jeudi 12 janvier 2017

EN REMONTANT LE TEMPS... 166

20 NOVEMBRE 2016...

Cette page concerne l'année 166 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

LA PASSION DE POLYCARPE.

UNE ÉGLISE EN SYRIE
Saint Polycarpe Evêque de Smyrne et martyr, (dont le nom grec signifie fruits abondants) est regardé par toute l’Église comme ayant appartenu au groupe des Pères apostoliques. Disciple immédiat des apôtres, il naît au temps de Vespasien vers l'an 70, converti à la religion chrétienne dès son enfance, sous le règne de Titus. Attaché à l’Église de Smyrne, et disciple de l'apôtre Saint Jean. Son biographe, Pionius, l'a dit originaire des contrées du Levant, puis amené jeune encore à Smyrne par des marchands qui l'ont vendu à une femme noble, nommée Callisto. Cette généreuse chrétienne l'a élevé dans la crainte du Seigneur, lui confiant le soin de sa maison.
Héritier des biens de Callisto, Polycarpe n'en a usé que pour se perfectionner dans la connaissance des Écritures, s'avancer dans la pratique de la piété, puis reçoit le diaconat des mains de l'évêque de Smyrne, Bucolus, qui l'attache à son Église... Saint Irénée ( Adv. hæresses, 1. V, c. XXXIII), nous apprend que Polycarpe avec Papias suivent les leçons de Jean, l'apôtre bien-aimé de Jésus.
Polycarpe est établi évêque de Smyrne par les apôtres eux-mêmes, l'apôtre Saint Jean en particulier. L'épiscopat de Polycarpe semble assez tranquille sous le règne de Trajan, alors que la persécution agite l’Église dans les autres provinces de l'empire. Ignace d'Antioche, l'ami de Polycarpe, sera condamné à mort en Syrie et, de là, envoyé à Rome pour être livré aux bêtes de l'amphithéâtre.

L'évêque de Smyrne fait un voyage à Rome et y séjourne, mais il est difficile de dire à quelle époque, il doit entretenir le pape de divers sujets : Défense des vérités de la foi, union et paix des fidèles, observances de discipline.
L'accord n'existe pas entre Rome et les Églises d'Asie pour la célébration de la Pâque. Anicet et Polycarpe estiment que le plus sage, sur ce dernier point, est de laisser jusqu'à nouvel ordre l'Orient et l'Occident suivre leur coutume respective.
LE MARTYRE DE POLICARPE
Le séjour de Polycarpe à Rome est encore utile à beaucoup de personnes qui se sont laissé infecter du venin de l'hérésie, l'évêque rend un témoignage à la vérité orthodoxe, fait rentrer dans le sein de l’Église des âmes séduites par les erreurs de Valentin et de Marcion... Rencontrant un jour ce dernier dans les rues de Rome, Marcion lui dit :
Ne me reconnaissez-vous pas ?
Oui, répond Polycarpe, je vous reconnais pour le fils aîné de Satan. Simple parole qui marque l'inviolable attachement de l'évêque aux enseignements de la foi.

Polycarpe revient à Smyrne, selon nous, en automne 154, une mort digne de lui l’y attend.
Professant la doctrine que l’on ne doit pas rechercher le martyre... Bien des gens n'ayant pas sa vertu ne sont pas aussi prudents que lui, le voisinage des sombres enthousiastes de la Phrygie devient dangereux.
Un Phrygien, nommé Quintus, montaniste par anticipation, vient à Smyrne et entraîne quelques exaltés, qui vont avec lui se dénoncer eux-mêmes et provoquer les supplices...
Les gens sages les blâment, et disent avec raison que l’Évangile ne commande rien de pareil. Outre ces fanatiques, plusieurs Smyrniotes chrétiens sont emprisonnés, parmi eux quelques Philadelphiens, soit que le hasard les ait conduit à Smyrne, soit que l’autorité, après les avoir arrêtés à Philadelphie, les ait fait transférer à Smyrne, ville plus considérable où se donnent les grands jeux. Les détenus sont au nombre de 12.

Selon l’usage hideux des Romains, c'est dans le stade, à défaut d’amphithéâtre, que leur supplice a lieu.
Les tortures endurées par ces malheureux offrent un épouvantable caractère d’atrocité. Quelques-uns sont tellement déchirés par les fouets, que leurs veines, leurs artères, tout le dedans de leur corps est à nu.
On pleure autour d’eux, mais on ne peut leur arracher ni un murmure ni une plainte. L’idée se répand dès lors que les martyrs du Christ, pendant la torture, sont ravis hors du corps et que le Christ lui-même les assiste, communie avec eux.
Le feu leur fait l’effet d’une fraîcheur délicieuse.
Exposés aux bêtes.
Traînés sur un sable composé de coquillages pointus, ils paraissent insensibles.
Un seul faiblit, et c'est justement celui qui a compromis les autres.

Le Phrygien puni de sa dénonciation, à la vue des bêtes, se met à trembler. Les gens du proconsul l’entourent, l’engagent à céder, il consent à prêter le serment et à sacrifier. Les fidèles voient là un signe du ciel et la condamnation de ceux qui vont d’eux-mêmes chercher la mort. Une telle conduite, empreinte d’orgueil, est considérée comme une sorte de défi à Dieu.... Admettant que le courage du martyr vient d’en haut, et que Dieu, pour montrer qu’il est la source de toute force, se plaît parfois à montrer les plus grands exemples d’héroïsme en ceux qui, avant l’épreuve, ont été défiants d’eux-mêmes, presque timides.
POLYCARPE ÉVÊQUE DE SMYRNE
On admire surtout un jeune homme nommé Germanicus. Il donne à ses compagnons d’agonie l’exemple d’un courage surhumain. Sa lutte contre les bêtes fut admirable.
Le proconsul Titus Statius Quadratus, homme philosophe et modéré, ami d’Ælius Aristide, l’exhorte à la pitié envers son jeune âge.
Lui se met à exciter les bêtes, à les appeler, à les taquiner pour qu’elles le tirent plus vite d’un monde pervers.
Cet héroïsme, loin de toucher la foule, l’irrite. « À mort les athées ! Qu’on cherche Polycarpe ! » crie-t-on de toutes parts.

