mercredi 11 janvier 2017

EN REMONTANT LE TEMPS... 169

17 NOVEMBRE 2016...

Cette page concerne l'année 169 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

SECONDE MOITIE DU IIe SIÈCLE DES LIMES MENACÉES.


JULIUS VERUS ENFANT.
Lucius Aurelius Verus, né à Rome le 15 décembre 130 sous le nom de Lucius Ceionius Commodus, premier fils de Avidia et de Lucius Ceionius Commodus, plus tard connu sous le nom de Lucius Aelius Caesar. Il a un frère, Caius Avidius Ceionius Commodus, et deux sœurs, Ceionia Fabia et Ceionia Plautia. Adopté en 138 par Antonin le Pieux sous le nom de Lucius Aelius Aurelius Commodus, coempereur Romain avec Marc Aurèle du 8 mars 161 à janvier 169, (date de sa mort à Altinum en Vénétie). Il porte alors le nom et les surnoms de Imperator Caesar Lucius Aurelius Verus Augustus Armeniacus Parthicus Maximus Medicus... Fils de Lucius Ceionius Commodus que Hadrien a adopté en 136 sous le nom de Lucius Aelius Caesar. Son père est de santé fragile, connu pour mener une vie frivole et décède peu de temps avant l'empereur.

Son grand-père paternel est Lucius Ceionius Commodus, consul éponyme en 106 sous Trajan et fils de Lucius Ceionius Commodus, un des 4 seuls consuls éponymes du règne de Vespasien autre que l'empereur et ses fils. La famille des Ceionii Commodi est originaire d'Étrurie. Sa grand-mère paternelle est une certaine Plautia, qui peut être en outre aussi sa grand-mère maternelle.

Son grand-père maternel est Caius Avidius Nigrinus, général de Trajan, consul suffect en 110 et mis à mort au début du règne d'Hadrien en 118. La famille des Avidii Nigrini est originaire de Faventia, en Émilie. On ignore si sa fille est issue d'un premier mariage ou d'un second mariage avec la veuve ou divorcée de Lucius Ceionius Commodus. De plus, cette Plautia qui a épousé successivement ses deux grands-pères, veuve en 118, épouse peut-être en 3e noces Sextus Vettulenus Civica Cerialis, et de cette union est né Marcus Vettulenus Civica Barbarus, consul éponyme en 157 à la fin du règne d'Antonin le Pieux.

Quand son père décède le 1er janvier 138, Hadrien choisit Titus Aurelius Fulvus Boionius Arrius Antoninus, connu sous le nom d'Antonin le Pieux, comme successeur, mais il impose à son nouvel héritier d'adopter Marcus Annius Verus, connu sous le nom de Marc Aurèle âgé de 17 ans, et le jeune Lucius Ceionius Commodus, âgé de 7 ans, comme héritiers et successeurs. Il prend alors le nom de Lucius Aelius Aurelius Commodus.
Comme prince et futur empereur, Lucius Aelius reçoit une éducation soignée avec le célèbre grammaticus Marcus Cornelius Fronto, connu sous le nom de Fronton. Excellent étudiant, aimant écrire de la poésie et des discours Marc Aurèle a aussi été l'élève de Fronton par le passé.

En 138, Hadrien impose à son nouvel héritier Antonin le Pieux d'adopter le jeune Ceionius Commodus en même temps que Marc Aurèle.

BAS-RELIEF PARTHE (MUSÉE DE VIENNE)
En 161, à la mort d'Antonin le Pieux, il devient coempereur romain avec Marc Aurèle. Non dépourvu de qualités, il supervise en 162 une campagne contre les Parthes. Mais plus intéressé par une vie de luxure et de débauches, il laisse la réalité des opérations militaires à ses légats Statius Priscus, qui reprend le contrôle du royaume d'Arménie en 163, et surtout à Avidius Cassius, lequel avance en Mésopotamie et s'empare de Séleucie du Tigre, qu'il met à sac, et de Ctésiphon, la capitale Parthe,

En 165, les succès de ses généraux permettent d'étendre la frontière de l'Empire à l'Est de l'Euphrate, jusqu'à Doura Europos, où il épouse Lucilla, la fille de Marc Aurèle.
De retour à Rome entre 166 et 168, il continue à mener une vie de luxure en exécutant malgré tout en parallèle les tâches officielles avec une certaine efficacité. Retournant sur le front, cette fois-ci sur le Danube pour faire face notamment aux Marcomans, il tombe malade et meurt en janvier 169 sur le voyage du retour d'Aquilée à Rome d'apoplexie prématurément usé par ses excès, ou de la peste, laissant l'Empire au seul Marc Aurèle.

On ne sait presque rien de sa vie et carrière avant son principat. Il commence sa carrière politique comme préteur en 153 et devient consul éponyme dès l'année suivante. Nommé consul une 2e fois en l’an 161 aux côtés de son futur collègue à l'Empire Marc Aurèle qui l'est pour la 3e fois. Contrairement à son frère adoptif, il ne participe pas à l'administration de l'État aux côtés d'Antonin et ne reçoit pas le titre de César
Antonin le Pieux décède le 7 mars 161 et son successeur est Marc Aurèle, âgé de 40 ans.
Bien que ce dernier ne semble pas avoir d'affection personnelle pour Hadrien, il croit sans doute de son devoir de se conformer aux plans de succession faits par Hadrien 23 ans plus tôt. Ainsi, bien que le Sénat prévoit de nommer Marc Aurèle seul empereur, il n'accepte de prendre ses fonctions que si Lucius, alors âgé de 30 ans, reçoit des pouvoirs égaux aux siens.
Le Sénat accepte et octroie à Lucius l’imperium, la puissance tribunitienne et le nom d'Augustus.

Marc Aurèle devient, dans la titulature officielle, Imperator Caesar Marcus Aurelius Antoninus Augustus.
Lucius, renonçant à son nom de Commodus, prend le cognomen de la famille de Marc Aurèle, Verus, et devient Imperator Caesar Lucius Aurelius Verus Augustus... Le seul fils survivant de Marc Aurèle, né le 31 août 161, se nomme à sa naissance Lucius Aurelius Commodus, connu plus tard sous le nom de Commode.
Cet échange de noms s'avère déroutant et dans l’Histoire Auguste, la principale source pour cette période, est confuse entre les différentes biographies de Lucius Aelius, Lucius Verus et Marc Aurèle, tout comme dans l'Histoire ecclésiastique de Eusèbe de Césaréea. Le fait erroné que Lucius porte le nom de Verus avant de devenir empereur s'avère par conséquent particulièrement répandu...
LUCIUS VERUS
C'est la première fois que Rome est dirigée par deux empereurs. Il y a cependant des précédents similaires. Le consulat républicain est une magistrature suprême jumelle, et des empereurs ont déjà eu un lieutenant subalterne avec de nombreux pouvoirs impériaux tels Agrippa sous Auguste, Corbulon sous Néron, Titus sous son père Vespasien et plus récemment Marc Aurèle sous Antonin.

En dépit de leur égalité nominale, Marc Aurèle détient plus d’autorité que Verus, consul une fois de plus que Lucius, il a détenu du pouvoir dans l'administration d'Antonin, et lui seul est pontifex maximus.
Une évidence pour le peuple car le vrai empereur est le plus expérimenté des deux.
Comme le biographe de l’Histoire Auguste l'écrit, « Verus obéit à Marcus comme un légat à un proconsul ou un gouverneur à un Romain ». Ce partage des pouvoirs se passe dans de bonnes conditions notamment « grâce à la volonté de Marc Aurèle de ne pas abaisser son frère adoptif.

Immédiatement après la confirmation du Sénat, les empereurs se rendent à la caserne de la Garde prétorienne. Ils s'adressent aux troupes qui saluent le duo comme imperatores. Puis, comme avec chaque nouvel empereur depuis Claude, ils promettent une donation spéciale aux prétoriens. La donation est cependant 2 fois plus importante que par le passé : 20 000 sesterces, soit 5 000 deniers, par tête, et plus pour les officiers.
En contrepartie de cette prime exceptionnelle, qui équivaut au salaire de plusieurs années, la troupe prête serment de protéger les empereurs. La cérémonie n'est sans doute pas nécessaire, étant donné que l'avènement de Marc Aurèle se fait sans opposition, mais c'est une assurance contre de potentiels troubles militaires plus tard.

Les funérailles d'Antonin le Pieux sont, selon les mots du biographe de l’Histoire Auguste, « somptueuses ». Si elles suivent le modèle des cérémonies passées, son corps est par contre incinéré sur un bûcher sur le Champ de Mars. Les deux nouveaux empereurs souhaitent la déification de leur père adoptif...

Peu de temps après l'avènement des nouveaux empereurs, la fille de Marc Aurèle Annia Lucilla, âgée de 12 ans, est fiancée à Lucius Verus. Lors de la cérémonie commémorant l’événement, de nouvelles dispositions sont prises pour soutenir les enfants pauvres, à l'instar de dispositifs similaires sous les règnes précédents. Les deux empereurs sont populaires auprès du peuple de Rome, qui approuve fortement leur civilitas.
Ils permettent la liberté d'expression, mise en évidence par le fait que le mimographe Marullus est en mesure de les critiquer sans subir de représailles. À tout autre moment, sous un autre empereur, il aurait été exécuté. Mais c'est une époque de paix et de clémence.
Et ainsi, comme l'écrit le biographe de l’Histoire Auguste, « les deux empereurs se conduisent avec une bonté qui fait même oublier celle d'Antonin le Pieux ».

Fronton retourne à Rome à l'aube du 28 mars depuis Cirta dès que la nouvelle de l'avènement de ses anciens élèves lui parvient. Il envoie une lettre à l'affranchi impérial Charilas, demandant à rencontrer les empereurs. Fronton explique plus tard qu'il n'a pas osé leur écrire directement. Il est extrêmement fier de ses anciens élèves, mais particulièrement de Marc Aurèle qu'il a toujours plus encensé.
Le début de règne des deux empereurs se déroule sans heurt. Marc Aurèle est capable de se donner entièrement à la philosophie et à la recherche de l'affection du peuple.

