dimanche 9 mars 2014

1163... EN REMONTANT LE TEMPS

Cette page concerne l'année 1163 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

DÉBUT DES DIFFICULTÉS CATHARES A PARTIR DU CONCILE DE TOURS


1163 : Concile de tours le moine bénédictin Eckbert de Schönau est le premier à reprendre Le terme de Cathare, qu'il tire directement du traité d'Augustin, pour nommer des hérétiques médiévaux (en l'occurrence, ceux qu'Eckbert a contribué à juger et condamner dans la région de Cologne).
1167 : Concile Cathare à St-Félix-de-Lauragais ; création de quatre évêchés cathares.
1177 : Lettre de Raymond V à l'ordre de Cîteaux pour lui signaler le « développement effrayant » de l'hérésie cathare.
1194-1222 :Règne de Raymond VII, comte de Toulouse.
1198-1216 :Pontificat d'Innocent III.
1204 : Controverse entre cathares et catholiques à Carcassonne à l'instigation du roi d'Aragon, conversion ouverte à la foi cathare de la sœur du comte de Foix, Esclarmonde.
1206 : Début de la prédication Dominicaine.
1207 : Nouvelle controverse à Montréal.
1208 : Assassinat du légat Pierre de Castelnau à Saint Gilles.
1209 : Début de la croisade des Albigeois ; massacre de Béziers. Simon de Montfort devient vicomte de Béziers et de Carcassonne.
1210 : Bûcher de Minerve.
1211 : Faux arrêt de la croisade et reprise de celle-ci. Bataille de Muret, défaite des Occitans soutenus par L'Aragon, mort de Pierre II.
1214 : Bûcher de Morlon.
1215 : Simon de Montfort, comte de Toulouse d'autre part Concile de Latran.
1218 : Mort de Simon de Montfort pendant le siège de Toulouse.
1219 : Massacre de Marmande.
1222-1249 : Règne de Raymond VII, comte de Toulouse.
1224 : Amaury, fils de Simon de Montfort, cède ses droits sur la région au roi de France.
1226 : Croisade des Albigeois de Louis VIII. Concile cathare de Pieusse avec création d'un cinquièmes évêché.
1229 :Traité de Paris.
1231 : Création de l?inquisition par le pape le pape Grégoire IX qui confie à l'ordre des Dominicains le soin de poursuivre et D'extirper l'hérésie en Languedoc et Provence.
1242 : Assassinat de collaborateurs de l'inquisition à Avignonet.
1243-1244 : Siège de Montségur et bûcher.
1249 : Bûcher à Agen. Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, devient comte de Toulouse.
1255 : Capitulation de Quéribus.
1258 :Traité de Corbeil.
1271 : Mort d'Alphonse de Poitiers et de son épouse, rattachement du comté de Toulouse au domaine royal français.
LES CATHARES ET LES CROISES

La catharisme (du grec καθαρός / katharós, « pur ») est un mouvement chrétien médiéval. Il ne s'est jamais désigné ainsi, car ce terme, inventé par l'abbé de Eckbert von Schönau pour désigner les « hérétiques », est popularisé en Français par l'occitanisme des années 1960. Les « cathares », en effet, se désignent eux-mêmes comme « Bons Hommes », « Bonnes Dames » ou « Bons Chrétiens ».
La doctrine cathare, probablement influencée par des prêcheurs Pauliciens, considère l’univers comme la création d’un dieu ambivalent, le monde matériel procédant d’un mauvais principe offrant tentations et corruption, tandis que le paradis procède d’un bon principe offrant rédemption et élévation spirituelle...

Le corps humain est considéré comme la prison matérielle des âmes d’anges précipités sur terre lors d’une bataille entre les deux démiurges, bon et mauvais. Les âmes errent de corps en corps et de mort en mort, selon le principe de la métempsycose ( réincarnation ). Seul le baptême spirituel (le Consolament) a la capacité de briser la chaîne qui retient l’âme au corps, et de permettre ainsi après une ultime mort terrestre à l’ange de regagner le ciel. Les cathares ont été embarrassés par la figure du Christ, dont l’incarnation n’est pas envisageable dans le cadre du dogme, car cette incarnation le jette dans le monde de la matière, et donc, sous le pouvoir du dieu mauvais. Cette dualité entre Dieu bon et Dieu mauvais a connu de nombreuses interprétations divergentes au sein même du clergé Cathare (dualisme absolu et mitigé), et cela caractérise les différentes églises Cathares.

Selon le traité de Bartholomé de Carcassonne, « il y a un autre monde formé de créatures incorruptibles et éternelles ». L'existence des deux royaumes leur fait présumer l'existence de deux principes. Les uns, modérés, proches du monothéisme, croient en un seul Dieu, bon, tout-puissant, éternel, créateur des anges et des quatre éléments qu'il a permis à Satan, ange rebelle, d'organiser. Les autres, d'opinion radicale, croient en deux principes absolus, rivaux, le bon et le mauvais, également créateurs et éternels. Cette opposition de croyance, foncière à l'origine, détermine dans le monde Cathare trois ordres distincts : modéré de Bulgarie, absolu de Dragovitza et nuancé de Slavonie.
CHÂTEAU DE CARCASSONNE



Bien avant que le catharisme devienne un outil de sa propre promotion touristique, le Languedoc a été très marqué par ce courant de pensée dont les caractéristiques ont touché la société Occitane d'un point de vue social, culturel et religieux. Aujourd'hui, on trouve du « cassoulet cathare », des « rallyes cathares », du « vin des cathares », ... autant de récupérations marketing datant au plus d'un siècle et sans rapport réel avec le Catharisme, surtout lorsque l'on sait qu'ils étaient végétariens !

Avant tout, le catharisme était une religion dont nous n'avons, le plus souvent, qu'un pâle reflet au travers des nombreux documents directement ou non en provenance de l'inquisition. Mêmes les ouvrages qui servent de référence comme « Le Catharisme » de Jean Duvernoy (éditions Privat, Toulouse, 1992) utilisent largement ces sources partiales mais riches que constituent les dépositions inquisitoriales qui suivirent la reddition de Monségur réputée synagogue de Satan par l'église romaine.