Polycarpe, bien que blâmant l’acte de folie de Quintus, n’a pas d’abord voulu fuir. Cédant à de vives instances, il consent cependant à se retirer dans une petite maison de campagne, située non loin de la ville, où il passe plusieurs jours. On vient pour l’y arrêter... Quittant précipitamment la maison, il se réfugie dans une autre, mais un jeune esclave, mis à la torture, le trahit.
Une escouade de gendarmes à cheval vient pour le prendre.
Cela se passe le vendredi 22 février, à l’heure du dîner.
Le vieillard est à table, dans la chambre haute de la villa... Il peut encore
s’échapper, mais il dit : « Que la volonté de Dieu se fasse ! » Descendant tranquillement, il discute avec les gendarmes, leur fait servir à manger et demande seulement une heure pour prier librement.
Il fait alors une de ces longues prières qui lui sont habituelles, et où il embrasse l’Église catholique tout entière. La nuit se passe... Le lendemain matin, samedi 23 février, on le met sur un âne et l’on part.
Avant d’arriver à la ville, Hérode et son père Nicète se présentent en voiture. Ils ne sont pas sans relations avec les chrétiens. Alcé, sœur de Nicète, paraît avoir été affiliée à l’Église. Ils prennent, dit-on, le vieillard au milieu d’eux dans la voiture, et essaient de le convaincre. « Quel mal donc y a-t-il, pour sauver sa vie, à dire Kyrios Kæsar, à faire un sacrifice et le reste ? »

Polycarpe est inflexible. Il paraît que les deux magistrats s’emportent alors, lui disent des paroles dures et le chassent si rudement de la voiture, qu’il s’écorche la jambe.
On se dirige vers le stade situé à mi-côte du mont Pagus. Le peuple y est déjà rassemblé, c’est un vacarme infernal.
Au moment où le vieillard est introduit, le bruit redouble les chrétiens seuls entendent une voix du ciel qui dit : « Sois fort, sois viril, Polycarpe ! » On mène l’évêque au proconsul, qui emploie les phrases ordinaires en pareille circonstance : « Au nom du respect que tu dois à ton âge, etc., jure par la fortune de César, crie comme tout le monde : « Plus d’athées ! »
Polycarpe alors, promenant un regard sévère sur la foule qui couvre les gradins, et la montrant de la main : « Oui, certes, dit-il, plus d’athées ! » et il lève les yeux au ciel avec un profond soupir.
« Insulte le Christ, lui dit Statius Quadratus.

Il y a 86 ans que je le sers, et il ne m’a jamais fait aucun mal, dit Polycarpe. Je suis chrétien... Si tu veux savoir ce que c’est qu’un chrétien, ajoute-t-il, accorde-moi un délai d’un jour, et prête-moi ton attention.

Persuade donc le peuple de cela, répond Quadratus.

Avec toi, il vaut la peine de discuter, répond Polycarpe. Nous avons pour précepte de rendre aux puissances et aux autorités établies par Dieu les honneurs qui leur sont dus, pourvu que ces marques de respect n’aient rien de blessant pour notre foi. Quant à ces gens-là, je ne daignerai jamais descendre à faire mon apologie devant eux. »

Le proconsul le menace en vain des bêtes, du feu. Il faut annoncer au peuple que Polycarpe confesse obstinément sa foi.

Juifs et païens poussent des cris de mort :
« Le voilà, le docteur de l’Asie, le père des chrétiens ! » disent les premiers. « Le voilà, le destructeur de nos dieux, celui qui enseigne à ne pas sacrifier, à ne pas adorer ! » disent les seconds.

En même temps, ils demandent à Philippe de Tralles, asiarque et grand prêtre d’Asie, de lancer un lion sur Polycarpe.
Philippe leur fait observer que les jeux de bêtes sont finis.

« Au feu donc ! »
Crie-t-on de toutes parts. Et le peuple se répand dans les boutiques et les bains pour y chercher du bois et des fagots. Les juifs, nombreux à Smyrne et toujours fort animés contre les chrétiens, montrent à cette besogne, selon leur habitude, un zèle tout particulier.
Pendant qu’on prépare le bûcher, Polycarpe ôte sa ceinture, se dépouille de tous ses vêtements, essaie aussi de se déchausser... Il ne le fait pas sans quelque embarras car, en temps ordinaire, les fidèles qui l’entourent ont coutume de s’empresser pour lui éviter cette peine, tant ils sont jaloux du privilège de le toucher.
On le place au milieu de l’appareil qui sert à fixer le patient et on va l’y clouer : « Laissez-moi ainsi, dit-il celui qui me donne la force de supporter le feu m’accordera aussi la force de rester immobile sur le bûcher, sans qu’il soit besoin pour cela de vos clous. »
On ne le cloue pas, on le lie seulement.
Ainsi, les mains attachées derrière le dos, il semble une victime, et les chrétiens qui l’aperçoivent de loin voient en lui un bélier choisi dans tout le troupeau pour être offert à Dieu en holocauste. Pendant ce temps, il prie et remercie Dieu de l’avoir admis au nombre de ses martyrs.

Les flammes commencent à s’élever, l’exaltation des fidèles témoins de ce spectacle est à son comble. Les chrétiens attachaient naturellement le plus grand prix à posséder le corps du martyr.
Mais l’autorité hésite à le leur donner, craignant de voir ce supplicié devenir l’objet d’un nouveau culte.
« Ils seraient capables, disent-ils en riant, d’abandonner pour lui le crucifié. »

Les juifs montent la garde auprès du bûcher pour épier ce qu’on va faire. Le centurion de service se montre favorable aux chrétiens et les laisse prendre ces os, « plus précieux que les pierres précieuses et que l’or le plus pur ».
Ils sont calcinés : Mais pour concilier ce fait avec le récit merveilleux, on prétend que c’est le centurion qui a brûlé le corps. On met les cendres dans un lieu consacré, où l’on vient chaque année célébrer l’anniversaire du martyre et s’exciter à marcher sur les traces du saint vieillard.

Le courage de Polycarpe frappe beaucoup les païens eux-mêmes. L’autorité, ne voulant pas que de pareilles scènes se renouvellent, arrête les supplices.
Le nom de Polycarpe reste célèbre à Smyrne, tandis qu’on oublie vite les 11 ou 12 Smyrniotes ou Philadelphiens qui ont souffert avant lui.
Les Églises d’Asie et de Galatie, à la nouvelle de la mort de ce grand pasteur, demandent aux Smyrniotes des détails sur ce qui s’est passé.
Ceux de Philomélium, en Phrygie Parorée montrent surtout un touchant empressement. L’Église de Smyrne fait rédiger par un de ses anciens le récit du martyre, sous la forme d’une épître circulaire, qui est adressée aux différentes Églises.
Les fidèles de Philomélium, point déjà fort éloigné, sont priés de transmettre la lettre aux frères d’au delà.

L’exemplaire des Philoméliens, copié par un certain Évareste, et porté par un nommé Marcion, a servi de base ensuite à l’édition originale. Comme il arrive souvent dans la publication des lettres circulaires, les finales des différents exemplaires sont placées par l’éditeur à la suite les unes des autres.
Ce beau morceau constitue le plus ancien exemple connu des Actes de martyre. C'est le modèle qu’on imite et qui fournira la marche et les parties essentielles de ces sortes de compositions.

