jeudi 4 mai 2017

EN REMONTANT LE TEMPS... 53

7 MARS 2017...

Cette page concerne l'année 53 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

OCTAVIA LA MALCHANCEUSE

Claudia Octavia (en français Octavie, à ne pas confondre avec la sœur d'Auguste) est née en 40, sœur de Britannicus, fille de l'empereur Claude et de son épouse Messaline. Elle meurt le 9 juin 62.

Fiancée dès 49 au futur empereur Néron, après le mariage de la mère de celui-ci, Agrippine la Jeune avec Claude, elle l'épouse en 53. Il semble que ce mariage ne soit jamais consommé... (elle n'a que 13 ans et c'est un mariage purement politique).
Accusée de stérilité, elle est répudiée en 62 et exilée en Campanie. Néron la rappelle à Rome sous la pression du peuple, puis l'accuse d'adultère avec son ancien pédagogue Anicetus et d'avoir avorté pour cacher son crime. Elle est ensuite reléguée dans l'île de Pandataria (actuellement appelée Ventotene), puis contrainte à s’ouvrir les veines le 9 juin 62, à l'âge de 22 ans.

Claudia Octavia, fille de l'Empereur Claude et demi-sœur et première épouse de Néron. Une autre Octavie qui a donc marqué l'Histoire de Rome encore que le terme « marqué » soit peut-être un peu abusif, tant les historiographes évoquent un être falot, une jeune femme dépourvue de toute personnalité, toujours en arrière-plan des événements qu'elle ne fait que subir.
Cette Octavie-là est une victime : Du moins nous la présente-t-on comme telle... Mais peut-être convient-il d'étudier les textes, l'analyse révélant quelques surprises ou soulevant au minimum quelques interrogations.

Pourtant, l'histoire a tout du conte de fées, à mi-chemin entre « Cendrillon » et « Blanche-Neige «  : La mère de notre héroïne est morte et elle doit s’accommoder d'une méchante belle-mère, qu'elle affronte courageusement. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur elle épouse finalement le prince. C'est tomber de Carybbe en Scylla : A la fin de l'histoire, le prince lui fait couper la tête. (seulement 9 ans plus tard.)
A priori, on serait en droit de penser que naître dans la famille impériale, c'est quand même une sacrée chance... Sauf lorsque la famille en question est celle des Julio-Claudiens, nid de serpents à côté desquels les Atrides passent pour les anges du paradis. (famille, maudite par les dieux car le grand père d'Atrée, Tantale, fils de Zeus, fit manger à ceux-ci le corps de son fils Pélops. Le destin des Atrides est marqué par le meurtre, le parricide, l'infanticide et l'inceste. Seule Athéna interrompra le cycle de la violence en faisant juger Oreste, le matricide, sur la colline de l'Aréopage, par le premier tribunal criminel de la cité d'Athènes).
A la surprise générale (et la sienne en premier lieu) Claude est proclamé Empereur en 41, à la mort de son neveu Caligula. Il a déjà une fille, nommée Claudia Antonia, issue d'un précédent mariage. Mais, comme tous les Romains, il désire désespérément un héritier mâle, et il s'est remarié avec Messaline - oui, cette Messaline dont le nom est devenu synonyme de débauche et d'orgies sexuelles. Le couple a 2 enfants : Claudia Octavia, et Britannicus né en 41.

Malgré les nombreux écrits sur les règnes de Claude et Néron, on ne sait que peu de choses sur Octavie : Elle est certes née à Rome, mais on ignore même la date exacte de sa naissance. Tacite rapporte qu'elle est morte en 62, à l'âge de 20 ans (elle serait donc née en 42), tandis que Dion Cassius avance l'année 41. Les historiens contemporains ne sont convaincus par aucune des deux versions et penchent pour fin 39 ou début 40 c'est-à-dire alors que Claude, considéré comme un débile léger, ne jouit d'aucune considération à la cour impériale, de sorte que l'on n'a pas fait grand cas de la naissance de sa fille. Toujours est-il qu'elle porte le nom de son arrière-grand-mère et que Claude organise très vite ses fiançailles avec le préteur Lucius Junius Silanus Torquatus, descendant d'Auguste : Un bon mariage est donc assuré...

Selon les historiographes, Claude et Messaline vivent en parfaite harmonie, l'Empereur ignorant tout des multiples infidélités de sa nymphomane d'épouse... Du moins jusqu'à ce que Messaline décide de se remarier, sans en informer son impérial époux.
En réalité, on pense aujourd'hui qu'il s'agit  d'une cérémonie bacchique, que les affranchis de Claude prennent pour prétexte afin de lui faire croire à l'existence d'un complot visant à le renverser. Quoi qu'il en soit, l'entourage de l'Empereur le presse d'agir et de faire exécuter la traîtresse. Celle-ci utilise alors ses 2 enfants pour tenter d'endiguer la colère de l'Empereur la jeune Octavie est alors âgée d'environ 8 ans : « Messaline, malgré le trouble où la jette ce revers de fortune, prend la résolution hardie, et qui l'a sauvée plus d'une fois, d'aller au-devant de son époux et de s'en faire voir.
Elle ordonne à Britannicus et à Octavie de courir dans les bras de leur père, et elle prie Vibidia, la plus ancienne des vestales, de faire entendre sa voix au souverain pontife et d'implorer sa clémence. » (Tacite, « Annales », XI - 32.)

Claude est maintenant veuf. Poussé par son entourage et en dépit du résultat déplorable de ses précédentes unions, il décide de se marier une 4e fois... L'enjeu est d'importance : Tous savent que Claude est un homme influençable, et chaque parti tente donc de lui trouver une épouse susceptible d’œuvrer dans le sens de leurs intérêts. Tous défendent leur candidate, mais l'affranchi Pallas se montre le plus convaincant : Il prend le parti d'Agrippine. Mère de Néron (à l'époque connu sous le nom de Lucius Domitius Ahenobarbus), elle est une Julio-Claudienne de pure souche, ce qui contribue à renforcer le pouvoir impérial.
En fait, elle est tellement Julio-Claudienne qu'elle se trouve être la nièce de Claude, mais peu importe : On accorde vite une dérogation, et Claude épouse Agrippine. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire.

Pour Octavie, elle a d'autres projets, auxquels elle s'est attelée dès son union officialisée :
« Une fois sûre de son mariage, elle porte ses vues plus loin, et songe à en conclure un second entre Domitius (Néron), qu'elle avait eu de Cn. Ahénobarbus, et Octavie, fille de l’empereur.
Ce projet ne peut s'accomplir sans un crime car Octavie est fiancée à Silanus, et Claude, ajoutant à la renommée dont brille déjà ce jeune homme les ornements du triomphe et la magnificence d'un spectacle de gladiateurs, l'a désigné d'avance à la faveur publique. Cependant rien ne paraît difficile avec un prince qui n'a ni affection ni haine qui ne lui soit suggérée ou prescrite. » (Tacite, « Annales », XII - 3.)

Quel meilleur moyen de favoriser Néron que par une alliance avec la famille impériale ?! Du côté paternel, la famille de Néron n'est pas particulièrement illustre, de sorte que le mariage à une descendante des Julio-Claudiens apparaît indispensable... La promesse de mariage entre Octavie et Torquatus ayant été rompue (Torquatus, accusé d'inceste avec sa sœur, est au passage poussé au suicide), Agrippine obtient les fiançailles des 2 jeunes gens, qui se marient en 53. Néron a alors 16 ans, et Octavie 13. Techniquement, ils sont frère et sœur (puisque Néron est désormais le fils adoptif de Claude), mais on n'est plus à ça près ! 
« On résout au reste de ne pas différer, et à force de promesses on engage le consul désigné, Memmius Pollio, à proposer un sénatus-consulte par lequel Claude est prié de fiancer Octavie à Domitius.
Leur âge ne s'y oppose pas, et c'est un chemin ouvert à de plus grands desseins.(...) Octavie est fiancée, et Domitius, joignant à ses premiers titres ceux d'époux et de gendre, avance désormais égal à Britannicus, grâce aux intrigues de sa mère et à la politique des accusateurs de Messaline, qui craignant que son fils ne la venge un jour. » (Tacite, « Annales », XII-9).