À l'automne 161, ou plus probablement au printemps 162, le Tibre sort de son lit et inonde ses rives, détruisant une grande partie de Rome. De nombreux animaux sont noyés, laissant la cité dans la famine. Les deux empereurs agissent personnellement pendant la crise.
À l'époque de l'invasion Parthe, le gouverneur de Syrie Lucius Attidius Cornelianus, est maintenu à son poste bien que son mandat prenne fin normalement à la fin de l'an 161, cela pour éviter de donner à l'envahisseur une occasion d'agir au moment du remplacement.
La province représentant la ligne de front dans tous les conflits Arméniens la Cappadoce, gouverné par Marcus Sedatius Severianus un Gaulois ayant une très grande expérience militaire, la vie en Orient a un effet délétère sur son caractère. Severianus tombe sous l'influence d'Alexandre d'Abonuteichos, un prophète autoproclamé qui porte un dieu-serpent nommé Glycon autour de lui. Abonuteichos est le beau-père du respecté sénateur Publius Mummius Sisenna Rutilianus, alors proconsul d'Asie, et ami avec de nombreux membres de l'élite Romaine.

Des menaces existent également sur d'autres frontières, notamment en Bretagne, en Rhétie et en Germanie supérieure, où les Chattes du massif montagneux Taunus ont récemment franchi le limes. Marc Aurèle n'est pas préparé pour faire face à ces menaces si l'on en croit l’Histoire Auguste.
Antonin le Pieux ne semble lui avoir donné aucune expérience militaire et il a passé l'ensemble des 23 ans de règne d'Antonin aux côtés de l'empereur et non dans les provinces. Cependant, certains auteurs modernes, s'appuyant sur Sidoine Apollinaire plutôt que sur l’Histoire Auguste, conteste le fait que Marc Aurèle n'ait aucune expérience militaire, Apollinaire signalant qu'il a commandé d'innombrables légions du vivant d'Antonin.
Cependant, que ce soit l’Histoire Auguste ou les écrits de Sidoine Apollinaire, cela date de respectivement 2 et 3 siècles après les faits.
Marc Aurèle procède aux nominations nécessaires : Marcus Statius Priscus, alors gouverneur de Bretagne, prend la place vacante de Severianus en Cappadoce tandis que Sextus Calpurnius Agricola remplace Priscus.
L'armée de Attidius Cornelianus est défaite dans une bataille contre les Parthes, et fait retraite en désordre. Des renforts sont dépêchés sur la frontière Parthe. Publius Iulius Geminius Marcianus, un sénateur Africain commandant la legio X Gemina à Vindobona en Pannonie supérieure, rejoint la Cappadoce avec des détachements de légionnares du Danube.
Trois légions complètes sont également envoyées en Orient :
La I Minervia, depuis Bonn en Germanie inférieure,
MARC AURÈLE
La II Adiutrix depuis Aquincum en Pannonie inférieure
La V Macedonica depuis Troesmis en Mésie inférieure.
Les frontières du nord sont stratégiquement affaiblies et les gouverneurs reçoivent l'ordre d'éviter les conflits si possible Attidius Cornelianus, à la suite de la défaite de son armée, est remplacé par Marcus Annius Libo, fils de Marcus Annius Libo et cousin germain de Marc Aurèle, en tant que gouverneur ou simple légat.

Lucius quitte Rome à l'été 162 pour prendre un navire depuis Brundisium. Marc Aurèle l'accompagne jusqu'à Capoue. Lucius festoie dans des maisons de campagne le long de sa route et chasse en Apulie... Tombant malade à Canosa, probablement un léger accident vasculaire cérébral, il se voit contraint de s'aliter.
Marc Aurèle fait des prières aux dieux pour sa sécurité devant le Sénat et va dans le sud pour le visiter.
Fronton est bouleversé par cette nouvelle, mais réconforté par une lettre de Lucius lui décrivant son traitement et sa convalescence... Dans sa réponse, Fronton exhorte son ancien élève à modérer ses désirs et lui recommande quelques jours de repos au lit, puis continue son voyage vers l'Est par Corinthe et Athènes, accompagné par des musiciens et des chanteurs comme dans une procession royale.
À Athènes, il loge chez Hérode Atticus, initié aux mystères d'Éleusis, au cours d'un sacrifice, une étoile filante est observée dans le ciel, allant d'Ouest en Est.
Il s'arrête à Éphèse, où est il présent dans la propriété de l'aristocrate local Vedius Antoninus et fait une escale imprévue à Érythrée.

Le voyage continue en bateau par la mer Égée et les côtes méridionales de l'Asie Mineure, s'attardant dans les célèbres sites balnéaires de Pamphylie et de Cilicie, avant d'arriver enfin à Antioche en Syrie. On ignore combien de temps dure le voyage de Verus de Rome à Antioche, mais il se peut qu'il n'arrive à Antioche qu'au milieu de l'an 163.
Marcus Statius Priscus, quant à lui, est déjà arrivé en Cappadoce et a gagné une grande réputation en 163 pour ses succès.

Lucius passe la plupart du temps de la campagne près d'Antioche même, hivernant à Laodicée et passant les étés à Daphné, dans les faubourgs de la cité de l'Oronte.
Lucius fait, semble-t-il, tout à fait face à sa tâche. Fronton décrit une scène évoquant l'arrivée de Corbulon 100 ans plus tôt. L'armée Syrienne s'est ramollie depuis la longue paix à l'Est et la guerre Parthique de Trajan ( 113-117). Les soldats ont passé plus de temps dans les rues des villes et les tavernes que dans leurs quartiers militaires.
LUCILLA SON ÉPOUSE
Sous Lucius Verus, la formation est renforcée, notamment par l'action d'Avidius Cassius, Pontius Laelianus ordonnant que leurs selles soient dépouillées de leur rembourrage.
Le jeu et la boisson sont fortement réglementés. Fronton écrit que Lucius est à pied à la tête de son armée aussi souvent qu'à cheval.
Il inspecte personnellement les soldats sur le terrain et au camp, y compris à l'infirmerie
Lucius envoie à Fronton quelques messages au début de la guerre, dont une où il s'excuse pour son silence. Il ne donne pas le détail de ses plans, qui peuvent changer en un jour écrit-il. En outre, Verus n'a que peu jusqu'ici à montrer de son travail. Lucius ne veut pas que Fronton subisse l'angoisse qui le tient jour et nuit. Une des raisons de la réticence de Lucius est peut-être l'échec des négociations avec les Parthes après la conquête Romaine de l'Arménie.
La présentation des termes de paix établit par Lucius est vue comme de la lâcheté. Les Parthes ne veulent pas de la fin des hostilités.
Lucius a besoin de faire des importations massives à Antioche, donc il ouvre une voie de navigation jusqu'à l'Oronte. La rivière passant par des rapides à travers une falaise avant d'atteindre la ville, Lucius ordonne qu'un nouveau canal soit creusé... Après l'achèvement du projet, le vieux lit de l'Oronte est asséché, exposant les os massifs d'un Géant de la mythologie grecque.
Le géographe contemporain Pausanias le Périégète parle d'une bête ayant une taille de plus de onze coudées, soit environ 5 mètres. L'oracle de Claros déclare que ce sont les os de l'esprit de la rivière !

Au milieu de la guerre, peut-être à l'automne 163 ou au début de l'an 164, Lucius fait un voyage à Éphèse pour se marier à la fille de Marc Aurèle, Annia Lucilla. Le 13e anniversaire de Lucilla est en mars 163, et quelle que soit la date de son mariage, elle n'a pas encore quinze ans.
Lucilla est accompagné par sa mère Faustine la Jeune et par Marcus Vettulenus Civica Barbarus, le demi-frère de Lucius Aelius, père de Verus.
Marc Aurèle a peut-être prévu de les accompagner sur le chemin de Smyrne, le biographe de l’Histoire Auguste précisant qu'il l'a déclaré au Sénat, mais ce n'est finalement pas le cas. Il accompagne le groupe seulement jusqu'à Brundisium, où ils montent à bord d'un navire pour l'Orient.
Marc Aurèle retourne à Rome par la suite, et envoie des instructions spéciales aux proconsuls afin qu'il ne donne aucune réception officielle pour ce groupe.


Les légions I Minervia et V Macedonica, sous les légats Marcus Claudius Fronto et Publius Martius Verus, servant sous Marcus Statius Priscus en Arménie, remportent des succès pour Rome durant l'année de campagne de l’an 163, incluant la prise de la capitale Arménienne Artaxatah. L'armée de Syrie est renforcée par la legio II Adiutrixi et les légions Danubiennes sous le légat Geminius Marcianusi de la legio X Geminar.

HÉRODE ATTICUS
À la fin de l'année, Verus prend le titre d’Armeniacus, bien qu'il n'ait pas participé aux combats. Marc Aurèle ne prend le titre que l'année suivante. Quand Lucius est salué comme imperator à nouveau, cependant, Marc Aurèle n'hésite pas à se faire appeler Imperator II en même temps que lui.
Le royaume d'Arménie est reconstituée selon les conditions Romaines.

En 164, une nouvelle capitale, Kaine Polis, c'est-à-dire « nouvelle cité », remplace Artaxata. Cette ville est située à 50 kilomètres de la frontière Romaine. Des détachements des légions de Cappadoce sont attestées à Etchmiadzini, sous la face sud du mont Ararat. Cela signifie une marche de 20 jours ou plus, à travers un terrain montagneux, de la frontière romaine. « Un exemple remarquable de l'impérialisme », selon les mots de Fergus Millar.
Un nouveau roi est installé ou ré-installé, un sénateur Romain de rang consulaire et descendant des Arsacides, Caius Iulius Sohaemus ou Sohaemus d'Arménies.
Il peut même ne pas avoir été couronné en Arménie, la cérémonie pouvant avoir lieu à Antioche ou même à Éphèse. Sohaemus est salué sur la monnaie impériale de 164 avec la légende Rex armeniis datus, Verus étant assis sur un trône avec son personnel et Sohaemus se tient devant lui, saluant l'empereur.