« ... Dieu ne fait pas de beaux blés et n'en a cure,
c'est le fumier qu'on met dans la terre qui les fait ...»
Déposition de Pierre Authié (1300)
Extrait du Registre d'Inquisition de Jacques Fournier,
cité par Jean Duvernoy... »
Bien qu'apparenté par certains aspects à la pensée dualiste bogomile, le catharisme a, à lui seul, fait couler beaucoup d'encre (et fait circuler de nombreux octets !) pour déterminer réellement sa provenance. Le fait de partager des idées avec un autre courant de pensée ne signifie pas obligatoirement qu'il existe un lien entre les deux ...
La religion Bogomile a pris un essor considérable en Bulgarie, sous le règne de Pierre 1er (927-929). Certaines caractéristiques sont pourtant en désaccorder avec celles que le Catharisme développe quelques décennies plus tard, en particulier en ce qui concerne l’Église Romaine considérée comme la manifestation de Satan, par ses dignitaires par trop dispendieux (d'où le terme de prélats). Les Bogomile sont parfois considéré aujourd'hui comme un mouvement révolutionnaire...
 La Région Occitane n'a pas manifesté de telles réactions sauf au travers des chevaliers qui ont perdu leurs terres et leurs fortunes, à la suite de leur position politique et religieuse pendant la croisade.
manuscrit DE FLORENCE
Le catharisme est aussi parfois relié à Manès (ou Mani), fondateur du manichéisme, qui vécu au XIIIe siècle en Mésopotamie. Certaines similitudes existent en effet, en particulier en ce qui concerne l'approche dualiste du monde, séparant ainsi le matériel du spirituel, le mal du bien. Aucun texte Cathare ne fait cependant référence à Manès et il est probable que ce rapprochement soit plutôt une interprétation actuelle qu'un lien véritable entre ces deux courants de pensée. Reconnaissons tout de même que ces deux visions du monde ont eut aussi en commun leur extermination ...

La filiation du Catharisme et du Manichéisme est fortement remise en cause par certains spécialistes, notamment Anne Brenon (voir notamment ses ouvrages «  Le vrai visage du Catharisme » aux éditions Loubatières, 1990 (réédition), «  Las Cathares, vie et mort d'une église chrétienne », Paris, 1996 et Petit précis de Catharisme, aux éditions Loubatières, 1996).

Les cathares eux-mêmes constituent la véritable hiérarchie Cathare, avec les parfaits qui prêchent généralement par deux : le fils majeur et le diacre. Il existe aussi un ou plusieurs fils mineurs, antichambre des futurs parfaits itinérants. L'ensemble est coordonné par un évêque dont la charge est géographiquement délimitée. A l'aube de la Croisade, on compte alors six évêchés : Agen, Lombers, Saint-Paul, Cabaret, Servian et Montségur. Parmi les sièges de diacres, on peut remarquer Moissac, Cordes Toulouse, Puylaurens, Avignonet, Fanjeaux, Montréal, Carcassonne, Mirepoix, Le Bézu, Puylaurens, Peyrepertuse, Quéribus, Tarascon-sur-Ariège, ... (voir le chapitre 2 de la troisième partie du livre... « Les Cathares »


  1. L'hérésie, dont le Catharisme, s'est développée dans tous les pays d'Europe et la manifestation militaire dans le Pays d'Oc n'a été qu'un élément, aux proportions importantes, du combat de la Papauté envers ses « concurrents ».
  2. Les cathares, souvent bien représentés dans les familles bourgeoises du Languedoc ont eu un impact important dans la société médiévale Occitane.
  3. Le Catharisme, par son importance était devenu un élément important et dangereux pour la politique de Rome et celle des rois de France qui voyaient, l'un comme l'autre, une partie de leur pouvoir rogné.
  4. Soutenu par les pratiques symboliques du Moyen Âge, le Catharisme a développé un ésotérisme dont nous pouvons encore trouver aujourd'hui des traces dans les citadelles...
  5.  L'histoire Cathare s'est déroulé sur prés de 2 siècles. L'élimination du dernier parfait date de 1321.
Le Nom d' «Albigeois »  s'explique par la forte domination du Catharisme dans cette région.
Les noms que l'on donnait au camp adverse étaient les croisés, la papauté, les Français. l'époque le mot « Français » désignait les habitants de l'Île de France.  

Une des principales sources littéraires Cathares provient néanmoins d'Italie du Nord. Il s'agit du Manuscrit de Florence, écrit par Jean de Lugio au XIIIe siècle. Celui-ci, originaire de Bergame, nous a laissé deux ouvrages importants pour qui veut réellement comprendre la vision Cathare de l'époque : le Livre des deux Principes et le Rituel Cathare (tous deux réédités, avec commentaires aux Éditions du Cerf, collection Sources Chrétiennes, respectivement 1973 et 1977). La deuxième référence littéraire provient du Languedoc. Il s'agit d'un traité anonyme datant de 1220 environ. Ainsi, deux traités et trois rituels Cathare sont aujourd'hui les seules sources directes qui nous permettent de comprendre le Catharisme et ses particularités. Un apocryphe d'origine Bogomile, « Interrogatio Iohannis » (réédité et commenté par Edina Bozoky : « Le livre secret des Cathares » aux éditions Beauchesne, 1990), a été miraculeusement conservé grâce à l'Inquisition... à la suite d'une perquisition.
Une version est aujourd'hui conservée dans les Archives de l'Inquisition de Carcassonne. Elle constitue, avec la rédaction de Vienne, la seule source véritable d'un enseignement ésotérique Cathare. Selon certains historiens, le catharisme préfigure le protestantisme qui se manifestera aux XVe et XVIe siècles contre Rome. Le résultat aura néanmoins des conséquences plus dramatiques, en particulier en ce qui concerne la civilisation Occitane, dont le mode de vie disparaît peu à peu pour rejoindre l'unité Française ...
Le régime Féodal est un ensemble d'institutions qui définissent les obligations de service et d'obéissance d'un vassal envers un seigneur et de protection et d'entretien du suzerain envers le vassal.
L'église aussi est omniprésente au début du XIIIe siècle. La papauté a joué un rôle important dans l'histoire de la tragédie Cathare surtout le pape Innocent III (pape de 1198 à 1216) c'est lui qui a lancé la croisade contre les Albigeois. La papauté avait trois armes pour lutter contre l'hérésie...