L'union de Néron et d' Octavie est avant tout  politique. L'empereur y trouve son intérêt puisqu'elle lui apporte la légitimité des Julio-Claudiens. Comme on peut s'y attendre, le mariage arrangé n'est pas heureux. Néron n’éprouve aucune attirance pour son épouse, voire de la répulsion : Il s'ennuie à ses côtés et essaye même à plusieurs reprises de l'étrangler (selon cette langue de vipère de Suétone) ! Sans aller jusqu'à confirmer ces allégations douteuses, il est certain que Néron délaisse sa femme et entretient des liaisons extra-conjugales, d'abord avec l'affranchie Actée puis avec la fameuse Poppée.
Déclarant ouvertement qu' Octavie doit se contenter des « insignes » du mariage (c'est-à-dire du titre et des honneurs d'Impératrice. Ce qui n'est déjà pas si mal, et Octavie paraît s'en satisfaire, elle qui semble n'avoir jamais éprouvé le goût du pouvoir, et n'a jamais tenté de se libérer de la tutelle de son mari.
Peut-être est-ce la raison pour laquelle elle est aimée et admirée par le peuple : Tacite nous la décrit comme une femme « de noble naissance et à l'honnêteté exemplaire » et insiste sur sa « vertu » (« Annales », XIII - 12 et 9).

De fait, l'Histoire a retenu d' Octavie l'image d'une éternelle victime, passive et résignée. Une femme certes vertueuse, mais effacée, geignarde et sans attrait (Notons au passage qu'il n'est jamais question de sa beauté ou de son intelligence...) qui, ouvertement bafouée, ne se rebelle même pas. On devine sans peine qu'une telle personnalité effacée ne peut séduire un homme comme Néron. Encore Octavie pourrait-elle consolider sa position en lui donnant un héritier mâle mais cela parait difficile, puisqu'elle a été reléguée dans un appartement séparé du palais, et que son mari refuse de partager son lit...

Évidemment Poppée tombe enceinte. Néron se décide alors à répudier Octavie, affirmant qu'elle est stérile, et il épouse Poppée 12 jours après le divorce.
« Néron n'eut pas plus tôt reçu le décret du sénat, que, voyant tous ses crimes érigés en vertus, il chasse Octavie sous prétexte de stérilité, ensuite il s'unit à Poppée. » (Tacite, « Annales », XIV-60.)

Mais Octavie reste très populaire, et son attitude modeste et discrète lui gagne le cœur de la foule, de sorte que le divorce provoque un tollé général. Commence alors une comédie ahurissante, digne des plus grandes tragédie antiques ! Néron tente de discréditer son ex-épouse, en mettant à mal sa réputation de vertu : On accuse Octavie d'avoir pris pour amant un esclave Égyptien, joueur de flûte, ajoutant à la faute d'adultère la basse extraction de l'amant supposé.
En dépit des dénégations de son entourage, Octavie est exilée de la cour et bientôt reléguée en Campanie sous la garde de quelques soldats. Châtiment bien mince, au vue de la gravité de l'accusation laquelle au demeurant bien maladroite et contre-productive, puisque la foule ne s'y laisse pas prendre et recommence à s'agiter.
LE MARIAGE D'OCTAVIA ET NÉRON
Face au mécontentement général, Néron est obligé de rappeler son ex-épouse. Le peuple est ravi, et manifeste sa joie en renversant les statues de Poppée et en couronnant de fleurs celles d' Octavie. Ce mouvement de foule affole encore plus Néron  :
« Alors, ivre de joie, la multitude monte au Capitole et adore enfin la justice des dieux, elle renverse les statues de Poppée, elle porte sur ses épaules les images d' Octavie, les couvre de fleurs, les place dans le Forum et dans les temples. Elle célèbre même les louanges du prince et demande qu'il s'offre aux hommages publics. Déjà elle remplit jusqu'au palais de son affluence et de ses clameurs, lorsque des pelotons de soldats sortent avec des fouets ou la pointe du fer en avant, et la chassent en désordre... On rétablit ce que la sédition a déplacé, et les honneurs de Poppée sont remis dans tout leur éclat. » (Tacite, « Annales », XIV, 59-60.)

« Cette femme (Poppée), dont la haine, toujours acharnée, est encore aigrie par la peur de voir ou la violence du peuple éclater plus terrible, ou Néron, cédant au vœu populaire, changer de sentiments, se jette à ses genoux, et s'écrie :
« Qu'elle n'en est plus à défendre son hymen, qui pourtant lui est plus cher que la vie, mais que sa vie même est menacée par les clients et les esclaves
d' Octavie, dont la troupe séditieuse, usurpant le nom de peuple, a osé en pleine paix ce qui se fait à peine dans la guerre. Que c'est contre le prince qu'on a pris les armes.
Qu'un chef seul a manqué, et que, la révolution commencée, ce chef se trouvera bientôt.
Qu'elle quitte seulement la Campanie et vienne droit à Rome, celle qui, absente, excite à son gré les soulèvements !...
Mais Poppée elle-même, quel est donc son crime ?
Qui a-t-elle offensé ?
Est-ce parce qu'elle donne aux Césars des héritiers de leur sang, que le peuple Romain veut voir plutôt les rejetons d'un musicien d'Égypte assis sur le trône impérial ?
OCTAVIA
Ah ! que le prince, si la raison d'État le commande, appelle de gré plutôt que de force une dominatrice, ou qu'il assure son repos par une juste vengeance !
Des remèdes doux ont calmé les premiers mouvements, mais, si les factieux désespèrent qu' Octavie soit la femme de Néron, ils sauront bien lui donner un époux. » (Tacite, Ibid.)

Poppée reprend l'hypothèse d'un enfant né de la liaison d' Octavie et de son esclave musicien, ce qui laisse encore plus perplexe :
Octavie n'était donc pas stérile, finalement ?!
Et l'accusation d'adultère est donc fondée ?
Pour une douce et insignifiante petite femme, Octavie devient en tous cas bien gênante !
La menace, réelle ou supposée, est même suffisamment alarmante pour que Néron s'affole.

L'accusation d'adultère n'a pas produit le résultat escompté, principalement à cause de la basse condition de l'amant supposé. Pour autant, l'idée n'est pas mauvaise, et on emploie donc le même procédé cette fois en choisissant un prétendant plus vraisemblable... Un homme de haute naissance, susceptible d'avoir séduit la noble Octavie, et accessoirement d'avoir comploté avec elle... Le choix de Néron se porte sur Anicetus, le commandant de la flotte qui a déjà joué un rôle important dans l'assassinat d’Agrippine.
Deux options s'offrent à lui : « avouer » la liaison coupable en échange d'un exil doré en Sardaigne, ou nier et mourir.
On devine qu' Anicetus n'hésite pas longtemps, et reconnaît tout ce que l'on veut : Oui, il est l'amant d' Octavie, et il confesse même qu'elle a porté son enfant, et qu'elle a avorté. Décidément, l'épouse stérile se révèle étonnamment féconde !

Muni de ses aveux, Néron peut définitivement exiler Octavie dans l'île de Pandeteria (aujourd'hui Ventotene), déjà tristement célèbre pour avoir accueillie Julie, la fille d'Auguste, éloignée de Rome pour les mêmes raisons. Les relégations successives d'autres figures féminines impériales n'ont pas traumatisé les Romains,  mais Tacite donne une description dramatique et poignante du départ en exil d' Octavie.
Le peuple, vraiment, éprouve pour cette malheureuse une affection étonnante :
« Jamais exilée ne tire plus de larmes des yeux témoins de son infortune. (...) Pour Octavie, le jour de ses noces est un jour funèbre : Elle entre dans une maison où elle ne doit trouver que sujets de deuil, un père, puis un frère, empoisonnés coup sur coup, une esclave plus puissante que sa maîtresse, Poppée ne remplaçant une épouse que pour la perdre, enfin une accusation plus affreuse que le trépas. » (Tacite, « Annales », XIV - 63.)