Il y a peu de mouvement en 164, l'année est consacrée à la pacification des territoires reconquis et à la préparation d'une expédition sur le territoire Parthe

En 165, les forces romaines, peut-être menées par Martius Verus et la legio V Macedonica, passent en Mésopotamie. Édesse est réoccupée, Mannus réinstallé sur le trône d'Osroène.

Les Parthes se retirent à Nisibe, mais cette ville est assiégée et capturées. L'armée Parthe se disperse sur le Tigre. Leur général Chosrhoes nage vers l'aval et se cache dans une grotte.
Une seconde force, sous Avidius Cassius et la legio III Gallica, descend l'Euphrate et mène une grande bataille à Doura Europos.

Le crédit des succès militaires doit être aussi attribué aux subordonnés des généraux. Les forces qui ont avancé en Osroène ont été menées par Claudius Fronto, un provincial d'Asie avec une ascendance Grecque qui avait été à la tête de la legio I Minervia en Arménie sous Statius Priscus. C'est probablement le premier à atteindre le rang de sénateur dans sa famille. Il devient consul suffect en 165, probablement en honneur de la prise d'Édesse . Martius Verus a mené la legio V Macedonica sur le front, après avoir aussi servi sous Priscus. C'est un sénateur occidental, peut-être de Tolosa en Narbonnaise. Il devient également consul suffect, lui en 166, puis gouverneur de Cappadoce, chargé de surveiller le royaume d'Arménie où il intervient avec succès dès 172.
Le général le plus important est Avidius Cassius, commandant de la legio III Gallica, une des légions Syriennes. C'est un jeune sénateur de basse naissance venant de Cyrrhus, une cité du nord de la Syrie. Son père, Caius Avidius Heliodorus, n'est pas sénateur mais est un haut fonctionnaire d'Hadrien devenu préfet d'Égypte. Cassius n'hésite pas à se réclamer descendant des rois Séleucides.
Il est lui aussi honoré d'un consulat suffect en 166 et devient gouverneur de Syrie la même année. Il obtient des pouvoirs étendus sur l'administration de toutes les provinces de la région en 169.

PLAUTIA
À son retour à Rome, Lucius se voit décerner un triomphe. Le défilé est inhabituel car il inclut Lucius, Marc Aurèle, leurs fils et leurs filles non mariées comme dans une grande fête de famille. Les deux fils survivants de Marc Aurèle, Commode, âgé de cinq ans, et Annius Verus qui en a trois, sont élevés au rang de « César » pour l'occasion.
Lucius Verus passe les deux années suivantes, en 166 et 167, à Rome. Marc Aurèle désapprouve sa conduite, mais Verus continue de s'acquitter de ses tâches officielles avec efficacité.

Les critiques sont nombreuses sur le style de vie luxueuse de Lucius Verus que ce soit à Antioche pendant la guerre ou à Rome après son retour. Il se prend de passion pour les jeux d'argent, pouvant y passer « des nuits entières ». Il apprécie la compagnie des acteurs.
Il a une passion pour les jeux du cirque et particulièrement les courses de char. Fronton défend son élève, le peuple Romain ayant selon lui besoin du pain et des jeux du cirque de Lucius pour rester sous contrôle... Il les appelle des « annona et spectaculisa », des distributions de blé et des spectacles publics, préférant sa propre reformulation du « panem et circenses » de Juvénal. C'est en tout cas ainsi que l’Histoire Auguste rapporte la luxure et la vie dissolue de Lucius Verus.

En 166-167, un groupe de tribus de Germanie Septentrionale envahit la Pannonie supérieure. Il s'agit de Lombards et Osii, qui ont obtenu l'accord des Quades pour traverser leurs terres et entrer en territoire Romain. Les garnisons du Danube sont alors gravement affaiblies après l'envoi d'une partie des légionnaires et des auxiliaires en Orient. L'armée est épuisée par 4 longues années de guerre dans les plaines arides de Mésopotamie, et ses effectifs sont dramatiquement réduits par la peste antonine qui vient de s'abattre sur l'Empire. Les barbares sont cependant interceptés par quelques unités d'infanterie et de cavalerie, battus et renvoyés sur leurs terres. Repoussés avant d'avoir pu causer de dégâts au cœur de la province.
À la suite de ces événements, près de 11 tribus, parmi lesquelles les Marcomans, les Lombards, les Osii, les Vandales Victuales, les Quades, les Narisques et les Cotins, dépêchent des émissaires auprès de Iallius Bassus, gouverneur de Pannonie supérieure, pour demander la paix.
Les ambassadeurs des barbares parviennent à obtenir la paix avec Rome et retournent sur leurs terres en 167... La situation semble revenir au calme.

Au cours de cette même année, les Sarmates Iazyges pénètrent le limes Dace, peut-être accompagnés de quelques tribus Vandales.
En réponse, la legio V Macedonica, à peine revenue des campagnes d'Orient, est transférée depuis la Mésie inférieure voisine vers la Dacie Romaine. Les deux empereurs ne sont pas tranquillisés par la paix conclue l'année précédente avec les barbares, et décident de se rendre en personne sur le limes Pannonien pour estimer les réelles intentions de l'ennemi. Les deux empereurs traversent les Alpes et s'installent à Carnuntum, base de la legio XIII Gemina et quartier général du gouverneur de Pannonie supérieure. Au cours de cette année, des éléments des Marcomans et des Vandales Victuales sèment le désordre tout au long de la frontière nord.
L’Histoire Auguste rapporte que la majorité des rois se retirent avec leurs peuples et exécutent les instigateurs de ces attaques assimilées à des actes de rébellion, demandant pardon pour avoir rompu les conditions du traité de paix. Quant aux Quades, ils n'acceptent de reconnaître de roi qu'avec l'approbation des deux empereurs.

Ces mesures semblent plus que suffisantes aux yeux de Lucius Verus, qui se montre impatient de rentrer à Rome : Commandant en chef lors de la guerre contre les Parthes, il est resté éloigné de la capitale depuis des années. Il parvient à convaincre son frère adoptif, et les deux empereurs rentrent à Aquilée pour l'hiver, alors que la situation semble être maintenue sous contrôle

Verus tombe malade sur le voyage de retour. Il meurt d'apoplexie, prématurément usé par ses excès, ou de la peste antonine, qui sévit à l'époque à Rome et le long du limes Danubien, en janvier 169 à Altinum en Vénétie lors du 3e jour de son voyage de retour vers Rome depuis Aquilée.
AELIUS VERUS
Malgré des différences entre eux, Marc Aurèle est affligé de la perte de son frère adoptif. Malgré la guerre qui se prépare, il accompagne le corps à Rome, où il offre des jeux pour honorer sa mémoire. Après l'enterrement, le Sénat décide la divination de Lucius qui devient Divus Verus.
Marc Aurèle devient alors seul empereur de Rome et régnera jusqu'en 180.


Lucius Aurelius Verus — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucius_Aurelius_Verus
Lucius Aurelius Verus, né à Rome le 15 décembre 130 sous le nom de Lucius Ceionius Commodus, adopté en 138 par Antonin le Pieux sous le nom de Lucius Aelius Aurelius Commodus, est coempereur romain avec Marc Aurèle du 8 mars 161 à janvier 169, date de sa mort à Altinum en Vénétie. ...... Lucius Verus passe les deux années suivantes, en 166 et 167, à Rome.

Lucius Verus.
www.cosmovisions.com/Verus.htm
Verus (Lucius), empereur romain, 161-169 ap. ... Barbares en 168; il revenait à Rome, lorsqu'il mourut dans l'Italie septentrionale au début de l'année 169.

EN REMONTANT LE TEMPS... 170

16 NIVEMBRE2016...

Cette page concerne l'année 170 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

PHILOSOPHE ET ÉCRIVAIN AMAZIGH OUBLIE

APULÉE
Apulée de Madaure (Lucius Apuleius) est un auteur du IIe siècle, originaire d'Afrique, un des premiers exemples d'une carrière littéraire entièrement faite en dehors de Rome. Esprit brillant, universel, bien dans la ligne du mouvement de la Seconde Sophistique.
Né vers 125, d'une famille riche de Madaure (en Numidie, dans l'actuelle Algérie), il fait d'abord ses études à Carthage, où il apprend l'éloquence latine, avant d'aller chercher à Athènes un enseignement philosophique supérieur, de voyager beaucoup, puis de retourner en Afrique.
Carthage deviendra sa résidence habituelle, où il meurt après 170.
Ce personnage singulier et attachant, a les yeux grands ouverts et s'intéresse à tout, aux sciences, à la philosophie, à la religion, à la magie aussi.

Comme l'écrit P. Grimal, il « se fait initier à tous les cultes, plus ou moins secrets, abondant alors dans l'Orient Méditerranéen : Mystères d'Éleusis, de Mithra, d'Isis, culte des Cabires à Samothrace, et mille autres encore, d'une moindre célébrité. Il espère y trouver « le secret des choses ». Quant à la magie, elle n'occupe pas seulement une grande place dans les Métamorphoses

On connaît l'histoire du procès qui lui est intenté par les parents de la femme, beaucoup plus âgée que lui, qu'il a épousée à Oea en Tripolitaine... Fâchés de voir l'héritage leur échapper, ceux-ci l'accusent devant les tribunaux d'avoir envoûté leur parente pour qu'elle accepte de l'épouser. Apulée s'en sort par un plaidoyer habile et spirituel, l'Apologie ou le De Magia, qui est pour ainsi dire le seul exemple conservé d'un discours judiciaire de l'Empire.
Apulée est aussi un conférencier à succès, capable de parler en grec comme en latin. Nous ne possédons plus ces discours d'apparat, exception faite d'une mince anthologie (les Florides) où sont rassemblés 23 morceaux de longueur très inégales.
Il a écrit bien d'autres choses encore : Des poèmes, des traductions, des traités techniques aujourd'hui perdus (sur les arbres, la médecine, l'astronomie...), et qui ne sont peut-être que de simples compilations ou des résumés.
Nous possédons par contre, sous son nom, plusieurs traités philosophiques. D'abord une brillante conférence, de haute vulgarisation si l'on peut dire, le De deo Socratis, qui constitue en fait l'exposé le plus approfondi que l'antiquité nous ait laissé sur la démonologie.
Ensuite, le De Platone et eius dogmate libri II, une sorte de résumé scolaire et assez terne de la doctrine de Platon, en réalité c'est du Platon revu et corrigé par des siècles d'évolution du Platonisme.
Enfin le De mundo, qui s'inspire de la théorie péripatéticienne de l'univers et qui n'est rien d'autre qu'une adaptation en latin d'un traité grec anonyme sur le même sujet.