1 L'excommunication elle prive l'intéressé de vie religieuse.
2 L'interdit contre un seigneur, elle interdit toute vie religieuse sur son territoire.
LE CHÂTEAU DE FOIX
3 La croisade armée Appel des armées sous la bannière de l'église pour combattre l'hérétique.

Deux ordres religieux seront les combattants les plus acharnés de l'hérésie Cathare. Les cisterciens de l'ordre de Cîteaux fondé en 1098. Les Dominicains impliqués dans la création et le fonctionnement de la « Sainte Inquisition ».
En dehors de l'église 3 acteurs politiques sont en cause dans l'Affaire Cathare : Le Comté de Toulouse, le puissant voisin, le royaume d'Aragon et la grande nation, le royaume de France.
La religion Cathare n'est pas un corps constitué, il n'y a pas de couvent, d'église paroissiale, mais, il existe bien une certaine hiérarchie : à la base les croyants puis les novices, les diacres et enfin les évêques Cathares.
- Le passage à l'état de perfection.
- La réception du baptême à l'heure ultime de la vie.
La religion cathare est très novatrice car elle permet aux femmes de pratiquer le noviciat (prêtrise) et donc d'accéder à la l'état de parfait (prêtre).




La doctrine Cathare aboutit à rejeter le système féodal, le paiement des impôts, la justice seigneuriale ou royale. Le parfait ne doit pas mentir, ni jurer or la prohibition du serment empêche le jeu des règles féodales. L'obligation de dire la vérité a eu des conséquences terribles lors des interrogatoires des parfaits.Toute cette doctrine aurait pu, si elle s'était étendue, conduire à une explosion sociale. Mais aucune révolte n'a eu lieu puisque les Cathares pensent qu'il est impossible d'agir contre le mal, donc de changer le monde. A la fin du XIe siècle : prédication pacifique, bien qu'un légat du pape, en 1180, ait demandé une croisade militaire. L'assassinat d'un légat en 1208 précipite les événements.
LES CATHARES EN ITALIE
Jusque vers le milieu du XIIe siècle, les Hérésies (et on sait combien nombreuses et variées elles sont), n'ont trouvé de partisans que dans le clergé même, et il a suffi à l’Église romaine de frapper les théologiens dissidents pour ramener leurs partisans à l'unité dogmatique. Au XIIe siècle, la nouvelle religion trouve dans le midi de la France un terrain propice, seuls en effet ou presque seuls, les pays appelés plus tard Languedoc se sont en partie affranchis du joug des idées du temps, le clergé méridional, très riche, mais peu instruit, n'inspire plus le même respect aux populations; les évêques et les abbés, absorbés par la politique, s'occupent plutôt d'agrandir leurs domaines et d'accroître leur influence que du soin d'instruire leurs ouailles, les classes nobles, composées principalement de petits seigneurs besogneux, n'ont pas sur leurs hommes une action aussi directe que dans les pays du Nord... enfin, grâce au commerce avec l'Orient et l'Italie, s'est formée une bourgeoisie riche et active. La première fois qu'on cite des hérétiques en Languedoc, c'est vers 1140. Deux pasteurs, un certain Henri, qui a d'abord prêché à Lausanne, puis au Mans, Poitiers, et Bordeaux et son maître pierre de Bruys, arrivent à Saint-Gilles. Le second y est brûlé par les habitants, mais Henri peut échapper et bientôt le nombre des partisans des nouvelles doctrines se trouve assez grand dans la région de Toulouse et en Périgord pour exciter les craintes de la papauté et ranimer le zèle des docteurs de l’Église.

Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, un moine Cistercien, Héribert, écrivent contre les sectaires, et Eugène IV Toulousain le légat Albéric d'Ostie, et Saint Bernard. Les effets de cette mission sont considérables, au dire des apologistes du « saint abbé » les nouveaux croyants sont convertis, les nobles s'engagent à ne plus protéger les hérétiques, toutefois, la mission ne paraît pas avoir eu de résultats appréciables, le peuple se contente de recevoir et d'écouter avec respect les prélats (sauf à Albi et à Verfeil), sans trop s'inquiéter de l'avenir...
En 1163, les progrès de l'hérésie attirent l'attention des pères rassemblés à Tours sous la présidence d'Alexandre III, et un canon de ce concile anathématise les sectaires... les place sous la surveillance directe du clergé et engage les princes du pays à les punir sévèrement. 2 ans plus tard, les évêques et les abbés de Languedoc se réunissent à Lombers en Albigeois, et après une discussion publique avec les bonshommes et leur chef Olivier, renouvellent contre eux l'anathème porté à Tours.
L'indifférence des princes, la protection accordée aux hérétiques par la petite noblesse rendent ces foudres inutiles. Une nouvelle mission, envoyée dans le Languedoc en 1177 à la demande du comte Raimond V par Alexandre III, mission dirigée par le légat Pierre de Saint-Chrysogone, obtient d'abord quelque succès à Toulouse, le chef des hérétiques, un bourgeois de Toulouse, nommé Pierre Mauran, est contraint à faire amende honorable et reconnaît publiquement ses erreurs... Mais en Albigeois, les missionnaires ne peuvent même pas avoir une entrevue avec le principal seigneur du pays, le vicomte Roger, et se retirent après avoir prononcé contre lui de vaines menaces et l'avoir excommunié.
TOMBE CATHARE



CATHARES - Encyclopædia Universalis
www.universalis.fr/encyclopedie/cathares/
D'origine grecque, le vocable « cathare » (καθαρ́ος, pur) désigne les hérétiques ... Dans ses sermons visant les hérétiques rhénans (1163), Eckbert, abbé de ...

Le catharisme, religion des cathares

www.cathares.org/catharisme.html
Le catharisme : mouvement dissident de Rome ou religion héritée des croyances ... (inventé par Eckbert, abbé de la double abbaye de Schönau, vers 1163).

Histoires cathares - Des falaises escarpées ,

crespe.chez.com/cathares.htm
Le mot cathare apparaît en 1163 dans un sermon du moine allemand ECKBERT de ... On qualifiait de Cathares (hérétiques) ceux qui avaient l'habitude ...