Même reléguée loin de Rome, il faut croire qu'Octavie est encore suffisamment dangereuse pour que sa mort soit jugée nécessaire : Elle reçoit quelques jours plus tard l'ordre de se suicider. Comme sa mère avant elle, elle ne peut s'y résoudre : Il faut lui forcer la main...

« On la lie étroitement, et on lui ouvre les veines des bras et des jambes. Comme le sang, glacé par la frayeur, coule trop lentement, on la met dans un bain très-chaud, dont la vapeur l'étouffe. » (Tacite, « Annales », XIV - 64.)

Ou l'art de se compliquer la vie : Comme avec Messaline, un bon coup d'épée aurait été plus rapide ! Tacite ajoute que, « par une cruauté plus atroce encore, sa tête ayant été coupée et apportée à Rome, Poppée en soutint la vue. »... Encore n'accuse-t-on pas la nouvelle impératrice d'avoir réclamé ce spectacle...
Ainsi meurt Octavie, le 8 Juin 62, âgée d'à peine une vingtaine d'années.
Néron sera sujet à des cauchemars récurrents, dans lesquels il verra apparaître sa mère et Octavie. Après la mort de Poppée quelques années plus tard, il reconsidérera la possibilité d'une alliance avec les Julio-Claudiens, et tentera d'épouser la sœur d' Octavie, Claudia Antonia. Celle-ci refusera et sera exécutée... Voilà qui est typique de cette joyeuse famille : On meurt si on épouse l'Empereur, et on meurt si on en l'épouse pas !
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Suetonius wrote ".for even if he was not the instigator of the emperor's death, he was at least privy to it, as he openly admitted; for he used afterwards to laud ...

Claudia Octavia — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Claudia_Octavia
Claudia Octavia (en français Octavie, à ne pas confondre avec la sœur d'Auguste) est née en 40, sœur de Britannicus, fille de l'empereur Claude et de son ..

La Toge Et Le Glaive: Octavie : sœur de Britannicus, épouse de Néron.
latogeetleglaive.blogspot.com/2014/11/octavie-sur-de-britannicus-epouse-de.html
16 nov. 2014 - En l'occurrence, je vais parler aujourd'hui de Claudia Octavia, fille de l'Empereur Claude et demi-sœur et première épouse de Néron.






mercredi 3 mai 2017

EN REMONTANT LE TEMPS... 54

6 MARS 2017...

Cette page concerne l'année 54 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

LES DÉBOIRES DE L'EMPEREUR CLAUDE OCCASIONNE PAR AGRIPPINE

L'EMPEREUR CLAUDE
Claude (1er août 10 av. J.-C. – 13 octobre 54) est le 4e empereur Romain, régnant de 41 à 54. Né à Lugdunum (Lyon) en Gaule en 10 av. J.-C., fils de Drusus et d'Antonia la Jeune (elle-même fille de Marc Antoine et d'Octavie), premier empereur né hors d'Italie. Il succède à Caligula en 41 en devenant le 4e empereur de la dynastie Julio-Claudienne alors qu'il a déjà une cinquantaine d'année

Les différents récits de la mort de Claude sont de parfaits exemples de la différence de conception de l’écriture de l’histoire entre Rome et la période actuelle.
Ils montrent aussi très bien comment les préjugés que nous avons, tant sur les auteurs antiques que sur la façon dont l’histoire doit être écrite, peuvent nous amener sinon à des erreurs, du moins à une compréhension erronée des textes que nous avons sous les yeux. (C'est un lieu commun, nos historiens modernes aimeraient tant refaire l'Histoire à leur sauce).

Examinons d'abord son physique : Le visage, a-t-on dit, est le miroir de l'âme,
c'est souvent faux, mais c'est quelquefois vrai, et cela suffit pour que
l'extérieur d'un personnage historique ait une certaine importance. Ici, il faut
rencontrer chez des auteurs modernes d'étranges opinions et de graves
contradictions.
M. Beulé surtout, dans ses portraits du siècle d'Auguste, a une façon très simple et qui lui est particulière d'expliquer les choses au plus grand
avantage de ses idées. Il ne peut nier que la tête de Claude, telle que nous la
montrent ses nombreuses médailles, surtout celles de grand module, ses
camées, ses statues, ne soit belle et noble, l'expression est douce, le regard
profond. On peut facilement s'en convaincre en visitant le musée des antiques au Louvre et le cabinet des médailles à la grande Bibliothèque de la rue de Richelieu (ancienne Bibliothèque Nationale), ce cabinet renferme plusieurs médailles et camées de Claude qui le représentent.
Un seul camée de l'empereur offre une figure tirée, mesquine, assez la
ide en somme, mais c'est le seul qui justement soit endommagé et restauré... N'importe, d'après M. Beulé, c'est celui-là, cet unique modèle, qui est le vrai
portrait de Claude. Quant aux autres, qu'à cela ne tienne, M. Beulé a son explication toute prête : Après ce qu'il a dit de Claude, que ce n'est qu'un être abruti, imbécile, comment donc se fait-il que tous ses portraits semblent indiquer le contraire ?... Eh ! c'est bien simple, les artistes se sont tous donné le mot pour flatter de la même manière le César dont ils reproduisent les traits : Chose bizarre, nés dans de différents pays, sortis de diverses écoles, graveurs, sculpteurs, fondeurs, tous ont adopté le même type. Cela ne fait rien, tous les beaux portraits sont faux, celui qui est mal est le seul vrai...

D'autant plus que voici un autre auteur, un vrai savant celui-là, Ampère, à qui
nous avons emprunté notre épigraphe, qui va nous dire, dans son Histoire
Romaine à Rome, juste le contraire de M. Beulé : Cette tête (de Claude) est noble, intelligente et triste. Est-ce que M. Ampère le savant n'est pas aussi crédible que M. Beulé, le ministre ?
Après les opinions des modernes peut-être serait-il bon de voir ce qu'ont dit les anciens.
Suétone nous raconte que Claude ne manque pas de dignité, que son extérieur est imposant, qu'il soit assis ou debout, (auctoritas dignitasque formæ non defuit), et que ses cheveux blancs donnent de la beauté à sa physionomie. A côté de cela, Suétone lui reproche d'avoir les jambes faibles, le rire trop éclatant, et la figure décomposée quand il se met en colère.
LOCUSTE FAIT L4ESSAIE DU POISON SUR UN ESCLAVE.
En vérité, tout cela est bien peu de chose. Sénèque et Dion Cassius s'expriment à peu près dans les mêmes termes que Suétone, ils parlent en
outre d'un tremblement chronique, suite à de grandes
souffrances d'estomac, qui agite parfois convulsivement la tête et les mains de l'empereur. c'est un des principaux reproches de Sénèque : (cependant la maladie n'est jamais chose risible, surtout ce genre de souffrances d'estomac qui nous paraît une maladie bien dangereuse, quand on est l'époux d'Agrippine et le contemporain de Locuste.
Ce tremblement produit par la douleur ferait plaindre tout homme qui en est affligé : Du moment que c'est un César, Sénèque et Beulé peuvent en rire.