Mais son ouvre majeure est indiscutablement les Métamorphoses ou L'Âne d'or, en 11 livres. C'est le récit, fait à la première personne, d'un certain Lucius, un jeune homme curieux de tout, qui, s'étant frotté de trop près à la magie, se voit transformé en âne.
Sous cette forme, il va connaître toute une série d'aventures, entrant en contact successivement avec des brigands, des esclaves fugitifs, des prêtres de la déesse Syrienne, un meunier, un maraîcher, un soldat, 2 frères esclaves (un pâtissier et un cuisinier), puis leur maître. Comme c'est l'âne qui raconte et qu'il a conservé son sens aigu de l'observation et son esprit critique d'homme, il nous donne à voir par l'intérieur les activités et les préoccupations de tous ces milieux très différents qu'il a fréquentés.
L'ensemble nous fournit un remarquable tableau de la vie quotidienne au IIe siècle de l'Empire. Tout cela, au fil de plusieurs livre, car la transformation en âne s'est produite au livre III et c'est au dernier livre seulement que Lucius retrouve sa forme humaine, ce qui ne sera d'ailleurs possible que grâce à l'intervention bienfaisante de la déesse Isis.

En réalité, sur l'histoire principale, celle des aventures de Lucius comme homme ou comme âne, sont rattachés par des procédés variés, parfois fort artificiels, une foule d'autres récits de longueur variable. Le plus long d'entre eux est le Conte d'Amour et de Psyché, c'est une vieille servante qui, dans la caverne des brigands, le raconte à Charité, une jeune fille que ces mêmes brigands viennent d'enlever. Sur ce plan, les Métamorphoses apparaissent aussi comme un recueil de nouvelles...
cependant l’œuvre est beaucoup plus riche. Divers éléments montrent en effet qu'on ne peut se borner à la lire au premier degré.
Il y a d'abord le Conte d'Amour et de Psyché, qui occupe le centre même du récit : Psyché, on le sait, est le nom grec de l'âme, et elle est amoureuse d'Éros, l'un des grands « démons » platoniciens.
Il y a ensuite le livre d'Isis, dont la tonalité religieuse, tranche profondément sur la noirceur, la violence et le sadisme lourdement présents dans ce qui précède.
Il y a aussi de nombreux autres indices disséminés au fil des chapitres et impossibles à détailler ici.
Il faut cependant dire que les interprètes modernes ne sont pas parvenus à s'entendre sur la signification profonde du récit. Si Apulée a voulu transmettre à ses lecteurs un « message », on n'est pas certain de l'avoir découvert. Mais il reste qu'Apulée, au fil des pages, se laisse guider par son imagination, sa fantaisie, son amour du merveilleux, son goût des histoires, et que les modernes ont bien tort en le lisant de bouder leur propre plaisir.
Il lègue L’Âne d’or, son ouvrage le plus célèbre, qui reste à ce jour le plus ancien roman dont le manuscrit ait été intégralement préservé

Volubilis, Carthage ou encore Thagaste. Des noms qui rappellent le glorieux passé romain de l’Afrique du Nord. Le rayonnement culturel, politique et économique de la puissante Rome a gagné ces contrées lointaines, permettant ainsi à certains autochtones de se démarquer par leur érudition. Et si l’on connaît Saint-Augustin, célèbre théologien originaire du Maghreb, il est en revanche peu fait mention d’un certain Apulée. D’origine Amazigh, cet érudit est considéré comme l’un des plus influents penseurs latins de son époque. A la fois philosophe, écrivain, mathématicien, poète mais aussi avocat, médecin et incomparable rhétoricien.
Nourri de la culture romaine, Apulée n’en renie pas moins ses origines Berbères et se plaît à se voir en « mi-Numide », « mi-Gétule », en référence à des peuples installés en Afrique du Nord à partir du IIIe millénaire av JC.
Apulée, ou Afoullay pour les Amazighs, naît à Madaure à l’extrême Est de l’actuelle Algérie entre l’an 123 et 127, fils de magistrat, une naissance qui lui confère en plus de l’accès à une éducation de qualité, une confortable assise pécuniaire : Soit près de 2 millions de sesterces, dont il hérite à la mort de son père. N’ayant pas de préoccupations matérielles, le jeune Apulée se livre, dans la plus pure tradition sophiste à l’étude de la rhétorique et la littérature dans sa ville natale, aujourd’hui appelée M’daourouch, avant de rejoindre Carthage où il se plonge dans l’apprentissage de la philosophie. Mais c’est dans le berceau de la démocratie que le jeune Berbère entend poursuivre sa formation. Il traverse alors la Méditerranée en direction d’Athènes, y découvre l’héritage de Platon et devient l’un de ses plus éminents commentateurs.

Maîtrisant aussi bien le latin, le grec, que le berbère, Apulée se fait remarquer par son incroyable talent d’orateur. Il rejoint naturellement Rome après son escale Athénienne afin d’y parfaire son instruction de la rhétorique latine. Insatiable voyageur, Apulée sillonne aussi bien la Méditerranée que l’Asie mineure, foulant au passage les terres Égyptiennes. C’est notamment à Alexandrie qu’il s’intéresse aux cultes orientaux, dont celui de la déesse Isis, auquel il consacre un ouvrage fouillé.
PSYCHEE ET CUPIDON (VAN DYCK)
De retour dans sa ville natale, il officie en tant que professeur itinérant, mais n’y séjourne que quelques années, ne résistant pas au nouvel appel de l’aventure. En route vers Alexandrie, il tombe malade et interrompt son périple à Oea (actuelle Tripoli) pour y être soigné chez Sicinius Pontien, un de ses anciens camarades d’étude à Athènes.
La mère de son ami, Pudentilla, veuve fortunée, succombe aux charmes du jeune savant Amazigh et demande aussitôt Apulée en mariage.
D’abord hésitant, le Maurétanien se laisse par la suite convaincre par Pontien et finit par épouser la belle Pudentilla en l’an 156... En scellant cette union, Apulée ne peut se douter aux tracas auxquels il va s’exposer… Jaloux de cette alliance, des notables d’Oea reprochent à Apulée de chercher à s’accaparer la fortune de son épouse et n’hésitent pas à l’accuser de sorcellerie.
Acculé, le jeune érudit doit s’expliquer devant un tribunal et plaide lui-même sa cause grâce à son formidable talent de persuasion.
Lorsque ses détracteurs l’accablent pour avoir charmé son épouse, Apulée répond ironiquement : « Être beau et savoir parler ! Graves accusations que je voudrais bien mériter ! ».
Quant à la poursuite pour sorcellerie, il tient à définir la magie comme un « art agréable aux dieux immortels ». Insistant sur l’absurdité des charges qu’on lui incombe, Apulée se défend magistralement et lègue un des premiers plaidoyers que l’Histoire retiendra. Son fameux Discours de la magie lui offre l’acquittement.

Grand penseur latin, Apulée n’en est pas moins reconnu par ses compatriotes Amazighs. Saint-Augustin dira de lui : « Chez nous, Africains, Apulée, en sa qualité d’Africain, est le plus populaire ». Une popularité que nous sommes, au XXIe siècle, bien obligés de relativiser. En dehors des cercles d’académiciens et les militants Amazighs, peu de Maghrébins ont entendu parler de leur talentueux ancêtre, décédé en 170 de notre ère. Cependant, l’Algérie, terre d’origine d’Apulée, a récemment souhaité rendre hommage à l’auteur. Avec le Prix Apulée du meilleur premier roman, créé en 2004 par la Bibliothèque nationale d’Algérie (BNA), le pays d’Afrique du Nord honore un ancêtre exceptionnel et salue les générations à venir.

La nouvelle de la mort de son père l'oblige à rentrer dans sa ville natale. Grâce à l'héritage de la fortune et des responsabilités municipales de son père, il devient riche et très influent. Nonobstant, il ne s'y installe pas définitivement car il n'a point perdu le goût du voyage et de la recherche du savoir.
Apulée voyage ensuite pour vivre à Carthage, il y travaille comme conférencier mondain. Il peut parler sur n'importe quelle discipline de la philosophie jusqu'à la magie, en passant par la médecine, l'astronomie, les sciences naturelles et la musique. Son savoir interdisciplinaire ou encyclopédique lui vaut une grande renommée jusqu'au point que les autorités élèvent une statue de son vivant. Il devient président du Conseil provincial et grand-prêtre de l'Afrique.
Des pièces de bronze sont frappées à Rome à l'effigie d'Apulée avec, au revers, une scène des « Métamorphoses » (IV siècle.). On les trouve à la Bibliothèque nationale, dans le cabinet des Médailles.

Si sur sa vie, nous avons suffisamment d'information, sur sa mort nous n'avons pas d'indication précise. Nous ignorons l'année, le mois, le jour, le lieu, les circonstances de  son décès. Pourquoi ? Sa mort se présente à la fois magique et comme celle de tout Amazigh : Un jet final et brusque dans l'effacement (les exemples ne manquent pas…) Ce que retiennent les livres d'histoire, c'est qu'Apulée est mort après 170 à Carthage, sans aucune autre précision.