Les Cathares : la croisade contre les Albigeois.

www.cosmovisions.com/ChronoCathares.htm
Cathares : la guerre des Albigeois. ... En 1163, les progrès de l'hérésie attirent l'attention des pères rassemblés à Tours sous la présidence d'Alexandre III, et un ...

samedi 8 mars 2014

1164... EN REMONTANT LE TEMPS

Cette page concerne l'année 1164 du calendrier julien. Ceci est une évocation ponctuelle de l'année considérée il ne peut s'agir que d'un survol !

1164 HÉLOÏSE RETROUVE AU CIEL SON AMANT ABELARD

HÉLOÏSE
Roméo et Juliette, Tristan et Iseult, sont de belles histoires d'amour, mais Dieu qu'elles finissent mal ! Il est sûr qu'il paraît difficile d'imaginer ces deux héroïnes en mères de famille et femmes au foyer frottant, balayant et harassées par les lessives ; leur destin tragique magnifie leur Amour. Pourtant il existe une histoire qui malgré un épisode dramatique finit bien, ce qui prouve que le poète avait tort en chantant « il n'y a pas d'Amour heureux.... ».
A l’âge de 15 ans, Héloïse apprend tous les arts et peut participer dans des discussions sur tous les sujets... Abélard (ou Abailard) , un poète, philosophe et théologien scolastique, né de famille noble, (1079), pendant son séjour à Paris, en pension chez le chanoine Fulbert, s’éprend de la nièce de celui-ci dont il a été chargé de parfaire l’éducation, la « très sage » Héloïse, parisienne noble alliée aux Montmorency, née en 1101.
C'est à dire au début du XIIe siècle, Héloïse passe son enfance et son adolescence au couvent d'Argenteuil, puis à Paris, chez le chanoine Fulbert, son oncle ; d'abord élève, puis ensuite maîtresse d'Abélard (dont elle a un fils, nommé Astrolabe), et enfin sa femme, bien qu'elle ait d'abord refusé d'imposer ce lien à Abélard et qu'elle en nie ensuite l'existence : situation fausse qu'un nouveau séjour d'Héloïse à Argenteuil ne fait que rendre irréparable, puisque Fulbert, se croyant joué par Abélard, le fait émasculer...
ABELARD
Les deux amants, qui échangent des lettres devenues célèbres durant leur séparation, transforment leur amour charnel en amour mystique. De sa retraite, Héloïse écrit notamment : « Les plaisirs amoureux qu'ensemble nous avons goûtés ont pour moi tant de douceur que je ne parviens pas à les détester (...). Au cours même des solennités de la messe, où la prière devrait être plus pure encore, des images obscènes assaillent ma pauvre âme (...). Loin de gémir des fautes que j'ai commises, je pense en soupirant à celles que je ne peux plus commettre ». Héloïse devient religieuse (1118), puis Mère prieur, à Argenteuil ; elle est ensuite abbesse du couvent du Paraclet, couvent donné par Abélard (1129) aux religieuses d'Argenteuil expulsées du leur par Suger, abbé de Saint-Denis (dont dépend Argenteuil). Elle y fait transférer le corps d'Abélard quelques mois après sa mort (1142), et y meurt elle-même 1164...
Figure séduisante et complexe, dans laquelle ses contemporains ont d'abord vu (comme l'atteste Pierre le Vénérable) une jeune fille d'une science étonnante ; puis l'héroïne de chansons d'amour composées par Abélard et que tous chantent, puis encore une abbesse de grand renom, s'acquittant de sa tâche avec conscience, sens pratique et succès, telle apparaît Héloïse. Ses écrits connus sont très peu nombreux ; la plus grande partie se trouve dans le recueil de sa correspondance avec Abélard : 7 lettres, sauf découverte nouvelle, dont 4 de sa part, qui ont suscité et suscitent encore des débats chez les historiens... leur authenticité, à quelques nuances près, est probable. On y trouve aussi bien l'Héloïse des médiévaux (une femme « telle qu'on n'en a plus jamais vu », selon Jean de Meung ; « la tres sage Helloys » de Villon) que la femme au don total, l'amoureuse sensuelle et inconsolable qu'on voit en elle depuis le XIIIe siècle. On est surtout étonné de l'admirable audace de cette femme.
Ce qu'il faut savoir c'est que les héros de cette histoire, contrairement aux quatre autres ont existé, ils vivent en France sous le règne du roi Louis VI. Abélard, est le fils du seigneur du Pallet, qui le destine au métier des armes, la passion des études et des lettres le fait renoncer à son héritage et venir à Paris où il est l'élève de Guillaume de Champeaux avant de devenir son rival. Guillaume soutient une philosophie réaliste, Pierre Abélard soutient le contraire en défendant le nominalisme.

A 22 ans Abélard dirige les écoles de Corbeil et Melun, avant d'ouvrir une école de dialectique sur la montagne Sainte-Geneviève à Paris, Au moment des faits qui nous intéressent, Abélard a la quarantaine accomplie il est un peu le tombeur de ces dames. Les parisiennes se pâment sur son passage, ce philosophe destiné à l'église n'hésite pas à payer de sa personne et à joindre le geste à la parole, si l'on en croit la chronique ses conquêtes sont nombreuses. il tombe amoureux d'Héloïse, la nièce du chanoine Fulbert dont il a été chargé de parfaire l'éducation. « Sous prétexte d'étudier, nous nous livrions entiers à l'amour (...). Notre ardeur connut toutes les phases de l'amour, et tous les raffinements insolites que l'amour imagine, nous en fîmes l'expérience ». Il la trouve émouvante, elle le vénère, le feu qui couve devient brasier, leur histoire ne restera pas longtemps platonique et c'est possédés d'une passion charnelle qu'ils vont tomber dans les bras l'un de l'autre et consommer cet amour sincère mais néanmoins empli de plaisirs sans cesse renouvelés. Les moyens de contraception de l'époque laissant à désirer, Héloïse est bientôt enceinte des œuvres de son « poète-philosophe ». Afin de fuir le scandale le couple se réfugie en Bretagne chez Abélard, où ils se marient discrètement.
Et là l'oncle Fulbert se fait à retardement le vengeur véhément de l'honneur de sa nièce, qui promise à un bel avenir dû à sa naissance ne peut aujourd'hui accéder à une noble condition. Fulbert considère le « mari » comme un violeur ayant trahi l'église... Cet oncle, dont la maison a servi de nid d'amour aux deux amants va se substituer à la justice, il emploie deux écorcheurs qui vont agresser Abélard mais emportés par leur élan vont surtout le châtrer, ce qui exécuté sans anesthésie à dû être une opération excessivement douloureuse pour le patient... Le roi Louis VI averti par la vindicte populaire fait châtier les agresseurs en pratiquant la loi du talion, ajoutant un détail supplémentaire, ils ont les yeux brûlés. Quant à l'oncle protecteur la punition ne sera que pécuniaire, le roi le prive de ses ressources liées aux bénéfices de l'église...
L'agression n'a pas séparé le couple, Abélard remit de ses émotions élabore un traité de mariage où il prône l'obligation de réprimer désir et plaisir physique, et pour cause, la soustraction anatomique du principal intéressé ne facilitant pas les ébats amoureux.... Héloïse ne renoncera jamais à son bel amour, ce mari qu'elle a pleinement aimé sera son compagnon pour les années qu'il leur restent à partager. A dater de cette époque commence entre les deux époux une magnifique correspondance en latin mélange étonnant de piété, de passion et de langage simple et formaliste du moyen âge.