L’idée que le martyre est la faveur suprême qu’on doit désirer et demander au ciel trouve dans l’encyclique smyrniote sa première et parfaite expression. L’auteur de ce remarquable écrit ne perd aucune occasion de montrer que le vrai martyre, le martyre conforme à l’Évangile, est celui qu’on ne va pas chercher, ni qu’on attend.
La provocation lui paraît si condamnable, qu’il éprouve une certaine satisfaction à montrer le Phrygien fanatique cédant aux obsessions du proconsul et devenant apostat.

Légère, étourdie, curieuse de bizarreries, l’Asie tourne ces tragédies en historiettes et instaure la caricature du martyre.
Vers ce temps, vit un certain Peregrinus, philosophe cynique, de Parium sur l’Hellespont, qui s’appelle lui-même Protée, et dont on vante la facilité à prendre tous les visages, à courir toutes les aventures... Parmi ces aventures, il prend également celle d’évêque et de martyr.
Après avoir débuté dans la vie par les crimes les plus affreux, par le parricide, il se fait chrétien, devient prêtre, scribe, prophète, thiasarque, chef de synagogue. Il interprète les livres sacrés, en compose lui-même, il passe pour un oracle, pour une suprême autorité en fait de règles ecclésiastiques. On l’arrête pour ce délit, on l’enchaîne. C’est le commencement de son apothéose. À partir de cette heure, il est adoré, on remue ciel et terre pour le faire échapper.
Le matin, à la porte de la prison, les veuves, les orphelins attendent pour le voir. Les notables obtiennent, à prix d’argent, de passer la nuit dans sa compagnie.... C’est un va-et-vient de tables, de festins sacrés, on célèbre près de lui les mystères, on ne l’appelle que « cet excellent Peregrinus », on le qualifie de nouveau Socrate.

Tout cela se passe en Syrie. Ces esclandres publics sont la joie des chrétiens, ils n’épargnent rien, en pareil cas, pour rendre la manifestation éclatante. Voilà que, de toutes les villes d’Asie, arrivent des envoyés chargés de se mettre au service du confesseur et de le consoler. L’argent afflue autour de lui. Or il se trouve que le gouverneur de Syrie est un philosophe, il pénètre le secret de la folie de notre homme, voit qu’il n’a qu’une idée, c’est de mourir pour rendre son nom célèbre, et le renvoie sans châtiment. Partout, dans ses voyages, Peregrinus nage dans l’abondance, les chrétiens l’entourent et lui font une escorte d’honneur.
« Ces imbéciles, ajoute Lucien, sont persuadés qu’ils sont absolument immortels, qu’ils vivront éternellement, ce qui fait qu’ils méprisent la mort et que beaucoup d’entre eux s’y offrent d’eux-mêmes.
Leur premier législateur les a persuadé qu’ils sont tous frères les uns des autres, du moment que, reniant les dieux helléniques, ils adorent le crucifié, leur sophiste, et vivent selon ses lois. Ils n’ont donc que du dédain pour les biens terrestres, et ils les tiennent pour appartenant en commun à tous.
Inutile de dire qu’il n’ont pas une raison sérieuse de croire tout cela. Si donc quelque imposteur, quelque homme rusé, capable de tirer parti de la situation, vient à eux, tout de suite, le voilà riche, et il rit au nez de ces nigauds. »
Peregrinus, à bout de ressources, cherche, par une mort théâtrale aux jeux olympiques, à satisfaire l’insatiable besoin qu’il a de faire parler de lui. Le suicide pompeux et voulu est, on le sait, le grand reproche que les philosophes sages adressent aux chrétiens... (Que dire presque 2 000 ans plus tard de ceux qui au lieu de mourir seul et en prière tuent pour connaître un paradis peuplé de vierges éternelles avec lesquelles ils pourront s'accoupler. Les chrétien n'ont jamais même dans leur martyre demandés que quiconque les accompagne, bien au contraire,)

26 janvier. Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, martyr. 166. : Vie des ...
hodiemecum.hautetfort.com/.../26-janvier-saint-polycarpe-eveque-de-smyrne-martyr-...
25 janv. 2008 - 166. Papes : Saint Anicet (+166) ; saint Soter. Empereurs romains : Lucius Verus ... que ses actes furent écrits dans l'année qui suivit le martyre de notre saint : ..... Statius Quadratus était proconsul de la province d'Asie et ...


L'Église chrétienne (Renan)/XXIII. Martyre de Polycarpe. - Wikisource
https://fr.wikisource.org/wiki/L’Église_chrétienne.../XXIII._Martyre_de_Polycarpe.
28 juil. 2015 - Le proconsul Titus Statius Quadratus, homme philosophe et modéré, ami .... dans un lieu consacré, où l'on vint chaque année célébrer l'anniversaire .... 166-168), c'est une addition d'un certain Pionius, qui, vers la fin du iv e ...

Mémoire sur la chronologie de la vie du rhéteur Ælius Aristide ...
https://books.google.fr/books/.../Mémoire_sur_la_chronologie_de_la_vie_du.html?hl...
Page 34 - 2 , le mois Xanthicus commençait au 22 février de l'année julienne; par conséquent le ... Page 58 - 162 à 166. ... Page 12 - pendant la dixième année de sa maladie, un peu après le solstice d'hiver, et lorsque Severus était proconsul d'Asie 1 . ... Page 32 - suit immédiatement le récit des relations avec Quadratus, ...









mercredi 11 janvier 2017

EN REMONTANT LE TEMPS... 167

19 NOVEMBRE 2016...

Cette page concerne l'année 167 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

CONSIDÉRATIONS SUR LA PESTE A TRAVERS LES ÂGES.

Il est difficile de situer l’origine précise de la peste, on la situe généralement en Asie centrale, mais on a avancé aussi le fait qu’elle devait exister dans l’Égypte Pharaonique.
On pense via des études de génomes bacillaires que l’origine de l’ancêtre commun est très ancienne, il y a plus de 2 500 ans dans le voisinage de la Chine...
Dans la Bible, elle est évoquée comme le fléau majeur à plusieurs reprises. Dieu impose un choix à David : « Faut il qu’il advienne 3 années de famine dans ton pays ou que tu fuies pendant 3 mois devant ton ennemi qui te poursuivra, ou qu’il y ait pendant 3 jours la peste dans ton pays » (II Samuel 24 : 25)... David aurait choisi la solution la plus radicale « Yahvé envoie la peste en Israël depuis le matin jusqu’au temps fixé, et le fléau frappe le peuple et 70 000 hommes du peuple meurent depuis Dan jusqu’à Beersheba» (II Samuel 24 : 25).