Ainsi d'après Suétone et d'après les statues, les bustes, les camées, les
médailles, voici en résumé le portrait de l'empereur Claude : Il est grand, le
ventre disposé à être fort, ce que les Romains ne haïssent point : Son front
est haut, plissé par le travail du cerveau, ses yeux doux et sérieux, son nez
bien fait et accentué, sa bouche retombe un peu, l'ensemble de la mâchoire
est lourd comme chez Auguste, le visage paraît complètement rasé selon la
mode du siècle, les oreilles sont larges, signe de bienveillance, il a les
cheveux d'un beau blanc, le cou long avec des muscles fortement marqués, on
n'a qu'à regarder deux de ses statues qui sont au Louvre, et l'on reconnaîtra que l'ensemble de la personne et de la figure ne manque ni de grandeur ni même de majesté.
Les médisances accablant l'empereur Claude se rapportent à l'habitude qu'il a prise de juger lui-même nombre de procès, soit au sénat, soit au Forum, comme un simple préteur d'autrefois.
Grand reproche d'abord : Il juge en équité, l'édit du préteur n'est pas pour lui une règle inflexible, personne du reste ne l'accuse d'être injuste, or, quand on connaît le droit Romain, et encore a-t-il été bien perfectionné après Claude, on comprend facilement qu'il ait quelquefois méprisé toutes ces formalités, toutes ces minuties juridiques qui vous font le plus légalement du monde commettre une iniquité. Il ne s'en tient pas toujours aux termes de la loi, rapporte Suétone, mais il en adoucit souvent la sévérité, il en modère les rigueurs.

Il était peu probable que Claude deviennent empereur : Il est bègue et sa famille l'a jugé incapable d'exercer une fonction publique jusqu'à ce qu'il deviennent consul de son neveu Caligula en 37.
Son infirmité le sauve cependant peut-être des purges dans les familles nobles Romaines qui ont lieu durant les règnes de ses 2 prédécesseurs, lui permettant de se trouver en position d'être nommé empereur après l'assassinat de Caligula : Il est alors le dernier homme de sa famille. Il accède au pouvoir en comblant de cadeaux (donativa) les cohortes prétoriennes, inaugurant ainsi un malheureux usage.
Malgré son manque d'expérience politique, Claude se montre un administrateur capable et un grand bâtisseur public.
Son règne voit l'Empire s'agrandir : 5 provinces s'ajoutent à l'Empire, dont la « Bretagne » (Britannia en latin) en 43, où il se rend pour obtenir les triomphes, se voyant ainsi décerner, ainsi qu'à son fils, le surnom de Britannicus... La Lycie, la Maurétanie, le Norique et la Thrace, font également partie de ses succès.
Il s'intéresse personnellement aux affaires publiques, se penchant sur les lois et présidant des procès publics. Il va jusqu'à publier 20 édits par jour.

AUDIENCE DEVANT CLAUDE
Dans sa vie personnelle, il connaît de nombreuses épreuves et son dernier mariage le mène à la mort.
Il épouse en premières noces Plautia Urgulanilla, dont il a un fils, mort en bas âge, et une fille qu'il fait exposer, la soupçonnant d'être le fruit d'un adultère. Il se marie ensuite à Ælia Pætina dont il a une fille, Antonia.
Il s'allie ensuite à Messaline dont il a 2 enfants, Octavie (née en 40, future épouse de Néron) et Britannicus (né en 41), lequel est éclipsé puis empoisonné par Néron.
En 4e noces, il épouse sa propre nièce Agrippine la Jeune.
Il meurt en 54, peut-être empoisonné à l'instigation d'Agrippine, après avoir, sur ses conseils, adopté le fils de celle-ci, Néron, et fait passer ce dernier, en le mariant à sa fille Octavie, devant son propre fils pour la succession.
Ces événements le font mépriser par les anciens auteurs. Les historiens les plus récents tendent à tempérer leur opinion !...

La mort de Claude selon Suétone
« Une fois n’est pas coutume,on commence par la version de Suétone :
Par conséquent, avant qu’il n’aille plus loin, il est pris de vitesse par Agrippine, que, outre ces faits, sa conscience et tout autant ses délateurs accusent de nombreux crimes.
Et, du moins, sur le fait qu’il a été tué avec du poison, il y a accord, mais, sur où et par l’intermédiaire de qui il lui a été donné, on diverge.
Certains rapportent que c'est alors qu’il mange dans la citadelle avec des prêtres, par l’intermédiaire d’Halotus, un eunuque, qui est son goûteur.
Selon d’autres, c'est lors d’un repas chez lui, par l’intermédiaire d’Agrippine en personne, que lui est offert un cèpe imbibé de poison, alors qu’il est extrêmement friand de ce met.
Même pour la suite, ce qu’on raconte va dans des directions différentes. Beaucoup disent que, tout de suite après avoir ingéré le poison, il devient muet torturé par la douleur toute la nuit, et meurt juste avant l’aube.
Selon quelques-uns, au début, il s’endort, puis, sous l’afflux de nourriture, il vomit tout, on lui fait alors reprendre du poison, sans qu’on sache bien s’il est ajouté à une bouillie, comme si, dans son épuisement, il convient de lui rendre des forces avec de la nourriture, ou bien s’il lui est administré avec un lavement, comme si, ses douleurs venant de l’abondance de nourriture, on lui vient en aide par ce moyen de se vider...

Suétone fait preuve, ici, d’une remarquable précision sur ses sources et leur état au moment où il a rédigé La biographie de Claude.
Apparemment, 2 points posent problème. Les circonstances même de l’empoisonnement et ses conséquences, en particulier physiques... Dans le premier cas, 2 versions :
1° Claude a été empoisonné par son goûteur, lors d’un repas officiel avec des prêtres, dans la citadelle, sur le Capitole.
2° Claude a été empoisonné par Agrippine elle-même, lors d’un repas ordinaire, chez lui (donc sur le Palatin) c’est dans cette version qu’est introduit le détail des cèpes comme vecteurs du poison.
Dans la version 1, rien n’est dit sur le moyen utilisé, même s’il s’agit nécessairement de nourriture, puisque c’est son goûteur qui est impliqué.
Suétone ne fait aucune différence entre ces deux possibilités, dans le premier cas, la source est qualifiée de quidam, « certains », dans le second, ce sont des alii, « d’autres ».
L’utilisation du verbe tradere sous-entend une transmission écrite, pour l’un comme pour l’autre, étant donné le parallélisme de construction (quidam tradunt… alii <tradunt>).

Mêmes divergences, avec une double version, pour les effets du poison.
Dans la version a), il agit instantanément et fait horriblement souffrir Claude (le participe excruciatum renvoie à des douleurs intenses infligées par la torture), il finit par mourir peu avant l’aube.
Dans la version b), comme Claude a déjà beaucoup bu, il commence par s’endormir, puis vomit, obligeant à lui administrer une nouvelle dose, on a alors deux possibilités. Soit on lui met le poison dans une bouillie, en l’incitant à manger pour reprendre des forces (version b’), soit, au contraire, on fait mine de chercher à l’aider à se vider encore plus, avec un lavement auquel on ajoute le poison (version b »).

Ici, Suétone marque une différence entre les 2 versions :
La première est apparemment la plus nombreuse, puisqu’elle dépend d’un multi, « beaucoup de gens », alors que l’autre est introduite dans le texte par un simple nonnulli, « quelques-uns » (le verbe aiunt est relativement neutre et sert principalement à introduire des versions alternatives).
Ceci dit, la version b) est manifestement beaucoup plus intéressante que la version a), car elle a donné lieu à 2 développements, b’ et b » : Leur point commun est qu’il a fallu donner une seconde dose de poison à Claude, pour que la tentative d’assassinat ne soit pas un échec.