L'Apologie (Apulei Platonici pro se de magia) est un texte rédigé lors de son procès pour crime de magie. L'auteur se défend magistralement devant le proconsul Claudius Maximus. Selon L'Encyclopédie Berbère, ce texte est d'un grand intérêt historique car il offre quantité de renseignements sur son auteur, la magie et la vie en Afrique au IIe siècle. (L'Encyclopédie Berbère, p.822).

Les Florides sont publiées en 160. Il s'agit d'un répertoire de conférences réunies par un élève d'Apulée. Il y est question surtout des impressions et des réflexions de l'écrivain voyageur. Le narratif, le descriptif et le purement doctrinal s'immiscent donc dans tous les essais/récits (au nombre de 23). Ce texte est également important pour connaître maints aspects de la réalité en Afrique du Nord.

De deo Socratis (Sur le dieu de Socrate) est un texte de magie: Il parle sur l'univers des démons. Ces êtres mystérieux sont présents simultanément dans le monde divin et le monde humain. Ils sont de 3 groupes: démons captifs du corps, démons libérés du corps et des démons qui n'ont pas connu de captivité physique. Bien que le texte recherche le côté démoniaque chez Socrate, il invite le lecteur à retrouver la sagesse.

De Platone et eius dogmate est un traité philosophique sur l'éthique et la physique chez Platon. Il s'agit d'une lecture faussée du philosophe Grec au moment de traiter la question de la morale.

De mundo traite la cosmologie et la théologie. Apulée y expose l'idée que Dieu est à l'origine de la vie de tout.

L'art, en général, tend à extérioriser l'être de l'artiste à travers la pratique de l'écriture. Qu'en est-il alors de la présence de l'auteur dans « L’Âne d'or » ? Apulée, loin de « réfléchir » son être dans le texte, manifeste sa présence derrière des mécanismes romanesque et des figures, en ayant pour objectif d'exercer une certaine maîtrise sur le personnage, et par là sur le lecteur.
Ainsi, tout passage se réfère, de façon explicite ou implicite, à un système de pensée. L’Âne d'or se meut dans ce sens, le roman devient une entreprise, sous forme d'une recherche infinie de la conscience « maternelle ». Apulée, en récrivant l'histoire grecque, rajoute librement des passages authentiquement Amazighs.

Il nous revient de saisir la parole de l'écrivain au sein du roman, et de souligner que distinguer le discours de l'auteur au sein d'un texte ou d'un passage est une tâche critique aventurière, qui pourrait être source d'un jugement erroné. De là, les difficultés de discerner clairement les propos de l'auteur des différents discours des personnages, des situations, des descriptions qui forment l'œuvre, ne sont pas à démontrer.
Dans L’Âne d'or, la voix auctorielle est souvent explicitée dans la construction de la fiction ou dans le choix des idées et des motifs, sinon sous-entendue par le biais de correspondances établies entre sa culture Nord-Africaine et les autres cultures, au sein du texte toujours...

A ce propos, : « j'ai trop bonne opinion de toi et de ta culture, je sais que, non seulement la noblesse innée de ta condition, non seulement l'élévation de ton esprit mais le fait que tu as été initié à un grand nombre de religions t'ont enseigné à observer scrupuleusement le devoir du silence. » (P.81) C'est Photis, une bonne, qui parle. Ici, nous avons la condition de l'Amazigh ( à rattacher à « noblesse innée »). De même , une explication de la perte de l'identité de l'Amazigh : La diversité des cultes…


Avec son activité de rhéteur, à laquelle appartiennent aussi des exposés sur des thèmes philosophiques et religieux, Apulée se situe dans le courant que l'on désigne d'habitude par le vague concept de « deuxième sophistique ». Ce mouvement comprend des maîtres de rhétorique qui se consacrent aussi à la déclamation publique, ils cultivent un art du discours efficace selon les modèles antiques et sont en partie également des écrivains. Beaucoup d'entre eux ont aussi des intérêts philosophiques. Le lien entre philosophie et art oratoire correspond à l'esprit du temps, mais manque de fondement pour un platonicien, puisque Platon a critiqué avec acuité la rhétorique et a lutté contre la sophistique.
PAR AUGUSTE RODIN

Apulée a dédié 2 de ses œuvres philosophiques à son « fils » Faustinus. On ne sait pas s'il s'agit là d'un fils biologique ou d'un de ses élèves
Toutes les œuvres conservées d'Apulée sont en latin, dans une langue jugée « précieuse », mais avec une expression claire. Elles se divisent en deux groupes : Ecrits philosophiques et écrits rhétoriques. Son œuvre la plus célèbre, le roman des « Métamorphoses », prend une place particulière. En outre, on a de petits poèmes.

Dans la version manuscrite qui nous est parvenue, un prologue est ajouté à l'œuvre, que la majorité des chercheurs considèrent étranger au texte, mais qui provient d'une partie aujourd'hui perdue d'une œuvre rhétorique d'Apulée, la « cueillette des fleurs ». L'opinion contraire, selon laquelle il s'agit d'un prologue authentique, est une position encore représentée par une minorité.
Cet écrit donne un résumé de l'enseignement de Platon. Il est conçu comme une introduction et doit servir à l'enseignement. C'est une source importante sur l'histoire du médio-platonisme, car la plupart des œuvres des médio-platoniciens ont disparu.
L'exposé commence avec une biographie de Platon (Chap. 1-4), la plus ancienne qui nous soit parvenue, Platon est glorifié. Suit la description du platonisme, avec les 14 chapitres restants du premier livre qui traitent de la philosophie naturelle, avec la cosmologie, l'ontologie et la théorie de l'âme, puis dans le deuxième l'éthique et la théorie de l'État associée. De plus, il manque un troisième livre annoncé dans l'introduction, qui aurait dû contenir la logique, selon la division courante dans l'Antiquité, la logique forme une des 3 parties de la philosophie.
Pour des raisons linguistiques et pour le contenu, on a mis en doute l'authenticité de ce travail, mais dans la recherche, l'opinion majoritaire penche en faveur de sa véracité.

L'écrit cosmologique « Du monde » traite de l'univers et de ses parties, ainsi que du créateur et gardien divin du monde. C'est une version en latin du traité grec (Peri kósmou) du Pseudo-Aristote. Mais Apulée ne se contente pas de rendre le contenu de ce modèle, il y ajoute ses propres réflexions, notamment sur le rôle des démons dans le cosmos, et fait allusion au modèle grec issu des concepts d'Aristote dans le sens platonicien.

Le Florida (« Florilège ») est un recueil de passages des discours d'Apulée en 4 livres. On n'en a conservé qu'une version fortement résumée par un écrivain de l'Antiquité. Elle consiste en 23 extraits de textes de longueurs variées. La version résumée peut sans doute servir aux besoins de sujets pour l'enseignement de la rhétorique. Son auteur est peut-être le maître de rhétorique de la fin de l'Antiquité, Crispus Salustius, qui a été actif à la fin du IVe siècle.

Apulée a composé des poèmes, dont il a à l'occasion parsemé sa prose. On n'en a gardé que peu, dont un poème érotique de 24 sénaires iambiques avec le titre grec (Anechómenos) (Le souffre-douleur), qui est probablement une adaptation libre d'un texte de l'auteur comique Ménandre. Désigné comme l'œuvre d'un jeune ami non identifié de l'auteur, un poème d'amour transmis dans les Nuits attiques d'Aulu-Gelle provient-il aussi peut-être d'Apulée.

Apulée évoque une série d'œuvres publiées en partie en latin, en partie en grec, voire dans les deux langues, qu'il a composées et dont on ne connaît rien par ailleurs. Quelques auteurs de l'Antiquité tardive, parmi lesquels Jean le Lydien, et les grammairiens Priscien de Césarée et Charisius, ont transmis des citations de parties perdues de ces œuvres. Mais il faut remarquer à ce propos que certains textes spéciaux d'Apulée auxquels les indications des sources sont attribuées dans la littérature de recherche ne sont peut-être que des parties de travaux plus importants.

À partir des sources, on peut conclure à l'existence des œuvres perdues suivantes :
Hermagoras, un roman ou un dialogue philosophique, on n'en a conservé que 6 courts fragments. L'hypothèse du roman est sensiblement la plus plausible.
Une traduction libre en latin du dialogue Phédon de Platon dont Priscien nous transmet deux courts extraits.
Parmi les poèmes perdus figurent un hymne à Asclépios en versions latine et grecque, avec une introduction en forme de dialogue et un poème panégyrique en l'honneur du proconsul Scipio Orfitus. Apulée a publié une collection de poèmes divertissants sous le titre « Batifolages » (Ludicra), dont on n'a conservé que quelques vers.

Convivales quaestiones (questions de banquet) évoqué sous ce titre par Macrobe et Sidoine Apollinaire, est probablement identique à un texte désigné par Apulée dans son discours de défense par Naturales quaestiones. Il l'a publié en versions latine et grecque. Il traitait apparemment de divers thèmes d'histoire naturelle.

Une recherche « Des poissons » (De piscibus), on ne sait pas s'il s'agit d'un exposé autonome, d'une partie des Naturales quaestiones ou d'un travail purement zoologique. Dans son discours de défense, Apulée aborde extensivement le fait qu'il s'est procuré des poissons rares en vue d'études zoologiques, ensuite, qu'il a largement utilisé dans sa recherche sur les poissons, outre de la littérature plus ancienne, ses propres observations.

L'écrit « Des arbres » (De arboribus) est cité par le commentateur de Virgile, Servius de l'Antiquité tardive. De ce livre proviennent sans doute aussi des citations, que l'écrivain spécialisé Cassianus Bassus a reprises dans sa compilation connue sous le nom de Géoponiques, l'identité de l'auteur Apulée qui y est nommé avec celle d'Apulée de Madaure n'est pas assurée, mais probable. Il n'est pas clair de savoir si l'exposé sur les arbres est un écrit indépendant, ou une partie d'un travail botanique ou agricole, ce dernier avec peut-être le titre De re rustica. Il peut aussi s'agir d'une partie des Naturales quaestiones ou des Convivales quaestiones d'Apulée.