La peste d’Athènes est connue grâce au récit de l’historien Thucydide au moment de la guerre du Péloponnèse opposant Sparte et Athènes, aux environ de 430-426 avant JC.
« Athènes se voit frappée brusquement et c'est d’abord au Pirée que les gens sont touchés, ils prétendent même que les Péloponnésiens ont empoisonné les puits […] Puis le mal atteint la ville haute et, dès lors le nombre des morts est beaucoup plus grand. »... Périclès en meurt.
On décrit la succession des symptômes : « En général, rien ne lui fournit de point de départ, elle vous prend soudainement, en pleine santé. On a tout d’abord de fortes sensations de chaud de la tête, les yeux sont rouges et enflammés, le pharynx et la langue sont à vif, le souffle sort irrégulier et fétide.
Puis survient, à la suite de ces premiers symptômes, l’éternuement et l’enrouement, alors en peu de temps le mal descend sur la poitrine, accompagnée d’une forte toux. Lorsqu’il se fixe sur le cœur, celui-ci en est retourné, et il survient des évacuations de bile, sous toutes les formes […] Le corps est semé de petites phlyctènes et d’ulcérations ».
Il existe un doute dans la description sur le fait qu’il s’agisse bien de la peste ou du typhus.

De 165 à 180 (et un retour en 190), la peste antonine, du nom de la dynastie des Antonins, sévit à Rome, sous le règne de Marc Aurèle puis de Commode.
Les historiens Anglais l’appellent peste galénique en référence à Galien.
Elle décime la population après le retour des armées de Lucius Verus.
Ce n’est pas forcément la maladie qui a provoqué le retrait des troupes mais des difficultés nombreuses en particulier pour le ravitaillement.
Les grands déplacements des armées de l’époque ont par contre bien contribué à la diffuser.
La légende veut qu’un soldat ayant pénétré dans le temple d’Apollon, après la prise de Seleucie sur le Tigre, ait ouvert un coffre qui a exhalé un souffle pestilentiel.
Galien a fui, ne revenant que l’année suivante à la demande de Marc Aurèle, et a établi la description de l’affection. Marc Aurèle en est d’ailleurs décédé.

En Orient, la peste se diffuse en Égypte, à Ephèse, à Antioche. Encore une fois il existe un doute sur une réelle peste ou sur la variole.
Galien n’est pas le seul à  l’avoir décrit. Pendant la 1ère période de la médecine Romaine (celle avant Galien), Rufus d’Ephèse travaille sur la peste et la lèpre

En 250-260, la peste de Cyprien (du nom de Cyprien de Carthage) sévit dans l’empire Romain sous le règne de l’empereur Trajan Dece. Venue d’Éthiopie, et touchant l’Afrique du Nord et l’Europe Occidentale, elle est peut être encore d’une autre origine que yersinienne, (le typhus ?).

Il s’agit d’une des épidémies les mieux documentées de l’Antiquité. Toutes les sources ne sont pas cependant d’égale valeur. L’Histoire Auguste nous décrit l’apparition de l’épidémie – ainsi qu’Ammien Marcellin – et ses ravages dans les armées Romaines. Lucien raconte comment Alexandre le prophète de Glycon émet un oracle sur la peste.
Aelius Aristide décrit la maladie.
Orose mentionne aussi l’épidémie.
Mais la description la plus intéressante se trouve dans les nombreux écrits médicaux de Galien, même si nous ne possédons plus le livre qu’il a consacré à la peste. Dion Cassius et Hérodien décrivent une épidémie similaire qui frappe Rome sous Commode et qui est souvent considérée comme le retour de la première.

Des sources épigraphiques ont aussi été rattachées à l’épidémie. Une inscription d’Antioche a conservé le texte de l’oracle d’Alexandre. En revanche, il est difficile d’assurer que tout ou partie des oracles de Claros mentionnant une épidémie se rapportent bien à la peste antonine et non à une épidémie locale moins importante antérieure ou postérieure. Il est encore plus difficile d’associer d’autres inscriptions à cette épidémie.

On peut aussi espérer retrouver des traces archéologiques de l'épidémie et de ses effets notamment à travers les sépultures, les changements importants dans la densité de l'occupation humaine ou dans la production des artefacts (révélant une baisse démographique importante), il est toutefois difficile dans ces cas d'arriver à des certitudes.
D’après les sources, l’épidémie se déclare lors de la prise de Séleucie du Tigre par les troupes de Lucius Verus menées par Avidius Cassius en 166. L’historiographie antique a insisté sur cet événement, et a été souvent reprise par les historiens modernes et contemporains, l’idée étant parfois avancée que le déclenchement de l’épidémie entraîne le retrait Romain. Cependant celui-ci s’explique mieux par la situation militaire, et l’impossibilité d’occuper une ville pillée.

Les difficultés rencontrées au retour par l’armée Romaine s’expliquent aussi par des problèmes de ravitaillement. Il est certain en revanche que les importants déplacements de troupes qui ont lieu durant ces années peuvent diffuser l’épidémie avec une plus grande ampleur.

D’Orient, la peste se diffuse donc dans de nombreuses provinces. En Égypte, les papyrus ont conservé la trace de ses ravages : Le village de Soknopaiou Nessos est presque entièrement dépeuplé. Comme en témoigne le papyrus Thmouis, la peste s’ajoute à des difficultés agraires, économiques et sociales. Des brigands ravagent la région, les paysans fuient des impôts trop lourds.
Les années 160 marquent durablement la démographie égyptienne.

En Asie, c’est sans doute l’épidémie qu’Aelius Aristide décrit à Éphèse vers 165. Des oracles du sanctuaire de Claros vers Colophon mentionnant des pestes ont été mis en rapport avec l’épidémie, mais leur datation est incertaine, et si certains se réfèrent probablement à l’épidémie antonine, d’autres ne peuvent concerner qu’une épidémie locale antérieure ou postérieure. On a parfois interprété ces oracles comme le signe d’un âge d’angoisse, d’un tournant dans les « mentalités ». Il faut fortement relativiser de tels jugements ainsi que l’a montré Peter Brown, les oracles attestent plutôt de la vitalité de la religiosité traditionnelle.

Alexandre d’Abonotichos et son dieu Glycon ont aussi donné un oracle contre la peste, dont le texte a été retrouvé à Antioche.
Cet oracle illustre les liens qu’Alexandre entretient avec la religiosité ordinaire de son temps, mais participe aussi sans doute de sa stratégie d’approche des cercles de la vie politique de l’empire : L’épidémie a alors touché son centre, Rome et l’Italie.

