanément en Cyrénaïque, dans la Syrie et en Tripolitaine.

Toutefois, tout ce que nous savons par ailleurs de l'histoire de la grande tribu oblige à rester prudent devant cette hypothèse. Leur décalage global vers l'est, leur passé (et aussi peut-être leur attitude belliqueuse en 582), et plus tard leur comportement au moment de la conquête arabe, avec l'absence de soutien aux Grecs et une soumission rapide aux musulmans à la différence de ce que feront par exemple les Nafûsa, n'incitent guère en effet à supposer leur participation à l'aventure d'Héraclius.
D'autre part, tous les textes prouvent que les Maures, s'ils ne forment pas le seul élément des forces d'Héraclius, y tiennent certainement une grande place, peut-être décisive puisque la révolte est victorieuse. Or, l'importance de l'engagement, l'éloignement de l'objectif et la durée de l'expédition supposent une discipline qui ne s'accorde guère, cette fois encore, avec le passé des Laguatan.

COURONNE DES ROIS NUBIENS
Le dossier de la révolte d'Héraclius en 608-610 reste néanmoins important pour nous, parce qu'il atteste de l'établissement de liens réguliers entre le pouvoir Byzantin et des tribus de Tripolitaine. Au delà du problème compliqué posé par les Laguatan, il nous invite à envisager les autres aspects de la politique impériale dans la province, en remontant nécessairement à nouveau au temps de Jean Troglita. L'ampleur des opérations nécessaires à la neutralisation des Laguatan après 548 permet en effet de penser que de nombreuses autres tribus Libyennes, impliquées dans les guerres des années 544-48, et dont les territoires sont moins excentrés, ont à subir le passage des troupes Byzantines. Certes, aucun texte n'évoque explicitement ces opérations militaires. Mais comme à Augila, il faut les supposer en amont de l'œuvre d'évangélisation réussie alors à l'initiative du pouvoir impérial...



Persée : Reliquaires chrétiens du VIe siècle en Numidie
www.persee.fr/web/revues/.../crai_0065-0536_1934_num_78_3_76510 de L Leschi - ‎1934
Mélanges d'archéologie et d'histoire, XXIIIe année, 1903, p. .... avions donc déjà appris que le 11 septembre 543, qui est la 17e année du règne de Justinien, ...
Termes manquants : coptes

Solomon (gouverneur) — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Solomon_(gouverneur)
Ceux qui survivent s'enfuient vers la Numidie où il joignent leurs forces à .... En outre, au début de l'année 543, les Maures de Byzacène deviennent hostiles.
Termes manquants : coptes

Les Maures et l'Afrique romaine (IVe-VIIe siècle) - Chapitre ...
books.openedition.org/efr/1429?lang=fr
... actions d'évangélisation des Maures au cours des années 533-548. ... au viie siècle en Byzacène, en Numidie, ou sur les marges méridionales de ces provinces, .... une chronique en grec, avec probablement certains passages en copte (. ...... les Nobades furent convertis vers 542-543 par des monophysites, il travestit la ...