La mort de Claude selon Tacite
CLAUDE ET AGRIPPINE
Alors Agrippine, depuis longtemps décidée au crime, prompte à profiter de l’occasion qui lui est offerte et ne manquant pas d’intermédiaires, délibère mûrement du genre de poison : Il ne faut pas, s’il est rapide et soudain, que le crime soit révélé, ni, si elle en choisit un qui corrompe lentement, que Claude, près de sa dernière heure et ayant compris la tromperie, revienne à son amour pour son fils... On se décide pour quelque chose de raffiné, qui lui trouble l’esprit et retarde sa mort.
On choisit comme expert de telles pratiques une certaine Locuste, récemment condamnée pour empoisonnement et depuis longtemps considérée comme un des instruments du pouvoir.
Grâce aux compétences de cette femme, un poison est préparé, l’intermédiaire qui en est chargé est Halotus, un des eunuques, lequel l’habitude d’apporter les repas et de les éprouver en les goûtant... Et tous les détails sont bientôt à ce point connus de tous que les historiens de cette époque révèlent l'injection du poison dans un cèpe délectable et que la force de la drogue n'est pas tout de suite comprise, à cause de l’indolence de Claude ou de son ivrognerie.
Dans le même temps, une diarrhée semble l’avoir secouru. Par conséquent, Agrippine, épouvantée et, craignant le châtiment ultime, ne faisant plus cas de la haine de l’assistance, fait intervenir la complicité du médecin Xénophon, qu’elle s’est attachée.
Celui-ci, comme pour aider Claude dans ses efforts pour vomir, introduit, croit-on, dans sa gorge, une plume recouverte d’un poison rapide, car, il n’ignore pas que commencer les plus grands crimes vaut une mise en danger, mais les achever une récompense...

La lecture de ces deux versions, l’une après l’autre, ne suscite a priori pas de sentiment de contradiction flagrante. Pourtant, elle montre très bien comment Tacite a procédé.
La question de l’administration du poison n’est pas présentée comme un problème : Les verbes sont partout des indicatifs (consultauit, placebat, delegitur, paratum <est>, fuit) et aucune alternative n’est évoquée.
Pourtant, Tacite fusionne ici les 2 versions 1) et 2) mentionnées par Suétone : A la première, il reprend Halotus, l’eunuque qui sert de goûteur, comme intermédiaire servant à administrer le poison, à la seconde, l’implication directe d’Agrippine et la scène domestique.
Cette fusion peut provenir d’interrogations sur la façon dont le complot a pu être monté de façon à ce qu’Agrippine ne soit pas directement impliquée (il nous dit plus loin qu’elle finit par passer outre la haine qu’elle peut s’attirer : spreta praesentium inuidia). Il a dès lors ajouté des détails, comme les délibérations sur le type de poison le plus adapté ou encore l’empoisonneuse choisie pour le concocter. On a donc là production d’une version personnelle, à partir de 2 versions différentes que le texte de Suétone nous permet de connaître.

En ce qui concerne les effets de l’empoisonnement, c’est clairement l’option b) et même b' » qui a été choisie : Claude n’est pas tout de suite affecté visiblement et il expulse une partie du poison par une diarrhée foudroyante, ce qui pousse Agrippine à lui en faire à nouveau administrer une dose, cette fois par son médecin personnel, qui feint de l’aider à vomir. Il y a donc ici inversion des 2 manières de se « vider » par rapport à Suétone : Chez le biographe, Claude vomit et on simule un lavement, chez l’historien, il a la diarrhée et on agit comme pour essayer de le faire vomir.



Il faut noter ici le creditur, « croit-on », verbe qui renvoie en général à des sources bien informées, ce qui peut expliquer la préférence donnée par Tacite à cette version. Mais il est si noyé au milieu de la phrase qu’il en passerait presque totalement inaperçu, alors qu’il en est quand même le verbe principal.
Cette inversion peut provenir d’un appui sur « l’Apocoloquintose », un texte satirique écrit par Sénèque au tout début du règne de Néron, juste après la mort de Claude. Celle-ci y est évoquée de la manière suivante...
« Du reste, il expire tandis qu’il écoute des comédiens, pour qu’on sache que je ne les crains pas sans raison. Voici la dernière parole de lui qu’on entend parmi les hommes, tandis qu’il émet un son plus fort par la partie de son corps avec laquelle il parlait plus facilement : « Malheur ! je me suis mis de la merde dessus, je pense. » S’il n’a fait ou non, je ne sais pas. Assurément, il mettait de la merde sur tout. »

Le caractère satirique de cette version est très visible : Ironie sur les comédiens, Claude parlant mieux avec son anus qu’avec sa bouche (allusion à ses problèmes de bégaiement), et, surtout, dernière action et dernières paroles fort peu dignes d’un empereur. Cette histoire de pet et d’excréments répandus partout correspond tout à fait à un problème de diarrhée. Par conséquent, Tacite a pu avoir lu Sénèque (le philosophe correspond tout à fait au type de source auquel renvoie un creditur) et en avoir conclu que le dérangement physique de Claude est d’ordre intestinal et non gastrique, d’où l’inversion.
Là encore, ce qui est visible, c’est la méthode de l’historien. Plutôt que de laisser 2 versions, il en choisit une, à la suite d’un raisonnement logique : Si Sénèque parle de diarrhée, alors c’est par une diarrhée que ce manifeste les premiers signes du poison absorbé par Claude.
Il n’y a qu’un problème : La version b) est celle que Suétone signale comme supportée seulement par des nonnulli. Dans ce contexte, l’affirmation de Tacite « adeoque cuncta mox pernotuere ut temporum illorum scriptores prodiderint » prend des allures d’affirmation trop appuyée pour ne pas être suspecte : l’adjectif cuncta signifie « absolument tout », le préverbe per- de pernotuere est un intensif et le subjonctif parfait prodiderint insiste sur la réalité de l’action de la subordonnée consécutive adeo… ut.
À cela, on peut sans doute ajouter que l’expression temporum illorum scriptores souligne le caractère contemporain des sources utilisées et le creditur qui indique leur caractère bien informé.

Sans le texte du biographe, on aurait donc toutes les raisons de croire aveuglément Tacite sur ce point. Avec le texte du biographe, on se rend compte qu’en vérité, cette affirmation est une sorte de diversion, en insistant avec autant de force sur la solidité de la version qu’il présente, Tacite cherche vraisemblablement à faire oublier à son lecteur qu’elle est loin d’être la seule possible et, surtout, loin d’être la plus fréquente.

1) Tacite n’est pas nécessairement la meilleure source. En l’occurrence, pour savoir que ce qui s’est passé au moment de la mort de Claude ne va finalement pas de soi, il faut consulter Suétone. C’est bien la preuve qu’il est tout à fait contre-productif de le traiter par le mépris.

2) Dans l’Antiquité, fusionner des versions sans le dire, pour parvenir à un meilleur récit, ne pose aucun problème. À aucun moment Tacite ne laisse même deviner qu’en réalité, ses sources divergent légèrement et qu’il a reconstitué ce qu’il pense le plus vraisemblable. C’est tout juste s’il glisse un creditur au beau milieu de ce qui, chez Suétone, non seulement est une version parmi d’autres, mais est aussi une version assez isolée.

3) Dans ce cas-là, les critères de choix de version sont différents chez les deux auteurs.
Pour Suétone, c’est manifestement le nombre de sources qui est à privilégier : La différence se fait entre multi et nonnulli pour la seconde partie de l’empoisonnement. Tacite, lui, choisit une version moins fréquente, mais met en avant la qualité des sources qui la supportent, plutôt que leur nombre : Ce sont des contemporains et même des contemporains proches des cercles du pouvoir.

4) Même les indications de sources peuvent être des pièges. Il ne s’agit pas de tomber dans un doute hyperbolique, mais, ici, la stratégie rhétorique de Tacite est clairement de présenter SA version comme LA version.

Claude donne des signes de remord d’avoir épousé Agrippine et adopté Néron, lui donnant ainsi la préséance, dans l’ordre de succession, sur son propre fils, Britannicus.
Narcisse, un affranchi de Claude qui se doute des projets d’Agrippine, vient de partir pour se soigner à Sinuessa.
Agrippine a fait venir des comédiens, prétendument pour divertir Claude, donc elle veut faire croire qu’il va mieux.

Toutes ces anecdotes de Tacite, de Suétone, de Sénèque, arrangées par les
historiens modernes ad usum causæ, cherchant sérieusement à les expliquer, et on verra que beaucoup de choses qui sont reprochées à Claude ont été ou mal comprises ou dénaturées : Il faut dans cette obscurité un peu de lumière, en disant surtout les choses telles qu'elles sont, montrant l'homme tel qu'il est, ce sera la meilleure manière de parler.