L’arrivée et l’extension de l’épidémie en Italie sont bien connues grâce aux ouvrages de Galien. Il est fort possible que le départ précipité de ce dernier, en 166, s’explique par le désir de fuir l’épidémie... Mais Galien est rappelé de Pergame par les empereurs et doit rentrer en Italie. Les deux empereurs, Marc Aurèle et Lucius Verus, ont en effet massé d’importantes troupes dans le nord de l’Italie, à Aquilée, pour faire face aux menaces barbares dans les régions Danubiennes. Les troupes sont sévèrement touchées par l’épidémie dans l’hiver 168-169, et les empereurs font appel à de nombreux médecins, dont Galien.
Ce dernier resté en Italie est un des médecins les plus importants de la cour impériale.
L’épidémie semble avoir encore duré un certain temps. Rien de certain cependant ne permet d’assurer que c’est bien elle qui a tué Marc Aurèle en 180. L'authenticité de l’inscription qui la mentionne en Norique en 182 a récemment été remise en cause : L'allusion à la peste a été le résultat d’une falsification moderne selon W. Hameter, mais l'examen d'un estampage de l'inscription en question a infirmé cette thèse : La peste sévissait encore au Norique en 182. Selon M. G. Schmidt, il faut donc bien aussi lui attribuer les victimes mentionnées sur l'album du culte de Mithra de Virunum.
Des fouilles archéologiques effectuées récemment à Gloucester, dans le cimetière Romain de Wooton, ont révélé une fosse commune datant de la seconde moitié du IIe siècle et contenant 91 corps. Les squelettes ne présentant pas de traumatisme mais ayant été inhumés de manière peu organisée, on se trouve peut-être en présence d'une sépulture de catastrophe liée à une épidémie : Il est donc possible qu'il s'agisse de victimes de la peste antonine. Il a toutefois été observé que d'autres interprétations sont possibles pour cette sépulture collective et qu'il peut s'agir d'une fosse commune destinée aux plus pauvres, un puticulus.

En général, ce sont les sources les plus tardives comme Orose, Eutrope ou l’Histoire Auguste qui insistent sur les dégâts occasionnés par la peste.
Durant le règne de Commode, une épidémie semblable touche la ville de Rome vers 190 et Dion Cassius et Hérodien assurent qu’elle se répand dans tout l’empire. Cet épisode, qui prend place dans un contexte de disette et qui peut être un retour de la peste antonine, est cependant bien moins connu.

La peste antonine a suscité de nombreux travaux historiques. La nature exacte de la maladie a été discutée. Le terme de peste ne doit pas induire en erreur, il ne renvoie pas en effet à la maladie aujourd’hui connue sous ce nom et qui a frappé durement l’Europe au Moyen Âge.
Le terme de peste n’est ici qu’une traduction des termes latin lues ou pestis ou encore du grec loimos. L’usage du terme « pestilence » en place de peste est d’ailleurs aujourd’hui recommandé par certains chercheurs.
Depuis les recherches de R. J. et M. L. Littman (1973), on considère le plus souvent qu’il s’agit d’une importante épidémie de variole. Il est cependant difficile d’atteindre une certitude absolue concernant ce paléodiagnostic, la médecine antique ignorant les micro-organismes et l’idée de contagion ne considérait pas les symptômes comme les médecins contemporains, à savoir comme les signes d’une infection par un agent infectieux invariant, mais comme les indices d’un déséquilibre interne spécifique à chaque patient.
Pour C. Haas et D. Gourevitch les témoignages laissent penser à la variole ou à une maladie proche.
La question est aussi posée de savoir si cette épidémie est le signe d’un changement dans le régime des maladies de l’empire et dans son équilibre microbien, ce que l’on appelle la pathocénose depuis Mirko Grmek. Là encore, les données étant très parcellaires il est difficile de se prononcer avec une certitude absolue.

Le paléodiagnostic est cependant important car il entraîne des conséquences quant au bilan de l’épidémie. Ce dernier a été fort discuté. Pendant longtemps l’impact de l’épidémie a été jugé très important, certains y voyant même le début, ou la cause, de la fin de l’Empire Romain, affaibli par la dépopulation. De telles évaluations concordent avec une historiographie qui dévalorise l’antiquité tardive et voit dans le règne de Marc Aurèle une césure immense.

James Gilliam, en 1961, dans un article de synthèse fondateur et encore incontournable, revient nettement sur ces exagérations des conséquences de la peste, appuyé en cela quelques années plus tard par les travaux de Littman. Cependant son travail très souvent cité ne voit pas ses conclusions toujours suivies.
Ainsi E. Lo Cascio considère que la peste antonine est une rupture forte dans l’histoire de la démographie de l’Italie Antique. Il est cependant très difficile de confirmer un tel jugement sur le terrain et dans l’archéologie. La pratique archéologique de prospection au sol à grande échelle (survey) permet de mieux connaître les rythmes d’occupation du sol, et donc d’une certaine manière la démographie.

Plus récemment de nombreux articles ont été consacrés à l’épidémie à la suite d’un travail de Richard P. Duncan-Jones (1996).
Ce dernier a choisi une approche statistique pour évaluer les conséquences de l’épidémie. Il met en évidence les perturbations – lacunes marquées – dans les séries quantitatives des sources pour les années correspondant à l’épidémie : Ainsi la production monétaire romaine chute très fortement en 167, ainsi que le nombre d’inscriptions datées de ces années et conservées. Cette chute serait la conséquences des effets destructeurs de l’épidémie et de la perturbation qu’elle occasionne dans la démographie et l’économie romaine.
RÉCIT DE LA VISITE DES SÉPULTURES
R. P. Duncan-Jones plaide alors pour une évaluation très forte de l’impact de la peste.
Son travail, dont l’originalité et l’apport ont été amplement reconnus, a depuis reçu plusieurs critiques qui modèrent considérablement ses conclusions. D’une part un certain nombre de travaux ont corrigé certaines des statistiques avancées, diminuant les lacunes et donc l’impact présumé de l’épidémie, ou mettant en avant des séries ne reflétant pas ces lacunes. D’autre part des travaux ont attiré l’attention sur la rapidité de la reprise après la perturbation, signe que ses conséquences dans le temps sont limitées, la prospérité étant retrouvée sous les Sévères.

La question est donc posée du rôle de la peste antonine dans les difficultés de l'Empire Romain après le IIe siècle

167 — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/167
Cette page concerne l'année 167 du calendrier julien. Page d'aide sur l'homonymie Pour le ... Printemps : ramenée par l'armée d'Orient démobilisée de Lucius Verus, la peste antonine continue à sévir à Rome et dans tout l'empire romain.

La peste antonine (166 ap. J.-C.) - Cairn.info
https://www.cairn.info/revue-hypotheses-2000-1-page-31.htm
de B Rossignol - ‎2000 - ‎Cité 2 fois - ‎Autres articles
Épidémie la mieux documentée de l'Antiquité [1][1] Pour un état de la question : J. F. Gilliam, « The..., la « peste » antonine occupe une place de choix dans .

EN REMONTANT LE TEMPS... 168

18 NOVEMBRE 2016...

Cette page concerne l'année 168 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

COMPARAISONS TARDIVES DES ASTRONOMES ANCIENS PAR LES SAVANTS COPERNIC ET KEPLER ETC.