Un écrit médical évoqué par Priscien dont le titre est peut-être Libri medicinales, De medicina ou Medicinalia. Peut-être s'agit-il aussi d'une partie des Naturales quaestiones ou des Convivales quaestiones.

De proverbiis (Des proverbes), un écrit en au moins 2 livres cités par le grammairien Charisius.

Un travail de forme bien littéraire sur des thèmes de l'histoire ancienne de l'État Romain et la préhistoire mythique de sa fondation, qui donne des indications sur l'histoire monétaire Romaine. Priscien lui donne le titre Epitoma (extrait) ou ailleurs Epitomae historiarum

De re publica (De l'État), un écrit attesté seulement chez Fulgence, qui n'en fait qu'une courte citation.

Une traduction latine de « l'Introduction à l'arithmétique » de Nicomaque de Gérase (Ἀριθμητική εἰσαγωγή (Arithmetikè eisagogè))

Une étude sur la musique, évoquée par Cassiodore, qu'il ne connaît que par ouï-dire.

Un ouvrage pour lequel l'écrivain antique tardif Jean le Lydien indique le titre grec (Erotikos) (en latin probablement amatorius. Il s'agit probablement d'un dialogue sur l'érotisme.

Un travail sur les phénomènes et présages astronomiques et météorologiques, dont l'existence se comprend par 4 citations d'Apulée par Jean le Lydien.

Un commentaire sur l'écrit « tagétique » à propos de l'art étrusque des présages, attribué au mythique Tagès.

La gloire d'Apulée et l'étendue des domaines thématiques qu'il a couverts ont conduit à ce que lui soit attribuée une série d'écrits dont il n'est pas l'auteur.

Les plus connus de ces faux, nommés « pseudo-Apulée », sont :
Asclépius. Le traité hermétique Asclepius. Ce travail populaire au Moyen Âge et au début des temps modernes est la traduction latine ou la paraphrase d'un traité grec perdu. Il a la forme d'un dialogue, où le dieu Hermès Trismégiste enseigne à son disciple Asklepios l'ordre du monde et le rôle et les tâches de l'homme. Dans aucun des manuscrits qui nous sont parvenus ne figure Apulée comme auteur, cette attribution semble avoir encore été inconnue au Moyen Âge, ce n'est qu'à la Renaissance que l'on a pris l'habitude de l'indiquer comme auteur ou traducteur de cet écrit. Dans la recherche moderne, certains plaident pour l'authenticité, mais cette hypothèse ne rencontre guère d'approbation.

L'Herbarius ou Herbarum Apulei, un manuel illustré des plantes médicinales, qui vient en réalité du IVe siècle, et a été agrandi ultérieurement. Dans un prologue ajouté après coup, le « platonicien Apulée » est mentionné comme auteur. Au Moyen Âge, cet écrit était très apprécié, et a été attribué à Apulée de Madaure. Le Pseudo-Apulei Herbarum Medicaminibus a été édité en 1888.

Physiognomonie. Un traité anonyme qui nous est parvenu, sur la physiognomonie, qui n'a été attribuée à Apulée qu'au XIXe siècle. En réalité, il a son origine dans l'Antiquité tardive, vraisemblablement dans la seconde moitié du IVe siècle.

Sur l'interprétation.

De habitudine, doctrina et nativitate.

Apulée se nommait « philosophe platonicien », et attribuait une grande importance à cette désignation. Il entendait par philosophie en premier lieu la pratique philosophique, c'est-à-dire un mode de vie philosophique selon les modèles classiques se tenant à l'écart des querelles d'écoles philosophiques. Dans la recherche plus ancienne, on émettait l'hypothèse qu'il avait fait partie des disciples du médio-platonicien Gaios avec Albinus Platonicus, que l'on prend encore par erreur pour l'auteur du manuel Didaskalikos. Tadeusz Sinko a proposé en 1905 l'hypothèse que les enseignements de l'« école de Gaios » peuvent être reconstruits d'après les écrits subsistants des platoniciens de cette voie, parmi lesquels Apulée.
Mais la recherche plus moderne a abandonné l'hypothèse qu'il y ait eu une telle école avec des enseignements spécifiques, car il manque des preuves convaincantes. En particulier, les sources n'indiquent pas de lien entre Gaios et Apulée.
La philosophie d'Apulée se distingue par une position syncrétique. À la base, elle est platonicienne, mais adopte abondamment des influences aristotéliciennes et stoïciennes. Le mélange des directions des écoles ne pose à Apulée aucun problème, comme pour de nombreux penseurs de l'époque impériale, car ils considèrent Aristote comme un platonicien, et la Stoa comme une branche du platonisme. Apulée admire Pythagore et souligne l'étroite parenté entre platonisme et pythagorisme. Il montre aussi de l'estime pour les cyniques.

MÉTAMORPHOSE (APULÉE)
La grande importance de la théorie des démons dans le système d'Apulée provient du fait qu'il est convaincu qu'un contact direct entre les dieux et les hommes est impossible, car leurs domaines d'être sont rigoureusement séparés. C'est pourquoi on a besoin de démons comme intermédiaires, ce n'est que par les démons qu'un bien peut parvenir aux hommes de la part des dieux. Tous les démons supérieurs sont par nature exclusivement bons et semblables aux dieux, ils ne se lient jamais aux corps. Les démons inférieurs, par contre, ne diffèrent pas des âmes qui habitent les corps d'hommes, on y compte notamment les âmes errantes des criminels décédés. Les démons sont soumis aux passions, et réagissent émotionnellement au comportement des hommes.


Apulée — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Apulée
Aller à Biographie - À la mort de son père, Apulée hérita avec son frère une fortune de deux millions de sesterces. ... Au cas où Lucius Apuleius Marcellus est identique à l'écrivain, ... était une veuve très riche, âgée de quelques années de plus que lui ... ni la date de sa mort, mais celle-ci a sans doute lieu après 170.


Apulée de Madaure - Oasisfle
www.oasisfle.com/culture_oasisfle/apulee_de_madaure.htm
APULEE DE MADAURE (Lucius Apuleius) 125-170: ... Tout cela, au fil de plusieurs livre, car la transformation en âne s'est produite au livre III et c'est au .... Nous ignorons l'année, le mois, le jour, le lieu, les circonstances de son décès. ... Selon L'Encyclopédie Berbère, ce texte est d'un grand intérêt historique car il «offre ...


EN REMONTANT LE TEMPS.... 171

15 NOVEMBRE 2016...

Cette page concerne l'année 171 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

VEILLEITE GUERRIÈRE DES MAURES.

Les Maures : Selon l'étymologie communément admise, cette appellation est dérivée du terme « Moros » en grec et « Mauri » en latin qui désigne à l'époque Romaine les Berbères d'Afrique du Nord, et plus précisément les Berbères de la Maurétanie de cette époque qui inclut le Nord et l'Est du Maroc actuel et le Nord-Ouest de l'Algérie. Cependant certains pensent que le terme peut avoir une origine locale, « Mahurim » signifiant Occidentaux en punique pour les populations vivant à l'Ouest de Carthage. Mahurim a pu donner naissance au latin Mauri.

Selon Salluste, les Maures font partie de l'armée d'Hercule venue d'Espagne, composée de Perses, d'Arméniens, et de Mèdes. Ils se mêlent aux populations autochtones Gétules (Zénètes) Berbères du Maghreb actuel, s'installant dans les montagnes au Maroc, dans les Aurès en Algérie et en Libye. La majorité de la population des Aurès est composée de Gétules (Zénètes).

Le terme Maures est introduit par l'historien Romain Procope et par Saint Augustin pour désigner la population des Aurès non romanisée, et, les populations indigènes qui se soulèvent contre Rome.
Coripus désigne les populations qui se soulèvent contre Rome pendant le règne de Justinien vers le Ve siècle sous le vocable d'Ifuraces. A contrario, les autochtones qui sont favorables au régime Romain sont désignés par le terme « Afris ». Les Banou Ifren ou Ait Ifren sont les Afris, et ils appartiennent aux Zénètes, anciennement appelés Gétules.

Au Moyen Âge, le terme latin « Mauri » passe en français sous la forme « maure », mais aussi en espagnol sous la forme « Moros » et en breton sous la forme « Morianed » pour désigner les Berbères, mais aussi les Arabes à l'origine de la conquête de la péninsule Ibérique au VIIIe siècle.
Selon Joseph Pérez, « parmi les envahisseurs de 711, les Arabes proprement dits sont une infime minorité [...] la majorité étant formée de Berbères. [...] C'est pourquoi les Espagnols, pour évoquer la domination musulmane, préfèrent parler de Maures, c'est-à-dire de Maghrébins. »
Peuple de cavaliers, les Maures offrent indifféremment leurs services tant aux Carthaginois qu'aux Romains lors des guerres Puniques.
Jugurtha, ayant pris pour femme la fille de leur roi, bénéficie quelque temps de leur appui, mais est livré à ses ennemis aussitôt qu'il leur demande asile.

La Maurétanie, petit à petit conquise par Rome, constitue 2 provinces de l'empire, l'une en 37, l'autre en 40 ou 41 sous Caligula.
Engagés aux côtés des forces Romaines, des Maures contribuent à établir la Pax Romana en Gaule et établissent des colonies.
Dans la péninsule Armoricaine, des soldats Maures sont cantonnés, au territoire des Vénètes et des Osismes, d'où le nom de « Mauri Veneti » et de « Mauri osismiaci » que leur donne la Notitia Dignitatum... Plusieurs noms de localités, comme « Mortaigne » ou « Mortagne », tant en France qu'en Belgique, semblent dérivés de « Mauretania », mais une autre interprétation y voit l'invocation d'une eau morte (par opposition à eau vive).