Vers 1129, Héloïse, première femme philosophe, devient Abbesse du monastère le Paraclet situé en Champagne près de l'ermitage fondé par Abélard. Il meurt à 63 ans au prieuré de Saint-Marcel près de Châlon sur Saône. C'est seulement douze ans plus tard que son Héloïse le rejoint toujours emplie de cet passion qui a fait de cette brillante adolescente une femme éperdument amoureuse et s'est muée au fil du temps et par la force des choses en la plus belle et grande passion spirituelle qui soit.
HÉLOÏSE ET ABELARD
La correspondance qu’il a tenue avec son épouse, Les Lettres d’Héloïse et Abélard, raconte leur histoire, leur rencontre, leur union secrète après la naissance de leur fils Pierre Astrolabe, les raisons de l’exil forcé d’Héloïse au couvent d’Argenteuil et la punition castratrice qu’inflige le chanoine Fulbert à Abélard, un universitaire, dont l’enseignement a rencontré un grand succès et suscité de vives controverses. Pierre Abélard enseigne la rhétorique et la scolastique dans les environs de Melun, ville royale où il fonde sa propre école, probablement dans l’enceinte de l’abbaye Saint-Père.
Il séjourne et enseigne par la suite à Maisoncelles-en-Brie, probablement dans le prieuré dépendant de Saint-Denis, où il prend l’habit monastique...
Il y rédige un Traité de l’unité et de la Trinité divine, qui lui attire les foudres de nombre de détracteurs. Protégé par le comte Thibaud II de Champagne, il se réfugie à Provins, dans le prieuré Saint-Ayoul. Menacé d’excommunication par le chanoine Fulbert, qui désapprouve son union avec Héloïse, il obtient, sur les conseils de l’abbé Suger, de se retirer dans la solitude du monastère de son choix. Il fonde alors celui du Paraclet, à Ferreux-Quincey (Aube), non loin de Provins, où Héloïse est abbesse jusqu’à sa mort.
  • Dialogue entre un philosophe, un juif et un chrétien
  • Theologica
  • Dialectica
  • Historica Calamitum (Histoires de mes malheurs)
  • Six planctus
Ceci est un échantillon des œuvres de Pierre Abélard
Lettre d’Héloïse
      " Mon bien aimé, le hasard vient de faire passer entre mes mains la lettre de consolation que tu écrivis à un ami. Je reconnus aussitôt, à la suscription, qu'elle était de toi. Je me jetais sur elle et la dévorai avec toute l'ardeur de ma tendresse : puisque j’avais perdu la présence corporelle de celui qui l'avait écrite, du moins les mots ranimeraient un peu pour moi son image.
      Je m'en souviens : cette lettre, presque à chaque ligne, m'abreuva de fiel et d'absinthe, me retraçant l'histoire lamentable de notre conversion et des croix dont tu n'as, toi mon unique, cessé d'être accablé. Tu as bien tenu la promesse qu'en commençant tu faisais à ton ami : ses épreuves, en comparaison des tiennes, ont dû lui paraître bien peu de chose! Après avoir raconté les per­sécutions dirigées contre toi par tes maîtres, puis l’injuste attentat perpétré sur ton corps, tu as peint l'exécrable jalousie et l'acharnement de tes condisciples, Albéric de Reims et Lotulphe le Lombard. Tu as exposé par le détail les actes de violence que leurs machinations ont déchaînés contre ton glorieux ouvrage de théologie, et contre toi-même, condamné à une sorte de prison. Passant alors aux menées de ton abbé et de tes frères perfides, et aux calomnies plus graves encore des deux faux apôtres excités contre toi par tes rivaux, tu as évoqué le scandale produit dans le grand public par le nom inusité de Paraclet, donné à ton oratoire. Enfin, pour achever ce déplorable récit, tu as parlé des vexations incessantes dont ce persécuteur impitoyable et les moines vicieux que tu nommes tes fils, te tourmentent aujourd'hui encore.
      Je doute que personne puisse lire ou entendre sans larmes une telle histoire ! Elle a renouvelé mes douleurs, et l'exactitude de chacun des détails que tu rapportais leur rendait toute leur violence passée. Bien plus, ma souffrance s'accrut, quand je vis tes épreuves aller toujours en augmentant. Nous voici donc toutes réduites à désespérer de ta vie même, et à attendre, le cœur tremblant, la poitrine haletante, l’ultime nouvelle de ton assassinat.
Aussi te conjurons nous, par le Christ qui, en vue de sa propre gloire, te protège encore d'une certaine manière, nous, ses petites servantes et les tiennes, de daigner nous écrire fréquemment pour nous tenir au courant des orages où tu es aujourd'hui ballotté. Nous sommes les seules qui te restent, nous du moins participerons ainsi à tes souffrances et à tes joies. Les sympathies, d’ordinaire, procurent à celui qui souffre une certaine consolation; un fardeau qui pèse sur plusieurs est plus léger à soutenir, plus facile à porter. Si la tempête actuelle se calme un peu, hâte-toi de nous écrire; la nouvelle nous causera tant de joie ! Mais, quel que soit l'objet de tes lettres, elles nous seront toujours douces, ne fût ce qu'en nous témoignant que tu ne nous oublies pas.
      Sénèque, dans un passage des Lettres à Lucilius, analyse la joie que l'on éprouve en recevant une lettre d'un ami absent. « je vous remercie, dit il, de m'écrire aussi souvent. Vous vous montrez ainsi à moi de la seule façon qui vous soit possible. Jamais je ne reçois l'une de vos lettres, qu'aussitôt nous ne soyons réunis. Si les portraits de nos amis absents nous sont chers, s'ils renouvellent leur souvenir et calment, par une, vaine et trompeuse consolation, le regret de l'absence, que les lettres sont donc plus douces, qui nous apportent une image vivante ! » Grâce à Dieu, aucun de tes ennemis ne pourra t'empêcher de nous, rendre par ce moyen ta présence, aucun obstacle matériel ne s’y oppose. Je t'en supplie, ne va point y manquer par négligence
      Tu as écrit à ton ami une très longue lettre où, à propos de ses malheurs, tu lui parles des tiens. En les rappelant ainsi en détail, tu avais en vue de consoler ton correspondant; mais tu n'as pas peu ajouté à notre propre désolation. En cherchant à panser ses blessures, tu as ravivé les nôtres et nous en as infligé de nouvelles. Guéris, je t’en conjure, le mal que tu nous as fait toi même, toi qui t'attaches à soigner celui que d'autres ont causé ! Tu as donné satisfaction à un ami, à un compagnon, tu as acquitté la dette de l'amitié et de la fraternité. Mais tu es engagé envers nous par une dette bien plus pressante: qu'on ne nous appelle pas, en effet, tes « amies », tes « compagnes ». Ces noms ne nous conviennent pas, nous sommes celles qui seules t'aiment vraiment, tes « filles »; qu'on emploie, s'il s'en trouve, un terme plus tendre et plus sacré !