PTOLÉMÉE
Claude Ptolémée (en grec ancien Κλαύδιος Πτολεμαῖος Claúdios Ptolemaîos, en latin Claudius Ptolemaeus), communément appelé Ptolémée (Ptolémaïs de Thébaïde (Haute-Égypte) vers 90 - Canope vers 168) est un astronome et astrologue Grec qui vit à Alexandrie (Égypte), également l’un des précurseurs de la géographie. Sa vie est mal connue. Son cognomen Ptolemaeus semble indiquer des origines Gréco-Égyptienne, et son nomen Claudius une citoyenneté Romaine.
Ptolémée est l’auteur de plusieurs traités scientifiques, dont deux ont exercé une très grande influence sur les sciences occidentales et orientales. L’un est le traité d’astronomie, aujourd’hui connu sous le nom d’Almageste (arabisation de, La Grande Composition puis La Très Grande, mais dont le titre original en grec était Μαθηματική σύνταξις, Mathēmatikḗ súntaxis, Composition mathématique). L’autre est la Géographie, qui est une synthèse des connaissances géographiques du monde Gréco-Romain.
L’œuvre de Ptolémée est un sommet et l’aboutissement d’une longue évolution de la science antique fondée sur l'observation des astres, les nombres, le calcul et la mesure. Avec l’œuvre d’Aristote, c’est essentiellement à travers elle, transmise à la fois par les Arabes et les Byzantins, que l’Occident redécouvrira la science grecque au Moyen Âge et à la Renaissance, laissant leurs prédécesseurs dans l’obscurité.
Pourtant Ptolémée ne manque pas de faire abondamment référence à ceux-ci dans ses écrits.

CARTE DE PTOLÉMÉE
L’Almageste est le seul ouvrage antique complet sur l’astronomie qui nous soit parvenu. Les astronomes Babyloniens ont mis au point des techniques de calcul pour la prévision de phénomènes astronomiques. Surtout, ils ont consigné soigneusement, pendant des siècles, de précieuses observations (positions des astres, éclipses…)
Les astronomes Grecs, tels qu’Eudoxe de Cnide et surtout Hipparque, ont intégré ces observations et les leurs dans des modèles géométriques (théorie des épicycles) pour calculer les mouvements de certains corps célestes. Dans son traité, Ptolémée reprend ces différents modèles astronomiques et les perfectionne, notamment en ajoutant la notion d’équant. Ses observations, jointes aux données antérieures dont il dispose, offrent un recul permettant une mesure fort précise des mouvements astronomiques, puisque l'ensemble couvre une période de près de 9 siècles.
Ses « tables » de données, indispensables pour déterminer la position des astres, ont en effet comme point de départ le premier jour du calendrier Egyptien de la première année du règne de Nabonassar, c’est-à-dire le 26 février 747 av. J. C. Ptolémée consacre donc le modèle géocentrique d’Hipparque, qui lui est souvent attribué et qui est accepté pendant plus de
1 300 ans, quoique de manière discontinue.

En Europe Occidentale, en effet, il sombre dans l’oubli au début du Moyen Âge, avant d’être redécouvert à la fin de cette période. Cet héritage est cependant préservé dans le monde arabe et, avec des hauts et des bas, dans l’Empire Romain d’Orient et plus spécifiquement à Byzance. Sa méthode et son modèle de calcul ont d’ailleurs été adoptés avec quelques modifications dans le monde arabophone et en Inde, car ils sont d’une précision suffisante pour satisfaire les besoins des astronomes, des astrologues, des détenteurs de calendriers et des navigateurs.
LES PLANÈTES SELON PTOLÉMÉE
Ptolémée réalisa aussi une sorte de manuel essentiellement pratique, appelé « Les tables faciles » ou parfois « Les tables manuelles » (Πρόχειροι κανόνες, Prócheiroi kanónes), dérivé de l’Almageste et destinées à réaliser des calculs de position des astres et d’éclipses.

Contrairement à une idée reçue, Ptolémée n'a pas repris à son compte l’idée d’Aristote selon laquelle les astres sont placés sur des sphères de cristal. Il dit même expressément que « les astres nagent dans un fluide parfait qui n’oppose aucune résistance à leurs mouvements ». On ignore si cette vision, proche de la notion de vide, est déjà présente chez Hipparque ou si elle doit être mise au crédit de Ptolémée. Pour celui-ci, déférents et épicycles sont donc immatériels. Nicolas Halma considère en outre que son choix du système des épicycles plutôt que de celui des excentriques résulte davantage d’une volonté de rendre les calculs plus commodes, que d’une foi dans la réalité matérielle du système.

Durant les 13 siècles qui suivront, l’astronomie ne progressera plus guère. L’Almageste et les tables faciles ne recevront que des corrections mineures, bien qu’elles aient fait l’objet, à la fin de l’Antiquité, de nombreuses publications de la part des « commentateurs », dont le plus connu est Théon d’Alexandrie. Ce sont donc les tables et les textes de Ptolémée qui sont utilisés directement ou indirectement comme références jusqu’à ce que les progrès des instruments d’observation et la théorie élaborée par Nicolas Copernic et perfectionnée par Johannes Kepler n’entraînent son abandon.
Mais c'est à grand peine : Le système héliocentrique de Copernic (1543), appuyé par Galilée (1630) est rejeté et Galilée se voit contraint de renier officiellement ses théories en 1633. Le modèle de Ptolémée n'est définitivement abandonné par l'Église que sous le pape Benoît XIV vers 1750.

L’Almageste contient également un catalogue de 1 022 étoiles regroupées en 48 constellations. Bien que ne couvrant pas toute la sphère céleste, ce système est la référence pendant de nombreux siècles. Ptolémée a aussi décrit l’astrolabe, inventé probablement par Hipparque.

Sa Géographie est une autre œuvre majeure. Il s’agit d’une compilation des connaissances géographiques à l’époque de l’empire Romain sous le règne d’Hadrien (125), couvrant la totalité du monde connu ou écoumène. Comme pour le modèle du système solaire dans l’Almageste, Ptolémée unifie dans un grand ensemble toutes les informations dont il dispose.
Le premier livre définit le sujet de la Géographie et présente les données et la méthode utilisée pour dessiner une carte du monde habité. Dans les livres 2 à 7, il fournit des listes topographiques et attribue des coordonnées à tous les lieux et particularités géographiques, répertoriant 8 000 endroits d'Europe, d'Asie et d'Afrique disposés dans une grille. Il commence à l'ouest avec l'Irlande et la Grande-Bretagne puis se déplace vers l'est en passant par l'Allemagne, l'Italie, la Grèce, l'Afrique du nord, l'Asie mineure et la Perse, pour terminer en Inde.
Le livre 8 présente une division de l'écoumène en 26 cartes régionales : 10 pour l'Europe, 4 pour l'Afrique (appelée Libye) et 12 pour l'Asie. Outre les données géographiques, Ptolémée intègre des données astronomiques et des témoignages de voyageurs.