« Calice de mort ». La majorité des empoisonnements mortels dus à des champignons lui sont en effet imputables, et la plupart des personnes qui en consomment périssent en l’absence de traitement. Largement réparti dans l’hémisphère Nord, ce « calice de la mort » pousse surtout sous des feuillus (chênes, hêtres) entre la fin de l’été et le mois de novembre.
Coiffé d’un chapeau souvent vert-jaune à vert-olive, mais parfois blanc, il peut être confondu avec des espèces comestibles, tels l’agaric champêtre (Agaricus campestris) ou le tricholome prétentieux (Tricholoma portentosum).
Sa chair est, paraît-il, excellente. On pourrait même en manger lors de deux repas consécutifs, car aucune gène n’est ressentie pendant 6 à 12 heures.
Soudain, les premiers symptômes apparaissent. Douleurs abdominales, vomissements, diarrhée aiguë. Le foie se nécrose peu à peu. Ce qui conduit à une hépatite gravissime, à des perturbations du système sanguin et à des troubles du comportement. Puis, finalement, entre 6 et 14 jours après l’ingestion, à un arrêt cardiaque, laissant les stigmates d’une lente et douloureuse agonie : Pommettes crispées, lèvres pendantes, regard fixe et creusé.
30 grammes d’amanite phalloïde (la moitié d’un chapeau) suffisent à tuer un adulte. Ses toxines résistent à la cuisson, au séchage et à la congélation. Une majorité de personnes en réchappent aujourd’hui grâce à une combinaison de médicaments et à des soins prodigués à temps. Mais aucun antidote n’a jamais été identifié.

D'aucuns peuvent penser qu'un poison aussi terrible a souvent été utilisé à des fins criminelles. L'exemple le plus souvent cité concerne la mort de Claude, 4e empereur Romain, qui règne de 41 à 54. Né prématuré, il souffre tout au long de sa vie de problèmes de santé mais atteint tout de même 64 ans. En « bon vivant », qui apprécie le vin, les festins et les femmes.
Il raffole aussi des champignons, les boleti, terme générique désignant aussi bien les cèpes que la succulente amanite des césars (Amanita caesarea).
Se méfiant de plus en plus d’Agrippine, il commence à reconsidérer ce choix. Mais il n’a pas le temps de prendre de nouvelles dispositions, car la mort l’emporte, au matin du 13 octobre 54.
Quelle en soit la cause ? Historiens, pathologistes et mycologues se querellent depuis des siècles sur le sujet. Les plus anciens témoignages, qui remontent à une soixantaine d’années après les faits, sont mentionnés dans les écrits des historiens antiques Tacite et Suétone. Selon Tacite, qui dit se fonder sur « les écrivains du temps », Agrippine a assassiné le César pour assurer l’avenir de son fils. Sollicitant la célèbre empoisonneuse Gauloise Locuste qui, avec la complicité du goûteur, Halotus, a placé « le poison dans un ragoût de champignons, mets favori du prince ». Ce plat lui est servi lors d’un banquet qui commence en début d’après- midi.
La nuit, l’empereur manifeste de forts symptômes gastro-intestinaux. Puis il semble aller mieux. Agrippine fait appel à un autre complice, le médecin Xénophon qui, sous prétexte de l’aider à vomir, « enfonça dans son gosier une plume imprégnée d’un poison ».

Plusieurs médecins et historiens se sont efforcés de prouver que Claude a péri de mort naturelle, de vieillesse ou des suites d’une ancienne maladie. La théorie de l’empoisonnement se serait imposée parce qu’Agrippine est détestée à la cour et que la réputation de Néron est plus exécrable encore. Force est pourtant de reconnaître que les symptômes correspondent bien à ceux d’une intoxication alimentaire.
Accidentelle ? Peu probable, car le goûteur en aurait pâti lui aussi. On sait, par ailleurs, que « les empoisonnements criminels sont très fréquents dans la Rome du Ier siècle, explique Lydie Bodiou, historienne du monde antique à l’université de Poitiers. On en use pour se débarrasser d’un conjoint, pour se suicider, mais surtout comme instrument de pouvoir, pour éliminer un adversaire ou forcer une succession ».

Avec quel poison Claude a-t- il été supprimé ? L’amanite phalloïde reste souvent mentionnée. Les Romains connaissent ses propriétés toxiques, comme en témoigne un texte de Sénèque, le précepteur de Néron. Le problème, c’est que le décès est survenu en moins de 24 heures, trop rapidement pour une intoxication phalloïdienne.
Robert Gordon Wasson donne donc crédit à Tacite : Claude a bel et bien ingéré des amanites phalloïdes (ce qui explique les premiers symptômes), avant que son médecin ne l’achève avec un autre poison peut-être la coloquinte (plante qui peut être utilisée comme puissant laxatif et létale à fortes doses) bien connue des Romains.
D’autres auteurs penchent pour un empoisonnement à l’amanite tue-mouches (Amanita muscaria). Ses effets sont bien plus rapides (de 30 minutes à 4 heures), et s’accompagnent aussi de forts maux de ventre et de vomissements. Contenant de l’acide ibotonique, qui provoque une tachycardie et des troubles neurologiques (délire onirique, agitation psychomotrice). Mais il est extrêmement rare qu’on y succombe. On ne saura donc jamais le fin mot de l’histoire...


Une version ? Deux versions ? Le cas de la mort de Claude ...
https://memotrad.hypotheses.org/84
14 déc. 2014 - Les différents récits de la mort de Claude sont de parfaits exemples de .... dernière action et dernières paroles fort peu dignes d'un empereur.
Claude (empereur romain) — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_(empereur_romain)
Aller à Titulature à sa mort - À sa mort en 54 Claude avait la titulature suivante : ... Note : Claude fut divinisé après sa mort par le Sénat. Claude était ...
Handicap physique et tempérament · ‎Origines familiales et ... · ‎Règne

Champignon : l'empoisonneuse avait un goût exquis ...
https://www.sciencesetavenir.fr/.../champignon-l-empoisonneuse-avait-un-gout-exquis_1...
22 oct. 2014 - Claude avait épousé en quatrièmes noces sa nièce Agrippine et ... aurait placé "le poison dans un ragoût de champignons, mets favori du ...

EN REMONTANT LE TEMPS... 55

5 MARS 55...

Cette page concerne l'année 55 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

SUSPICIONS AUTOURS DE LA MORT DE BRITANNICUS.

Tiberius Claudius Caesar Germanicus, appelé ultérieurement Britannicus (12 février 41 - v. le 11 février 55), est le fils de l'empereur Claude et de sa 3e épouse Messaline. Selon Tacite, il est assassiné à l'âge de 14 ans par son frère par adoption, l'empereur Néron, lors d'un banquet.

La vie de Britannicus illustre les problèmes de succession au début de l'Empire Romain et les implacables luttes pour le pouvoir au sein de la dynastie Julio-Claudienne. Sa mort prématurée inspirera la tragédie Britannicus de Jean Racine, mettant en scène la dernière journée du jeune homme.

Les Annales de Tacite et la « Vie des douze Césars » de Suétone sont les principales sources latines relatant cette période. Cependant, les deux historiens ont écrit environ 50 ans après les événements, durant une période où Néron est (déjà) dénigré. Le tableau qu'ils dressent de ces événements est particulièrement sombre et les arrières pensées qu'ils prêtent aux protagonistes sans concession. Il n'est pas toujours aisé de distinguer la part du récit romanesque de celle d'une recherche historique « sérieuse ».
Même si, de par leurs fonctions, ils ont accès à des archives officielles et des documents de première main, leurs propres sources sont cependant très rarement explicitement données.
Les deux historiens sont certainement influencés par la société dans laquelle ils vivent, et pour laquelle ils écrivent. Leur tendance à noircir le tableau et à considérer les acteurs principaux comme des criminels souvent dégénérés, et leur manque d'esprit critique, voire leur crédulité sont aujourd'hui dénoncés, et on attribue en partie la sévérité de leur jugement à leurs a priori idéologiques, voire leur « philosophie politique ». Tacite est, par exemple, considéré comme le grand détracteur de Néron, Suétone comme exprimant les intérêts politiques du Sénat et des chevaliers Romains.