La Maurétanie fournit aussi à l'Empire Romain, plusieurs généraux tels Gildon, qui se rebelle ensuite contre Rome, et surtout Lusius Quietus que Trajan a songé (selon certains auteurs) à choisir pour successeur... Quietus et sa cavalerie Maure sont immortalisés sur la colonne Trajane à Rome. La Maurétanie donne même à Rome un empereur éphémère, Macrin.
Partiellement romanisés puis christianisés dès le IIIe siècle, les Maures sont partiellement séduits par le schisme donatiste. Aux persécutions païennes succédant les persécutions chrétiennes quand l'empire érige le christianisme en religion d'État.


La province Romaine de Bétique (Hispania Baetica) couvre le sud de l'Espagne, et correspond à peu près à l’actuelle Andalousie. Elle est issue de l'ancienne Hispanie ultérieure, et tire son nom du Baetis, nom latin du fleuve Guadalquivir.
D'après l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, le géographe Strabon affirme que cette province est peuplée par les Turdetani et les Turdules, sans préciser quelles sont leurs différences.
C’est une province sénatoriale administrée par un ancien préteur, dont la capitale est Corduba (Cordoue).
Cette province est prospère, grâce à son agriculture, à la facilité de navigation sur le Baetis ou Betis, ancien nom du fleuve Guadalquivir et surtout ses ports facilement aménageables, ainsi qu'à ses mines de plomb et d’argent de la Sierra Morena et du Rio Tinto.
Elle exporte du blé, du vin, des salaisons, du garum (On nomme garum [it. ds le texte], dit Pline, une espèce de liqueur fort recherchée. On le prépare avec des intestins de poisson et d'autres parties qu'autrement on jetterait. On les fait macérer dans le sel, de sorte que c'est le résultat de la putréfaction de ces ingrédients. Le meilleur se fait avec le maquereau... On préparait aussi du garum avec des anchois, des bars, des silures, des thons et des murènes. Les Romains pensaient que le garum excitait l'appétit et facilitait la digestion.), de l’huile d’olive réputée, emballée dans les célèbres amphores espagnoles.
La présence Romaine y est ancienne, et la romanisation profonde se manifeste par ses nombreuses villes (175, dont 9 colonies, du temps de Pline) dont la plupart existent encore aujourd'hui :

Les 4 sièges de juridiction :
Corduba (Cordoue), berceau des Annaei, famille des Sénèques et de Lucain, capitale de la province Bétique.
Gadès (Cadix), ancien port Carthaginois et cité de droit romain depuis Jules César, patrie de Columelle
Hispalis (Séville)
Astigi (Écija)
Italica (Santiponce), fondée par des immigrants Italiens, et d’où sont originaires les empereurs Trajan et Hadrien
Les colonies de Urso, Tucci
Bilbilis, patrie de Martial

Au Ier siècle, Vespasien accorde le droit latin à tous les municipes d’Espagne et crée une assemblée provinciale pour la Bétique qui se réunit une fois par an pour célébrer le culte impérial et discuter l’administration de la province.
La Bétique reste en marge de troubles politiques et des menaces Barbares qui touchent l’Empire Romain à partir de 161, sauf vers 180, lorsque des Maures révoltés traversent le détroit de Gibraltar, et ravagent la province dépourvue de troupes en tant que province sénatoriale. Le légat Aufidius Victorinus rétablit la situation.

Dès l'Antiquité, les historiens qui ont raconté le règne de Marc- Aurèle se sont plus attachés aux événements qui se déroulent sur les frontières du Danube ou d'Orient qu'à ceux d'Extrême- Occident. Aucun témoignage officiel, monument ou monnaie, n'en garde non plus le souvenir, les guerres Parthique et Germanique ayant rejeté dans l'ombre pour le gouvernement impérial lui aussi les escarmouches qui se déroulent contre les peuplades Maures. Pourtant, ces hostilités sont loin d'être sans importance, soit par l'ampleur qu'elles prennent un moment, soit par la lueur qu'elles projettent sur l'histoire de la domination Romaine en Tingitane.

Les sources sont fort maigres : Elles consistent en trois passages de l' Histoire Auguste et quelques inscriptions. Celles-ci, rappelant la carrière de fonctionnaires qui prennent part à la guerre, nous donnent quelques points de repère chronologiques et permettent de rattacher les événements de Maurétanie à l'histoire générale de l'Empire à cette époque.
« Quum Mauri Hispanias prope omnes vastarent, res per legatos bene gestae sunt », lit-on au chapitre XXI de la Vita Marci.
Cette phrase nous apporte 2 renseignements. D'abord, que presque toutes les Espagnes sont dévastées par les Maures, c'est-à-dire que, sur les trois provinces de la péninsule, 2 au moins sont touchées, le style de Capitolin, malheureusement, n'est pas d'une grande précision. Ensuite, que les envahisseurs sont repoussés par les légats impériaux, or, seules la Lusitanie et la Tarraconaise sont commandées par des légats, la Bétique ayant à sa tête un proconsul.
Il semble donc logique de conclure que les provinces menacées sont les 2 premières. Il n'en est pas ainsi, car, l'empereur, jugeant la situation sérieuse, retire la province de Bétique au Sénat et la fait administrer par un légat.

A quelle date convient-il de placer cette guerre ? L'historien latin ne s'astreint malheureusement pas à suivre un ordre chronologique rigoureux, ce qui, dans ces années troublées, serait parfois impossible. Il nous donne quand même un certain nombre de repères : c'est ainsi qu'il énumère ces événements après la mort de Lucius Verus, à peu près dans le même temps que la répression de la révolte des Bucolici, peuplade Egyptienne proche du Delta, peu avant la mort du second fils de Marc-Aurèle et le départ de l'empereur pour la guerre contre les Quades et les Marcomans.
Or, la mort de Lucius Verus survient au début de 169. La révolte des Bucolici est réduite par Avidius Cassius vers 172-173, en tout cas avant son retour en Syrie et sa propre révolte du début de 175.
Enfin, le départ de Marc-Aurèle pour la frontière danubienne a été décidé dès 173.
Ces présomptions sont confirmées par une brève notice qui est donnée dans la biographie de Septime-Sévère. Dans un passage, il est vrai fort obscur, elle nous apprend que, nommé questeur, il obtient par le sort la Bétique, puis se rend en Afrique après la mort de son père pour mettre en ordre ses affaires domestiques. « Sed dum in Africa est, pro Baetica ei Sardinia attributa est, quod Baeticam Mauri populabantur. » Or, la carrière de Septime- Sévère avant son accession à l'Empire s'établit à peu près ainsi.
Né en 146
Il est nommé préteur par Marc-Aurèle à 32 ans, donc en 178
Il a été tribun de la plèbe 2 ans avant, en 176, légat du proconsul d'Afrique en 175 ou 174.
Questeur, enfin, en 174 ou 173.
C'est donc en 172 qu'il a appris sa mutation de Bétique en Sardaigne, parce que la province soumise désormais à un légat propréteur ne comporte plus de questeur, mais un procurateur.

Sur les hostilités, nous ne savons rien, sinon qu'elles se localisent en Maurétanie et en Espagne. En effet, un diplôme militaire trouvé en Sardaigne, et délivré à un soldat originaire de Cagliari, prouve qu'en mai 173 on procède au licenciement des soldats qui ont terminé leur temps de service.
Que ce soldat ait appartenu à la flotte, comme le veut Premerstein, ou qu'il ait fait partie seulement de la Cohorte Sardorum et Corsorum, qui tient garnison dans l'île, il n'en est pas moins certain que le gouvernement impérial considère à ce moment les hostilités comme terminées dans la Méditerranée Occidentale. En Afrique, toutefois, les troubles durent un peu plus longtemps : En 174, une colonne opère encore sur les hauts plateaux du côté de Geryville, mais il n'est pas certain que ses mouvements aient été en rapport avec l'incursion des Maures en Espagne.

Ainsi, en 172 ou peut-être au début de 173, les Maures ont inquiété la province de Bétique, dont l'empereur a assumé alors le commandement, le retirant au Sénat. Les incursions sont facilement repoussées, puisqu'aucun autre témoignage ne garde le souvenir de cette alerte... La tranquillité rétablie ne règne pas longtemps. Le même Capitolin, dans le chapitre suivant, s'exprime, en effet, ainsi : « Res in Sequanis turbatas... censura et auctoritate repressit. Compositae in Hispania quae per Lusitaniam turbatae erant. Filio Commodo arcessito ad limitem togam virilem dédit : quare congiarium populo divisit et eum ante tempus consulem designavit. »

La phrase qui nous intéresse est la seconde : Marc-Aurèle pacifie l'Espagne, où les choses s'étaient gâtées en Lusitanie. S'agit-il d'une révolte des Lusitaniens ou d'une invasion étrangère ? La phrase précédente désigne sans aucun doute des troubles civils chez les Séquanes, il n'est pas probable, en effet, que l'invasion Germanique y ait déferlé, quoique Capitolin prétende que tous les peuples s'agitent du limes d'Illyrie jusqu'à la Gaule.
Mais, à y regarder de près, on s'aperçoit que, si l'expression returbatae est identique, en revanche il y a une nuance très sensible dans l'emploi des noms propres : In Sequanis, et in Hispaniam per Lusitaniam, dans le premier cas, les habitants de la cité Gauloise sont mis en cause, dans le second, il s'agit seulement du pays la Lusitanie, en Espagne, qui est le cadre géographique dans lequel les événements se sont déroulés. Et, justement, il se trouve qu'à cette époque même, certainement la Bétique et probablement la Lusitanie ont été le théâtre d'une nouvelle incursion des Maures.