Révisant les calculs d'Ératosthène et d'Hipparque, Ptolémée divise le globe en 360°, en prenant comme base le système sexagésimal des Babyloniens. Il estime [Comment ?] la longueur de chaque degré à 500 stades, ce qui lui donne comme circonférence de la terre le chiffre auquel est arrivé Posidonios (180 000 stades, ou 34 500 km), soit 14% de moins que la circonférence réelle qui est de 40 075. La dimension du monde connu couvre un arc de 177°, allant des îles « Fortunata » (îles des Bienheureux) associées aux îles Canaries, jusqu'à Cattigara, qui correspond à Hanoï. La latitude est mesurée à partir de Thulé, situé à 63° N jusqu'à Agisymba dans l'Afrique Sub-Saharienne, que Ptolémée situe à 16° S, la distance totale couvrant ainsi 79°.
ÉCOLE ATHÉNIENNE
Posant l’équateur au degré zéro, comme aujourd’hui, Ptolémée calcule la distance selon la durée du jour le plus long plutôt qu’en degrés car la durée du solstice d’été passe de 12 h à 24 h au fur et à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur vers le cercle polaire. Il utilise des incréments de 15 minutes par degré, jusqu'au parallèle où le jour le plus long dure 15 heures et demie pour alors passer à des incréments de 30 minutes, jusqu'à Thulé, où le jour le plus long dure 20 heures. Pour le calcul des longitudes, il fixe le méridien de longitude 0 au point le plus à l’ouest qu’il connaissait, soit les îles Fortunées, en posant des intervalles de 5 degrés correspondant au tiers d'une heure d'équinoxe et couvrant au total 12 heures, soit 180°

Ptolémée s’est essentiellement appuyé sur les travaux d’un autre géographe, Marinos de Tyr, dont les ouvrages ne nous sont pas parvenus. Il s'est aussi basé sur les index géographiques des empires Romain et Perse, mais la plupart de ses sources au-delà du périmètre de l’empire sont d’origines douteuses.
Des cartes fondées sur des critères scientifiques avaient été réalisées depuis Ératosthène, mais Ptolémée améliore les techniques de projection cartographique, en s'appuyant sur la géométrie d'Euclide, produisant une méthode qui exerce une influence durable sur la façon de projeter une sphère sur une surface plane. Ses cartes sont orientées vers le nord. Une carte du monde développée sur la base de sa Géographie est exposée à Autun en France à la fin de l’époque Romaine... Cet ouvrage a été perdu dans le monde Occidental jusqu'à sa redécouverte par le Byzantin Maximus Planudes, vers 1300. Il se peut que les cartes des manuscrits de la Géographie ne datent que de cette époque.
En revanche, dès le début du IXe siècle, il fait l'objet d'une traduction en arabe pour le calife Abbasside al-Mamun, et il servira de base aux travaux de ibn Khurradadhbih, Ibn Khordadbeh, Suhrab, Al Kwarizmi, Ibn Hawqal et al Idrissi.

À partir du XVe siècle, les premières reproductions sur papier imprimé font leur apparition. Le premier exemplaire de la Géographie est édité avec les cartes à Bologne en 1477, rapidement suivi par une édition Romaine de 1478. Jusqu’au XVIe siècle, cet ouvrage a servi de guide à tous les voyageurs qui, à chaque découverte, croyaient reconnaître quelque contrée déjà indiquée par celui-ci.

Le traité de Ptolémée sur l’astrologie, le Tetrabiblos (tetra signifie en grec « quatre » et biblos « livre »), est l’ouvrage astrologique le plus célèbre de l’Antiquité mais qui n’atteint pas le statut de l’Almageste. Il exerce une grande influence dans l’étude des corps célestes dans la sphère sublunaire. Ainsi, il fournit des explications sur les effets astrologiques des planètes, en fonction de leurs réactions : Chauffant, rafraîchissant, mouillant, et séchant. Celui-ci traite en particulier de l’astrologie horoscopique en 4 livres qui consiste en une interprétation thématique à l’aide de l’érection d’une carte basée sur un tableau déterminant l’emplacement des sept planètes (Soleil compris) connues de l’époque à un moment donné.

Ptolémée estime que l’astrologie est comme la médecine qui est hypothétique en raison de nombreux facteurs variables à prendre en compte. Ces facteurs sont pour lui principalement, la race, le pays et l’éducation qui doivent affecter une personne au même titre que la position des planètes dans le ciel au moment de la naissance.
À la différence de Vettius Valens, il semble aujourd’hui que Ptolémée, surtout connu pour son traité sur l’astronomie, est un compilateur (un théoricien) en astrologie.
Il convient de remarquer qu'il n'y a, chez Ptolémée, aucune confusion entre astronomie et astrologie : Tout ce qui concerne cette dernière discipline est contenu dans le Tetrabiblos, pas une ligne à ce sujet dans l'Almageste
Ptolémée a également écrit les Harmoniques, un traité de musicologie de référence sur la théorie et les principes mathématiques de la musique. Après une critique des approches de ses prédécesseurs, Ptolémée y plaide pour baser des intervalles musicaux sur des proportions mathématiques (contrairement aux partisans d’Aristoxène) soutenus par observation empirique (contrairement à l’approche purement théorique de l’École pythagoricienne).
Il a présenté ses propres divisions du tétracorde et de l’octave, qu’il a dérivés avec l’aide d’un monocorde. L’intérêt de Ptolémée pour l’astronomie apparaît également dans une discussion sur la musique des sphères.
Les Harmoniques contribue très largement au développement de la théorie musicale au XVIe siècle.

Ptolémée a découvert un théorème qui porte son nom : Dans un quadrilatère convexe inscrit dans un cercle, le produit des diagonales est égal à la somme des produits des côtés opposés.
Dans sa Composition mathématique (Almageste), Ptolémée veut suivre la méthode rigoureuse de la géométrie et procéder par la démonstration introduite par les mathématiciens de la Grèce antique, dont le représentant essentiel est Euclide. Sa trigonométrie se fonde sur celle d'Hipparque, mais il a également connaissance de l'œuvre de Ménélaos, qui a développé la trigonométrie sphérique et qu'il cite dans l'Almageste
Dans l’Optique, Ptolémée traite des propriétés de la lumière, notamment de la réflexion, de la réfraction et de la couleur, ainsi que d'une théorie de la vision, fondée sur une combinaison des propriétés des objets observés, de la lumière et d'un « flux visuel » (visus dans le texte latin) issu des yeux. Ce travail est une partie importante de l’histoire de l’optique, mais il nous est parvenu par l'intermédiaire d'une traduction latine réalisée par l'émir Eugène de Sicile vers 1150, elle-même issue d'une traduction arabe assez imparfaite et incomplète.
En cette matière comme dans les autres, Ptolémée dispose d'apports antérieurs. Certains éléments d'optique sont présents chez Euclide, Archimède et Héron d'Alexandrie, mais les sources précises de Ptolémée sont discutées. La rédaction de l’Optique est postérieure à l'Almageste, comme l'attestent en particulier certains progrès réalisés par Ptolémée dans l'intervalle. Ainsi, l’Optique expose le phénomène de réfraction atmosphérique qui se produit lors de l'observation du soleil ou de la lune, phénomène totalement ignoré dans l'Almageste.