En 38, Claude, âgé alors de presque 50 ans et qui n'est pas encore empereur, épouse Valeria Messalina, âgée de 14 ans.

En 39, elle donne naissance à une fille Octavie et le 12 février 41, elle met au monde Britannicus, à peine 3 semaines après que Claude eut accédé au principat. Britannicus est donc l'héritier direct de Claude, le Spes augusta, étant l'espoir de la famille impériale, il est voué à être montré au peuple et aux soldats.

En 43, à la suite des victoires de Claude en Bretagne, le Sénat Romain lui accorde un triomphe et le nom honorifique de Britannicus. Son nom complet est désormais Tiberius Claudius Caesar Augustus Germanicus Britannicus. Pourtant, Claude ne se fera jamais appeler Britannicus, mais il transmet ce nom à son fils.
Nous possédons peu d'informations sur l'éducation de ce dernier. Tacite mentionne comme tuteur un grammairien du nom de Sosibius. En tant que fils de l'Empereur, Britannicus reçoit sans doute la meilleure éducation, mais, à partir de 51, sa situation se détériore rapidement.
Agrippine, la nouvelle Augusta, tire en effet prétexte du premier affrontement entre les deux « frères » pour prendre le contrôle total de l'entourage de Britannicus.

« Un jour qu'ils se rencontrent, Néron salue Britannicus par son nom et l'autre appelle son frère Domitius. Agrippine rapporte le fait à son mari, en s'en plaignant beaucoup, disant que c'était le début de la discorde :
Apparemment on ne tient pas compte de l'adoption, et l'avis donné par les Pères, le commandement du peuple, tout cela est aboli dans la famille, et si l'on n'éloigne pas les maîtres qui enseignent pareille hostilité, elle finira par une catastrophe pour l'État.
Touché par ces arguments, à ses yeux autant d'accusations, Claude fait exiler ou punir de mort tous les meilleurs précepteurs de son fils et impose pour le surveiller des hommes choisis par sa belle-mère. » (Tacite, Annales, Livre XII, 3)...

Tacite précise en outre que, sur la fin, « l'entourage immédiat de Britannicus est formé de gens sans foi ni loi », et que lors de la première tentative d'empoisonnement, ce sont ses propres précepteurs qui lui administrent le poison.

En 47, le mariage de Messaline avec Silius remonte jusqu'aux oreilles de Claude par le biais de Narcisse. Une fois informé, et après une très brève enquête qu'il mène lui-même, Claude fait mettre à mort la plupart des comploteurs, dont Silius, qui réclame seulement une mort rapide. Il ordonne également d'en finir avec Messaline. Un ordre que Narcisse se hâte d'accomplir avant que l'hésitant Claude ne change d'avis... Messaline est exécutée dans les jardins de Lucullus par les sbires de Narcisse.

Après la mort de Messaline, Claude doit se remarier pour réaffirmer sa place après l'assassinat de celle-ci (?). Narcisse lui propose la main de Aelia Paetina, jugée inoffensive. Une autre candidate est la dernière fille vivante de Germanicus : Agrippine la jeune, sœur de Caligula, seul problème : Elle est la nièce de Claude. Or, les mariages entre nièce et oncle sont considérés comme incestueux, et donc interdits.
Le mariage de Claude et d'Agrippine a donc lieu le lendemain de la validation d'une loi sénatoriale autorisant les mariages entre oncles et nièces.

En 49, quand Agrippine épouse Claude, elle a déjà un fils, Néron, né en 37 d'un précédent mariage avec Gnaeus Domitius Ahenobarbus. Néron est plus âgé que Britannicus et Agrippine va tout faire pour que son fils soit reconnu comme le successeur de l'empereur Claude qui meurt opportunément le 13 octobre 54. De nombreuses sources latines considèrent qu'Agrippine joue un rôle dans la mort de l'empereur. Mais Suétone donne la chose comme simplement possible et cite d'autres possibilités; Sénèque, alors tuteur de Néron, parle quant à lui, de mort naturelle. L'empoisonnement de Claude reste donc objet de discussions.
Selon l'une des versions, Agrippine a fait mettre du poison dans la nourriture de l'empereur. Tacite prétend qu'elle choisit « une drogue raffinée qui trouble la raison et diffère la mort ». Agrippine a donc fait le choix d'un poison lent qui fait perdre à l'empereur l'usage de la parole. Cette lenteur permet à Agrippine d'appeler un médecin, Xénophon, pour ainsi écarter tout soupçon.
Selon les récits les plus sombres, elle a alors profité de l'impuissance du malade pour lui administrer une nouvelle dose de poison, mortelle cette fois.
Une fois son mari décédé, elle conserve un moment le secret de sa mort, joue les épouses affolées et s'arrange pour retenir Britannicus et ses sœurs auprès d'elle, tandis que Néron s'en va se faire reconnaître par la garde prétorienne. Quand la mort de l'empereur est enfin révélée, tout est joué... Britannicus suit son père dans la tombe à peine 4 mois plus tard.

Messaline et Claude ne sont pas les mieux placés dans l'arbre généalogique des Julio-Claudiens, afin de garantir la légitimité au trône de Britannicus, Messaline et Claude prennent les mesures nécessaires.
Par exemple, Octavie, la sœur de Britannicus, est fiancée à Lucius Iunius Silanus, descendant d'Auguste par les Iunii Silani.

BRITANNICUS INGÈRE LE POISON
Les desseins d'Agrippine sont tout à fait perceptibles dès son mariage avec Claude. En effet, elle fait adopter Néron par l'empereur dès le 25 février 50 et fait tout pour écarter Britannicus du pouvoir. Sans état d'âme, Agrippine est connue pour avoir procédé à de nombreux exils et assassinats afin d'assouvir ses ambitions pour son fils.
Premier obstacle dynastique sur la voie impériale : Lucius Junius Silanus, le fiancé d'Octavie qui est en âge de se marier et d'avoir des enfants, donc des concurrents potentiels pour Néron. Agrippine pousse l'encombrant fiancé au suicide en portant de fausses accusations d'inceste contre lui, et en 53, Octavie épousera Néron. Une rivalité existant entre Messaline et Agrippine, cela crée le même climat entre Néron et Britannicus. En effet, lors des Jeux séculaires au cours de l'année 47, Néron a été plus applaudi par la foule que Britannicus.
Par son adoption, Néron devient le frère de Britannicus. Il est son aîné de 3 ans, peut être élu avant lui et est considéré comme un héritier officiel.

En 51, Néron reçoit selon Tacite la toge virile, soit 9 mois avant l'age légal de 14 ans. Au cours de la même année, il entre au Sénat et devient proconsul. Il semble que Claude lors de sa dernière visite au Sénat ait émit le vœu que Néron et Britannicus règnent ensemble... Cela explique le choix qu'a fait Claude en adoptant Néron.
En effet le partage du pouvoir est possible, cela c'est déjà produit avec Tibère et Drusus I, ainsi qu'avec Germanicus et Drusus II.

Tacite présente comme un fait avéré que Néron est l'assassin de Britannicus. En effet, il a de bonnes raisons de se débarrasser de son « demi-frère ».
L'historien rapporte qu'il y a une première tentative infructueuse d'empoisonner Britannicus. Devant cet échec, causé par un poison insuffisamment violent, Néron, furieux, menace d'exécuter l'empoisonneuse Locuste déjà emprisonnée (et qu'on a déjà sollicitée pour se débarrasser de Claude).