      Si tu doutais de la grandeur de la dette qui t'oblige envers nous, nous ne manquerions ni de preuves ni de témoignages pour t'en convaincre. Tout le monde se tairait il, que les faits parleraient d’eux mêmes. Le fondateur de notre établissement, c'est toi seul après Dieu, toi seul le constructeur de notre chapelle, le bâtisseur de notre congrégation. Tu n'as rien édifié sur les fondements d'autrui : tout ici est ton œuvre. Ce désert, abandonné aux bêtes sauvages et aux brigands, n'avait jamais connu d'habitation humaine, jamais possédé de maisons. Parmi les repaires des fauves et les cavernes des bandits, où jamais le nom de Dieu n'avait été invoqué, tu as édifié le tabernacle divin et dédié un temple au Saint Esprit. Tu as refusé, pour cet ouvrage, l'aide des trésors royaux ou princiers, dont pourtant tu aurais pu tirer de puissants secours; mais tu voulais que rien n'y vînt que de toi seul. Les clercs et les étudiants, accourant à l'envi pour entendre tes leçons, pourvoyaient à tout le nécessaire. Ceux mêmes qui vivaient de bénéfices ecclésiastiques et, loin de distribuer des largesses, ne savaient guère qu'en recevoir, ceux dont les mains n'avaient appris qu'à prendre et à ne rien donner, tous devenaient auprès de toi prodigues et t'accablaient de leurs offrandes.
      Elle est donc à toi, bien vraiment à toi, cette plantation nouvelle qui croît dans l'amour sacré. Elle pousse maintenant de tendres rejetons qui, pour profiter, ont besoin d'arrosage. Elle est formée de femmes, et ce sexe est débile, sa faiblesse ne tient pas seulement à son jeune âge. Sans cesse, elle exige une culture attentive et des soins fréquents selon la parole de l'apôtre: « J'ai planté, Apollon arrosa, Dieu a donné l'accroissement ». (Par sa prédication, l'apôtre avait planté l'Église de Corinthe, il l’avait fortifiée dans la foi par ses enseignements. Puis son disciple Apollon l'avait arrosée de saintes exhortations, et la grâce divine avait alors accordé à ses vertus de croître).
      Tu travailles maintenant une vigne que tu n’as pas plantée, dont le fruit n'est pour toi qu'amertume, tes admonitions y restent stériles, et vains les entretiens sacrés. Songe à ce que tu dois à la tienne, toi qui prends soin ainsi de celle d'autrui ! Tu enseignes, tu sermonnes des rebelles, et tes efforts sont infructueux. Tu répands en vain devant des porcs les perles d'une éloquence divine. Toi qui te prodigues à des obstinés, considère ce que tu nous dois, à nous qui te sommes soumises. Tu fais des largesses à tes ennemis; médite ce que tu dois à tes filles. Sans même penser aux autres, pèse la dette qui te lie à moi: peut être t'acquitteras tu avec plus de zèle envers moi personnellement, qui seule me suis donnée à toi, de ce que tu dois à la communauté de ces femmes pieuses.
LE GISANT DES AMANTS
      Tu possèdes une science éminente, je n'ai que l'humilité de mon ignorance: mieux que moi, tu sais combien de traités les Pères de l'Église écrivirent pour l'instruction, la direction et la consolation des saintes femmes, et quel soin ils mettent à les composer. Aussi m'étonnai je grandement de voir depuis si longtemps que tu mets en oubli l’œuvre à peine commencée de notre conversion. Ni le respect de Dieu, ni notre amour, ni les exemples des Saints Pères n'ont pu te décider à soutenir, de vive voix ou par lettre, mon âme chancelante et sans cesse affligée de chagrin ! Et pourtant, tu sais quel lien nous attache et t'oblige, et que le sacrement nuptial t'unit à moi, d'une manière d'autant plus étroite que je t'ai toujours, à la face du monde, aimé d'un amour sans mesure.
      Tu sais, mon bien aimé, et tous le savent, combien j'ai perdu en toi, tu sais dans quelles terribles circonstances l'indignité d'une trahison publique m'arracha au siècle en même temps que toi, et je souffre incomparablement plus de la manière dont je t'ai perdu que de ta perte même. Plus grand est l'objet de la douleur, plus grands doivent être les remèdes de la consolation.Toi seul, et non un autre, toi seul, qui seul es la cause de ma douleur, m'apporteras la grâce de la consolation. Toi seul, qui m’as contristée, pourras me rendre la joie, ou du moins soulager ma peine. Toi seul me le dois, car aveuglément j'ai accompli toutes tes volontés, au point que j'eus, ne pouvant me décider à t'opposer la moindre résistance, le courage de me perdre moi même, sur ton ordre. Bien plus, mon amour, par un effet incroyable, s'est tourné en tel délire qu'il s'enleva, sans espoir de le recouvrer jamais, à lui même l’unique objet de son désir, le jour où pour t'obéir je pris l'habit et acceptai de changer de cœur. Je te prouvais ainsi que tu règnes en seul maître sur mon âme comme sur mon corps. Dieu le sait, jamais je n'ai cherché en toi que toi même. C'est toi seul que je désirais, non ce qui t'appartenait ou ce que tu représentes. Je n'attendais ni mariage, ni avantages matériels, ne songeais ni à mon plaisir ni à mes volontés, mais je n'ai cherché, tu le sais bien, qu'à satisfaire les tiennes. Le nom d'épouse paraît plus sacré et plus fort, pourtant celui d'amie m'a toujours été plus doux. J'aurais aimé, permets-moi de le dire, celui de concubine et de fille de joie, tant il me semblait qu'en m'humiliant davantage j’augmentais mes titres à ta reconnaissance et nuisais moins à la gloire de ton génie
      Tu ne l’as pas complètement oublié. Dans cette lettre de consolation à ton ami, tu as bien voulu exposer toi même quelques unes des raisons que j'invoquais pour te détourner de cette malheureuse union. Pourtant, tu as passé sous silence la plupart de celles qui me faisaient préférer l'amour au mariage, et la liberté au lien. J'en prends Dieu à témoin : Auguste même, le maître du monde, eût il daigné demander ma main et m'assurer à jamais l'empire de l'univers, j'aurais trouvé plus doux et plus noble de conserver le nom de courtisane auprès de toi que de prendre celui d'impératrice avec lui ! La vraie grandeur humaine ne provient ni de la richesse ni de la gloire:   celle là est l'effet du hasard, celle ci, de la vertu. La femme qui préfère épouser un riche plutôt qu’un pauvre se vend à lui et aime en son mari plus ses biens que lui même. Celle qu'une telle convoitise pousse au mariage mérite un paiement plutôt que de l'amour. Elle s'attache moins, en effet, à un être humain qu'à des choses, si l'occasion s'en présentait, elle se prostituerait certainement à un plus riche encore. Telle est, selon toute évidence, la pensée de la sage Aspasie, dans la conversation que rapporte Eschine, disciple de Socrate : ayant tenté de réconcilier Xénophon et sa femme, elle achève son discours en ces termes: « Si vous parvenez à devenir l'un et l'autre l'homme le plus vertueux, la femme la plus aimable du monde, vous aurez désormais pour seule ambition, et ne connaîtrez d'autre vertueux désir, que d'être le mari de la meilleure des femmes, la femme du meilleur des maris. » Pieuse opinion et mieux que philosophique, dictée par une haute sagesse plus que par des théories ! Pieuse erreur, bienheureux mensonge, entre époux, que celui où une affection parfaite croit garder le bien conjugal par la pudeur de l'âme plus que par la continence des corps !