La conception du monde et de l’univers est pour Ptolémée basée sur le géocentrisme. Avant la naissance de Copernic et sa théorie héliocentrique du monde (la Terre tournant autour du Soleil), l’astronome est persuadé que la Terre, créée par Dieu pour les hommes, est le centre fixe et immobile du monde … C’est ce qu’on appelle le géocentrisme. Pourtant, avant Ptolémée déjà, Aristarque (-310 / -230) a supposé que la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, mais ses idées font considérées comme impures et donc rejetées.
Ptolémée part du principe que le cercle est le fondement de l’univers car il c'est une figure parfaite et divine. L’univers est alors une série de sphères s’imbriquant les unes dans les autres (telles des poupées russes), une sphère extérieure contenant les étoiles et une série de sphères à l’intérieur contenant les planètes, le Soleil et en fin la Terre au centre. Toutes ces sphères se meuvent à une vitesse constante.

Toutes les planètes tournent autour d’un centre situé dans la sphère, lui-même tournant autour d’un cercle imaginaire appelé « déférent ». Le déférent a été inventé car le système de Ptolémée n’explique pas toujours les mouvements de la Lune et des planètes. En fait, l’orbite d’une planète n’est pas un cercle parfait, mais une ellipse de forme ovale. Le déférent sert à compenser ce mouvement non régulier.
En conséquence, même la Terre qui est sensée être fixe et immobile au centre du monde devient légèrement en décalage par rapport au « nouveau » centre du monde représenté par le centre de ce déférent sur lequel doit évoluer notre planète. C’est le point « équant ».

Ptolémée se met alors à déduire par calculs les tailles des épicycles des planètes et des déférents, avec plus ou moins d’approximations … Calculs qui ne permettent jamais d’expliquer les mouvements des planètes et d’appuyer la théorie géocentrique du monde.
C’est Kepler qui, après Copernic et sa théorie héliocentrique, découvre par déduction (voir par intuition) que les planètes évoluent sur des ellipses et non sur des cercles tournant eux même sur d’autres cercles. Cette découverte lui permet de calculer avec précision le mouvement des planètes.
Son œuvre majeure, qu’il a au préalable nommée « composition ou syntaxe mathématique » mais qui est retraduite par les traducteurs arabes, est l’Almageste (Al en arabe suivi d’un superlatif grec signifiant « le plus grand »). Ce livre expose une théorie Ptoléméenne de l’organisation du monde, ouvrage maintes fois recopié et traduit en arabe, en latin, en grec (…) et diffusé à travers tout le bassin Méditerranéen, dont l’immense influence durera 1 500 ans.
Autrefois considéré comme le plus grand astronome de l’antiquité, Ptolémée voit sa réputation se dégrader au XVIIe et XVIIIe siècle, après étude minutieuse de l’Almageste. En effet, Kepler découvre le premier combien il est difficile de concilier les résultats de Ptolémée avec les observations modernes … Ne souhaitant pas porter atteinte au « mythe Ptolémée », il suppose qu’il est arrivé de grandes perturbations dans le ciel depuis cette époque.
Mais les autres astronomes comme Halley, Lemonnier, Lalande ou Delambre accusent Ptolémée d’avoir falsifié les observations de son prédécesseur Hipparque, voire même de se les être appropriées, et d’avoir dissimulé les observations qui ne concordaient pas avec ses théories … A tort ou à raison, Ptolémée est alors descendu de son statut de plus grand astronome de l’antiquité au profit d’Hipparque.

En réalité, il a été démontré que l’Almageste est truffé d’anomalies et d’incohérences mathématiques et astronomiques auxquelles Ptolémée ne prête aucune attention ou qu’il a dissimulé volontairement.
Ptolémée pense que si l’on croit assez fort en quelque chose, on peut en ignorant le reste en démontrer l’existence. Croyance qui fait un peu froid dans le dos, et qui laisse sceptique …
On peut dire que le système de Ptolémée incarne tout à fait les qualités et les défauts de la pensée scientifique de la Grèce Antique.
D’un côté, les grecs ont créé la théorie scientifique en tentant d’expliquer la nature des choses autre que par la mythologie, c’est-à-dire fondée sur des observations précises et rigoureuses, l’astronomie est donc devenue une science mathématique. Ils ont donné à la science le visage que nous lui connaissons aujourd’hui.
D’un autre côté, la mythologie étant encore trop ancrée dans la culture, la science s’effondre dans des querelles mystiques des adeptes, ceci ajouté au rejet du monde chrétien qui est hostile à ce savoir païen. Les idées scientifiques du savoir grec sombrent dans la confusion la plus totale, engendrant une décadence de la science grecque toute entière … Rome, qui domine alors le monde, ne s’intéresse pas aux mathématiques dans un contexte scientifique, autre que militaire.
Heureusement, les manuscrits des savants Grecs seront conservés et recopiés par des moines dès le VIe siècle, ainsi que par les astronomes arabes qui recueilleront l’héritage du monde Grecque. L’apport des savants Grecs n’est donc pas perdu.

Claude Ptolémée — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Ptolémée
Ptolémée d'après une gravure allemande du XVI siècle. Données clés. Naissance, Vers 90 · Haute-Égypte, province romaine d'Égypte (actuelle Égypte). Décès, 168 ... ont en effet comme point de départ le premier jour du calendrier égyptien de la première année du règne de Nabonassar, c'est-à-dire le 26 février 747 av.

Suite des commentaires de Theon sur les tables astronomiques de Ptolemee
https://books.google.fr/books?id=jsSu3VsWCsIC
Claude Ptolémée - 1825
pour fixer le jour de la célébration de la fête de Pâques en chaque année , objet ... est le point de départ pour les époques des Tables Manuelles de Ptolemée et de ... répondent aussi aux années 167, 168, 1G9, comptées du règne d'Auguste.

Biographie | Claudius Ptolémée - Astronome, mathématicien et ...
www.futura-sciences.com/sciences/personnalites/astronomie-claudius-ptolemee-723/
Claudius Ptolémée est né vers l'an 90 après J-C en Haute-Egypte, il est mort vers l'an 168. Si l'on sait très peu de choses sur sa vie, son nom a traversé ...

La redécouverte de Ptolémée
expositions.bnf.fr/marine/arret/02-4.htm
... doute l'exhumation de l'œuvre du géographe grec Claude Ptolémée (90-168). ... notée la durée des jours les plus longs de l'année, lors du solstice d'été.