La mort de Britannicus survient vers le 12 février 55, à la veille de son 14e anniversaire durant lequel il aurait dû revêtir la toge virile, et aurait ainsi pu revendiquer le pouvoir qui est alors aux mains de Néron, empereur depuis octobre 54.
Lors d'un banquet, une boisson chaude, goûtée par un esclave, est servie à Britannicus.
Cependant la trouvant trop chaude, il demande qu'elle soit refroidie. On ajoute alors à la boisson de l'eau froide, qui contient le poison, et elle lui est alors présentée sans avoir été goûtée à nouveau. Britannicus boit le breuvage, et tombe alors raide mort, foudroyé par le poison .
« Le trouble se met parmi ses voisins de table, ceux qui ne réfléchissent pas s'enfuient de tous côtés, mais ceux qui comprennent plus avant demeurent à leur place, immobiles et les yeux fixés sur Néron. Lui, restant étendu, faisant semblant de ne rien savoir, dit que cela arrive souvent, à Britannicus pendant une crise d'épilepsie, une maladie dont il est affligé depuis son enfance, et que, peu à peu, il recouvre la vue et les sens.
Mais Agrippine laisse transparaître une telle peur, un tel bouleversement d'esprit, bien qu'elle cherche à en dissimuler l'expression sur son visage, qu'il est évident qu'elle est aussi peu au courant qu'Octavie, la sœur de Britannicus comprend que son ultime recours lui est arraché et que c'est un précédent pour un parricide.
Octavie, elle aussi, bien qu'elle soit encore jeune et sans expérience, a appris à cacher douleur, affection, et tous ses sentiments. Ainsi, après quelques instants de silence, la joie du banquet recommence. » (Tacite, Annales, Livre XIII, 16).
Un autre historien, Dion Cassius rapporte qu'un des amis de Britannicus, Titus est tombé très malade après avoir goûté le breuvage de celui-ci. Britannicus est brûlé en catimini la nuit même de sa mort sur un bûcher que l'on a préparé d'avance.
ON EMMÈNE BRITANNICUS MOURANT
Suétone donne de l'événement un récit très similaire à celui de Tacite y compris dans la préparation du poison, dans l'attitude de Néron au cours du repas fatal et dans les circonstances météorologiques qui entourent les funérailles à la sauvette du jeune prince.
Tacite rapporte enfin que de nombreux écrits de l'époque font état que Néron, peu avant le meurtre et profitant de leur différence de statut social (l'un adulte, l'autre enfant), a à plusieurs reprises abusé sexuellement de son jeune frère.

Titus, futur empereur, et, éduqué avec Britannicus, fait ériger à sa mémoire 2 statues. Une première statue en or au Palatin, et une seconde en ivoire représentant le jeune prince sur un cheval.
Une explication avancée pour expliquer la mort foudroyante de Britannicus est l'épilepsie, une maladie connue de l'Antiquité Romaine. L'historien Pierre Grimal avance que Claude, le père de Britannicus, était vraisemblablement atteint de ce mal, et que la maladie de Britannicus était connue de toute la cour impériale. Une violente crise d'épilepsie a ainsi pu provoquer une rupture d'anévrisme. C'est d'ailleurs l'épilepsie qu'invoque Néron pour justifier sa placidité lors de l'instant fatal...
Si l'on s'en tient à l'hypothèse de l'empoisonnement, l'efficacité réelle du poison ingéré par Britannicus est le point le plus discuté de l'affaire. Selon Georges Roux, dans son Néron (Fayard, 1962), 2 poisons tuent instantanément : le curare et l'acide prussique. Le premier doit être injecté, quant au second, il ne sera mis au point qu'en 1782 par des procédés chimiques très complexes. Les Romains ne connaissaient aucun poison assez puissant pour provoquer une mort instantanée.

Les poisons mortels connus dans l'Antiquité sont la ciguë, la muscarine, l'aconit et la belladone. Ils mettent en général entre 6 et 8 heures pour tuer, et il faut au minimum 2 heures pour que le plus puissant d'entre eux agisse. On estime toutefois que les anciens Athéniens déjà utilisaient un mélange de poisons (par exemple lors de la mort de Socrate) pour en augmenter les effets.

Les historiens Romains eux-mêmes relatent les grandes difficultés rencontrées dans la mise au point du poison et les menaces de mort qu'on avait fait planer sur Locuste.
Tacite rapporte que sur le cadavre de Britannicus apparaissent des taches noires. Or, la muscarine laisse des marques violettes et la belladone des plaques rouges, les autres ne laissent pas de marques cutanées. Il y a donc 2 possibilités, soit les historiens ont exagéré les faits, soit Britannicus n'est pas mort assassiné. S'il n'est pas mort assassiné, il est peut-être mort d'une rupture d'anévrisme à la suite d'une violente crise d'épilepsie.

Même si Britannicus est mort assassiné, la question de l'implication de Néron dans le meurtre reste posée. En effet, Néron est à l'origine de nombreux assassinats. Parmi eux, seul celui de Britannicus relève d'un empoisonnement. Tous les autres sont des exécutions par le glaive ou des « invitations au suicide ». L'empoisonnement est un procédé en majorité utilisé par les femmes et Agrippine aurait pu y recourir pour que Néron, son fils, n'ait plus d'opposant.

Toutefois, la thèse qu'on a empoisonné Britannicus en plein banquet et en présence de l'empereur, sans que celui-ci ne s'en émeuve le moins du monde, ni ne cherche à en savoir plus par la suite, paraît peu crédible. L'implication d'Agrippine ne cadre ni avec les détails du récit de l'événement, ni avec le contexte des jeux de pouvoir et le rapprochement d'Agrippine et de Britannicus. Agrippine semble d'ailleurs redouter autant Néron que Britannicus.
De fait, pour la mère de l'empereur, la mort de Britannicus est une catastrophe qui la prive d'un contrepoids face aux ambitions de son fils et elle va se voir ensuite peu à peu, mais fermement, écartée du pouvoir, avant d'être assassinée à son tour en 59.

Néron est inquiet et le 17 décembre 54 un événement le décide à assassiner Britannicus. En effet, lors de cette soirée, chaque convive doit réciter un poême.
Britannicus choisit de réciter des vers du poète Ennius: « Plus que la naissance, la chance me fait défaut. Sachez que je possédais un trône. Voyez donc de quelle richesse, de quelle fortune, de quelle puissance m'a précipité le sort. » Chaque invité saisit l'allusion et Néron est rouge de colère. Il fait donc appel aux services de la célèbre empoisonneuse Locuste. Celle-ci compose un breuvage mais celui-ci est trop dilué et une forte diarrhée en délivre Britannicus.
Néron convoque Locuste et l'oblige à préparer le poison en sa présence. La première tentative est infructueuse, un chevreau ayant essayé la mixture met 5 heures à mourir. Le poison est refait et donné à boire à un porc qui tombe raide mort.
Néron fait alors préparer un banquet, et pour contourner la difficulté du goûteur à recours à un stratagème. Il fait servir à Britannicus une boisson sans danger mais brûlante. Britannicus demande à ce qu'on y rajoute un peu d'eau fraîche. C'est à ce moment que Néron fait rajouter le poison. Britannicus s'écroule foudroyé. La terreur gagne l'assistance, mais Néron la rassure.

La mort de Britannicus : lecture critique de Tacite
« La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie,
Mais ses lèvres à peine en ont touché les bords,
Le fer ne produit point de si puissants efforts,
Madame : La lumière à ses yeux est ravie,
Il tombe sur son lit sans chaleur et sans vie ».
Racine
AGRIPPINE MAUDIT NÉRON

Le récit de la mort de Britannicus est l'un des plus célèbres de Tacite, c'est lui, notamment, qui l'a fait qualifier par Racine de « plus grand peintre de l'Antiquité ». Souvent lu et commenté, il a donné lieu dans notre pays, il y a quelques années, à des essais de « lecture plurielle » (analyses textuelle et structurale) qui en mettent en lumière les procédés de style et décrivent son fonctionnement en tant que discours.


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La mort de Britannicus : lecture critique de Tacite - Persée
www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_1999_num_68_1_1341
de M Dubuisson - ‎1999 - ‎Cité 5 fois - ‎Autres articles
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