      Mais ce qu'une semblable erreur enseigne à d'autres femmes, c'est une vérité manifeste qui me l’apprit. Ce qu’en effet elles pensaient personnellement de leurs maris, je le pensais de toi, certes, mais le monde entier le pensait aussi, le savait de science sûre. Mon amour pour toi était ainsi d'autant plus vrai que mieux préservé d'une erreur de jugement. Quel roi, quel philosophe, pouvait égaler ta gloire ? Quel pays, quelle ville, quel village n'aspirait à te voir ? Qui donc, je le demande, lorsque tu paraissais en public, n'accourait pour te regarder et, quand tu t'éloignais, ne te suivait du regard, le cou tendu ? Quelle femme mariée, quelle jeune fille, ne te désirait en ton absence, ne brûlait quand tu étais là ? Quelle reine, quelle grande dame, n'a pas envié mes joies et mon lit ?
MAUSOLÉE D’HÉLOÏSE ET ABELARD
      Tu possédais deux talents, entre tous, capables de séduire aussitôt le cœur d'une femme : celui de faire des vers, et celui de chanter. Nous savons qu'ils sont bien rares chez les philosophes. Ils te permettaient de te reposer, comme en jouant, des exercices philosophiques. Tu leur dois d'avoir composé, sur des mélodies et des rythmes amoureux tant de chansons dont la beauté poétique et musicale connut un succès public et répandit universellement ton nom. Les ignorants mêmes, incapables d'en comprendre le texte, les retenaient, retenaient ton nom, grâce à la douceur de leur mélodie. Telle était la raison principale de l'ardeur amoureuse que les femmes nourrissaient pour toi. Et, comme la plupart de ces chansons célébraient nos amours, bientôt mon nom se répandit en maintes contrées, excitant contre moi les jalousies féminines.
    Quels charmes en effet de l'esprit et du corps n'embellissaient point ta jeunesse? Quelle femme, alors mon envieuse, ne compatirait aujourd'hui au malheur qui me prive de telles délices? Quel homme, quelle femme, fût-ce mon pire ennemi, ne s'attendrirait pas envers moi d'une juste pitié?
      J'ai gravement péché, tu le sais; pourtant, bien innocente. Le crime est dans l'intention plus que dans l'acte. La justice pèse le sentiment, non le geste. Mais quelles furent mes intentions à ton égard, toi seul, qui les éprouves, en peux juger. Je remets tout à ton examen, j'abandonne tout à ton témoignage. Dis moi seulement, si tu le peux, pourquoi, depuis notre conversion monastique, que tu as seul décidée, tu m'as laissée avec tant de négligence tomber en oubli, pourquoi tu m'as refusé la joie de tes entrevues, la consolation de tes lettres. Dis le, si tu le peux, ou bien je dirai, moi, ce que je crois savoir, ce que tous soupçonnent ! C'est la concupiscence, plus qu'une affection véritable, qui t'a lié à moi, le goût du. plaisir plutôt que l'amour. Du jour où ces voluptés te furent ravies, toutes les tendresses qu'elles t'avaient inspirées s'évanouirent
      Voilà, mon bien aimé, la conjecture que forment, non pas moi vraiment, mais tous ceux qui nous connaissent. C'est là moins une supposition personnelle qu’une pensée générale, moins un sentiment particulier qu'un bruit répandu dans le public. Plût à Dieu qu'il me fût propre, et que ton amour trouvât contre lui des défenseurs ! Ma douleur s'apaiserait un peu. Plût à Dieu que je pusse trouver des raisons qui, en t'excusant, couvrissent d'une certaine façon la bassesse de mon cœur !
      Considère, je t'en supplie, l'objet de ma demande. Il te paraîtra si minime, si aisé pour toi à satisfaire ! Puisque je suis frustrée de ta présence, que du moins l'affectueux langage d'une lettre (les mots te coûtent si peu !) me rende ta douce image ! Il est vain pour moi d'attendre de ta part un acte généreux, quand en paroles tu montres une telle avarice. je croyais jusqu'ici avoir acquis bien des mérites à tes yeux, ayant tout fait pour toi, et ne persévérant aujourd'hui que pour t'obéir. Seul un ordre de toi, et non des sentiments de pitié, m'a livrée dès la première jeunesse aux rigueurs de la vie monastique. Si par là je n'ai pas acquis un mérite nouveau envers toi, juge de la vanité de mon sacrifice ! Je n'ai pas à en attendre de récompense divine, puisque ce n'est pas l'amour de Dieu qui m'a poussée.
       Je t’ai suivi dans le cloître, que dis-je ? Je t'y ai précédé. On pourrait croire que le souvenir de la femme de Loth se retournant derrière elle, t'engagea à me revêtir la première du saint habit, et à   me lier à Dieu par la profession avant de t'y lier toi même. Je l'avoue, cette défiance, la seule que tu marquas à mon égard, m'a fait profondément souffrir, et m'a couverte de honte. Dieu sait que, sur un mot de toi, je t'aurais précédé, je t'aurais suivi sans hésiter jusqu'au séjour même de Vulcain ! Mon cœur m'a quitté, il vit avec toi. Sans toi, il ne peut plus être nulle part. Je t'en conjure, fait qu'il soit bien avec toi ! Il le sera s'il te trouve propice, si seulement tu lui rends tendresse pour tendresse, peu pour beaucoup, des paroles pour des actes. Plût à Dieu, mon aimé, que tu eusses moins de confiance en mon amour, et connusses l'inquiétude ! Mais plus j'ai fait pour renforcer ton sentiment de sécurité, plus j'ai eu à souffrir de ta négligence. Rappelle toi, je t’en supplie, ce que j'ai fait, et considère tout ce que tu me dois.
      Tant que je goûtai avec toi les voluptés de la chair, on a pu hésiter sur mon compte : agissais-je par amour, ou par simple concupiscence ? Mais aujourd'hui le dénouement de cette aventure démontre quels furent à son début mes sentiments. Je me suis interdit tout plaisir afin d'obéir à ta volonté. Je ne me suis rien réservé, sinon de me faire toute à toi. Vois quelle iniquité tu commets en accordant le moins à qui mérite le plus, en lui refusant tout, alors même qu’il te serait facile de lui donner complètement le peu qu'il te demande.
      Au nom de Dieu même à qui tu t'es consacré, je te conjure de me rendre ta présence, dans la mesure où cela t'est possible, en m'envoyant quelques mots de consolation. Fais-le du moins pour que, nantie de ce réconfort, je puisse vaquer avec plus de zèle au service divin ! Quand jadis tu m'appelais à des plaisirs temporels, tu m’accablais de lettres, tes chansons mettaient sans cesse sur toutes les lèvres le nom d’Héloïse. Les places publiques, les demeures privées, en retentissaient Ne serait il pas plus juste de m'exciter aujourd'hui à l'amour de Dieu, que de l’avoir fait jadis à l'amour du plaisir ! Considère, je t'en supplie, la dette que tu as envers moi; prête l'oreille à ma demande.
Je termine d'un mot cette longue lettre : adieu, mon unique.
Le mausolée d'Héloïse (morte en 1164) et Abélard (mort en 1142), figures légendaires du Moyen-Age, est édifié aux frais de l’État. C'est pour obtenir la faveur du public chrétien, hostile tout d'abord à l'idée de ne pas être enterré en terre bénie par l’Église, que la Mairie de Paris décide de transférer leurs ossements au Père-Lachaise en 1817, avec ceux des révérends pères jésuites, de Molière et de La Fontaine.