Le texte de Capitolin nous donne quelques vagues indications chronologiques. Aucun autre document ne rappelle les troubles chez les Séquanes qui doivent être minimes. Mais le biographe, passant ensuite à un autre ordre de faits qui concernent non plus les guerres, mais l'administration intérieure de l'Empire, nous apprend que, vers la même époque, Commode reçoit la toge virile, qu'à cette occasion Marc-Aurèle donne un congiaire et désigne ensuite Commode comme consul.
Or, les monnaies de Marc- Aurèle portent pour l'année 175 l'indication de liberalitas VII, et nous savons que Commode exerce son premier consulat en 177. C'est un peu auparavant, vers 175, que se produit la 2e guerre en Espagne.
Cette guerre est encore provoquée par les Maures.
Nous connaissons, en effet, le cursus d'un grand personnage, Lucius Julius Vehilius Gratus Julianus, qui devient plus tard préfet du prétoire de Commode et qui y participe.
Une inscription de Palmyre nous apprend qu'il commande dans cette ville l'aile de cavalerie Herculana en 167-168, sur une inscription de Rome, qui retrace sa carrière entière, il prend ensuite, donc en 169, le commandement de Vola Tampiana et qu'il commande les détachements envoyés en renforts dans la guerre contre les Germains et les Sarmates, c'est-à- dire la première guerre Germanique éclatant en 170 on le trouve ensuite procurator Augusti et praepositus vexillationis per Achaiam et Macedoniam et in Hispanias adversus Castabocas et Mauros rebelles, puis commandant de la flotte du Pont-Euxin, puis commandant de détachements dans une guerre qui ne peut être que la guerre de 178-180, contre les Quades et les Marcomans, puisqu'il reçoit des récompenses de Marc-Aurèle et Commode au cours d'une guerre Germanique.

Devient ensuite procurateur de Lusitanie et Vettonie sous Commode sans doute, commandant de détachements dans une 3e guerre, probablement celle de Bretagne en 182-185, successivement préfet des 2 flottes prétoriennes, a Rationibus, préfet de l'Annone et enfin préfet du prétoire de Commode qui le fait assassiner en 189. En admettant qu'il ait pris part seulement à la 1ère année de la guerre Sarmatique et la 2e année de la guerre Germanique, c'est de 172 à 178 qu'il faut placer ses commandements en Macédoine et Achaïe contre les Costoboques et en Espagne contre les Maures.
Mais laquelle de ces deux expéditions a précédé l'autre ? Le cursus étant rédigé dans l'ordre inverse, la guerre d'Espagne devrait être antérieure à la guerre d'Orient, mais, même dans un cursus inverse, il peut arriver que deux événements groupés sous la même rubrique soient mis dans l'ordre chronologique. Or, tel nous paraît ici le cas.

Tout est terminé au milieu de 173, puisqu'on congédie alors les vétérans en Sardaigne. Mais c'est à ce moment que les choses se gâtent en Espagne. L'escadre stationnée à Caesarea (Cherchell) a sans doute dû partir pour couvrir la province d'Afrique et coopérer avec les troupes de Julianus et n'est pas encore de retour, la mer est libre, les Maures en profitent pour se jeter encore sur les Espagnes, in Hispanias, dit l'inscription de Gratus Julianus, en Lusitanie, spécifie l'Histoire Auguste, et en Bétique, comme le prouvent 2 inscriptions.
Les habitants d'Italica près de Seville, en effet, dressent une statue au procurateur Vallius Maximianus pour avoir rétabli, grâce au massacre des ennemis, la paix dans la province de Bétique. Ceux de Singilia Barba — près d' Antequera — font de même, « parce qu'il a délivré leur municipe d'un long siège au cours de la guerre contre les Maures ». Or, cette dernière inscription nous apprend qu'il est à ce moment procurateur de 2 Augustes et la précédente qu'il est successivement procurateur des provinces de Macédoine, Lusitanie et Tingitane.
Ce dernier renseignement est confirmé par une inscription d'Ain Chkour, près de Volubilis en Tingitane, dédiée par le même Vallius Maximianus, procurateur de 2 Augustes. Or, celui-ci a été associé à l'Empire en décembre 176 ou janvier 177.
C'est donc de 177 à 180 que Vallius Maximianus est procurateur de Tingitane. Ayant sans doute fait ses preuves, il est nommé en Lusitanie où il y a à combattre les Maures, et avec lui coopèrent des renforts amenés d'Orient par Gratus Julianus, qui a peut-être déjà collaboré avec lui.

Enfin, nul ne parait mieux désigné que lui pour mettre la dernière main à l'œuvre de pacification : Il est envoyé en Tingitane, où il poursuit les Maures dans leurs derniers repaires. C'est probablement comme procurateur de Lusitanie qu'il dégage les 2 villes bétiques. Mais, comme les statues ne sont érigées en son honneur qu'après le rétablissement de la paix, il est déjà à ce moment procurateur de Tingitane. La guerre ne dure pas longtemps en Espagne. Gratus Julianus a le temps d'aller prendre le commandement de la flotte du Pont, peut-être dès 175, au moment où la révolte d'Avidius Cassius provoque l'envoi de forces importantes en Orient. Quand éclate en 178 la seconde guerre Germanique, il y commande des détachements de renfort, et, comme il est peu probable que Marc-Aurèle attende l'année 179 pour opérer ses concentrations, il doit s'y rendre dès le début.
On peut donc admettre que sur le théâtre espagnol les hostilités commencent à la fin de 173 ou en 174, mais qu'en 176 elles sont terminées, peut-être même dès 175.

Il nous reste un dernier point à examiner : Qui sont ces Maures ? L'agitation doit se produire presque exclusivement sur la côte Nord, puisque c'est surtout l'Espagne qui souffre. Or, d'après Ptolémée et l'Itinéraire d'Antonin, cette côte est habitée par 2 peuplades : les Macaenites et les Baquates, qualifiés, ces derniers au moins, par l'Itinéraire, de Barbares, c'est-à-dire qu'ils ne font pas partie de l'Orbis Romanus, qu'ils sont insoumis.
Les 2 peuplades ont-elles agi ensembles, c'est possible. Si une seule a opéré, ce sont les Baquates qui doivent occuper à peu près le Rif actuel et qui ont à leur actif une autre opération de même espèce, contre Cartennae, l'actuelle Ténès. Le siège qu'ils en font et qui échoue grâce à l'énergie d'un duumvir de la ville a été placé au milieu du IIIe siècle.
C'est la plus redoutable des 2 peuplades, celle avec qui le procurateur de Tingitane sous Probus se félicite d'avoir réussi à maintenir une. longue paix. Il est facile à ces pirates de franchir rapidement le bras de mer qui les sépare de la côte Espagnole et d'aborder, par exemple, près de Carteia au fond de la baie d'Algésiras, de là, ils remontent la route romaine en direction d'Osuna et Cordoue, et dans la région de l'actuelle Bobadilla ils peuvent à leur gré, suivant toujours les voies romaines, se porter ou à l'Est vers Singilia Barba, ou à l'Ouest vers Hispalis, Italica et la Lusitanie.

Nous ne croyons pas que le mouvement s'étendit à d'autres tribus, le procurateur Romain ayant négocié avec elles sans doute pour les maintenir dans le devoir. C'est à ce travail diplomatique que fait sans doute allusion une inscription depuis longtemps connue, où P. Aelius Crispinus, procurateur de Tingitane sous Marc- Aurèle, probablement antérieur à Vallius Maximianus, rappelle qu'il a une entrevue avec des chefs de tribus : Les noms de ce ou ces principes gentium et leur ethnique sont malheureusement tombés. Le reste des provinces Africaines est rester en paix : En 176, on procède à la libération de vétérans de la IIIe légion, on peut envoyer des détachements en renforts sur le Danube, pour la 2e guerre Germanique, et des cavaliers Maures paraissent alors en Bretagne. C'est peut-être à la victoire et à la paix qui suit que fait allusion un fragment d'inscription en lettres trouvé à Volubilis.
La cause de ces mouvements nous échappe. La plus probable est qu'une succession de mauvaises récoltes a provoqué la disette ou qu'une sécheresse prolongée a privé les troupeaux de pâturages : Il ne reste plus aux tribus d'autre moyen de subsistance que le pillage.
Quant à leurs résultats, il ne faut ni les exagérer ni les minimiser. Ils ne semblent pas avoir causé grand dommage en Bétique, peut-être est-ce à ce raid qu'il faut attribuer la présence d'un détachement de la VIIe Gemina à Italica ? Ils n'ont pas non plus ébranlé sérieusement la domination Romaine en Maurétanie Tingitane, puisque le loyalisme de la province n'a pas été atteint. A elles seules, les tribus insoumises du Rif, pas plus que celles de l'Atlas, ne peuvent aboutir à grand-chose, sinon à énerver temporairement la défense.

Ce qui est grave, c'est que les Maures ont profité, pour se jeter sur une province dépourvue de garnison importante, du moment où la flotte Romaine ne doit plus faire la police de la mer et où l'armée occupée en Orient et sur le Danube ne leur a pas paru en état d'entreprendre contre eux une expédition punitive.
Finalement, l'ordre Romain a été rétabli. Un siècle plus tard, les mêmes conjonctures se présenteront, mais alors la force de résistance de l'Empire aura été amoindrie par les guerres civiles, sa réaction sera moins forte. Ce sera le premier recul de la puissance romaine en Tingitane et le début des siècles obscurs du Maghreb.




Les incursions des Maures en Bétique sous le règne de Marc-Aurèle ...
www.persee.fr/doc/rea_0035-2004_1939_num_41_1_3018
de R Thouvenot - ‎1939 - ‎Cité 14 fois - ‎Autres articles
Les incursions des Maures en Bétique sous le règne de Marc-Aurèle .... (ou neuf mois), c'est-à-dire, s'il est bien né en décembre 117, en l'année 171. .... nous pencherions pour les Baquates qui devaient occuper à peu près le Rif ... Ils ne semblent pas avoir causé grand dommage en Bétique ; peut-être est-ce à ce raid qu'il ...

Le passage des Maures en Bétique au IIe siècle ap. J.-C - Persée
www.persee.fr/doc/antaf_0066-4871_2001_num_37_1_1337
de EH Rahmoune - ‎2001 - ‎Cité 4 fois - ‎Autres articles
[link]; Datation des passages des Maures en Bétique[link]; Motivations[link]; Itinéraires[link] ... Par ailleurs, pendant les années soixante-dix, pour la classe d'observation, ..... Ils affirment que se sont les tribus du Rif, les Baquates et les Mazices, qui ... cité d'Italica a subi de nouveaux raids maures, en se basant sur la dédicace ...