Ne cherchez pas à Saint-Aubin, lieu dit Le Paraclet, les vestiges de l’abbaye, fondée au XIIe siècle par Pierre Abélard (1079-1142) et dont Héloïse (1101-1164) fut la 1ère abbesse. Ce couvent de règle bénédictine n’a pas traversé les siècles comme l’histoire tragique de l’idylle d’Abélard et Héloïse. Les bâtiments actuels du Paraclet datent du XVIIIe-XIXe siècles.







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Le mausolée d'Héloïse (morte en 1164) et Abélard (mort en 1142), figures légendaires du Moyen-Age, sera édifié aux frais de l'Etat. C'est pour obtenir la faveur ...

Pierre Abélard (1079-1142) et Héloïse (1101-1164) - Site des ...

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Pierre Abélard (1079-1142) et Héloïse (1101-1164). Carte postale, panorama de l'église de Maisoncelles-en-Brie AD77 2. Maisoncelles-en-Brie, panorama de ...

HÉLOÏSE - Encyclopædia Universalis

www.universalis.fr/encyclopedie/heloise/
HÉLOÏSE (1101-1164). Née au début du xii e siècle, Héloïse passe son enfance et son adolescence au couvent d'Argenteuil puis à Paris, chez le chanoine ...

Letter from Heloise (1101–1164) to Peter Abelard (1079–1142)

www.basicincome.com/bp/heloise.htmTraduire cette page
Heloise expresses her unhappiness in a letter to her ex-lover, Peter Abelard.

Héloïse & Abélard - Nogent-sur-Seine - Site officiel

www.nogent-sur-seine.fr/index.php/...a.../72-heloise-a-abelard.html
Ne cherchez pas à Saint-Aubin, lieu dit Le Paraclet, les vestiges de l'abbaye, fondée au XIIe siècle par Pierre Abélard (1079-1142) et dont Héloïse (1101-1164...